COUPT.ET D'UNE CHANSON FAICTE POUR JEANNE DU-PUY
Je ne m'excuse point de ce que je l'adore
En ma vieille saison; Les anges font de mesme, et je suis jeune encore 4 A leur comparaison.
Nous n'avons pu retrouver la chanson entière d'où ce couplet est tii^é. Il est cité à la fin du Factum I XJ^épMque de la veuve du sieur Lézinière, etc.. Bib. Nat., Fm 4° 84352). Blanchemain l'a pubUié (p. 81) sous ce titre : Couplet d'une chanson faicte pour .Jeanne du Puy pn Vhyver de 16I1I1. Ces quatre vers ont été recueillis dans Olivier : Cent poètes lyriques (p. 82).
SONNET
Avoir peu (i) de parens, moins de train que de
[rente, Et cercher (9.) en tout temps l'honneste volupté, Contenter (3) ses désirs, maintenir sa santé, 4 Et l'ame (4) de procez et de vices exempte;
A rien d'ambitieux ne mettre son attente, Voir ceux de sa maison (5) en quelqîae authorité, Mais sans besoin d'appuy garder sa liberté, 8 De peur de s'engager à rien qui mescontente (6).
Les Jardins, les Tableaux, la Musique, les
[Vers (7), Une table fort libre et de peu de couverts, 1 1 Avoir bien plus d'amour pour soy que pour sa
[Dame,
Estre estimé du Prince, et le veoîr rarement. Beaucoup d'honneur sans peine et peu d'enfans
sans femme, i4 Font attendre à Paris la mort fort doucement (8).
(i) moins de parens (Ms. 12680).
(3) Rechercher (Ms. Movthéliard, S, Si, S2).
(3) contentant ses désirs (Ms. 12680).
conserver sa santé (S, Si, S'2).
(/i) Et libre de procès (Ms. iSiga).
(5) ^^oir les siens élevés en quelque autorité (Ms. iBig»), Voir ceux de «a maison en quelque dîqnité (S, Si, S2).
(6) qui ne contente (Ms. Montbéliard, S, Si, 82). crainte de s'engager (S, Si, S2).
(7) I>.s Jardins, des Tableaux, la Musique, des Vers (Ms. MontbéUard, Ms. ip.CïSo, Ms. i5i92. S, Si, S'a).
(8) tout doucement (Ms. i5i92, S, Si, Sa).
Ce sonnet est la pièce de Des Yvcteaux qui a certainement eu le plus de retentissement — et de succès — et qui lui a causé le plus d'ennuis. Son frère l'a reproduit dans sa Lettre à M. Des Yveteaux (Bib. Nat. Factum 4^ 34354) et s'en est servi pour raccabler de reproches; Des Yveteaux dans la Répon^ à la lettre de son frère {Factum B, Bib. Nat. Factum 4° 34355) llui reproche d'ailleurs d'y avoir introduit plusieurs fautes; du vivant de son auteur, ce sonnet a toujours passé pour l'expression la plus sincère de sa philosophie facile d'épicurien. Tout le monde le lui a reproché, depuis Vii?neul-Marville jus-qu'à la Biographie universelle de Michaud. Huet^ dans ses Origines de Caen\ 1706, p. 354, écrit : « Il a renfermé sa morale dans ^m sonnet fort licencieux, qui a fait douter plus que tout le reste de ses sentiments et de sa religion. Et véritablement, il ne se peut excuser que par la liberté que donne la poésie, ce qui ne suffira pas même pour le justifier. »
Ce sonnet d'ailleurs n'était qu'une variante du sonnet de Plantin, l'imprimeur Anversois, sur le bonheur de ce monde.
Avoir une maison commode, propre et belle,
Un jardin tapissé d'espali-ers odorans,
Des fruits, d'excellent vin, pou de train, peu d'enfans,
Posséder seul, sians bruit, une femme fidèle,
N'avoir dettes, amour, ni procès, ni querelle, Ni de partag-e à faire avecque ses parens, Se contenter de peu, n'espérer rien des Grands, Régler tous ses desseins sur un juste modèle.
Vivre avecque franchise, et sans ambition, S'adonner sans scrupule à la dévotion, Domler ses passions, les rendre obéissantes,
Conserver l'esprit libre, et le jugement fort,
Dire «on chapelet en cultivant ses entes,
C'est attendre chez soi bien doucement la mort.
