‹ Œuvres complètes;Chapitre 12 sur 51 · STANCES SUR LE DEGEZ DE DAMOISELLES BARBE · texte numérisé non relu

STANCES SUR LE DEGEZ DE DAMOISELLES BARBE

ET CATHERINE GROULART, SŒURS, TOUTES DEUX MORTES A L'AGE DE DEUX ANS (i).

Beaux rayons plus clairs que durables,

Si vos lumières désirables 3 On eu leur fin en commençant,

C'est le destin des belles choses,

Un matin est l'âge des roses 6 Et les lys meurent en naissant.

Icy longtemps rien ne peut estre;

Le beau soleil qui vous (2) feit naistre 9 Duquel, en ce siècle meschant,

L'orient vous (3) fut nécessaire,

Subject à la reigle ordinaire, y^ Comme vous aura son couchant.

C'est beaucoup d'heur quand il .arrive Qu'on trouve le port des la rive ;

(1) Croulart, père des deux jeunes enfnnts dont Dos YTeteaux déplore la fin prématurée, ét^it premier président du Parlement de Normandie. (3) noiix fait nuistre (V — P).

(3) rinux fut nécessaire (C).

i5 Car, puisqu'aussi bien le vaisseau Doit périr, c'est nostre avantage, S'il advient qu'il face naufrage

î8 Avant qu'il face encore l'eau (i).

• Beaux feux, en voyant vostre cendre. Ce que je puis, c'est de reprendre

21 La rigueur injuste du sort

Qui n'a permis à mon envie Que je fisse pour vostre vie

2/t Ce que je fay (2) pour vostre mort.

Comme les pyralides meurent (3)^ Quand un moment elles demeurent

27 Hors du (II) feu qui les fait durer, Vos beautez, de qui la nature Du ciel avoit sa nourriture,

3o Hors du Ciel n'ont peu demeurer.

Mais vous deviez naistre moins belles, Ou vous deviez naistre immortelles;

33 Car, tant plus qu'un bien est plaisant, Et qu'il donne plus d'espérance.

Quand on en perd la jouissance,

36 Le regret en est plus cuisant.

Dessus vos tombeaux, amelettes (5), Naissent toujours les violkttes!

(t) encnres ean (Mt — Ms — ^M3 — MA — P — V).

encore eau (C), vers faux.

(2) co (]uo i'ay fait (F — H).

(.^) En TTistnire Xaturpllo, Ipp pyralirlo? sont des phalènes qui viennent ?e brûler à la lumière ; ici, Des Yveleaux a voulu faire allusion h quelqi-e animal fantastique du genre des Salamandres, qui vivent dans le feu.

(4) Hors le feu (H).

(5) Armleites : Petites âmes. Mot très praeieux déjà employé par Ronsard. (En latin, aaimalfflc.)

3g Lé oedre s'y puisse nourrir,

Qui, de sa vigueur tousjours fresche, Comme il ne pourrit point, empesche

42 A jamais vos corps de pourrir! (i)

L'analogie frappante de ces Stances avec les Stances à du Périer de Malherbe, n'avait pas échappé à Blanchemain qui déclarait « impossible de découvrir à qui appartenait la primauté, car rien n'indiquait quels étaient ces deux enfants, et les deux pièces se trouvaient ensemble dans les mêmes recueils (2) ». Mais Blanchemain n'a pas connu VEcho in obitiirn... 1600. Cette pièce, qui permet d'identifier les deux enfants et de rectifier le titre erronné qu'ont toujours donné à ces jçtances les Recueils collectifs (v. ci-dessous), fixe la date de publication de cette poésie à 1600 et celle de leur composition sans doute à iBgp. Or, les Stances à du. Périer, de Malherbe, dont nous ne connaissons pas la date exacte, ne pf^n vent être antérie.ires à 1600. En effet, Malherbe y parle d'un enfant qu'il a perdu en juin 1699 et dit « qu'il ne s'en souvient plus. » Aussi peu sensible que fût Malherbe, ce n'est pas six mois après la mort de sa petite fille qu'il aurait écrit une telle monstruosité. On est généralement d'accord pour attribuer aux Stances à Du Périer H date de t6ot. (Of. Edit. L. Lalanne). Le? Stances de Des Yveteaux ont donc manifestement précédé celles de Malherbe et si, comme c'est probable, Malherbe les a connues et s'en est inspiré, c'est là pour Des Yveteaux, un beau titre de gloire.

