ACTE 1, SCÈNE IV
Sont brillants et parés comme au jour d une fête; Ils surprennent la vue; et nos prés, au printemps, Avec toutes leurs fleurs sont bien moins éclatants. Pour le prince, entre tous sans peine on le remarque, Et d'une stade * loin il sent son grand monarque : Dans toute sa personne il a je ne sais quoi Qui d'abord fait juger que c'est un maître roi. Il le fait dune grâce à nulle autre seconde ; Et cela, sans mentir, lui sied le mieux du monde. On ne croiroit jamais comme de toutes part« Toute sa cour s'empresse à chercher ses regards : Ce sont autour de lui confusions plaisantes. Et l'on diroit d'un tas de mouches reluisantes Qui suivent en tous lieux un doux rayon de miel. Enfin l'on ne voit rien de si beau sous le ciel; Et la fête de Pan, parmi nous si chérie. Auprès de ce spectacle est une gueuserie. Mais, puisque sur le fier vous vous tenez si bien, Je garde ma nouvelle, et ne veux dire rien.
MOPSE
Et noug ne te voulons aucunement entendre.
LYCARSIS.
Allez vous promener.
MOPSE
Va-t'en te faire pendre.
SCÈiNE IV. — ÉROXÈJNE, DAPHNÉ, LYCARSIS.
ETCARSfS, se croyant seul.
C'est de cette façon que l'on punit les gens, Quand ils font les benêts et les impertinents.
BAPHNÉ.
Le ciel tienne, pasteur, vos brebis toujours saines!
ÉUOXÈNE.
Cérès tienne de grains vos granges toujours pleines!
LYGAUSIS.
Et le grand Pan vous donne à chacune un époux Qui vous aime beaucoup et soit digne de vous!
DAPIJNÉ.
Ali! Lycarsis, nos vœux à même but aspirent.
ÉUOXÈNE. \
C'est pour le même objet que nos deux cœurs soupirertt. [? Le mot stade est masculin. Un staie.
232 MÈLTCERTE.
DAPIINÉ.
Et l'Amour, cet enfant qui cause nos langueurs, A pris chez vous le trait dont il blesse nos cœurs,
Et nous venons ici chercher votre alliance, Et voir qui de nous deux aura la préférence
LYCARSIS.
Nymphes...
DAPHNÉ
Pour ce bien seul nous poussons des soupirs,
LYCARSIS.
Je suis...
ÉROXÊNE.
A ce bonheur tendent tous nos désirs.
DAPHNÉ
C'est un peu librement exprimer sa pensée.
LYCARSIS.
Pourquoi?
ÉROXÈNE.
La bienséance y semble un peu blessée.
LYCARSIS.
Ah! point.
DAPHNÉ
Mais, quand le cœur brûle d'un noble feu. On peut, sans nulle honte, en faire un libre aveu.
LYCARSIS.
Je...
Cette liberté nous peut être permise, Et du choix de nos cœurs la beauté l'autorise.
LYCARSIS.
C'est blesser ma pudeur que me flatter ainsi.
ÉROXÈNE.
Non, non, n'affectez point de modestie ici.
DAPHNÉ
Enfin, tout notre bien est en votre puissance.
ÉROXÈNE.
C'est de vous que dépend notre unique espérance.
DAPHNÉ
Trouverons-nous en vous quelques difficultés?
LYCARSIS.
Ah!
ÉROXÊNE.
Nos vœux, dites-moi, seront-ils rejetés?