SCÈNE VI II
qui fût au pouvoir de quelqu'un, je mettrois toute mon élude à rendre ce quelqu'un jaloux et l'obliger à veiller nait et jour celle que je voudrois gagner. C'est un admirable moyen d avancer ses affaires, et l'on ne tarde guère à profiter du chagrin et de la colère que donnent à l'esprit d'une femme la contrainte et la servitude.
DON PÈDRE
Si bien donc que si quelqu'un vous en contoit, il vous trouveroit disposée à recevoir ses vœux?
ISIDORE
Je ne vous dis rien là-dessus. Mais les femmes, enfin, n'aiment pas qu'on les gêne; et c'est beaucoup risquer que de leur montrer des soupçons et de les tenir reniermées.
DON PÈDRE
Vous reconnoissez peu ce que vous me devez ; et il me semble qu'une esclave que l'on a affranchie et dont on veut faire sa femine...
ISIDORE
Quelle obligation vous ai-je, si vous changez mon esclavage en un autre beaucoup plus rude, si vous ne me laissez jouir d'aucune liberté, et me fatiguez, comme on voit, d'une garde continuelle?
DON PÈDr.E.
Mais tout cela ne part que d'un excès d'amour.
ISIDOPkE.
Si c'est votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr.
DON PÈDRE
Vous êtes aujourd'hui dans une humeur désobligeante ; et je pardonne ces paroles au chagrin où vous pouvez être de vous être levée malin.
SCÈNE VIII. — DON rÈDRE, ISIDORE; IIALI, habillé en Turc, faisant plusieurs révérences à don Pcdre.
DON PÈDRE
Trêve aux cérémonies. Que voulez-vous?
ilALl, se mettant entre don Pèdre et Isidore. Il se tourne vers Isidore, à chaqur parole qu'il dit à don Pèdre, et lui fait des signes pour lui faire conuoîlre K. dessein de son maître,
Signor (avec la permission de la signore), je vous dirai (avec la permission de la signore) que je viens vous trouver (avec la permission ^ de la signore), pour vous prier (avec la permission de la signore) de [vouloir bien (avec la permission de la signore)...
i DON PÈDRE.
Avec la permission de la signore, passez un peu de ce côté. (Don
Pcdre se met entre Hali et Isidore ) 1 ^ IIAU.
,', Signor, je suis un virtucse.
Je n'ai rien à donner.
HALl.
Ce n'est pas ce que je demande. Mais, comme je me mêle un peu de musique et de danse, j'ai instruit quelques esclaves qui voudroient bien trouver un maître qui se plût à ces choses ; et, comme je sais que vous êtes une personne considérable, je voudrois vous prier de les voir et de les entendre, pour les acheter, s'ils vous plaisent, ou pour leur enseigner quelqu'un de vos amis qui voulût s'en accommoder.
ISIDORE
C'est une chose à voir, et cela nous divertira. Faites-les-nous venir.
HALI
Chala bala... Voici une chanson nouvelle, qui est du temps. Écoutez bien. Chala bala.