ACTE I, SCÈNE V
»Ie...
DAPIINÉ.
Ne vous mettez point en courroux, je vous prie.
LYCAP.SIS.
Non : je veux qu'il se donne à Tune pour époux, Ou je vais lui donner le fouet tout devant vous. Ah! ah! je vous ferai sentir que je suis père.
DAPHNÉ
Traitons, de grâce, ici les choses sans colère.
Ér.OXÈNE.
Peut-on savoir de vous cet objet si charmant, Dont la beauté, Myrtil, vous a fait son amant?
MYUTIL.
Mélicerte, madame. Elle en peut faire d'autres.
Vous comparez, Myrtil, ses qualités aux nôtres?
DAPHNÉ
Le choix d'elle et de nous est assez inégal.
MYRTIL
Nymphes, au nom des dieux, n'en dites point de mal;
Daignez considérer, de grâce, que je Taime,
Et ne me jetez point dans un désordre extrême.
Si j'outrage, en l'aimant, vos célestes attraits.
Elle n'a point de part au crime que je fais ;
C'est de moi, s'il vous plaît, que vient toute l'offense.
11 est vrai, d'elle à vous je sais la différence;
Mais par sa destinée on se trouve enchaîné;
Et je sens bien enfin que le ciel m'a donné
Pour vous tout le respect, nymphes, imaginable,
Pour elle tout l'amour dont une âme est capable.
Je vois, à la rougeur qui vient de vous saisir
Que ce que je vous dis ne vous fait pas plaisir.
Si vous parlez, mon cœur appréhende d'entendre
Ce qui peut le blesser par l'endroit le plus mdre ;
Et, pour me dérober à de semblables coups,
Nymphes, j'aime bien mieux prendi^e congé de vous.
LYCARSIS.
Myrtil, holà! Myrtil! Veux-tu revenir, traître! Il fuit ; mais on verra qui de nous est le maîtie. Ne vous effrayez point de tous ces vains transports ; Vous l'aurez pour époux, j'en réponds corps pour corps * .
'• Comment s'intéresser à deux filles assez peu retenues pour se jeter à la tête un enfant qui les rebute, pourtant assez maîtresses d'elles-mêmes pour rester amies malgré leur rivalité? (Auger.;
238 MÉLICERTE