La forme de cet hommage
3° La nature irrégulière du fief pour lequel on le rend.
Première circonstance. Quel est celui qui , suivant les titres mêmes du sieur abbé de Vauban , doit être considéré comme le véritable seigneur du château de Bourdeilles ? Ce n'est point l'abbé de Brantôme ; c'est le bienheureux martyr saint Sicaire , qu'une tradition plus que suspecte , met au nombre des saints Innocens. Si l'abbé de Brantôme a quelque part à cet hommage, ce n'est pas en son nom, ce n'est que comme représentant le saint, et en qualité de son lieutenant , ce qui forme le véritable caractère des hommages de dévotion.
Mais cet hommage est-il aussi ancien que l'abbaye ou que le fief de Bourdeilles? C'est ce qui n'est nullement vraisemblable.
En effet , c'est aux reliques , comme le portent quelques-uns des actes du procès , c'est aux reliques de saint Sicaire , que les sieurs de Bourdeilles ont rendu cette marque de leur respect et de leur piété. Or, on ne sauroit presque nier que ce ne soit au plutôt vers le onzième siècle que ces sortes de reliques ont commencé à être apportées en Francb. C'est en ce temps que les expéditions d'outremer et les premières croisades ont été entreprises ; et ce ne fut qu'au retour de la terre-sainte, que l'occident s'enrichit, pour ainsi dire, des dépouilies^de l'orient, par les re-
liques que chaque seigneur s'empressoit de rapporter dans son pays.
Ce n'est pas ici le lieu d'examiner , si la foi de ces reliques est entièrement assurée , ou si les Orientaux n'abusèrent pas souvent en ce temps de la pieuse crédulité de nos pères ; mais quoi qu'il en soit , il ne paroît pas possible de faire remonter plus haut le transport des reliques attribuées au bienheureux saint Sicaire.
D'un autre côté, il est certain que l'abbaye de Brantôme existoit plusieurs siècles avant ce temps , et qu'elle étoit dédiée à Dieu sous l'invocation de saint Pierre.
Or, de ces deux faits , il en résulte une présomption violente que le château de Bourdeilles n'étoit pas mouvant de l'abbaye dans son origine, et qu'il n*a commencé à le devenir que par la dévotion , et peut-être par l'intérêt de quelque seigneur de ce nom.
Car, si ce château avoit toujours été dans la mouvance de l'abbaye de Brantôme^ ou il auroit été mouvant de l'abbé, ou, si l'on avoit voulu le mettre sous la protection de quelque saint, il auroit été naturel de faire hommage à saint Pierre de BrantiWe, auquel cette abbaye étoit spécialement consacrée.
Mais , comme ce n'est que long-temps après, et à l'occasion des reliques de saint Sicaire, qui avoient peut-être été apportées par quelque seigneur de la maison de Bourdeilles, qu'on a conçu le dessein de cette nouvelle mouvance, plutôt par voie de protection , que par une véritable inféodation , voilà pourqvioi ce fief, ainsi établi, ou plutôt ainsi usurpé sur son premier seigneur, a été porté à saint Sicaire; ce qui suppose qu'avant la convention par laquelle ce changement a été fait, ce fief ne dépendoit pas de l'abbaye de Brantôme.
Ce changement, qui est apparemment l'unique fondement du droit de cette abbaye, est d'ailleurs d'autant plus vraisemblable , qu'il se trouve des
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cxeicples de ces sortes de conventions , que la religion sembbit consacrer en quelque manière.
C'est ainsi, que dans la légende de saint Robert ^ premier abbé de la Chaise - D.eu , rapportée par Castel , dans son Histoire des comtes de Toulouse , 1. 2 , p. l36, il est dit que Raimond de Saint-Gilles se trouvant privé de l'iiéritage de son père, se rendit à cette abbaye , où étant devant le sépulcre de saint Robert, et ayant mis son ép^e sur l'autel, il la reprit et lit hommage à saint Robert de la comté de Tholose, comme la tenant de lui, si Dieu lui faisoit la grâce de l'obtenir , comme il le fit bientôt après.
On ne parle pas ici à\me cérémonie presque semblable par laquelle quelques historiens ont prétendu que Charlemagne ayant déposé son diadème sur l'autel de saint Denis , déclara qu'il vouloit désormais tenir son royaume de France en fief de ce saint, non par une servitude humaine, mais par un culte spirituel et divin ; non tamen adstricti humanœ serviluti, sed dii>inœ. Quoique Nicole Gilles, et d'autres auteurs , aient cru cette histoire véritable , elle est néanmoins si peu assurée, que la seule conséquence qu'on peut en tirer est que , si c'est une fiction , ceux qui Font inventée ne l'ayant faite que conformément aux usages de leur siècle, elle sert toujours à prouver que ces sortes d'hommages de dévotion ëtoient autrefois assez communs.
Ainsi les Normands , après avoir conquis la Pouille , la Calabre et la Sicile, en firent, par une reconnoissance volontaire, un fief du saint Siège.
Ainsi , par une politique plus intéressée , le roi Jean sans terre acheta la protection du pape Innocent III , contre le roi Philippe - Auguste , par l'hommage qu'il lui rendit de son royaume d'Angleterre.
