‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 174 sur 489 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

Et j'ai laissé parler tout le monde avant moi. Ai-je pris sur moi-même un assez long empire? Et puis-je maintenant...

Oui, vous pouvez tout dire; Vous en êtes en droit, lorsque vous vous plaindrez, Et de me reprocher tout ce que vous voudrez. J'ai tort, je le confesse ; et mon âme confuse Ne cherche à vous payer d'aucune vaine excuse. J'ai des autres ici méprisé le courroux; ^ Mais je tombe d'accord de mon crime envers vous. ^ Votre ressentiment sans doute est raisonnable; Je sais combien je dois vous paroitre coupable, ' Que toute chose dit que j'ai pu vous trahir. Et qu'enfin vous avez sujet de me haïr. Faites-le, j'y consens.

ALCESTE

Eh! le puis-je, traîtresse?

Puis-je ainsi triompher de toute ma tendresse? Et, quoique avec ardeur je veuille vous haïr, Trouvé-je un cœur en moi tout prêt à m' obéir?

A Élianle et à Philinte.

Vous voyez ce que peut une indigne tendresse. Et je, vous fais tous deux témoins de ma foiblesse. Mais, à vous dire vrai, ce n'est pas encor tout, Et vous allez me voir la pousser jusqu'au bout, Montrer que c'est à tort que sages on nous nomme, Et que dans tous les cœurs il est toujpurs de l'homme.

A Gélimène.

Oui, je veux bien, perfide, oublier vos forfaits; J'en saurai, dans mon âme, excuser tous les traits, Et me les couvrirai du nom d'une foiblesse Où le vice du temps porte votre jeunesse, Pourvu que votre cœur veuille donner les mains Au dessein que j'ai fait de fuir tous les humaine. Et que dans mon désert où j'ai fait vœu de vivre, Vous soyez, sans tarder, résolue, à me suivre. C'est par là seulement que, dans tous les esprits, Vous pouvez réparer le mal de vos écrits; Et qu'après cet éclat qu'im noble cœur abhorre. Il peut m'êlre permis de vous aimer encore."

Moi, renoncer au monde avant que de vieillir, Et dans votre désert aller m'ensevelirl

i«4 LE MISANTHROPE.

ALCESTE

Eh! s'il faut qu'à mes feux votre flamme réponde, Que vous doit importer tout le reste du monde? Vos désirs avec moi ne sont-ils pas contents?

CÉLIMÈNE

La solitude effraye une âme de vingt ans. Je ne sens point la mienne assez grande, assez forte, Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte. Si le don de ma main peut contenter vos vœux, Je pourrai me résoudre à serrer de tels nœuds; Et Thymen...

ALCESTE

Non, mon cœur à présent vous déteste, Et ce refus lui seul fait plus que tout le reste. Puisque vous n'êtes point, en des liens si doux, Pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous, Allez, je vous refuse; et ce sensible outrage ^^^,^.,^i,^,^> De vos indignes fers pour jamais me dégage.

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