‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 338 sur 489 · SCÈNE IV. — CLÉANTHIS, MERCIRE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — CLÉANTHIS, MERCIRE

CLÉANTFUS, à part,

Ociel! que d'aimables caresses D'un époux ardemment chéri !

Et que mon traître de mari Est loin de toutes ces tendresses '

MEIICURE, à part.

La Nuit, qu'il me faut avertir.

N'a plus qu'à plier tous ses voiles; Et, pour effacer les étoiles, Le Soleil de son lit peut maintenant sortir

CLÉANTins, arrêlanl Mercure.

Quoi! c'est ainsi que Ton me quitte!

MERCURE

El comment donc? Ne veux-tu pas

Que de mon devoir je m'acquitte, ^

Et que d'Amphitryon j'aille suivre les pas?

CLÉANTHIS.

Mais avec celte brusquerie, Traître ! de moi te séparer]

374 AMPHITRYON

MERCURE

Le beau sujet de fâclierie !

Nous avons tant de temps ensenible à demeurer!

CLÉANTUIS.

Mais quoi ! partir ainsi d'une façon brutale,

Sans me dire un seul mot de douceur pour régale !

MERCURE

Diantre ! où veux-tu que mon esprit

T'aille chercher des fariboles?

Quinze ans de mariage épuisent les paroles; Et, depuis un long temps, nous nous sommes tout dit*

CLÉANTHIS.

Regarde, traître, Amphitryon; Vois combien pour Alcmène il étale de flamme; Et rougis, là-dessus, du peu de passion

Que tu témoignes pour ta femme.

MERCURE

Eh ! mon Dieu ! Cléanthis, ils sont encore amants.

Il est certain âge où tout passe ; Et ce qm leur sied bien dans ces commencements^ En nous, vieux mariés, auroit mauvaise grâce. Il nous feroit beau voir, attachés face à face,

A pousser les beaux sentiments !

CLÉANTUIS. •

Quoi! suis-je hors d'état, perfide, d'espérer Qu'un cœur auprès de moi soupire?

MERCURE

Non, je n'ai garde de !e dire; ^

Mais je suis trop barbon pour oser soupirer^ .IriÀS^i Et je ferois crever de rire.

CLÉANTIUS.

Mérites-tu, pendard, cet insigne bonheur

De te voir pour épouse une femme d'honneur?

MERCURE

Mon Dieu ! tu n'es que trop honnête ; Ce grand honneur ne me vaut rien.

Ne sois point si femme de bien, Et me romps un peu moins la tête.

CLÉANTHIS.

Conmient! de trop bien vivre on te voit, me blâmer !

MËltCU&E.

La douceur d'une femme est tout ce qui me charme ; Et ta vertu fait un vacarme f

Qui ne cesse de m'assommer.

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