Enfin, pour ne point s'égarer dans une plus longue suite d'exemples semblables, c'est ainsi que dans les derniers siècles , le roi Louis XI mit le comté de Boulogne-sur-iMer sous la protection de la Sainte^ Vierge , et lui en donna le fief et l'hommage qu'il
promit de lui rcndro dans la personne de l'abbé de JNotic-Danie de Ijuulogne.
Telle tut, suivant toutes les apparences, la dévotion des seigneurs de BourdeiUes pour les reliques de saint Sicaire de Brantôme : ils lui consacrèrent leur (ici', ils voulurent le tenir de ce saint ; et comme ils ne pouvoient lui en rendre l'hommage, ils substituèrent l'abbé de Brantôme en sa place, et ils voulurent que cet abbé reçut leur hommage , connue représentant saiat Sicaire, et comme son lieutenant.
Mais ce qu'ils ont voulu faire par là étoit~il en leur pouvoir? Et peut-on dire quïl soit permis à tout vassal d'être pieux envers l'église aux dépens de son seigneur, et de le frustrer de Tliommage qu'il lui doit, sous prétexte que par les mouvemens d'une dévolion peu onéreuse , il veut avoir un saint pour seigneur.^ à peu près comme ces anciens Romains qui croyoient faire un acte de religion, en dépouillant leurs héritiers de leur succession , pour la donner aux temples de leurs dieux.
Les premiers élémens du droit des fiefs , ou , pour mieux dire , les premiers principes de l'équité naturelle, suiïisent pour décider cette question.
Qu'un souverain offre son fief à un saint sous la protection duquel il le consacre^ pour ainsi dire, comme Louis XI le fit à l'égard du Boulonnois dans son temps où cette obligalion ne pouvoit faire de préjudice qu'à lui-même , parce qu'il possédoit le comté d'Artois, fief dominant de celui de Boulogne; que le possesseur d'un franc-aleu, s'il y en a qui soit reconnu par le roi y suive encore les mouvemens libres de sa dévotion à cet égard ; il n'y a rien en cela de coniraire à la justice , parce qu'aucun seigneur n'est intéressé à empêcher celte espèce de dédicace féodale.
Mais qu'un vassal fasse un don de celte qualité au préjudice de son seigneur , c\?st faire servir la religion de voile à l'injustice , et honorer Dieu , non pas de sa propre substance, suivant le précepte de l'écriture, mais de celle de son seigneur féodal.
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Voilà cependant ce que Ton peut présumer que les seigneurs de Bourdeilles ont voulu faire: ils n'étoient ni souverains, ni possesseurs d'un franc-aleu^ ainsi le droit de Tabbé do Brantôme ne doit passer que pour une pieuse usurpation dans son origine , dès le moment qu'il sera constant que Thommage dont il s'agit n'est, à proprement parler, qu'un hommage de dévotion.
C'est ce que Ton a prouvé par la qualité du seigneur auquel cet hommage a été rendu ; il faut y joindre une seconde preuve, elle se tire de la forme dans laquelle on a accoutumé de le rendre.
Le lieu où se rend cet hommage , la posture de celui qui le rend , l'état de celui qui le reçoit , tout concourt à faire voir que celte cérémonie est moins un véritable hommage, qu'une espèce d'acte de religion par lequel les seigneurs de Bourdeilles renouveloient la consécration qu'ils avoient faite de leur château à saint Sicaire de Brantôme.
Ce n'est point dans un château, ce n'est point dans le monastère , ou dans un autre lieu destiné à recevoir la foi des vassaux de Tabbaye, que cet hommage se rend ; c'est dans l'église même, c'est à l'autel de saint Sicaire.
Le vassal prétendu n'y paroît pas dans l'état, ni dans la posture ordinaire des vassaux; il n'ôte point son épée , il ne se met pas à genoux , il demeure debout devant l'autel du saint, et il ne s'assujettit pas mênie aux formalités de l'hommage plein qui sont exactement décrites dans la transaction de i479j mais que le seigneur de Bourdeilles n'accomplit que par rapport à la seigneurie de Brantôme et au domaine de Ramefort, et non par rapport à la seigneurie de Bonrdeilles , qui n'est point soumise à cette loi.
Enfin , l'abbé qui reçoit cet hommage , non en son nom, mais comme lieutenant de saint Sicaire, y est aussi debout devant l'autel de ce saint ; et dans la première origine , il devoit y être avec sa crosse a la main , et revêtu des ornemens sacerdotaux ; cet usage a duré fart long-temps ; on le voit observé
dans l'hommage de i364j on le retrouve encore dans celui de i4^4 > tit il n'a été réformé que par la transaction de i479-
Il 06 s'agiî pas ici d*examiner s'il y avoit en effet de l'indécence dans cette cérémonie : quand cela seroit véritable , la réllexion qui a été faite lon'^'-temps après sur cette indécence, n'empecherolt pas que cet usage indécent, si l'on veut, n'eût été observé pendant plusieurs siècles. Or, sur quoi un pareil usage auroit-il pu être fondé, si ce n'est sur ce que le seigneur avoit autrefois apporté les reliques de saint Sicaire dans Téglise de Brantôme, que l'abbé les y avoit reçues, revêtu des habits sacerdotaux, et que peut-être dans ce moment-là même, le seigneur de Bourdeilles avoit mis son château et la moitié du bourg de Bourdeilles qu'il possédoit , sous la protection de saint Sicaire, s'engageant même à lui en rendre hommage à l'avenir ?
