‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 41 sur 489 · SCÈIVE II. — LA PRINCESSE, IPHITAS, EURYALE, AGLANTE, CYNTHIE · texte numérisé non relu

SCÈIVE II. — LA PRINCESSE, IPHITAS, EURYALE, AGLANTE, CYNTHIE

MORON

0 ciel ! que vois-je ici?

IPIIITAS, à Euryale.

Oui, Thonneur de votre alliance m'est d'un prix très-considérable, et je souscris aisément de tous mes sulTrages à la demande que vous me faites.

LA PllIKCESSB, à Iphilas.

Seigneur, je me jette à vos pieds pour vous demander une grâfce. Vous m'avez toujours témoigné une tendresse extrême, et je crois vous devoir bien plus par les bontés que vous m'avez fait voir que par le jour que vous m'avez donné. Mais, si jamais vous avez eu de l'amitié pour moi, je vous en demande aujourd'hui la plus sensible preuve que vous me puissiez accorder; c'est de n'écouter point, seigneur, la demande de ce prince, et de ne pas souffrir que la princesse Aglante soit unie avec lui.

IPHITAS.

Et par quelle raison, ma fille, voudrois-tu t'opposer à cfitte union?

Par la raison que je hais ce prince, et que je veux, si je puis, traverser ses desseins.

UHITAS.

Tu le hais, ma fille?

LA PBINCESSE.

Oui, et de tout mon cœur, je vous l'avoue,

IPIUTAS.

Et que l'a-t-il fait?

Il m'a méprisée. Et comment?

IPHITAS.

Il ne m'a pas trouvée assez bien faite pour m'adresser ses vœux.

IPHITAS.

Et quelle offense te fait cela ? tu ne veux accepter personne.

LA PKINCESSE. ,

N'importe. Il me devoit aimer comme les autres, et me laisser au moins la gloire de le refuser. Sa déclaration me fait un aflront ; et ce m'est une honte sensible qu'à mes yeux, et au milieu de votre cour, il a recherché une autre que moi.

IPIIITAS.

Mais quel intérêt doLs-tu prendre à lui î

J'en prends, seigneur, à me venger de son mépris; el comme je sais bien qu'il aime Agltinte avec beaucoup d'ardeur, je veux empêcher', s'il vous plaît, qu'il ne soit heureux avec elle.

IPHITAS.

Cela te tient donc bien au cœur*^

Oui, seigneur, sans doute ; et, s'il obtient ce qu'il demande, vous me verrez expirer à vos yeux.

IPHITAS.

Va. va, ma fille, avoue franchement la chose. Le mérite de ce prince t'a fait ouvrir les yeux, et tu Taimes enfin, quoi que tu puisses dire.

LA PRJNCESSE.

Moi, seigneur!

IPHITAS.

Oui, tu l'aimes.

Je l'aime, dites- vous? et vous mirnputez cette lâcheté! 0 ciel ' quelle est mon infortune! Puis-je bien, sans mourir, entendre ces paroles? Et faut-il que je sois si malheureuse, qu'on me soupçonne de l'aimer? Ah! si c'étoit un autre que vous, seigneur, qui me tint ce discours, je ne sais pas ce que je ne ferois point '

IPHITAS.

Eh bien, oui, tu ne l'aimes pas. Tu le hais, j'y consens, et je veux bien, pour te contenter, qu'il n'épouse pas la princesse Aglante.

LA Pl;LNCESSE.

Ah ! seigneur, vous me donnez la vie !

IPHITAS.

îiais, afin d'empêcher qu'il ne puisse être jamais à elle, il faut que tu le prennes pour toi.

Vous vous moquez, seigneur, et ce n'est pas ce qu'il demande.

EURYALE

Pardonnez-moi, madame, je ^uis assez téméraire pour cela, et Je prends à témoin lepi'iiice votre père si ce n'est pas vous que j'ai demandée. C'est trop vous tenir dans l'erreur ; il faut lever le masque. et, dussiez- vous vous en prévaloir contre moi, découvrir à vos yeux les véritables sentiments de mon cœur. Je nai jamais aimé que vous, et jamais je n'aimerai que vous. C'est vous, madame, qui m'avez enlevé cette qualité d'insensible que l'avois toujours aneclce: et loui ce que j'ai pu vous dire n'a été qu'une feuite qu'un mouvemeut seciel m'a inspirée, et que je n'ai suivie qu'avec toutes les violences im:!g;nablés. Il lalloil qu'elle cessât bientôt, sans doute, et je m'étonne seulement qu'elle ait pu durer la moitié d'un jour; car, enfin, je mourois,

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