ACTE V, SCÈNE III. 54S
Eh! diantre! le moyen de m'en assurer mieux? Je devois donc, ma mère, attendre qu'à mes yeux Il eût... Vous me feriez dire quelque sottise.
MADAME PERNELLE
Enfin d'un trop pur zèle on voit son âme éprise; Et je ne puis du tout me mettre dans l'esprit Qu'il ait voulu tenter les choses que Ton dit ».
ORGO.N.
Allez, je ne sais pas, si vous n'étiez ma mère, Ce que je vous dirois, tant je suis en colère l
DOPilNE, à Orgon.
Juste retour, monsieur, des choses d'ici-bas :
Vous ne vouliez point croire, et l'on ne vous croit pas.
CLÉANTE
Nous perdons des moments en bagatelles pures, Qu'il faudroit employer à prendre des mesures. Aux menaces du fourbe on doit ne dormir poinL
DABIIS.
Quoi! son effronterie iroit jusqu'à ce point?
ELMHIE.
Pour moi, je ne crois pas cette instance possible *, Et son ingratitude est ici trop visible.
CLÉATîTE, à OrgOtl.
Ne vous y fiez pas ; il aura des ressorts Pour donner contre vous raison à ses efforts, Et sur moins que cela le poids d'une cabale Embarrasse les gens dans u i fàciieux dédale. Je vous le dis encore : armé de ce qu'il a, Vous ne deviez jamais le pousser jusque-là.
OHGON.
Il est vrai; mais qu'y faire? A l'orgueil de ce traître, De mes ressentiments je nai pas été maître.
CLÉANTE
Je Youdroio de boa cœur qu on pût entre vous deux De quelque ombre de paix raccommoder les nœuds
ELMU'.E.
Si j'avois su qu'en main il a de telles armes,
"Quel surcroît de comique, et comme l'auteur enchérit sur ce qu'il semble îvoir épuisé, quand madame Femelle joue avec Or^'on le même rôle que ce même Orgon a joué avec les autres personnages de la pièce, lorsqu'elle refuse 36 se rendre à toutes les preuves qu'il allègue contre Tartuffe! Quelle pro- Sression d'effets comiques! (la Harpe.) Instance, demande, poursuite.
Je n'aurois pas donné matière à tant d'alarmes; Et mes...
ORGON, à Dorine, voyant entrer monsieur Loyal. Que veut cet lioinme? Allez tôt le savoir. Je suis bien en état que Ton me vienne voir !
SCÈNE IV. — ORGON, MADAME PERNELLE, ELMIRE, MARIANE, CLÉANTE, DAMIS, EORINE, MONSIEUR LOYAL.
MONSIEUR LOYAL, à Dorine, dans le fond du théâtre. Bonjour, ma chère sœur* ; faites, je vous supplie, Que je parle à monsieur.
DORINE
Il est en compagnie; Et je doute qu'il puisse à présent voir quelqu'un.
MONSIEUR LOYAL
Je ne suis pas pour être en ces lieux importun. Mon abord n'aura rien, je crois, qui lui déplaise; Et je viens pour un fait dont il sera bien aise-
DORINE
Votre nom?
MONSIEUR LOYAL
Dites-lui seulement que je vien De la part de monsieur Tartuffe, pour son bien.
DORINE, à Orgon.
C'est un homme qui vient, avec douceTnaniére, De la part de monsieur Tartuffe, pour affaire Dont vous serez, dit-il, bien aise.
CLÉANTE, à Orgon.
Il vous faut voir Ce que c'est que cet homme et ce qu'il peut vouloir.
ORGON, à Cléante.
Pour nous raccommoder il vient ici peut-être : Quels sentiments aurai-je à lui faire paroître?
CLÉANTE
Votre ressentiment ne doit point éclater; Et, s'il parle d'accord, il le faut écouter.
MONSIEUR LOYAL, à Orgon.
Salut, monsieur! Le ciel perde qui vous veut nuire, Et vous soit favorable autant que je désire !
ORGON, bas, à Cléanle.
Ce doux début s'accorde avec mon jugement
* Cette salutation cénobitique et l'air de douceur hypocrite qui doit raccompagner annoncent tout de suite que M. Loyal est un huissier digne d'occuper, comme on dit, pour le bon M. Tartuffe. (Auger.)