‹ Œuvres complètes;Chapitre 43 sur 51 · INSTITUTION DU PRINCE I7I · texte numérisé non relu

INSTITUTION DU PRINCE I7I

qui sont demeurées fermes en leur devoir pour son service pendant les révoltes et les rebellions : afin d'aymer et de récompenser ceux qui en sont descendus; l'on peut réduire la science du prince en deux points dont l'un sera de garder son authorité dehors et dedans son Estât par la force et l'autre de se scavoir faire aymer par la douceur et la civilité de ses mceurs dans la Cour. L'accomplissement de ces deux choses est (i) compris dans l'amour que la noblesse et ses subjects lluy portent, en quoy !a libéralité peut beaucoup, non pas pour la mettre trop en usage^ car elle se destruiroit bientost et periroit par elle-mesme si Sa Majesté donnoit à tout le monde; il suffît de monstrer qu'elle est dans le €ceur du Prince, qui doit plustost enrichir ceux qui sont les derniers à demander et les premiers à mériter. Surtout, Il seroit à désirer qu'avec le soin du gouverneur, i(l pleust à la Reyne, par sa bonté et par sa prudence, faire escrire au Roy touttes les déspechos estrangeres, et Iles autres plus importantes car ce fut par la que Churés (2), gouverneur de l'empereur Charles Cinq, forma et advança son esprit, et qu'il luy donna (3) lo^ advaiitages qu'il oùsl eu la compétence de l'empire sur le grand Roy françois lequel pourtant avoit cinq ans plus que luy; et en quoy manquèrent en Espagne Garsias de Loysa et le marquis de Veillade auprès (lu Roy d'Espagne, Philippe troisiesme : et peut estre les autres auprès de Philippe quatre, encore vivant, lequel tout de mesme avoit cinq ans moins que nostre Roy dernier, loiiys treiziesme.

J'ai desja beaucoup parlé de» actions du gouverneur^ et n'ay osé rien dire des choses qui servent à son élection, car la Reyne à de si excellentes cognoissanees d'elle-mesme qu'il semble que ce soit Dieu qui les luy donne, et elle reçoit d'aillleurs des conseils d'hommes si rares, si bien affectionnés, et si engagés aux interests de la franee, que tout ce que j'ay dit ne doit estre compté à rien, sinon à une parfaitte obéissance et un bon désir de servir.

J'ay oûy dire autresfois que, pour faire un habilUe gOjiverneur, il falloit qu'il eust veu beaucoup d'hommes,

(i) Mot rép<^té deux foi? dnn«: le M^.

(7) Probablomf'nt nnillaiime do Croy, «pifrneur de Chièvres.

(?)) T.o mnnii?rrif porto : qui liiy rlonna, ce qui est iino faute dir copiste.

beaucoup de pays, et beaucoup de livres, et qu'il peust encore faire voir après un long âge propre à ceste qualité, que les années ne luy sont pas venues pour le rendre vieil et foible, mais seullement pour le rendre vénérable. Car, encore que la douceur soit le plus doux et le plus asseuré lien des esprits, il n'y a point d'ordre ny discipline au monde qui puisse se maintenir sans quelque sévérité, et qui n'ayt besoin aux occasions d'une authorité accompagnée de vigueur et de force. Il semble aussy qu'il seroit raysonnable d'observer pour ll'institution du prince, en la persoime du gouverneur ce que le Ciel mesme a enseigné d'observer en celuy qui avoit la supresme dignité au règlement des choses sacrées, estant nécessaire qu'il se trouve des feuilles, des fleurs et des fruits en la vie des hommes qui président a la conduitte de ceux qui commandent aux autres : on prend l 'ornement des feuilles pour la science, celluy des fleurs pour la réputation, et le fruit pour la probité, d'où naissent les bonnes œuvres et les actions pieuses, honnestes, et magnanimes qui se trouvent souvent aux hommes de bonne maison, et rarement ou feintement aux autres, si Dieu mesme ne le choisit avec un soin miraculeux.

Je rebattray sans cesse l'article de la subjettion du gouverneur, car ses yeux doivent estre continuellement attachés sur les actions du Prince, et principallement (i) aux heures de l'exercice et de l'estude, lors que les enfants d'honneur et les pages, que l'on doit bien choisir, ont plus de liberté avec leur maistre. Sur quoy je n'ay pas oublié la petite incommodité qu'eust le feu Roy au bois de Vincennes, qui ne fust sceûe alors que du médecin, de moy et de feu Monsieur de Beringhen, le plus fidelle serviteur qu'eust peu avoir jamais le Roy; ce fut un peu auparavant cela que le feu Roy henry 3e grand m'avoit dit qu'il falloit redoubler son soin pour veiller sur les actions de la jeunesse, et qu'il estoit estonné et fort en colère de ce qui estoit arrivé à Chantilly.

Mais l'accomplissement parfaict de touttes ces choses qui demeureroient entièrement inutillles et vaines, deppend de l'obéissance du Prince et de la parfaitte intelligence du gouverneur gênerai avec la Reyne pour le commun bien du

(i) Mot répété deirx fois flnne le Ms.

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