‹ Œuvres complètes;Chapitre 48 sur 51 · DE MONSIEUR DES YYEÏEAUX A M. LE CARDINAL DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

DE MONSIEUR DES YYEÏEAUX A M. LE CARDINAL DE RICHELIEU

Inédit.

Monseigneur,

C'est aux affaires de France à qui j'entendz faire le compliment plustost qu'à vostre Seigneurie Illustrissime. Car encore que j'en ignorasse la composition et la santé qui ne pouvoit estre mauvaise soubz un sy grand Prince, il leur a pourtant donné meilleur visage- et a ce me semble bien plus affermy la gloire a son service en les mettant a couvert soubs l'autorité de vostre réputation et les faisant quand et quand esclatter soubs la splendeur de vostre dignité qui toutes fois est la chose que j'ayme et que j'estime le moins en vous. Car sy le meryte confessé a desja sa recompense e^t qu'aux monarchies ce soit l'occasion qui donne les honneurs et la vertu qui les face mériter, il y a longtemps qu'en toutes les sortes ils sont attachés à vostre personne comme ils sont exemplaires à vostre Maison. Mais entre les hommes excellents les uns ont tousjours admiré les richesses et Iles délices de vostre esprit de party en des cognoissances sy profondes et des lumières sy vives, Les autres ont révéré la pieuse magnanimité de vostre courage, la vertueuse magnificence de vos moeurs, la généreuse délicatesse de voz désirs et de voz pensées qui sont autant de feuz du ciel et comme des formes angeliques abstraites de toutes choses basses et matérielles. Je parle

de vous comme cela dans mon jardin avec les honnestes gens telllement que sy cet entretien a de la complaisance courtisane elle n'est que pour la satisfaction de moy mesme qui n'ay plus d'autre prétention que de me contanter aux choses que j'honore et que je tiens dignes de louange. Ayans mesme tousjours fuy l'honneur de vostre présence et craint les charmes de vostre conversation pour ce que j'ay creu qu'il n'y a voit presque plus de lieu où je deusse courre fortune de desemparer et perdre ma liberté que chez vous. Pour cette heure il me suffira de vous offrir mon affection en party soubs une très humble, très obeyssante et très fidellle servitude et de me promettre en gênerai toutes sortes d'effectz glorieux de vostre assomption en quelques termes qu'elle soit (pic cbascun doibt croire infaillibles selon les degrés des vertus du Roy et de vostre suffisance, mais incertains selon les règles de la cour que j'ay ouy tenir en beaucoup de choses semblables à la navigation et dissemblables en une (?) que plus souvent les mauvais Philosophes font leurs virages plus prospères et arrivent quelques fois plus heureusement car tout le monde peut reKpondre de la conduitte et du Régime de la Vye. Mais nul ne se peut garantir des impressions d'un air inconstant et corrompu comme est cellluy de la Cour des plus grands Princes. Vous avez pourtant de bonne heure pourveu à cela aussy glorieusement et seurement que nul autre de l'Europe plus par vostre vertu que par vostre fortune que je prie Dieu

Monseigneur, qu'il vous conserve perpétue] le cii une saiitr convi-iiable à la force de voz actions et à la gloire de cet Estât.

Vostre...

nESPo\ri- i^w cxt'.ntWT. de riciietjeu]

'Nîon^iou

\osf\rc inciil.' est Ici que je ne puis que je ne face un estât, très particulier et de vostre affeetion en mon endroit et de l'estime que von«^ me tesmoignez faire de ma personne. Sy Dieu m 'a voit donné

les qualités que vous pensez qui soient en moy je me resjouiroÎB ;i cela tant de l'honneur qu'il a pieu au Koy me faire comme je U recoiô avec humilité et mosliance de moy mesme. Ce n'est pas que je me recognoisse avok quelque fois d'Esprit propre pour servir sa Majesté es occasions qui se présentent et se peuvent rencontrer. Mais le concours de tant de circonsftances est sy nécessaire que je ne puis que je n'appréhende qu'il ne m'en manque quelqu'une dont le deffault rende mes services beaucoup moindres que mes désirs. Vous estes sy expérimenté aux navigations de ce nionde que jay receu ce que vous m'en mandez comme d'une personne qui peut constaninient juger de l'advenir par le passé. Ouoy qu'arrive je feray mon debvoir en servant comme je l'ay fait, en obcyssant et j'espère que Dieu bénira le zelle avec lequel je rechercheray les occasions de rendre au Roy à l'advantage de son Estât ce qu'il peut attendre d'un vray subjet et à l'augmenlalioii de la gloire de Sa p<>rsoiine ce que luy doibt une créature très obligée. Sy en ce dessain, j'ay lieu de vous servir comme je le désire, je penseray beaucoup gagner en faisant veoir par ce moyen que pai^my plusieurs qualités médiocre® qui sont en moy, au moins ay je en eminance celle d'estimer les personnes de vosfcre mérite, lequel vous congnoistrés par mes actions qui vous tesmo'gneront plus que mes paroUes que je suis M[on8ieur] v[ostre]...

