SCÈNE II. — TARTUFFE, DORINE
TARTUFFE, parlant haut à son valet, qui est dans la maison, dès qu'il aperçoit Dorine.
Laurent, serrez ma haire avec ma discipline. Et priez que toujours le ciel vous illumine. Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers Des aumônes que j'ai partager les deniers.
DORLNE, à part.
Que d'affectation et de forfanterie !
Que voulez-vous?
* Déjà trois fois les spectateurs ont été prévenus des sentiments de Tartuffe pour EIrnire : ils le seront encore une quatrième, et la déclaration suivra aussitôt. Molière avait besoin d'avertir le public d'une scène aussi extraordinaire; et c'est en lui promettant longtemps d'avance un plaisir, celui de surprendre les secrets de l'hypocrite, qu'il prépare celte scène et qu'il <n établit la vraisemblance. (Aimé Martin.)
DORINE
Vous dire...
TARTUFFE, tirant un mouchoir de sa poche.
Ah! mon Dieu! je vous prie, Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.
DORINE
Comment!
Couvrez ce sein que je ne saurois voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela l'ait venir de coupables pensées.
DORINE
Vous êtes donc bien tendre à la tentation, Et la chair sur vos sens fait grande impression! Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte : Mais, à convoiter, moi, je ne suis point si prompte, Et je vous verrois nu du haut jusques en bas, Que toute voire peau ne me lenteroit pas.
Mettez dans vos discours un peu de modestie*, Ou je vais sur-le-champ vous quitter la partie.
Non, non, c'est moi qui vais vous laisser en repos, Et je n'ai seulement qu'à vous dire deux mots. Madame va venir dans cette salle basse. Et d'un mot d'entretien vous demande la grâce.
nélas! très- volontiers.
DORINE, à part.
Comme il se radoucit!
Ma foi, je suis toujours pour ce que j'en ai dit.
Viendra-t-elle bientôt?
DORINE
Je l'entends, ce me semble.
Oui, c'est elle en personne, et je vous laisse ensemble.