Ce sonnet se trouve dans les Bimes de Christophe Plaritin publiées par Max Rooses, à Lisbonne, Imprimerie Nationale, avec cette note : « Imprimé sur feuille volante, grand in-4°. Nous en avons trouvé un certain nombre d'exemplaires parmi les papiers du Musée Plantin-Moretus. » On a réim-
primé ce sonnet sur vieux papier, avec de vieux caractères. Il porte comme titre : Le Bonheur de ce Monde, Sonnet^ et en bas « Sonnet composé par Christophe Plantin, imprimé avec le matériel de la célèbre architypographie ».
Ce sonnet de Plantin a été publié sans signature, dans le recueil suivant : Le Porte-feuille de Monsieur L.D.F. ***. A Carpentras, chez Dominique Laharre, Imprimeur et Marchand Libraire. MDCXCIV (169A). In-12. On le trouve aussi dans les Œuvres mêlées de Mr de Snini-Evrem.ond, Amsterdam MDCCVI (1706). In-8° 44o pages, page 201, non signé.
Le sonnet de Plantin avait déjà été imité par Agrippa d'Aubigné, ainsi qu'il suit :
Veux-tu savoir qui peut faire la vie heureuse, Folâtre d'Aubigné ? Ce sont les point® ici : Des biens non pas aequi's, mais trouvés sans souci, Bonne chère, beau feu, la terre fructueuse,
Point de procès, de noise, avoir l'ame joyeuse
Le corps disipos, qui n'est trop maigre ou trop farci;
N'être point cauteleux, ni point niais aussi,
Avoir pareils amis, table délicieuse,
Sans crainte, sans soupçon, en sa bourse un écu.
Belle femme gaillarde et n'être pas cocu,
Un dormir sans ronfler, un repos sans se feindre.
Qui fasise la nuîct courte et contente les yeux, Etre ce que tu veux, n'affecter rien de mieux, Ne désirer la mort, et la fuir sans la craindre.
Des Barreaux, autre libertin, a paraphrasé le sonnet de Des Yveteaux dans cet autre :
N'estre ni magistrat, ni marié, ni prestre, Avoir im peu do bien, l'appliquer tout ?i soy. Et sans affecter d'ostre un docteur de la Loy. S'étudier bien plus à jouir qu'à connoîstre;
Pour son repos n'avoir ny maistresse, ny maîstre, Ne voir que par rencontre ou la Cour ou le Boy: Ne sçavoir point mentir, mais bien garder sa foy, No vouloir estre plus que ce qu'on se voit ««tre.
Avoir l'espril purgé des en'eiirs populaires, Poiter tout le respect que l'on doit aux mystères, N Savoir aucun remords, vivre moralement;
Posséder le préseat en pleine confiance, ?^ 'avoir pour l'avenir crainte ni espéranoe, Font attendre partout la* mort tranquillement.
Voici, d'autre part, une réponse au sonnet de Des Y\eteaux, signée 0 dans le Rec. Sercy i653 (p. 79) et O. G. R. dans le Rec. Sercy i655 (p. 03); ce sonnet n'est donc pas d'Hercule Vauquelin, comme l'avait supposé Blanchemain, mais de François Ogier^ auteur du Jugement et Censure de la Doctrine curieuse (de Garassus) :
Vivre en Sardanapale et croire en Epicure, Noyer ses sentimens dans les plaisirs du corps, Parmy l'oisiveté faire tous ses efforts, Afin de satisfaire à la bonne nature.
N'avoir pour tout object qu'une sale peinture, Souiller l'ame au dedans et les yeux au dehors, Sur les quatre-vingts ans presque au nombre des morts, Ne meditci' jamais ny mort ny sépulture ;
Un sérail qui comprend l'une et l'autre Venus, Des femmes sans honneur et des marys cornus, Des enfans, mais hastards, àe& valets, mais infâmes;
Estre considéré comme un vieux monument, Qui cache sous la cendre un tison plein de flamme : C'est attendre à Paris l'enfer tout doucement.
Chaque trait de ce sonnet vise Des Yveteaux : la femme sans honneur, c'est la Du Puy, Ile mari cornu, c'est Adam Du Puy, l'enfant bâtard, c'est Marguerite Du Puy; le valet infâme est probablement celui qui tua Sacy Robours (pour tous ces détails, voir notre Etude sur la Vie de Des Yveteaux) .
* On trouve le sonnet de Des Yveteaux pour la première fois à la fin de la Lettre de Monsieur de la Fresnaye à son frère, i645 {Factam F). — Oi (p. 78), Signé : Desyveteaux. — O2 (p. 63, Signé : Desyveteaux, — S, Par Monsieur des Yveteaux. — Si. — Sa, etc. (i)
(i) Pour la description détaillée des diverses éditions du Recueil La Suze-Pellisson, voir, outre la Bibliographie des Recuteils collectifs de
laÔ ÛEUVKES i)E DES YVETEAtJX
— V (pp. 9<'^-99). — Ms. Ars. 8202 (f. 4ov), De Des Yvcteaux. — Ms MontbéUard (f. 43). — Bihl. Nat. Ms fr. 12680 (f. 247), Signé : Dos Yveteaux. — Bibl. Nat. Ms fr. 16192 (ff. i54-i55), De Vauquelin des Yveteaux.
