PREMIÈRE PARTIE
Histoire des différens états de la châtelleiiie de Saint-Maigrin,
On ne peut se former une plus Juste idée de ces différens étals , et en même temps de toute cette affaire , qu'en distinguant d'abord trois temps , qui en font tout le partage :
Un premier temps , qui a précédé l'usurpation que les seigneurs d'Orchiac ont voulu faire sur le roi ;
Un second temps , qui est celui de l'usurpation même 3
EnHn, un troisième temps, qui comprend ce qui a suivi l'usurpation.
On ne peut parcourir ces trois temps sans être pleinement convaincu que le roi n'a besoin , pour défendre sa cause , que des titres mêmes par lesquels on d voulu la lui faire perdre.
Avant l'usurpation.
Pour découvrir la véritable mouvance de la terre de Saint-Maigrin , il est inutile de remonter plus haut que le quatorzième siècle.
On apprend, par les titres de ce siècle, que la châtellenie d'Orchiac et celle de Saint-Maigrin étoient alors deux chatellenies distinctes et séparées , mouvantes en plein fief du roi , indépendantes l'une de l'autre , et
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possédées sans confusion par los mémos seigneurs, (pii étoienl tic l'aiicieinic maison d'Ortliiar.
Aimarcl d'Orcliiac, qui possétloil ces deux rliàlellenies vers le milieu dû qualorzièmo siècle, laissa ses deux cnlans mineurs, Ainiard el Jeanne d'Orcliiac, s<ius \a garde el la lulclle de Marie Gliasleignicr, leur mère.
Elle reconnut le roi comme seigneur immédiat d'Orcliiac et de Saint-Maigrin ; et elle obtint, le 1 1 septembre de l'année i55i , dos lollres de Guy de Néelîe, qui étoit alors lieulonan1-géné:al jjour ic roi on Çaintonge, par lesquelles il déclara qu'il j'avoit reçue , en qualité de tutrice de ses eufans^, à faire le serment de féaulé (qu'on (lislinguoitalors do l'hommage plus rjii'ou no lait aujourd'hui), pour /es châteaux et châteUenies d'Orcliiac et de Saint-Maigi'in , et qu'il hd avoit donné soufliancc pendant un an , :i l'égard de l'hommage.
Mais la guerre , qui étoit alors Iros-allumée entre la France et l'Angleterre, n'ayant pas permis à la dame d'Orcliiac de s'acquitter de ce devoir dans le temps qui lui étoit prescrit par ces lettres, elle en obtint <ic secondes du roi même, le 24 mai i355, par lesquelles la souffrance fut renouvelée , attendu que les châteaux d'Orchiac et de Saint-Maigrin étoieiU des places frontières.
Comme ces deux châteUenies étoient tenues du roi à deux différons hommages , et qu'elle composoient deux fiefs distincts et séparés, il y avoit dans chacune un capitaine qui y recevoit séparément les ordres du roi ; c'est ce qui paroit par nne commission de Charles d'Espagne, connélable i\v Franco, du 27 novembre i565, adressée aux capitaines d'Orcliiac et de Saint- Maigrin, pour contraindre les liabitans desdits lieux à la garde et contribution des réparations desdits châteaux comme places frontières.
Aimard d'Orchiac, Faîne des deux cnfans qui étoient en i55i sous la tutelle de Mario de Chasteiguier leur
SaS SECONDE
mère , élant mort sans aucune poslérilé , Jeanne d'Orcliiac sa sœur demeura seule proprié laire des cliàtellenies d'Orchiac el de Sainl-Maigrin.
Elle porla ces seigneuries cù. mariage à Guillaume de Mareuil, qui s'acquitta, pour elle el pour lui-même, du devoir de la foi, par un acte du 22 octobre i56i , où l'on voit que Jean de Chaudon , vicomle de Saint- Sauveur, lieutenant dy roi d'Angleterre , qui étoit alors en possession de la Saintonge, reçut Guillaume de Mareuil à faire deux sermens de féaulé , savoir, à cause des terres par lui possédées , et pour sa femme, à cause des châtelhnies de Saint-Maigrin et d'Orchiac , avec souffrance de rendre les hommages jusqua la venue du roi.
Cette souffrance dura jusqu'en l'année i565. Ce fut en cette année que Guillaume de Mareuil rendit au roi , à cause de sa femnie , deux hommages et deux aveux distincts et séparés, l'un pour le château et la châlellenie de Saint-Maigrin , l'autre pour le château et la châtellenie d'Orchiac.
Peu de temps après ces hommages , Jeanne d'Orchiac mourut ; et , comme elle n'avoit point d'enfans , elle fit un legs considérable à Guillaume de Mareuil, son mari.
Ce legs fut contesté par Foucault d'Orchiac, oncle paternel et héritier de la testatrice; et, comme ce fat dans le cours de celte contestation qu'on jeta les fondcmens de la première usurpation que l'on a voulu faire des droits du roi sur la châtellenie de Saint-Maigrin , ce n'est qu'en cet endroit qu'il faut finir le premier temps que l'on a distingué d'abord, c'est-à-dire, celui qui a précédé l'usurpation.
Il n'est pas nécessaire de remarquer ici que, dans ce premier temps , tout est pour le roi ; les actes parlent assez d'eux-mêmes pour n'avoir pas besoin du secours des expressions.
11 faut voir maintenant par quelle surprise on a voulu faire -perdre au roi une mouvance si justement et si anciennement établie.
RMQLKTE. SîQ