‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 320 sur 489 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

CLÉAME, bas, à Orgon.

laissez, ne gâtons rien.

DAMIS

A cette audace étrange J'ai peine à me tenir, et la main me démange. j

DORINE

Avec un si bon dos, ma toi, monsieur Loyal, Quelques coups de bâton ne vous siéroient pas mal.

MONSIEUR LOYAL

On pourroit bien punir ces paroles inrâmes.

Ma mie ; et Ton décrète aussi contre les femmes.

CLÉAKTE, à monsieur Loyal.

Finissons tout cela, monsieur; c'en est assez. Donnez tôt ce papier, de grâce, et nous laissez.

MONSIEL'U LOYAL.

Jusqu'au revoir. Le ciel vous tienne tous en joie!

ORGON

Puisse-t-il te confondre, et celui qui t'envoie !

SCÈINE V. — ORGON, MADAME PERNELLE, ELMIRE, CLÉANTE, MARL^iNE, DAMIS, DORUVE.

ORr.ON.

Eh bien, vous le voyez, ma mère, si j'ai droit- Et vous pouvez juger du reste par l'exploit. Ses trahisons enfin vous sont-elles ( unnues?

MADAME PEUNELLE.

Jcsuis tout ébaubie, et je tombe des nues!

DORINE, à Orgon.

Vous VOUS plaignez à tort, à tort vous le blâmez,

Et ses pieux desseins par là sont confirmés.

Dans l'amour du prochain sa vertu se consomme :

Il sait que très-souvent les biens corrompent l'homme.

Et, par charité pure, il veut vous enlever

Tout ce qui vous peut faire obstacle à vous sauver.

ORGON

Taisez-vous. C'est le mot qu'il vous faut toujours dire.

CLÉAME, à Orgon.

Allons voir quel conseil on doit vous faire élire.

ELMIRE

Allez faire éclater Paudace de l'ingrat.

Ce procédé détruit la vertu du contrat;

Et sa déloyauté va paroi Ire trop noire,

Pour souifrn^ qu'il en ait le succès qu*on veut croire

548 l'E TARTUFFE.

SCÈNE VI. - VALÈRE, ORGON, MADAME PERNELLE, ELMIRE, CLÉANTE, MARIANE, DAMIS,. DORINE.

VALÊRE.

Avec regret, monsieur, je viens vous affliger;

Mais je m'y vois contraint par le pressant danger.

Un ami, qui m'est joint d'une amilié fort tendre.

Et qui sait l'intérêt qu eu vous jai lieu de prendre,

A violé pour moi, par un pas délicat,^

Le secret que l'on doit aux affaires d'État,

Et me vient d'envoyer un avis dont la suite

Vous réduit au parti d'une soudaine fuite.

Le fourbe qui longtemps a pu vous imposer

Depuis une heure au prince a su vous accuser,

Et remettre en ses mains, dans les traits qu'il vous jette,

D'un criminel d'Étal l'importante cassette.

Dont, au mépris, dit-il, du devoir dun sujet,

Vous avez conservé le conpable secret.

J'ignore le détail du crime qu'on vous donne*;

Mais un ordre est donné contre votre personne;

Et lui-même est chargé, pour mieux Texécuter,

D'accompagner celui qui vous doit arrêter,

CLÉAME. ^

Voilà ses droits armés ; et c'est par où le traître

De vos biens qu'il prétend chei che à se rendre maître.

L'homme est, je vous Tavoue, un méchant animal!

VALÈRE

Le moindre amusement - vous peut être fatal. J'ai, pour vous emmener, mon carrosse à la porte. Avec mille louis qu'ici je vous apporte. Ne perdons point de temps : le trait est foudroyant; Et ce sont de ces coups que l'on pnre en fuyant. A vous mettre en lieu sûr je m'ofire pour conduite, Et veux accompagner, jusqu'au bout, votre fuite.

ORGON

Las! que ne dois-je point à vos soins obligeants! Pour vous en rendre grâce, il faut un autre temps; Et je demande au ciel de m'être assez propice Pour reconnoître un jour ce généreux service. Adieu : prenez le soin, vous autres.

• Qu'on vous impute. Le mot donne semble impropre. ' Uetardement, perte de temps.

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