‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 346 sur 489 · ACTE If, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE If, SCÈNE II

Tenez. Trouverez-vous cette preuve assez forte?

AMPHITRYON

Ah ! ciel ! ô juste ciel !

ALCMÈNE

Allez, Amphitryon, Vous vous moquez d'en user de la sorte; Et vous en devriez avoir confusion.

AMPHITRYON

Romps vite ce cachet.

SOSIE, ayant ouvert le coffret.

Ma foi, la place est vide,.

II faut que, par magie, on ait su le tirer, Ou bien que de lui-même il soit venu, sans guide, Vers celle qu'il a su qu'on en vouloit parer.

AMPHITRYON, à part.

0 dieux, dont le pouvoir sur les choses préside. Quelle est cette aventure, et qu'en puis-je augurer Dont mon amour ne s'intimide?

SOSIE, à Amphitryon.

Si sa bouche dit vrai, nous avons même sort.

Et de même que moi, monsieur, vous êtes double.

AMPHITRYON

Tais-toi.

ALCMÈNE

Sur quoi vous étonner si fort?

Et d'où peut naître ce grand trouble?

AMPHITRYON, à part.

0 ciel! quel étrange embarras!

Je vois des incidents qui passent la nature ; Et mon honneur redoute une aventure Que mon esprit ne comprend pas.

ALCMÈNE

Songez-vous, en tenant cette preuve sensible, A me nier encor votre retour pressé?

AMPHITRYON

Non ; mais, à ce retour, daignez, s'il est possible, Me conter ce qui s'est passé.

ALCMÈNE

Puisque vous demandez un récit de la chose, Vous voulez dire donc que ce n'étoit pas vous?

AMPHITRYON

Pardonnez-moi; mais j'ai certaine cause Qui me fait demander ce récit entre nous. II. 2î

ses AMPHITRYON.

ALCMÈNE

Les scucis importants qui vous peuvent saisir Vous ont-ils fait si vite en perdre la mémoire?

AMPHITRYON

Peut-être; mais enfin vous me ferez plaisir De m'en dire toute Thistoire.

ALCUÈNE.

L'histoire n'est pas longue. A vous je m'avançai,

Pleine d'une aimable surprise;

Tendrement .je vous embrassai, Et témoignai ma joie à plus d'une reprise.

AMPHITRYON, à part.

Ah! d'un si doux accueil je me serois passé.

ALCMÈNE

Vous me fîtes d'abord ce présent d'importance, Que du butin conquis vous m'aviez destiné.

Votre cœur avec véhémence M'étala de ses feux toute la violence, Et les soins importuns qui lavoient enchaîné, L'aise de me revoir, les tourments de l'absence, Tout le souci que son impatience

Pour le retour s'étoit donné ; Et jamais votre amour, en pareille occurrence. Ne me parut si tendre et si passionné.

AMPHITRYON, à part.

Peut-on plus vivement se voir assassiné?

ALCMÈNE

Tous ces transports, toute cette tendresse, Comme vous croyez bien, ne me déplaisoient pas;

Et, s'il faut que je le confesse.

Mon cœur, Amphitryon, y trouvoit mille appas.

AMPHITRYON

Ensuite, s'il vous plaît?

ALCMÈNE

îîous nous entrecoupâmes De mille questions qui pou voient nous toucher. On servit. Tête à tête ensemble nous soupâmes; Et, le souper fini, nous nous fûmes coucher.

AMPHITRYON

Ensemble?

ALCMÈNE

Assurément. Quelle est cette demande?

AMPHITRYON, à part.

Ah ! c'est ici le coup le plus cruel de tous.

Page 1