Et parce que cela s'étoit pratiqué de celle manière dès le temps de la première constitution de cet hommage, il est vraisemblable qu'on a voulu , pendant long-temps, en renouveler la mémoire par la répétition de la même cérémonie.
Mais tout cela ne prouve-t-il pas également que Porigine de cet hommage n'est qu'une dévotion peu éclairée, et peut-être intéressée du seigneur de Bourdeilles, qui a voulu avoir saint Sicaire pour seigneur , afin de n'en avoir point.
C'est ce qui paroîtra encore plus probable , si l'on examine la troisième preuve de cette conjecture, qui se tire de la nature irrégulière de ce fief prétendu.
On a observé, en expliquant les titres de l'abbé de Brantôme, que l'hommage qu'il a reçu par ces actes des seigneurs de Bourdeilles , n'est accompagné d'aucun serment de fidélité , et qu'il n'est chargé d'aucun autre devoir.
C'est ce qui paroît par ces termes de la transaction et de l'hommage de i4'^9j copiés sur ceux de l'homtnage de i564 : Tiôc acto et promisso per dictum dominum de Burdeliâ quod quotiescunique appareret
seu prœfalus dominus abbas posset docere infuturum ver légitima documenta , qubd idem jiobilis deberet, seu teneretur facere aliquod aliud deverium ipsi domino abbatiy ratione prœmissorum paratus erat et facere offerebat.
Ainsi , jusqu'à ce que Fabbé rapporte des titres contraires , ce qu'il n'a jamais fait et qu'il ne fera jamais , il demeure pour constant , que le lief prétendu par l'abbaye de Brantôme, n'assujettit ceux qui le possèdent ni H la prestation de serment de fidélité , ni à aucun aulre devoir que le simple hommage rendu dans la forme que l'on vient d'expliquer.
Telle est la nature singulière de ce fief, qui fortifie toutes les conjectures par lesquelles on a montré que l'hommage dont il s'agit n'est qu'un hommage de dévotion , dans lequel les seigneurs de Bourdeilles ont bien moins cherché à se soumettre à l'abbé de Brantôme , ou même à saint Sicaire , qu'à s'affranchir de l'obéissance qu'ils dévoient à leurs anciens seigneurs , en faisant de leur fief une espèce de franc-aleu^ qui lî'avoit que le nom et le titre de fief , sans en avoir les charges.
Il est vrai que , quoique l'essence du fief consiste dans la fidélité , les feudistes ont cru néanmoins qu'il pouvoit y avoir des fiefs exempts de la prestation de serment de fidélité. Ils ont distingué entre la foi, qui ne peut jamais manquer de la part du vassal , et la prestation ou le renouvellement de cette foi, dont il peut être dispensé par son seigneur : de là vient la distinction que l'on a faite entre l'hommage et le serment de fidélité ; de là vient encore que quelques anciens auteurs ont cru que les mineurs pouvoient rendre l'hommage, qui ne consiste que dans la soumission extérieure de la personne du vassal , mais qu'ils ne pouvoient prêter le serment de fidélité , parce qu'ik n'étoient pas en âge de s'engager valablement.
Mais, malgré toutes ces distinctions, il faut néanmoins reconnoitre qu'il est très-rare de trouver de ces sortes de fiefs ; qui n'en gagent ni au serment de fidélité.
kEQUETE. ^rn
ni à aucuns services ou devoirs envers le seigneur féodal : comme la nature do ces fiffs est trt^s-sill"uiicT^ pour ne pas dire très-irrégulièrc , il l'aut aussi «jue leur coustiluliou ait eu des causes et des motifs lortexlraordinaires : or, entre toutes ces causes, il n'y en a point de plus vraisemblable que celle qui se tire do rorigine morne du fief.
Poiu* développer cotte pensée, il faut observer ici que les foudistes ont distingué , avec raison , doux sortes de fiefs : les uns, qu'ils ont appelés propres, qui viennent originairement do Ja concession dos soigneurs; les autres, qu'ils nomment impropres, ou autrement Jiefs offerts, qui ne sont établis que par Folfrande volontaire du vassal.
Ces fiefs n'ont jamais été dans le domaine du seigneur direct, et ils ne sont tombés dans sa mouvance que par là volonté libre de leur possesseur , qui , par foiblesse ou par intérêt, a cru devoir acliotor la protection d'un voisin puissant, en lui rendant hommage d'un bien qu'il n'avoit pas reçu de lui, ou qui a voulu donner une marque do sa piété , en se rendant vassal de l'église , et en déclarant c[u*il veut désormais tenir d'elle une seigneurie qui auparavant en éloit indépendante.
Une dilTérencc infinie sépare ces deux espèces de fiefs.
Dans les fiofs propres, c'est la volonté du seigneur qui domine. Comme le vassa:! tient tout de lui, il est juste qu'il subisse Ja loi que son bionfailoiir veut lui imposer; et de là vient que, de droit commun, les possesseurs de ces sortes de fiefs sont chargés , nonseulement de l'hommage , mais du serment de fidélité, et de tous les services et devoirs ordinaires de fief.
