STANCES CONTRE UNE VIEILLE
Le ciel enclin à ma vengeance.
Et fasché (i) de tant d'arrogance, 3 Luy-mesme veut me (9) consoler :
Le teint de Diane s'efface.
Et ne peut plus quoy qu'elle face fi Trouver personne à qui parler.
Se préparant à la conqueste, Elle a beau se faire de feste,
ç) Tous jours se fondant en raison
Car elle a perdu sa jeunesse.
Et malgré toute sa finesse,
T^ Elle est ma fov hors de saison.
(i) Ps« fasché (Ni, N3).
(2) me veut (Ni, N3).
Quoy que tousjoum elle se pare, Que contre l'âge elle s'empare (i)
i5 Louant la constance et la foy :
De chacun pourtant délaissée, Madame à la fin est forcée
i8 De loiier la Cour du feu Roy.
Ceux qui sont encore aux années, Au bal, à l'amour destinées,
21 Voyant ce visage si laid,
Evitent tous cette Chouette,
Qui les poursuit et qui souhaitte
2 4 Qu'on prenne Janvier pour Juillet.
Quiconque à cette heure la touche.
Après avoir senty sa bouche,
27 Veut estre payé par quartier.
Fait sans fin (2) nouveaux équipages, Vestant ses lacquais et ses pages
3o Du revenu de ce mestier.
Qu'est devenu ce premier âge, Où sont les fleurs de ton visage,
33 Ces lys, ces œillets, ces appas ,
Qui dessouz des loys volontaires Rendoient tant d'hommes tributaires
36 Oui, mourans, ne se plaignoient pas?
Où sont ces beaux yeux redoutables, Où sont ces rez (3) inévitables
39 Que pour moy-mesme tu tendis? (/|)
Comme tout au (5) monde se change, Je voy d'une façon estrange
/|2 L'enfer où fut le Paradis.
(i) D'un peAît habit de Tktmare (Ni, N3). fa) El fmct cent nouveau-x (Nx, N3).
f5) rp« rosef! [vors faux] (Ni, N8).
(4) rendis [faute de typographie] (Ni, N3).
(5) tout le monde (Ni, Nî).
Il te demeure un avantage;
Ton argent et ton héritage /i5 Te donneront assez d'amans :
Et pouvant plus que les plus belles,
Tu pourras aux plus infidelles f\S Donner des cœurs de diamans.
Car tu n'as garde de te rendre,
Et le Ciel ne te veut point prendre,
5i Te faisant icy demeurer,
Affm qu'un chacun puisse rire
De voir ce vieux flambeau sans cire,