LIVRE II. • l6l
DU MAL CONTENT d'AMOURS.
D'est RE amoureux n'ay plus intention, * C'est maintenant ma moindre affection, Car celle là , de qui je cuydois estre Le bien ayme' , m'a bien faict apparoistre Qu'au faict d'amour n'y a que fiction.
Je la pensois sans imperfection , Mais d'autre amy a prins possession :
Et pource , plus ne me veulx entremettre D' estre amoureux.
Au temps présent par toute nation Les dames sont comme un petit sion , Qui tous] ours ployé à dextre et à sen estre. Bref, les plus fins n'y sçavent rien congnoistre: Parquoy concludz que c'est abusion D' estre amoureux.
' Quand on répète si souvent qu'on renonce à l'amour , c'est une preuve qu'on est loin de le faire. Mavot avait dit aussi , en i5i3, dans sa ballade II :
Je qnicte tout , je donne , je résigne Le don d'aymer qui est si cher vendu.
Mais, prévoyant bien ce qui devait lui arriver pendant toute sa vie, consacrée, pour ainsi dire, à l'amour, il avait ajouté:
Je ne dy pas que je me détermine
De vaincre Amour , cela m'est deffendn,