Au crmtraire, dans les fiefs impropres ou offerts , la volonté du seigneur est moins dominanlc , et colle du vassal l'est beaucoup plus. Comme c'est lui qui , pour ainsi dire , se rend volontairement esclave, il règle aussi , comme il lui plaît , les conditions do su
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servitude ; €l ces sortes de fiefs consistent principalement en deux choses , honneur d'un côté, protection de l'autre ; honneur de la part du vassal , protection de la part du seigneur.
De là vient , sans doute , l'exemption du serment de fidélité , l'affranchissement de tous services et de tous devoirs , en un mot , cette franchise de fief, pour se servir des termes des feudistes , qui semble être une suite naturelle de cette libre et franche volonté par laquelle un seigneur indépendant se soumet de lui-même à un autre seigneur.
Ainsi , partout où l'on trouve ces conditions singulières , on doit présumer facilement que le fief qui est possédé de cette manière, est plutôt un fief impropre qu'un fief propre ; plutôt un fief offert par le vassal au seigneur, qu'un fief donné par le seigneur au vassal; en un mot , un fief de protection , plutôt qu'un fief de devoir.
Jamais fief ne porta plus ce caractère que celui dont les abbés de Brantôme ont reçu l'hommage; car, pour réunir ici les trois circonstances que Ton a développées séparément, ce n'est point à un seigneur ordinaire que cet hommage se rend , c'est à un saint , qui certainement n'a voit pas concédé le château de BourdeilJes aux seigneurs de ce nom , et qui n'a pu qu'en recevoir l'oblation et la dédicace de la part de ces seigneurs ; c'est dans l'église , c'est avec une cérémonie presque ecclésiastique , dans laquelle l'abbé devoit autrefois être revêtu des ornemens sacerdotaux ; c'est sans aucune marque ex'.éijeure de sujétion féodale , que le seignci t de Bourdeilies rend son hommage ; enfin , il le rend sans serment de fidélité , sans être obligé à aucun service, sans être soumis à aucun devoir , sans être assujetti au paiement d'aucuns droits.
Qui pourra donc douter, en réunissant toutes ces circonstances , que ce ne soit ici véritablement un de ces fiefs offerts dont parlent les feudistes , dans lesquels le seigneur , ne donnant rien et recevant tout , laisse au vassal la libcrié de mettre telles conditions
REQUÊTE. Vn^J
qu'il lui plaît au présent qu'il fait de sa pcrsonno et de sou 11 et?
Un seigueur de Bourdeilles, touché d'munouvement de zèle pour des reliques qu'il avoit peut-être apportées de la lerrer-sainte , se dépouille en apparence de la propriété de son chaleau ; le remet paifiction eulre les mains du saint dont il avoit apporté les reliques ; le reprend ensuite des mains de ce saint pour le tenir en iiet" de lui , sans aucune autre charge, que celle d'un hommage plus religieux, si l'on peut parler ainsi , que léodal : voilà , suivant toutes les apparences, quelle est i*origine de ce fief prétendu.
Mais cette constitution bizarre et irrégulière de fief, a-t-elle pu nuii'e au comte de Périgord ou au duc de Guyenne ! C'est ce que l'on n'oseroit pas soutenir, si la longueur du temps ne sembloit avoir purgé , eu quelque manière, le vice de l'origine; mais, en ce cas, il faudra examiner à la rigueur tous les actes de possession rapportés par l'abbé de Brantôme , et les envisager avec la prévention que l'on doit toujours avoir contre les suites d'une usurpation.
Or , si on soumet ces actes à une discussion rigoureuse , ils seront réduits à un seul , c'est-à-dire , à la transaction de i479j ^^^ l'hommage qui le suit ne doit être regardé que comme un seul et même acte avec cette transaction.
En effet, l'hommaj^e de i3G4 n'est point rapporté , on ne le trouve que dans la même tran-r «action.
Celui de i^G^ n'y est pas même rappelé, et la foi de cet acte dépend de celle d'un cartulaire qui n'en mérite aucune.
Or, si la possession de l'abbé de Brantôme est réduite à un seul acte , le droit du roi ne doit pas être moins puissant, puisqu'il a aussi dans ce même temps , c'est-à-dire eu i^\6g, un hommage précis en sa faveur, à quoi il joint quelques autres titres qui ont été expliqués , et , ce qui est encore plus fort , l'autorité du droit commun, et les défauts de» titres qu'on lui oppose.
On répondra 5 peut-être, pour l'abbë de Brantôme, que sa possession est encore soutenue par les aveux mêmes qui ont été' rendus au roi en 1624 et en 1679, où l'on a énoncé que la baronnie de Bourdeilles étoit mouvante des reliques de saint Sicaire de Brantôme; mais, comme cette objection se répand sur tous les moyens par lesquels on peut soutenir la cause du roi, et combattre les titres du sieur abbé de Brantôme , l'on différera d'y répondre , jusqu'à ce que l'on ait achevé l'explication de ces moyens.
Jusqu'ici, l'on a traité la première question qui naît des litres de l'abbé de Brantôme, et qui consiste à savoir, si l'hommage qu'on lui a rendu du château de Bounleilles , n'est pas une vaine cérémonie, tout au plus , la suite et l'effet d'une pieuse usurpation , qui n'a pu faire aucun préjudice aux droits du véritable seigneur.
