‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 64 sur 329 · LIVRE II. l · texte numérisé non relu

LIVRE II. l

Qu'on me debvroîl appeller misérable Si mon vouloir estoit autre que sien.

Et fusse Helaine au gracieux maintien, Qui me vint dire, amy, fais mon cueur tien, Je respondrois, point ne seray muable:

Là me tiendray.

Qu'un chascun donc voyse chercher son bien: Quant est à moy, je me trouve tresbien , J'ay dame belle , exquise , et honnorable : Parquoy fusse je unze mille ans durable, Au dieu d'amours ne demanderay rien :

Là me tiendray.

DU BAISER DE s'AMYE.

tiN la baisant m'a dict, amy sans blasme, Ce seul baiser, qui deux bouches embasme, Les arres sont du bien tant espéré :

Ce mot elle a doulcement proféré Pensant du tout appaiser ma grand 'flamme.

Mais le mien cueur adonc plus elle enflamme

JL

Car son alaine odorant plus que basme Souflloit le feu qu'Amour m'a préparé, En la baisant.

l56 RONDEAUX.

Bref, mon esprit sans congnoissance d'ame Vivoit alors sur la bouche à ma dame Dont se mouroit le corps énamoure :

Et si la lèvre eust gueres demouré Contre la mienne, elle m'eust succë Tame En la baisant.

DE l'amant douloureux.

Avant mes jours, mort me fault encourir, Par un regard , dont m'as voulu ferir : Et ne te cbault de ma griefve destresse : Mais n'est ce pas à toy grande rudesse, Veu que tu as de quoy me secourir ?

Auprès de Peau de soif me fault périr. Je me vçy jeune, et en cage fleurir, Et si me monstre estre plein de vieillesse Avant mes jours.

Or si je meurs , je veulx Dieu requérir. Prendre mon ame : et sans plus enquérir , Je donne aux vers mon corps plein de tristesse. Et quant à toy, pardonne à ta simplesse, Ce nonobstant que me faces mourir Avant mes jours.

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