Voici maintenant une véritable lettre d'amour, passionnée, et dont le ton semble sincère. Nous ignoron* quelle femme en était la destinataire. M. le Comte de Gontades qui a recueilli cette lettre (Bulletin archéologique de l'Orne 1899) suppose qu'il s'agit de Madame de Saint-Germain-Prevost avec qui Des Yveteaux eut des relations fort intimes, à plusieurs reprises, et qui même lui valurent quelques coups de bâton de la part du mari. (V. notre Etude sur la Vie de Des Yveteaux.)

[i63o environ]

Madame,

Ce premier accez m'a fait sentir quel sera le reste de la maladie, ayant, je vous jure, extrêmement souffert pour avoir seullement tourné le dos aux portes de Paris. Pensex

que vos yeux que j'aynie tant iront luyre sur mille sortes de personnes qui n'en reconnoissenl pas la lumière. A Dieu, dès à cette heure, le plus doux et Ile plus cruel objet de mes désirs. Vous m'ostez à jamais la vanité et la présomption de voir qu'au milieu d'une flame et si sainte et si fort©^ ma cognoissance vous retient si peu qu'il semble que ce soit elle qui vous jette hors de Paris que vous n'avez pas quitté depuis si longtemps. Prenez- vous à la promptitude de cette lettre, que j'écris sans y pancer, si vous vous offencez de ce discours qui est à la vérité inutille puisqu'il est contre ce que vous m'avez dit... Je vous monstre bien que vous m'avez permis de barbouiller le papier et que mon dessein est plustôt de tesmoigner comme j'ayme que comme j'écris. C'est pourquoi je vous dirai encore que je suis marry d'estre si peu de chose. Mais cella ne doit point empescher votre affection. Car j'en suis plus capable de recevoir de l'obligation de vous qui pouvez donner à la chose la plus imparfaite telle qualité que vous voudrés. Je demeure à regret sur ces parolles de peur que vous ne disiez que ce pied n'est pas de cette jambe et que cela ne soit trop recherché. Croiez-moy qu'il! n'y a que la naïveté, et, au lieu de beaucoup d'art et d'une haute fortune, je vous offre de la fidélité et de la discrétion. Mettez donc sur tout votre esprit en repos pendant votre volage sans vous deffier de moy. Et croiez que si tous veus se doibvent randre saintement quand on les a faits, je suis obligé aus mieus avec trop de raison, commenceant de ce jour à vous protester que je vous aimeray et vous honoreray toute ma vie, je croy, plus que femme du monde, et que j'auray toujours en vostre absence votre image dans mon cœur en plus puissante déité que j'aye eu en terre... Adieu, ma seule rêverie et mon bien unique.

La lettre qui suit est adressée à M. Du Puy, Conseiller d 'Estât. Elle est tirée des ms. Dupuy, vol. 8o3, p. 3o^i (Bib. Nat.); Blanchemain l'a reproduite dans son édition dos Œuvres de Des Yveteaux (p. 129-180).

•il 2 QELVJiES DE DE^ YVETEAUX

Elle fui 1(1 ilr \t'js ifi'iT) car elle parle de la trahison dont Edouard Le Prévost (était-ce le fils de M""" de Saint-Gerinain-Prevost?; se montra coupable envers Des Yveteaiix. Or, celui-ci resta en bons termes très longteinp> ii\(«' lui. En 1689, Des Yveteaux avait fait don à l^]douard Le Prévost d'une maison (( sise rue des Marais, du Colombier, et des Augustins réformés » (Arch. Nat. Y 180. f. 63.) Plus tard, lorsqu'en i6A/i (le 27 décembre), Des Yveteaux donna à son neveu Hercule sa teire de Sacy, il lui en donna un tiers à titre gratuit d lui \('ii(iil le reste à charge de verser ceitaiues sommes à différentes personnes et en particulier, ^o.ooo livres tournois à Edouard Le Prévost (Arch. Nat., Y. 18^,, f. ii3).