Cf. : C Cpp. t3-i5). Titre : Stances sur h décèz de Damoîselles Barbe et Catherine Groulort, foutes deux mortes à Vâge de deux ans, n. s. — Mi (pp. 352-353). Titre : Sur la mort de deux jeune.s garçons, aagez Vun de deux ans. Vautre de trois, n. s. [Ce titre erroné a toujours fionré en tête des stances de Des Yveteaux. jusqu'à l'édition Blanchemain inclusivement.] — M5 (fî.-]S-']h) n. s. — M3 rff. /173-474) n. s. — M/| rff. /i73-/j7/0 n. s. — P (ff. 383-384), Do Monsieur Desyvoteaux. F Tpp. 348-349) De Monsieur Desyveteaux. — Lt, du S. de? Yveteaux. — H fpp. 374-375) De Monsieur Des Yveteaux. — V (pp. 37-39).

(i) Les strophes i, 5 et 7 ont été recueillies par : Olivier, Cent poètes.. , p 80,

(3) Cette assertion est fausse. L'a poésie de Mnlherho ne figure pas dans les Muses Ralliées de 1600.

4o ŒUVRES DE DES YVETEAUX

Remarque : Dans VEcho in obitum 1600, p. i2-i3, on trouve en regard de ces Stances d© Des Yveteaux, une traduction ilatine très fidèle. Cette pièce latine est très probabllement de des Yveteaux : à cette époque on faisait encore beaucoup de vers latins et Des Yveteaux qui connaissait fort bien cette langue (i) dut en composer, comme ses prédécesseurs et ses contemporains. Comme la pièce de vers français sur la mort des deux petites filles du Président Groulart est certainement de lui, il est très vraisemblable que nous lui devons également la poésie latine, dont ïe texte suit :

In obitum Nobilium Puellarum Barbarae et Catharinae Grolartarum. Sororum, utriusq. bimulae. — Hexasticha.

Fulgenles radii, mawentia lumina, quorum Lucida flamma magis quam diuturna fuit,

Vestra siio si lux optabilis occidit ortn,

Has rébus pulchri^ dant mak fata vices;

Lilia nascendo pereunt. aetasq. rosarum est Vix matutina longior ipsa morâ.

Omnia labuntur : nîhil est durabile terri» : Sol vobis ortnm qui dédit, ipçae cadet.

His aevi tenebris, qTiamvipi s.ine fine coruscum Deberet tanti luminis esse jubar :

Sol tamen hic ve«ter, communi obnoxia fato Ut vos iu Stygiiis lumÎTia coudet aqui*.

FobHx ! qui nondum vento jactatus et unda ■Perficit in portu, quod modo coepit îter.

Nam si naufraf^-ii vitare pericula navis Non pot prit, medio deperitura mari :

Mitius exeedens portu est peritura, priusqunm Laxa sit, et rimis hauriat illa «alum.

Vos olim nitidi'S radiantia sydera flammis^ Dum vestra; specto himîna cseca facis :

Hoc mH^f?î'Sl înciiso ri£rida> mala crimina sorti*, , Qnod fuerit votîs invidiosa meis;.

Nam qria^ pro thalamis cecinissem carmina vestri», I*ro fiimnlis vesfris -sorte jubente cano.

(i) Voir nno lottro à César rlo Vendôme, écrite en latin, p. 51^1, De mftme les vws latins que nous avons publiés h la suite de son épltaph? (v. notre Etude sur T>es Yveteaux) sont t^^s vraisemblablement de lui

Pyralis ut moritur pauli«i)er ab igné remota, Gujus in ardenti vita oalore viget,

Sic Venus, et vestrœ suavissima gratia forma^, Vivida cui cœli vis alimenta dabat,

Extra cœlestes flammas, natalia tecta, Non potiiit longas siistinuissc morns.

