ACTE V, SCÈNE V
CLÉAME, bas, à Orgon.
laissez, ne gâtons rien.
DAMIS
A cette audace étrange J'ai peine à me tenir, et la main me démange. j
DORINE
Avec un si bon dos, ma toi, monsieur Loyal, Quelques coups de bâton ne vous siéroient pas mal.
MONSIEUR LOYAL
On pourroit bien punir ces paroles inrâmes.
Ma mie ; et Ton décrète aussi contre les femmes.
CLÉAKTE, à monsieur Loyal.
Finissons tout cela, monsieur; c'en est assez. Donnez tôt ce papier, de grâce, et nous laissez.
MONSIEL'U LOYAL.
Jusqu'au revoir. Le ciel vous tienne tous en joie!
ORGON
Puisse-t-il te confondre, et celui qui t'envoie !
SCÈINE V. — ORGON, MADAME PERNELLE, ELMIRE, CLÉANTE, MARL^iNE, DAMIS, DORUVE.
ORr.ON.
Eh bien, vous le voyez, ma mère, si j'ai droit- Et vous pouvez juger du reste par l'exploit. Ses trahisons enfin vous sont-elles ( unnues?
MADAME PEUNELLE.
Jcsuis tout ébaubie, et je tombe des nues!
DORINE, à Orgon.
Vous VOUS plaignez à tort, à tort vous le blâmez,
Et ses pieux desseins par là sont confirmés.
Dans l'amour du prochain sa vertu se consomme :
Il sait que très-souvent les biens corrompent l'homme.
Et, par charité pure, il veut vous enlever
Tout ce qui vous peut faire obstacle à vous sauver.
ORGON
Taisez-vous. C'est le mot qu'il vous faut toujours dire.
CLÉAME, à Orgon.
Allons voir quel conseil on doit vous faire élire.
ELMIRE
Allez faire éclater Paudace de l'ingrat.
Ce procédé détruit la vertu du contrat;
Et sa déloyauté va paroi Ire trop noire,
Pour souifrn^ qu'il en ait le succès qu*on veut croire
548 l'E TARTUFFE.
SCÈNE VI. - VALÈRE, ORGON, MADAME PERNELLE, ELMIRE, CLÉANTE, MARIANE, DAMIS,. DORINE.
VALÊRE.
Avec regret, monsieur, je viens vous affliger;
Mais je m'y vois contraint par le pressant danger.
Un ami, qui m'est joint d'une amilié fort tendre.
Et qui sait l'intérêt qu eu vous jai lieu de prendre,
A violé pour moi, par un pas délicat,^
Le secret que l'on doit aux affaires d'État,
Et me vient d'envoyer un avis dont la suite
Vous réduit au parti d'une soudaine fuite.
Le fourbe qui longtemps a pu vous imposer
Depuis une heure au prince a su vous accuser,
Et remettre en ses mains, dans les traits qu'il vous jette,
D'un criminel d'Étal l'importante cassette.
Dont, au mépris, dit-il, du devoir dun sujet,
Vous avez conservé le conpable secret.
J'ignore le détail du crime qu'on vous donne*;
Mais un ordre est donné contre votre personne;
Et lui-même est chargé, pour mieux Texécuter,
D'accompagner celui qui vous doit arrêter,
CLÉAME. ^
Voilà ses droits armés ; et c'est par où le traître
De vos biens qu'il prétend chei che à se rendre maître.
L'homme est, je vous Tavoue, un méchant animal!
VALÈRE
Le moindre amusement - vous peut être fatal. J'ai, pour vous emmener, mon carrosse à la porte. Avec mille louis qu'ici je vous apporte. Ne perdons point de temps : le trait est foudroyant; Et ce sont de ces coups que l'on pnre en fuyant. A vous mettre en lieu sûr je m'ofire pour conduite, Et veux accompagner, jusqu'au bout, votre fuite.
ORGON
Las! que ne dois-je point à vos soins obligeants! Pour vous en rendre grâce, il faut un autre temps; Et je demande au ciel de m'être assez propice Pour reconnoître un jour ce généreux service. Adieu : prenez le soin, vous autres.
• Qu'on vous impute. Le mot donne semble impropre. ' Uetardement, perte de temps.