Ces différentes donations prouvent que Des Yveteaux avait ce « notaire et secrétaire du Roi » en amitié. Mais par suite « de la remarquable trahison » de riufi^ial, Des "^ \ eteaux semble avoir rompu avec lui, et vera 16^0, il éciivit la lettre suivante à M. Du Puy.

A MONSIEUK DU PUY

Conseiller d'Estat.

Monsieur, J'ay tous jours tant honoré vostre vertu et me suis trouvé si disposé de tout temps à faire ce que vous me voudriez commander, que présentement les loyx de nostre amitié <■! (lu respect que je vdiis Ai)\, avec les offices importans .que j'ai reçeus de vous, ne me permettent point de vous cacher l'infidélité «M I;i remarquable trahison que m'a faite Edouard Le Prévost, aussy bien préparé à une si illustre perfidie, comme il le devoit estre à une reconnoissance très convenable, au traitement qu'il a tousjours reçeu de moy, [)ouvant dire avec vérité que Madame sa mère s'est servie lon^-temps de plus de cent mille francs de mon ar^'-ent, (pi'il a enfin dissip[és] tout seul, par des dissdlutions fort basses et fort infâmes.

LETTIIKS 2l3

Je n'ay pas layssé de déclarer si insidieusement son méchant dessein contre moy, qu'il n'y a jamais eu de vice de mulet qui ayt egallé le sien, ce que j'ay long- temps négligé de vous escrire, tant pour la peine que j'avoy de blesser la chasteté de votre entretien que pour ce que le plaisir que j'ai desja reçeu de son eslongnement, et de la rupture d'une société inutille et très-vicieuse est plus grand que ne sera, Dieu aydani, ]c dommage des tours qu'il pourra continuer de me faire, pour meschans qu'ils soyent. Mais je me suis senty d'ailleurs si naturellement obligé à conserver l'émiiicntc cl prdfonde vénération en laquelle j'av tousjours eu le ikuii cl la maison de Thon, aussy bien que les personnes, ([uc jay crcu vous devoir renouveler qu'il n'y a rien qui me peusl jamais dctachiM- de la syncere dévotion que j'ay au bien de leur service. Ce qui me fait vous supplier de me faire cette grâce d'obtenir, par vostre bonté judicieuse, que les marques dont il a pieu à Monsieur de Thon de m 'honorer pa'- son ainitié ne souffrent point d'altération, puis que rien ne peut jamais causer de diminution en la très-humble servitude avec 'laquelle je suis.

Monsieur,

Vostre tres-obeyssant et tres-affectionné serviteur,

Des Yveteaux.

Voici, pour torminor, imo lettre de Des Yveteaux à son élève, C-ésar de Vendôme, fils naturel de Henri TV cl de Cabriellc vVEstrées; cette lettre d'un latin, sinon élégant, du moins correct, est la meilleure réponse à faire h ses ennemis qui lui reprochaient son ignorance. Une telle lettre im[)lique une longue habitude et un maniement très sûr de la langue latine: elle est tirée du Bulletin archéologique de VOrne, 1899, dans lequel M. le Comte de Contades l'avait insérée.

2l4 OEUVRES DE DES YVETEAUX

Placuerunt mihi supramodum litterœ tuae. Et si forsitan jussu Régis scriptae. Aetatis enim et voluptatis impetus nundum te potilur nostri memorem esse. Ut ut sit, gratissiiniun est qiiidqnid a \v scrihilni', non tanquam a principe, sed ab 60, quem summe amavi et colui, omnibusque virtntibus ornatnm excupivi, nulla utilitatis privatae, aut fortunarum humanarum habita ratione. Quo factum est ut rumores qui de te aliquando falso probati sunt, veram mihi concitarunt iracundiam : neque enim te credere potui felicem opil)us et fjratia valentem et optimarum' artium studiis eruditum, nisi principis animum gerendo, spem vitae omnem in Deo colloces. R. et Rnœ obsequentissimus te prœbeas, stes promissis, nil subentem agas vuïturis, animos blando sermonf dolinias. Non eo diro, Ca^sar, quo te ab bis virtutibus alienum esse cognoscam; sœpissime enim perspecta est altitude animi tui, et etiam inlempcstive accedentibus et impudenter rogantibus cognlta farilifas. Sed quod {ptati et levitati tufp dandum esset naliirre tribuitur, miranturque omnes te aulico usa, lillerarum cognitione et praestantem, cœteros principes benevolentiaî colligendae artificio non vincerei. Nulla agenda mitto quœ ad discessum accinctus scribam. Fero historiographum Gallicum sed cura Marianam hispanico et ilafino sormono emendum. Tuus usu et studio obsequentissiinu? v\ addirtis^îimus. Y. Y.

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