Debuit at vobis formœ minus esse venusta Gratia, vel mimquam ëebuit illa mori.

Nam quo gratior est nobis ventura voluptas Et datur ex aliquo spes magis ampin bono.

Hoc si contigerit nobi« semel esse carendum, Mens magis segra, minus talia damna feret.

At nunc, pax animœ vobis sit grata tenellae, Semper alat violas urnula vestm novas,

E' vcstris Codrus consurgat odora favillis,

Atq. piam ramis semper opacet himium.

Semper ut illa, situs quœ vivit nescia piitris, Vindicot à putri corpora vestra situ.

(xi

POUR MONSIEUR LE DAUPHIN Stances.

Messager des Dieux et des Parques, Qui fondent le sort des Monarques,

3 J'annonce l'arrest des Destins,

Et l'heur d'un Prince je récite Qui doit obscurcir le mérite

fi Des Trajans et des Constantins.

Tel que l'astre aux flammes dorées Sortant des plaines azurées,

9 Ce jeune Apollon reluira ;

Le Printemps couronné de roses Ne montre tant de belles choses

I •}. Que son enfance en produira.

l\2 ŒUVRES DE DES YVETEAUX

Ces ans par qui tout se commence Poussez d'une forte semence,

i5 Seront pleins d'esprits et d'ardeur; Ce soleil n'aura point d'aurore, Car le ciel voudra qu'on l'adore

i8 Premier qu'il montre sa grandeur.

Toutes ses palmes fortunées Luy viendront devant les années

21 Et le rendront si triomphant

Que long-temps la paix et la guerre Des plus grands princes de la terre

2/1 Ne dépendront que d'un enfant.

Quand la jeunesse et les délices, Des Amours les douces nourrices,

r>7 Joindront la force à la beauté De ses traits les âmes blessées Le feront roy de leurs pensées

3o Et tvran de leur liberté.

Les beautez les plus rigoureuses Alors se verront amoureuses,

33 Et SOS yeux, aimables vainqueurs. Aux regards ne pourront suffire Estant seul partout son empire

36 T,e f<Mi dos esprits et des cœurs.

De son temps viendra l'opulence Empescbant toute violence,

3^ Dos peuples il sera l'appui,

T,a crainte et l'exemple des Princes, Et sera tel pour ses Provinces

\'i Oiio les Dieux ont esté pour îuy.

Sa gloire sera tons jours vive,

Dessins la pasleur de l'olive 45 II sèmera des lauriers verts,

Avec ses vertus admirables

Il .aura les vents favorables 48 Et les pilotes plus experts.

Du monde il estendra les termes,

Ses desseins demeureront fermes 5i Depuis qu'ils seront entrepris,

Et les isciences négligées,

Aux vertus du père obligées, 54 Plus que jamais seront en pris.

Il voudra tout faire entreprendre

Par Caesar ou par Alexandre, 07 Mais de son bonheur les guidant.

Le fruict de toute leur victoire

Sera de publier sa gloire 60 Et luy régnera cependant.

Le peuple, parmy son ouvrage, Meslera tous jours son image

C)?> Et le nom de sa deité.

Des gardes la pompe ordinaire Le suyvront plustot pour luy plaire

66 Que non pas pour sa seureté.

Cette poésie fut composée à l'occasion de la naissance du Dauphin, Louis (plus tard, Louis XTÎI), fils de Henri ÏV et de Marie de Médicis (Fontainohloau, 27 septembre 1601).

Cf. : T (pp. TI-18). — Pi (ff. 17-T8), Par lo sieur drs Yvotoaux. — L (pp. /i58-/|6i), Du S. Dos-Yvotcaux. — Li, Du S. Des-Yveteaux. — Ms. de Mnnthéliard (ff. 26-57). — V (pp. r>o-3i).

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