‹ Œuvres complètes;Chapitre 17 sur 51 · STANCES POUR UN ADIEU · texte numérisé non relu

STANCES POUR UN ADIEU

Quand AliJor se vid résolu de cercher Dessous un nouveau ciel une gloire nouvelle,

3 Et que l'heure approctià qu'il falloit détacher Les chai'snés qui tenoient un esprit si iidelle. Il sentit à l'instant qu'il n'est point de trespas,

6 Que d'avoir veu Floreste et de ne la veoir (i) pas.

La gloire et la jeunesse, aux desseins eslevez, Malgré les feux d'amour enflammoient son cou-

[rage, 9 Et par de b^aux désirs aux Princes reservez,

Toutes deux jour et nuict avançoient son voyage : Mais il conneut, voulant abandonner ces lieux, 12 Que l'ame des amants se loge dans les yeux.

Il ne peut cependant esteindre cette ardeur D'aller cercher l'honneur en tous les coins du

[monde, i5 Et, bien qu'il soit né grand, il hait toute grandeur, Si parmy îles hazards la vertu ne la fonde, Ne pouvant rien trouver qui soit si hazardeux 18 Que quand l'esloignement divise un cœur en deux.

Les faits du grand Henry, des mortels adoré, Sont les pourtraicts sacrez de son ame agitée.

2 1 Ce Mars est le soleil dont il est esclairé.

Qui mesme a par valeur sa fortune acheptee : Mais comme il veut partir, Floreste, d'un regard,

2/i Le fist ainsy parler arrestant son despart :

(i) ne ilavoir pas (Ms. Montbéliard) .

(( Prince, de qui le nom jadis si vanté.

Pour tant de maux soufferts et sur mer et sur terre, 27 Fut-ce faute d'amour ou faute de beauté

Que vous pustes laisser les amours pour la guerre?

Apprenez-moi comment on des joint deux esprits 3o D'une flamme pudique également espris (i).

« Anthoine, je t'excuse, adorant le sentier Par où ceste beauté de tes pas fut suivie,

33 Quand tu voulus plustost quitter un monde entier Que de quitter ses yeux les astres de ta vie. Car il n'est point de mal qui se peut comparer

36 Au mal de deux amans que l'on veut séparer (12). »

Mais parmy ces pensers, il retourne tousjours Sur les pas glorieux de ces âmes hautaines, 39 Qui par leurs longs travaux et non par leurs

[amours Ont acquis en tous lieux le nom de capitaines. Enfin pour s'en aller à Floreste il parla, 42 Et souvent à ces mots des larmes il mesla :

(( Floreste, voy les feux d'un véritable amour, Qui ne me permet pas de mourir, ni de vivre :

45 Je ne vis qu'en l'espoir de me voir de retour Et je meurs du regret que je ne te puis suivre : Mais, ou vivant, ou mort, plus rien je ne ressens,

48 Estant prest à laisser l'object de tous mes sens.

« Adieu, chastes regards, source des beaux désirs, Adieu, bouche de feu de mille fleurs semée,

T)! Adieu, doux entretiens, adieu, tant de plaisirs. Dont mon âme en l'aimant si long-temps fut char- On peut bien à mes yeux ces délices oster, [mee;

54 Mais toutes dans l'esprit je les veux emporter. »

(1) Ce Ter» a été oirblié par le copiste du Ms. Montbéliard. (3) Allusion à Antoine et à Gléopâitre.

64 CEUVKES DE DKS \ VETE AUX

Ainsy part cet amant qui, proche de la mort, Ne devoit point aller la cercher dans les armes : 57 Qui de cette douleur eust voulu voir l'effort, 11 eust fallu la veoir escrite de ses larmes. Un cœur sent plus de mal plus il est généreux : 60 Et la Gloire et l'Amour font les grands mal-heu-

[reux.

Cf. : T (pp. 26-28). — L (pp. 430-432), Du S. des Yveteaux. — Li, Du S. des Yveteaux. — H (p. 693 [chiffrée par erreur 292] — 695), u. s. — Pi (f. 299), u. 6. — Ms Moiitbéliard (ff. 29-30). — V (pp. 45-47)-

STANCES

Amour, cruel flatteur, que me penses-tu faire?

Je m'estois retiré dans un lieu solitaire, 3 Sans plus craindre le mal ny désirer le bien :

Résolu de n'aimer jamais rien que moy-mesme,

Au contraire, je sens qu'au prix de ce que j'ayme, 6 Depuis que je suis né je n'aimay jamais rien.

De moy-mesme et des miens j'ay perdu la me-

[moire; De ma seule prison mon âme faict sa gloire, 9 Estant à ceste foy tellement asservy

Que j'ai pour mon amour les amours deJaissee^, Et, comme ensevely dans mes tristes pensées, 12 Mes souspirs seulement tesmoignent que je vy.

Quand je me ressouviens de ma première vie, Aux plus infortunez je doy porter envie.

i5 Ne te retrouvant plus, heureuse liberté.

Que me sert d'y songer puisque je t'ay perdue?

Je ne mérite point que tu me sois rendue, i8 N'ayant faict cas de toy que quand tu m'as quitté.

Mais pendant qu'abusé des vanitez mortelles, J'attache mon plaisir aux plaisirs infidëlles,

2 1 Et tandis qu'en resvant je ne fais que penser

Gomme je me rendray ces beaux yeux favorables, Je me ferme la porte aux desseins honorables

24 Voyant mon âge entier aux amours se passer.

Amour, laysse-moi donc, ta puissance est finie, Je suis depuis dix ans dessous ta tyrannie

27 Asservi follement à des sujets divers.

J'en suis le jeu du peuple et ne le veux plus estre. Résolu désormais de n'adorer qu'un maistre,

3o Adoré de la France et de tout l'Univers.

Cf. T (pp. 3i-32). — Pi (f. io4). Du mesme [siem- des Yv<'loaux].

— L (pp. 449-450), Du S. Des-Yveteaux. — Li (du S. Dcs-Yveteaux). — Ms. Montbéliard (ff. Si-Sa). — V (pp. 53-54).

— Ms. Montbéliard (ff. 3i-32). — V (pp. 53-54).

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