‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 222 sur 489 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

LYCARSIS.

Myrtil, Myrtil, un mot. Laissons là ces jopur; Il s'agit d'autre chose ici que de moineaux. Ces deux nymphes, Myrtil, à la fois te prétendent, Et, tout jeune*, déjà pour époux te demandent. Je dois par un hymen Rengager à leurs vœux, Et c'est toi que l'on veut qui choisisses des deux.

WYUTIL.

Ces nymphes?

LYCARSIS.

Oui. Des deux tu peux en choisir une.

Vois quel^est ton bonheur, et bénis la fortune.

myhtil.

Ce choix qui m'est offert peut-rl m^^être un bonheur, S'il n'est aucunement souhaité de mon cœur?

LYCARSIS.

Enfin, qu'on le reçoive; et que, sans se confondre, A l'honneur qu'elles font on songe à bien répondre.

ÉROXÈNE.

Malgré cette fierté qui règne parmi nous,

Deux nymphes, ô Myrtil ! viennent s'offrir à vous;

Et de vos quaUtés les merveilles écloses

Font que nous renversons ici l'ordre des dioses.

DAPiiNÉ.

Nous vous laissons, Myrtil, pour l'avis le meilleur, Consulter, sur ce choix, vos yeux et votre cœur; Et nous n'en voulons point prévenir les suffrages Par un récit paré de tous nos avantages.

MYRTIL

C'est me faire un honneur dont l'éclat me surprend ;

Mais cet honneur, pour moi, je l'avoue, est trop grand,

A vos rares bontés il faut que je m'oppose;

Pour mériter ce sort, je suis trop peu de chose;

Et je serois fâché, quels qu'en soient les appas.

Qu'on vous blâmât pour moi de faire un choix trop bas.

ÉROXÈNE.

Contentez nos désirs, quoi qu'on en puisse croire, Et ne vous chargez point du soin de notre gloire.

DAPllN-É.

Non, ne descendez point dans ces humilités, Et laissez-nous juger ce que vous méritez.

•JlYrTIL.

Le choix qui m'est offert s'oppose à votre attente, Tyut jeune, ^onr i^out jeune que lu es.

236 WÉLICERTE.

Et peut seul empêcher que mon cœur vous contente. Le moyen de choisir de deux grandes beautis, Égales en naissance et rares qualités?

Rejeter Tune ou l'autre est im crime effroyable, Et n'en choisir aucune est bien plus raisonnable.

ÉISOXÊNE.

Mais en faisant refus de répondre à nos voeux^ Au lieu d'une, Myrtil, vous en outragez deux.

DAPHNÉ

Puisque nous consentons à Tarrêt qu'on peut rendre. Ces raisons ne font rien à voviloir s'en défendre.

MYUTIL. #

Eh bien, si ces raisons ne vous satisfont pas, Celle-ci le fera : j'aime d'autres appas; Et je sens bien qu'un cœur qu'un bel objet engage Est insensible et sourd à tout autre avantage.

LYCARSIS.

Comment donc! Qu'est ceci? Qui l'eût pu présumer? Et savez-vous, morveux, ce que c'est que d'aimer?

MYRTIL

Sans savoir ce que c'est, mon cœur a su le faire.

LYCARSIS.

Mais cet amour me choque, et n'est pas nécessaire.

MYRTIL

Vous ne deviez donc pas, si cela vous déplaît. Me faire un cœur sensible et tendre comme il est.

LYCARSIS.

Mais ce cœur que j'ai fait me doit obéissance.

MYRTIL

Oui, lorsque d'obéir il est en sa puissance.

LYCARSIS.

Mais enfin, sans mon ordre, il ne doit point aimer.

MYRTIL

Que n'empêchiez- vous donc que l'on pût le charmer?

LYCARSIS.

Eh bien, je vous défends que cela continue.

MYRTIL

La défense, j'ai peur, sera trop tard venue.

LYCARSIS.

Quoi ! les pères n'ont pas des droits supérieurs?

MYRTIL

Les dieux, qui sont bien plus, ne forcent point les cœurs.

LYCARSIS.

Les dieux... Paix, petit sot! Cette philosophie

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