‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 150 sur 489 · SCÈNE I. — CLITANDRE, ACASTE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — CLITANDRE, ACASTE

CLITANDRE

Qier marquis, je te vois Tâme bien satisfaite;

Tonte chose t^égaye, et rien ne t'inquiète.

En bonne foi, ^crois-tu, sans t'ébj^.uir les yeux, -EiU-^^'^^'^x

Avoir de grands sujets de paroitre joyeuxT^ '

ACASTE

Parbleu! je ne vois pas, lorsque je m'examine,

Où prendre aucun sujet d'avoir l'âme chagrine;

J'ai du bien, je suis jeune,, et sors d'une maison

Qui se peut dire noble avec quelque raison ;

Et je crois, par le rang que me donne ma race,

Qu41 est fort peu d'emplois dont je ne sois en passe, t^^^^^'^"'*^

Pour le^ur, dont surtout nous devons taire cas,

On saiî, sans vanité, que je n'en manque pas;

Et l'on m'a vu pousser dans le monde une affaiiNe

D'une assez vigoureuse et gaillarde manière. \^«.^

Pour de l'esprit, j'en ai, sans doute; et du bon goût,

A juger sans étude et raisonner de tout;

A faireaux nptiyeautés, dont je suis idolâtre, (vv^'«vjlAjX

Figureàe^savant sur les bancs du théâtre ; ^

Y décider ën^ef^ et faire du fracas

A tous les beaux endroits qui méritent des has * ! v

Je suis assez adroit; j'ai bon air, bonne mine, a<v>A^' ^*'^-'**^^

Les dents belles surtout, et la taille fort fine.'

Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter.

Qu'on seroit mal venu de me le disputer.

Je me vois dans l'estime autant qu'orî y puisse être.

Fort aimé du beau sexe^ et bien auprès du maîtrje.

Je crois qu'avec cela, mon cher marquis, je croi % ^

Qu'on peut, par tout pays, être content de soi.

CLITANDRE

Oui. Mais, trouvant ailleurs des conquêtes faciles. Pourquoi pousser ici des soupirs inutiles?

ACASTE. ' '■ (j

Moi? Parbleu ! je ne suis de taille ni d'humeur .'^-"^"^'"^ A pouvoir d'une belle essuyèrla froideur. C'est aux gens mal tournés, aux mérites vulgaires, A brûler constamment potir des beautés sévères,

' Molière fait ici de l'interjection ha! un substantif auquel il donne un pluriel.

A languir à leurs pieds et souffrir leurs rigueurs,

A chercher le secours des soupirs et des pleurs,

Et tâcher, par des soins d'une très-longue suite,

D'obtenir ce qu'on nie à leur peu de mérite.

Mais les gens de mon air, marquis, ne sont pas faits . ^

Pour aimer à crédit et faire tous les frais. '"v^ Cu^*^A/^

Quelque rare què'soit le mérite des belles,

Je pense. Dieu merci, qu'on vaut son prix comme elles;

Que pour se faire honneur d'un cœur comme le mien,

Ce n'est pas la raison qu'il ne leur coûte rien ;

Et qu'au moins, à tout mettre en de justes balances^

Il faut qu'à frais communs se fassent les avances.

CLITANDRE

Tu penses donc, marquis, être fort bien ici?

ACASTE

J'ai quelque lieu, marquis, de le penser ainsi.

CLITANDRE

Crois-moi, détache-toi de cette erreur extrême : Tu te flattes, mon cher, et t'aveugles toi-même.

ACASTE

Il est vrai, je me flatte et m'aveugle en effet.

CLITANDRE

Mais qui te fait juger ton bonheiu* si parfait?

ACASTE

Je me flatte.

Je m'aveuale.

CLITANDRE

Sur quoi fonder tes conjectures?

ACASTE

CLITANDRE

En as-tu des preuves qui soient sûres?'

ACASTE

Je m'abuse, te dis-je.

""■*^ CLITANDRE

Est-ce que de ses voeur Célimène Va fait quelques secrets aveux? ^f>^^?->*-w-T^

ACASTE

Non, je suis maltraité.

CLITANDRE

Réponds-moi, je te prie*

ACASTE

Je n'ai que des rebutS; kA^ ;,^,^

CLITANDRE

Laissons la raillerie.

Et me dis quel espoir on peut t'avoir donné.

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