ACTE \, SCÈNE IV. 34S
Et présage déjà quelque accommodement.
MONSIEUR LOÏAL.
Toute votre maison m'a toujours été chère, Et j'étois serviteur de monsieur votre père.
ORGON
Monsieur, j'ai grande honte et demande pardon D'être sans vous corihoître ou savoir votre nom.
MONSIEUR LOYAL
Je m'appelle Loyal, natif de Normandie, Et suis huissier à verge, en dépit de l'envie J'ai, depuis quarante ans, grâce au ciel, le bonheui' D'en exercer la charge avec beaucoup d'honneiu:, Et je vous viens, monsieur, avec votre licence. Signifier l'exploit de certaine ordonnance...
ORGON
Quoi! vous êtes ici...
MONSIEUR LOYAL
Monsieur, sans passion, Ce n'est rien seulement qu'une sommation. Un ordre de vider d'ici, vous et les vôtres, Mettre vos meubles hors, et faire place à d'autres, Sans délai ni remise, ainsi que besoin est.
ORGON
Moi ! sortir de céans?
MONSIEUR LOYAL
Oui, monsieur, s'il vous plaît.
La maison à présent, comme savez de reste, Au bon monsieur Tartuffe appartient sans conteste. De vos biens désormais il est maître et seigneur, En vertu d'un contrat duquel je suis porteur. Il est en bonne forme, et Ton n'y peut rien dire.
DAMIS, à M. Loyal.
Certes, cette impudence est grande, et je l'admire i
MONSIEUR LOYAL, à Dumis.
Monsieur, je ne dois point avoir affaire à vous;
Montrant Orgon.
C'est à monsieur : il est et raisonnable et doux, Et d'un homme de bien il sait trop bien l'office, Pour se vouloir du tout opposer à justice.
ORGON
Mais...
MONSIEUR LOYAL
Oui, monsieur, je sais que pour un million Vous ne voudriez pas faire rébellion,
546 lE TARTUFFE.
Et que vous souffrirez en honnête personne Qu^ j'exécute ici les ordres quon me donne.
DAiMiS.
Vous pourriez bien ici sur vo re noir jupon, Monsieur Fhuissier à verge, attirer le bàlon.
MOWSIEUR LOYAL, à Orgon.
Faites que votre fils se taise ou se retii'e, Monsieur. J'aurois regret d être obligé d'écrire, Et de vous voir couciié dans mon procès-verbal.
DORIME, à part.
Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal.
MONSIEUR LOYAL
Pour tous les gens de bien j'ai de grandes tendresses,
Et ne me suis voulu, monsieur, charger des pièces
Que pour vous obliger et vous l'aire plaisir ;
Que pour ôter par là le moyen d'en clioisir
Qui, n'ayant pas pour vous le zèle qui me pousse,
Auroient pu procéder dime façon moins douce.
ORGON
Et que peut-on de pis que d'ordonner aux gens De sortir de chez eu\?
MONSIEUR LOYAL
On VOUS donne du temps; Et jusques à demain je ferai surséance A l'exécution, monsieiu*, de 1 ordonnance. Je viendrai seulement passer ici la nuit Avec dix de mes gens, sans scandide et sans bruit. Pour la forme il faudra, s'il vous plaît, qu'on m'apporte Avant que se coucher, les clefs de votre porfee. J'aurai soin de ne pas troubler votre repos, Et de ne rien souffrir qui ne soit à propos. Mais demain, du mutin, il vous faut être habile A vider de céans jusqu'au moindre ustensile; Mes gens votis aideront, et je les ai pris forts Pour vous faire service à tout mettre dehors. On n'en peut pas user mieux que je fais, je pense; Et, comme je vous traite avec grande indulgence. Je vous conjure aussi, monsieur, d'en user bien, Et qu'au dû de ma charge on ne me trouble en rieii.
ORGON, à part.
Du meilleur de mon cœur je doimerois, sur l'heure, Les cent plus beaux louis de ce qui me demeure, Et [ ouvoir, à plaisir, sur ce mulfle asséner Le plus grand coup de poing qui se puisse donner.