Il faut maintenant passer a la seconde question , et examiner si , quand même il s'agiroit dans ces actes d'un hommage légitime et d'un véritable fief, ce fief comprendroit toute la châtellenie de Bourdeilles, ou seulement le château, et la partie du bourg qui appartenoit à la maison de Bourdeilles.
Pour décider cette question subsidiaire et surabondante , il ne faut que peser attentivement les termes des quatre actes , qui sont les seuls titres de l'abbé de Brantôme.
De quoi Archarabaud de Bourdeilles rend-il hommage à cet abbé, en l'année i364?
Du château de Bourdeilles, et du bourg du même Keu, en tant seulement que ce bourg lui appartient, Càstrum suu?n de Burdeliâ et burgum dicti loci de Burdeliâ j quantum ipsum tangit et pertinet duntaxât.
Quel est le fief qu'Arnaud de Bourdeilles reconnoît , cent ans après , tenir de saint Sicaire de Brantôme ? C'est encore la même chose , dans les mêmes termes.
Enfin, à quoi s'applique la transaction de 1^79^
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et riiommago qui la suit? Après une longue conlostatiou sur la l'orme de l'iioiiiniagc , François de Bourdeilles nV reconnoît tenir de l'abUa^e de Brantôme, en ce qui regarde Bourdeilles, que son cliiitcau et la partie du bourg de Bourdeilles qui lui appartenoit : Castrum siiinn de But délia, et hurguni seu locum dicti loci de Burdeliâ, (juaîitîim ipsuni tangit et ad ipsum spectat et perlinet duntaxat.
Ce n'est pas tout j quelle est la précaution que l'on prend également dans tous ces actes , par rapport à l'étendue de cette mouvance ?
On y trouve une clause importante, qui a toujours été répétée avec un grand snin, et celte clause porte, comme on l'a déjà observé, que s'il y avoit, ou si l'on venoit à découvrir quelque chose dans la cliatellenie de Bourdeilles, qui fût mouvant de l'abbaye de Brantôme, l'intention des sieurs de Bourdeilles étoit de le comprendre dans l'hommage qu'ils rendoient.
Cette clause étoit également utile aux deux par-* ties.
D'un côté, l'abbé de Brantôme se réserve, par là, la faculté de prouver que sa mouvance s'étendoit au-delà du château, et de la moitié du bourg de Bourdeilles.
De l'autre , le sieur de Bourdeilles établissoit , par là, que par provision et jusqu'au temps de ces actes, il n'y avoit que le château et le bourg qui fussent recoinius être dans la mouvance de l'abbé j et sMl se trouvoit, dans la suite, quelqu\Tutre portion de sa seigneurie qui parût en être mouvante, il prévenoit, par lu même clause, les saisies féodales que l'abbé auroit pu faire faire , sous prétexte d'un titre nouvellement découvert.
11 est donc nécessaire de répéter ici les termes d'une clause si importante :
Et si aliquid esset , seu erat , aut reperiretur in dicta castelLaniâ sua de Burdeliâ , quod moveret a prœfato domino abbate , totum illud posait et comprchendi voluit tenere sub hoînagio prœdicto^
Telles sont toutes les clauses, et les expressions de ces titres, qu'il faut avoir toujours devant les yeux, pour décider si le terme de castrurh qui y a été employé , signifie toute la châteilenie , ou s'il ne comprend que le château limitativement , dans sa signification propre et littérale.
Mais , avant que de traiter cette question , il est nécessaire de faire d'abord deux réflexions importantes, qui doivent servir de règle dans l'explication de ce terme.
La première est que , comme la présomption est toujours poiir le roi en matière de mouvance, toutes les fois qu'un terme équivoque et susceptible de deux sens se trouve dans un ancien titre , la raison demande qu'on l'explique toujours dans la signification la moins étendue, parce que tout est de rigueur contre un seigneur particulier qui veut contester au roi une mouvance , et que, puisqu'il attaque le droit commun , il ne doit pas trouver étrange qu'on réduise la force des expressions à leur juste valeur, et qu'on les prenne dans leur plus étroite signification.
La deuxième est que cette maxime est encore plus juste contre l'abbé de Brantôme, que contre tout autre seigneur.
• En effet , quand tout ce que Ton a observé sur la première question ne suffiroit pas pour eflPacer l'idée de cette mouvance qu'il prétend, et qui n'est fondée que sur une oblation faite à l'église, par un vassal, au préjudice de son seigneur, il y en a au moins plus qu'il n'en faut , pour faire voir qu'un droit fondé sur une surprise, ne peut jamais être regardé comme favorable , quoiqu'on se soit servi du voile de la religion pour la couvrir , et que, par conséquent, on ne sauroit interpréter trop rigoureusement tous les termes sur lesquels un droit de cette qualité est appuyé; cette réflexion est fondée sur l'équité même qui veut que l'on restreigne toujours ce qui a un mauvais principe et une origine vicieuse.
»Si l'on examine sur ces deux principes les termes
dans lesquels les seigneurs de Bourdeilles ont explique ce qu'ils tiennent en fief de ral)l.»aye de Biantùnie , on n'aura pas de peine à en tirer cette conséquence, qu'd n'y a que le seul château, et la moitié du bourg, que ces seigneurs aient reconnu être dans Ja mouvance de saint Sicaiie.