Ce fameux sonnet de Des Yveteaux, cité par M. Lachèvre dans son étude sur Des Barreaux (p. 200), a été recueilli dans : Olivier, Cent Poètes lyriques (p. 82),
LiUS]
SONNET
Enfin je ne suis plus des habitans du monde, Mon âme est échappée et ne tient plus de lieu, Elle a quitté mes sens, le seul amour de Dieu 4 Me fait tout voir en ange et sans cause seconde.
Que je suis au-dessus de la terre et de Tonde! Que j'en suis séparé par un heureux adieu! Que mes travaux sont doux quand je suis au mi-
[lieu!
8 Plus je suis agité, plus ma paix est profonde.
Que pensez- vous, mortels, que j'aime (i) que
[les cieux?
Qui m'inspire en mourant ces pensers glorieux, 1 1 Plus blancs que le soleil et plus nets que l'aurore?
C'est la brûlante (2) amour du maître que je
[sers.
Qui m'a paru si vive aux maux que j'ai soufferts
i4 Qu'au lieu d'en estre las, je veux souffrir encore.
M. Lachèvre, l'appendice bibliographique très complet du livre de M. Emile Magne sur Mktdame de la Snze et la Société précieuse. Pia(ris.,
(i) Que pensez-vous qm yaime, 6 mortels (Ms. fr. iSiga).
(2) Le bruslant (Ms. fr. lôiga).
POESIES t2*J
Voilà le véritable sonnet chrétien que Blanchemain n'avait pu retrouver et par lequell Des Yveteaux essaya d'effacer le souvenir du précédent. Il a été retrouvé par M. J. Travers, qui l'a publié pour la première fois en i856.
Voici ce qu'en dit Huet, dans ses Origines de Caen (1706, p. 354)-.. « Mais il répara bien le scandale de ce sonnet {le précédent) lorsqu'en approchant de la fin de sa vie, touché d'une singulière pénitence, il en fit un autre plein de sentimens véritablement chrétiens, et partant d'un oœur humilié et contrit. Ce sonnet à mon gré est son chef-d'œuvre, et pour la sublimité des pensées, et pour la beauté et le tour des expressions^ et il ne pouvait mieux effacer ses dérèglements et couronner sa longue vie... »
Le texte de ce dernier sonnet est accompagné dans le Ms. fr. 16192 de la Bib. Nat. de cette note : « L'auteur, suivant un manuscrit de la familile Vauquelin, composa en i652, à l'âge de 82 ans le dernier sonnet. »
Cette date est errônnée puisque Des Yveteaux mourut le 6 mars 1649; mais cette note, ainsi que les remarques de Huet, permettent de fixer l'époque à laquelle fut composé ce sonnet, est à la fin de la vie de Des Yveteaux, c'est-à-dire i648 environ.
On trouve ce sonnet dans : Bib. Nat. ms. fr. 16192 (f. i65 sans titre). Travers : Addition à la Vie de Des Yveteaux, 1806. (Titre : Des Yveteaux repentant.) Cab. d'Hozier n° 826 (Bib. Nat. ms.). (Ce manuscrit donne une copie de la généalogie des Vauquelin conservée à Caen, dans laquelle Travers a sans doute retrouvé ce sonnet.)
Des Barreaux, l'ami de Théophile, que nous avons vu paraphraser le sonnet précédent de Des Yveteaux, eut aussi à la fin de sa vie son moment de repentir et il écrivit un sonnet du même genre que celui de Des Yveteaux, mais qui a incontestablement plus d'envolée (Cf. Lachèvre, Les Successeurs de Théophile de Viau^ p. 200). Le voici :
Grand Dieu! tes jugemens sont remplis d'équité, Toujours tu prends plaisir à nous estre propice; Mais j'ay fait tant de mal, que jamais ta bonté Ne peut me pardonner sans choquer ta justice.
Guy, mon Dieu, la grandeur de mon impiété Ne laisse à ton pouvoir que le choix du supplice : Ton intérest s'oppose à ma fellicité Et ta clémence mesme attend que je périsse.
Contente ton désir puisqu'il t'est glorieux : Offense toy des pleurs qui coulent de mes yeux; Tonne, frappe, il est temps; rends-moy guerre pour guerre.
J'adore en périssant la raison qui t'aigrit, Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre, Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ 1
[Date douteuse]