‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 321 sur 489 · ACTE V, SCÈNE VIL 3'i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIL 3'i

CLÉANTE

Allez tôt; Nous songerons, mon frère, à faire ce qu'il faut.

SCÈNE VII. — TARTUFFE, UN EXEMPT, MADAME PERNELLE, ORGON, ELMIRE, CLÉANTE, MARIANE, YALÈRE, DAMIS, DORINE.

TARTUFFE, arrêtant Orgon.

Tout beau, monsieur, tout beau, ne courez point si vite : Vous n'irez pas fort loin pour trouver votre gîte; Et, de la part du prince, on vous fait prisonnier.

OKGON.

Traître! tu me gardois ce trait pour le dernier: C'est le coup, scélérat, par où lu m'expédies; Et voilà couronner toutes tes perfidies !

Vos injures n'ont rien à me pouvoir aigrir; Et je suis, pour le ciel, appris à tout souffrir.

CLÉANTE

La modération est grande, je Tavoue.

DAMlS.

Comme du ciel l'infâme impudemment se joue!

Tous vos emportements ne sauroient m'émouvoir; Et je ne songe à rien qu'à faire mon devoir.

MARIANE

Vous avez de ceci grande gloire à prétendre ;

Et cet emploi pour vous est fort honnête à prendre.

Un emploi ne sauroit être que glorieux

Quand il part du pouvoir qui m'envoie en ces lieux.

ORGON

Mais fes-tu souvenu que ma main charitable, Ingrat, t'a retiré d'un état misérable?

Oui, je sais quels secours j'en ai pu recevoir; Mais l'intérêt du prince est mon premier devoir. De ce devoir sacré la juste violence Étouffe dans mon cœur toute reconnoissance ; Et je sacriiieiois à de si puissants nœuds Ami, femme, parents, et moi-même avec eux.

ELMIRE

L*imposteur !

DORINE

Comme il sait, de traîtresse manière, XI. 20

Se faire un be^u manteau de tout ce qu'on révèrei

CLÉANTE

Mais, s'il œt si parfait que vous le déclarez. Ce zèle qui vous pousse et dont vous vous parez. D'où vient que pour paroîlre il s'avise d'attendre Qu'à poursuivre sa femme il ait su vous surprendre. Et que vous ne songez à l'aller dénoncer Que lorsque son honneur l'oblige à vous chasser? Je ne vous parle point, pour devoir en distraire *, Du don de tout son bien qu'il venoit de vous faire; Mais, le voulant traiter en coupable aujourd'hui, Pourquoi consentiez- vous à rien prendre de lui?

TARTUFFE, à 1" exempt.

Délivrez-moi, monsieur, de la criaillerie;

El daignez accomplir votre ordre, je vous prie

l'exempt.

Oui, c'est trop demeiu'er, sans doute, à l'accomplii^; Votre bouche à propos m'invileà le remplir: Et, pour l'exécuter, suivez-moi tout à l'heure Dans la prison qu'on doit vous donner pour demeure 2.

TAKTUrFE.

Qui? moi, monsieur?

l'exempt.

Oui, vous.

TAPOUEFE ,

Pourquoi donc la prison?

l'exempt.

Ce n'est pas vous à qui j'en veux rendre raison.

A Orgon.

Piemeltez-vous, monsieur, d'une alarme si chaude. Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude, Un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs, Et que ne peut tromper tout l'art des imposteiii's. D'un fm discernement sa grande âme pourvue Sur les choses toujours jette une droite vue ; Chez elle jamais rien ne surprend trop d'accès. Et sa fermé raison ne tombe en nul excès. Il donne aux gens de bien une gloire linmortellc;

' Celte fmde vers, peu intelli^^ible, ressemble à un remplissage. ' Voilà un coup de Uiéàlre qui est, pour ainsi dire, le pendant de celui du quatrième acte :

C'est à vous d'en sortir, vous qui pariez en mail: e.

Autant l'un a causé de terreur et de consternation, autant l'autie procure de soulagement et de plaisir. (Auger.^

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