‹ Œuvres complètes;Chapitre 29 sur 51 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

Celle dont les beautés devancent les années, Ce bel Astre d'Amour qui fait mes destinées, Si cruel à mon cœur, et si doux à mes yeux, Gléarque, doit changer ton logis en des Cieux; 5 Tu recevras chez toy la Nimphe que j'adore, La trouppe des vertus s'y doit trouver encore, Elle y mené avec soy les Grâces et l'Amour, Et les Jeux et les Ris qui sont tout à l'entour. Cependant quelque Dieu qui traverse ma vie lo S'oppose à mes désirs, s'oppose à mon envie, Il faut que je n'aille où je voudrois bien voler. Toy qui jugeois desja ma perte inévitable, Gléarque, suis-je heureux,^ ou suis-je misérable? Mon sort est-il à plaindre, ou bien à désirer? i5 M'en dois-je réjouir ou m'en désespérer?

Je sçay que je verrois, en voyant son visage. De la beauté divine une parfaite image. Des désirs amoureux le plus doux aliment Et de l'oeiil des mortels l'objet le plus charmant. 20 Mais je sçay bien aussi qu'en revoyant Glorise, Je perdrois aussi-tost mes restes de franchise, J'achevrois d'engager ma foible liberté Et je ferois le nœud dont je suis arresté. N'importe, quand ma perte eut esté plus certaine 20 Je veux mal à celuy qui me tire de peine, Qui m'oste Je moyen de courir au trépas, Et je suis affligé de ne me perdre pas. Aussi n'est-il plus temps d'appréhender l'orage, En vain le repentir me montre le rivage; 3o Le doux vent de l'espoir m'emporte loin du bord. Et me force à chercher le naufrage, ou le port :

l.iiî ŒUVHKS DE DES YVE JE \UX

Je suis trop engagé pour me vouloir déprendre; Celle qui tient mon cceur ne sçauroit me le rendre, Et le pouvant avoir, je serais insensé,

35 Si je le retirois, l'ayant si bien placé.

Heureux, si quelque trait de cette douce flâme Qui brille dans ses yeux se glissoit dans son âme. Si cet aimable Autheur de ma captivité Joint un peu de bonheur avec tant de beauté.

[\o Si pourtant à mes vœux elle est tousjours con-

[traire, Je l'aimeray cruelle, on ne m'en peut distraire, Et je seray content, si je porte au tombeau La gloire de mourir pour un objet si beau.

Nous n'avons pu découvrir la date d« cette belle élégie, car elle ne parut que cinq ans après la mort du poète, en i654, dans : R (pp. 283-284), Signé : Desyveteaux. La pièce est signalée dans F. Lachèvre : Bihl. des Rec. Coll. (t. II, p. 254).

[Date, douteuse]

[Inédit]

Nimphes, vous faictes tant les braves Qu'il vous fault des Dieux pour esclaves,

3 Afin que sy par vos apas

Jupiter devenoit malade, En voiant vostre masquarade,

6 Pour le moins il n'en mourust pas.

On voit bien que vous estes belles.

Mais en vous faisant si cruelles

POÉSIES i33

9 Quel esprit vous peut adorer?

On a tousjours veu, ce me semble,

Amour et les Grâces ensemble, 12 Et vous les voulez séparer.

Je ne sçay pas qui favorise

Une sy superbe entreprise i5 D'assassiner ce pauvre Amour,

Mais il fault de grandes batailles

Pour en venir aux funérailles i8 Et l'enterrer en ceste cour.

Ce sont des bravades estranges D'aller au Ciel comme des anges

21 Triompher du maistre des Dieux;

Sy le eoup est encore à faire, Ne tenez pas vostre collere;

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