‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 360 sur 489 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Pour fuir leurs persécutions, Leur tuante amitié de tous côtés m'arrête; Et, tandis qu'à l'ardeur de leurs expressions

Je réponds d'un geste de tête, Je leur donne tout bas cent malédictions. Ah ! qu'on est peu flatté de louange, d'honneur. Et de tout ce que donne une grande victoire, Lorsque dans l'âme on souffre une vive douleur ! Et que l'on donneroit volontiers cette gloire

Pour avoir le repos du cœur !

Ma jalousie, à tout propos,

Me promène sur ma disgrâce;

Et plus mon esprit y repasse, Moins j'en puis débrouiller le funeste chaos. Le vol des diamants n'est pas ce qui m'étonne: On lève les cachets, qu'on ne l'aperçoit pas ; Mais le don qu'on veut qu'hier j'en vins faire en personne Est ce qui fait ici mon cruel embarras. La nature parfois produit des ressemblances Dont quelques imposteurs ont pris droit d'abuser ; Mais il est hors de sens que, sous ces apparences, Un homme pour époux se puisse supposer ; Et dans tous ces rapports sont mille différences Dont se peut une femme aisément aviser.

Des charmes de la Thessalie On vante de tout temps les merveilleux effets ; Mais les contes fameux qui partout en sont faits Dans mon esprit toujours ont passé pour folie; Et ce seroit du sort une étrange rigueur.

Qu'au sortir d'une ample victoire

Je fuése contraint de les croire

Aux dépens de mon propre honneur.

Je veux la retâter sur ce fâcheux mystère, Et voir si ce n'est point une vaine chimère Qui sur ses sens troublés ait su prendre crédit.

Ah ! fasse le ciel équitable

Que ce penser soit véritable, Et que, pour mon bonheur, elle ait perdu l'esprit !

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