Quelques observations , aussi courtes qu'importantes, mettront celte vérité dans tout son jour.
1° Ils se sont servis du terme de castrum ; et quoiqu'il y ait plusieurs exemples d'anciens titres , où ce mot signifie non-seulemont le château , mais toute la châtellenie, cependant les deux réflexions préliminaires que l'on a faites, persuadent aisément que dans les actes dont il s'agit, le terme de castrum doit se prendre dans sa plus étroite signification , ,soit parce que dans le doute on restreint toujours ce qui est contraire au droit commun , soit parce que les termes duivent s'entendre à la rigueur dans les fiefs ofterts , ces sortes de fiefs n'ayant point d'autre fondement que la volonté du vassal, qu'on ne présume pas facilement .ivoir voulu donner plus que ce qui est renfermé dans la signification la plus exacte et la plus littérale des termes dont il s'est servi.
2.° Archambaud, Arnaud, et Fiançois de Bourdeilles , ne disent pas simplement qu'ils tiennent le château de Bourdeilles de saint Sicaiie de Brantôme, ils disent que c'est leur château de Bourdeilles qui relève de ce saint, castru/n suiim.
Or, cette expression , qui ne paroit rien d'abord, étant bien approfondie , il en résulte une espèce de démonstration, pour faire voir que c'est au château limitative ment , et non pas à la châtellenie, qu'il faut appliquer ces hommages.
Pour sentir toute la force de ce raisonnement , il faut se souvenir ici qu'il n'yavoit qu'une châtellenie,mais qu'il yavoit deux châteaux deBourdeilles : un château qui appartenoit aux seigneurs de ce qu'on nomme à présent le comté de Bourdeilles ; un autre château qui appartenoit aux sieurs de
Bourcleilles, possesseurs de la portion qu'on appelle à présent la baronnie.
Ainsi, lorsqu'il s'agissoit du château seulement, les sieurs de Bourdeilles pouvoient fort bien l'appeler leur château, castrum suum; parce qu'en etî'et ce château leur appartenoit en entier, et qu'ils ne le partageoient avec aucun autre seigneur.
Mais il n'en éloit pas de même de la châtellenie, ils n'en possëdoient que la moitié; ils ne pouvoient donc pas l'appeler leur châtellenie absolument et sans aucune limitation, puisqu'ils la partageoient avec un autre seigneur.
Or, si les termes de castrum suum employés dans les trois hommages dont il s'agit, ne peuvent convenir qu'au château, et non pas à la châtellenie, il ne faut point chercher ailleurs l'interprétation du mot castrum; ce mot s'explique par l'acte même, et il est évident qu'il ne signifie ici que le château.
Faut-il en donner encore une preuve plus sensible et plus convaincante? Il n'y a quà comparer la manière dont les sieurs de Bourdeilles se sont expliqués dans ces mêmes actes par rapport au château qui leur appartenoit en entier^ avec celle dont ils ont parlé du bourg où ils n'avoient que la moitié.
Quand ils parlent du château, ils disent absolument et sans aucune restriction, castrum suum.
Mais quand ils parlent du bourg , ils ajoutent toujours cette limitation , en tant qu'il leur en appartient seulement , et hurgum de Burdeliâ , quantum ipsum tangity et ad ipsum pcrtinet duntaxat.
Si donc il avoit été question de la châtellenie, comme la châtellenie n'étoit pas moins partagée entr'eux et un autre seigneur que le bourg , ils se seroient servis de la même modification, et en rec'onnoissant tenir la châtellenie de saint Sicaire de Brantôme, ils auraient ajouté, comme ils le font par rapport au bourg , qu'ils rendoient cet hommage pour la part qu'ils avoient dans la châtellenie.
Mais; parce qu'il ne s'agissoit que du corps du
château, et delà moitié du bourg, ils disent que le château leur appartient en entier, castriini suiini ; et à l'égard du bourg , ils ne se reconuoissent vassaux que pour la portion «qu'ils y possédoieut.
3." Si le terme, de castrum se trouvoit seul dans ces titres, sans aucune explication plus singulièri; et plus détaillée de ce qui étoit mouvant de saint Sicaire, ce seroit alors (jue l'on pourroit agiter avec nos docteurs français, si le mot de castrum ne comprend pas tout le territoire qui en dépend; mais ce terme ne se trouve pas seul clans les hommages dont il s'agit : il est suivi immédiatement d'une expression qui marque que ce terme ne comprenoit que le seul château; car on ajoute que la moitié du bourg relevoit aussi de saint Sicaire. Or, cette expression étoit inutile, si l'on eut eu intention de comprendre toute la châlellcnie sous le seul nom de château : non-seulement cette expression auroit été inutile, mais elle auroit été contraire aux intérêts de l'abbaye de J3rantôme ; car la châtellenie tle Bourdcilles ne consiste pas seulement dans le bourg de ce lieu , elle comprend plusieurs autres paroisses , et elle paroît être tl'une fort grande étendue , à«en juger par les tilres produits au procès : or, en n'exprimant que ce bourg dans l'hommage des seigneurs de B;)urdeilles, on donnoit lieu de croire qu'd n'y avoit que ce bourg, pour la part qui en appartenoit aux sieurs de Bourdeilles, qui fût mouvant de saint Sicaire; ainsi , encore une fois, cette expression auroit été non-seulement imilile, mais contraire aux intérêts de l'abbaye de Brantôme, s'il eût été vrai que la châtellenie entière eût été mouvante de cette abbaye ; et au lieu de s'exprimer comme l'on a fait, on auroit dit tout d'un coup (\\\e le sieuï* de Bourdeilles reconnoissoit tenir de saint Sicaire de Brantôme castrum suum de Burdeliâ, et castellaniam^ quantum ipsum tangit et ad ipsum -pertinet duntaxat. Voilà comment on auroit dû s'exprimer, et comme l'on se seroit exprimé en cITet, si la châtellenie entière avoit été mouvante de l'iibbaye de Brantôme : niais^ parce qu'il n'y avoit que le
château et une partie de bourg f[ui en fussent mouvaus, après avoir parlé du château dans ces hommages, on y a ajouté la moitié du bourg, et en spécifiant ainsi celte moitié du bourg , on a fait voir que sans cela le terme de castrum ne l'auroit pas comprise, et par conséquent que ce terme étoit employé dans sa signilication propre et naturelle, sans qae les parties eussent eu aucune intention d'y comprendre la châtoUenie.
