‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 345 sur 489 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Est un peu, ce me semble, étrange.

ALCMÈ^•E.

C'est ce qu'on peut donner pour change Au songe dont vous me parlez.

AMPHITRYON

A moins d'un songe, on ne peut pas, sans doute. Excuser ce qu'ici votre bouche me dit.

ALCMÈKE.

A moins d'une vapeur qui vous trouble l'esprit, ^

On ne peut pas sauver ce que de vous j'écoute.

AMPHITRYON

Laissons un peu cette vapeur, Alcmène.

ALCMÈNE

Laissons un peu ce source, Amphitryon.

AMPIUTRYON.

Sur le sujet dont il est question Il n'est guère de jeu que trop loin on ne mène.

ALCMÈNE

Sans doute ; et, pour marque certaine, Je commence à sentir un peu d'émotion.

AMPHITRYON

Est-ce donc que par là vous voulez essayer A réparer l'accueil dont je vous ai fait plainte?

ALCMÈ.NE.

Est-ce donc- que par cette feinte Vous désirez vous égrryer?

AMPHITRYON

Ah! de grâce, cessons, Alcmène, je vous piie, Et parlons sérieusement.

ALCMÈNE

Amphitryon, c'est trop pousser l'amusement; Finissons cette raillerie.

AMPHITRYON

Quoi ! vous osez me soutenir en face Que plus tôt qu'à cette heure on m'ait ici pu voir?

ALCMÈNE

Quoi! vous voulez nier avec audace Que dès hier en ces lieux vous vîntes sur le soir?

Moi! je vins hier?

ALCMÈKE.

Sans doute ; et, dès devant l'aurore, . Vous vous en êtes retourné.

584 AMPHITRYON

AMPHITRYON, à part.

Ciel! un pareil débat s'est-il pu voir encore? Et qui de tout ceci ne seroit étonné?

Sosie!

SOSIE

Elle a besoin de six grains d'ellébore ^ Monsieur, son esprit est tourné.

AMPHITRYON

Alcmène, au nom de tous les dieux.

Ce discours a d'étranges suites !

Reprenez vos sens un peu mieux, Et pensez à ce que vous dites.

ALCMÈNE

J'y pense mûrement aussi ; Et tous ceux du logis ont vu voire arrivée. . J'ignore quel motif vous fait agir ainsi ; Mais, si la chose avoit besoin d'être prouvée, S'il étoit vrai qu'on pût ne s'en souvenir pas, De qui puis-je tenir, que de vous, la nouvelle

Du dernier de tous vos combats, Et les cinq diamants que portoit Ptérélas,

Qu'a fait dans /la nuit éternelle

Tomber Tefiort de votre bras?

En pourroit-on vouloir un plus sûr témoignage?

Quoi! je vous ai déjà donné Le nœud de diamants que j'eus pour mon partage, Et que je vous ai destiné?

ALCMÈNE

Assurément. Il n'est pas difficile De vous en bien convaincre.

AMPHITRYON

Et comment?

ALCMÈNE, montrant le nœud de diamants à sa ceinture.

Le voici.

AMPHITRYON

Sosie!

SOSIE, tirant de sa poche un coffret.

Elle se moque, et je le tiens ici; Monsieur, la feinle est inutile.

AMPHITRYON, regardant le coffret.

Le cachet est entier.

ALCMÈNE, présentant à Amphitryon le nœud de jiamanis. Est-ce une vision?

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