4.° On est encore plus touché de cette réflexion , lorsqu'on y joint ce qui a été observé , par rapport à ]a première question, sur l'origine de la mouvance prétendue par l'abbé de Brantôme. Comme il y a tout sujet de présumer que le fief qu'il prétend lui appartenir , est im fief offert par dévotion à son église , il est naturel aussi de croire que le seigneur de Bourdeilles qui a fait cette oblation , la faisant principalement par rapport à sa personne , à sa famille , et au lieu où il demeuroit ,* n'a eu la pensée d'y comprendre que son château et son bourg, qu'il a voulu mettre par là sous la protection spéciale de saint Sicaire. Voilà, suivant toutes les apparences, quelles ont été ses intentions, et l'on ôe sauroit imaginer une raison plus spécieuse et plus plausible , pour expliquer pourquoi il n'y a que le château et le bourg qui soient compris dans les hommages rendus à Pabbaye de Brantôme.
5,^ Mais ce qui ne laisse aucun lieu de douter de celte vérité, c'est la précaution que l'on a prise d'ajouter à tous les hommages cette clause importante , qui suffîroit seule pour décider la question présente.
En effet, après avoir marqué spécifiquement le château et une partie du bourg , comme les seules choses qui fussent certainement dans la mouvance de l'abbaye , on ajoute ces termes j qu'il est nécessaire de transcrire ici encore une fois : Et si aliquid esset, seu erat , seu reperiretur in dicta castellaniâ sua de Burdeliâ , quod nioveret à prœfato domino abbate,
KEQUÊTE. 587
totum illud posuit et comprehendl voluit tenere sub honiagio prœdicto.
Il semble, en lisant ces termes, qu'on a prévu dèslors la question qui se forme aujourd'hui.
Eu effet, par quelles expressions pouvoit-on mieux
marquer que l'abbé de Brantôme n'avoit pas encore
pu prouver qu'il y eût autre chose que le château et
la moitié du bourg de Bourdeilles qui lut mouvant
'de son abbaye?
Le seigneur de Bourdeilles déclare d'abord qu'il tient le château, et une partie du bourg, de saint Sicaire de Branlôme, et de l'abbé, son lieutenant.
L'abbé qui entendoit ces termes d'une manière limitative , suivant l'intention des parties , telle que l'on vient de l'expliquer , craint justement qu'on ne conclue de là qu'il n'y avoit rien dans le reste de la châtellenie qui fut dans sa mouvance : cependant il avoit apparemment des prétentions sur quelques autres domaines qui en dépendoientj d'un côté, il ne veut pas préjudicier à cette prétention; de l'autre, comme elle n'étoit appuyée sur aucun litre, le seigneur de Bourdeilles ne veut pas la rcconnoîlre. Que fait-on pour concilier les parties? On trouve l'expédient de l'aire une réserve générale du droit de l'abbé, en cas qu'il puisse l'établir dans la suite ; et , dans cet esprit, le sieur de Bourdeilles, pour ôter tout sujet de contestation , déclare que si l'on découvre qu'il Y ait quelque chose dans sa châtellenie de Bourdeilles qui relève de l'abbaye, il entend le comprendre dans l'hommage qu'il rend : Et si aliquid essetj seu eraty vel reperiretur in dicta castcUanid quod nioveret a prœjuto domino abbatc , totum illud posuit et comprehendi voluit tenere sub homagio prœdicto.
Il est donc constant , de l'aveu même de l'abbé de Brantôme, dans les trois actes d'hommage dans lesquels réside tout son droit , qu'il n'y avoit que le château et la moitié du bourg , qui fussent entièrement dans sa mouvance; et qu'à l'égard du reste, il n'avoit qu'une prétention vague , qu'il n'a jamais pu prouver ni avant ni après ces hommages.
Pressé par l'aulorité de ses propres titres , le sieur abbé de Brantôme a répondu à une induction si claire et si convaincante , que cette clause a été insérée dans ces hommages à cause de la portion de la châtellenie de Bourdeilies qui porte le nom de comté , et que les sieurs de Bourdeilies ne possédoient pas. U prétend que c'est pour conserver le droit de l'abbé sur cette autre portion , que l'on est convenu que s'il se trouvoit queJfjue chose qui fût mouvant de l'abbé, l'intention des sieurs de Bourdeilies étoit de le comprendre dans leur hommage.
Une réponse, ou plutôt une défaite si mal imaginée , ne servira qu*à donner plus de force aux conséquences que le procureur-général du roi a tirées de cette clause.
Car, premièrement, à qui espère-t-on persuader, que si l'on avoit eu intention de réserver le droit de l'abbé de Brantôme sur l'autre moitié de Bourdeilies, on se fut servi de ces expressions vagues , douteuses , incertaines , iS't aliquid esset j seu erat jVel reperiretur in dicta castellaniâ y (juod nioveret à prœfalo domino abbate , etc. Est-ce ainsi qu'on auroit parlé d'un objet aussi grand et aussi certain que la moitié entière de la seigneurie de Bourdeilies ? Gonvenoit-il à l'abbé de parler de son droit d'une manière propre à en faire douter? Et n'est-il pas visible , que si l'intention des parties avoit été telle que le sieur abbé de Vauban la suppose , il auroit dit simplement , sans préjudice de la mouvance de Vautre moitié de Bourdeilies ; au lieu d'aller chercher des expressions qui ne peuvent servir qu'à faire voir l'incertitude , le cloute et l'obscurité dans laquelle il étoit lui-même sur l'étendue et la qualité de ces domaines particuhers, sur lesquels il avoit une vieille prétention.
D'ailleurs , si cette réserve tomboit sur la portion appelée le comté de Bourdeilies, à quoi servoit-il à i*abbé de la faire dans un acte où les possesseurs de cette autre portion n'étoient point présens? Et par quelle bizarrerie seroit-il arrivé que les abbés de Brantôme ne se seroient souvenu de leur prétendu
requet;-. 5<Jq
droit sur le comte , qu'avec les sieurs do Bourdcilles, qui n'avoient nul intérêt de sV opposer, tandis qu'ils lont oublié pendant quatre cents ans à l'égard vies possesseurs de ce comté , contre lesquels ils n*onf. jamais fait la moindre démarche depuis 1294, pour les obliger à se reconnoîlre pour leurs vassaux , comme on l'a fait voir dans la première partie de cette requête.
Mais ce qui découvre toute ^absurdité de cette mauvaise défaite, c'est ee que les sieurs de Bourdeilles ajoutent immédiatement après les termes vagues et incertains par lesquels on a désigné la prétention de l'abbé sur quelques autres domaines dépendans de la cliatellcnie de Bourdeilles : ils déclarent que si l'on y trouvoit quelque chose qui fut mouvant de l'abbé, ils entendent le comprendre sous l'honm^iaue qu ils rendent.
Avoient-ils donc intention de rendre hommage pour le bien d'autrui? et vouloicnt-ils se reconnaître vassaux de l'abbé de Branîônie pour le comté de Bourdeilles qu'ils ne possédoient pas?* Voilà cependant ce qu'il faudroit supposer, pour pouvoir appliquer cette clause à ce comté. C'est ainsi que \\>n s'égare toutes les fois qu'on s'écarte du sens naturel et légitime d'une clause et de la véritable intention des parties.
Car enfm, il est évident que les sieurs de Bourdeilles n'ont pu comprendre dans leur hommage que ce qu'ils possédoient ; ainsi , quand ils parlent de ces nouvelles découvertes que l'abbé prétenduit faire de quelques terres mouvantes de lui dans la châtellenie de Bourdeilles, cela ne peut jamais tomber que sur celles dont les sieurs de Bom'deiJles étoient propriétaires, et non sur le comté qui faisoit alors partie de celui de Périgord, et qui appartenoit dans le temps du premier h(jmmage aux comtes de Périgueux , dans le temps du second el du troisième à la maison de Bretagne , et à l'égard duquel" il auroit été absurde d'exiger une reconnoissatice anticipée des sieurs de Bourdeilles , qui ne le possédoient
5nO QUATRIÈME
pas , et qui ne l'ont possédé que long-lemps après le premier et le second de Ces hommages.
Cependant , par une supposition inconcevable , Tabbé de Brantôme veut absolument qu'ils aient eu intention de comprendre dans leur hommage ce qui n'étoit pas à eux; ainsi, selon lui, il faut que les sieurs de Bourdeillcs aient voulu dire à l'abbé :]Nôus vous rendons hommage pour Ja moitié de Bourdeilles que nous possédons ; et , si l'on trouve dans la suite que la moitié que nous ne possédons pas , et sur laquelle nous n'avons aucun droit , et dont une autre maison est propriétaire, soit mouvante de vous, nous voulons la comprendre sous l'hommage que nous venons de vous rendre.
Si ce langage peut paroîtré vraisemblable, s'il y a quelqu'un qui puisse croire que jamais on ait pu insérer un tel discours dans un acte sérieux et raisonnable , alors il faudra admettre la réponse de l'abbé de Brantôme; mais s'il n'y a point d'exemple d'une clause si bizarre et si peu judicieuse , et s'il est vrai de dire, que jamais aucun homme de bon sens ne croira que l'on ait pu avoir une telle pensée, ne faudra-t-il pas aussi que l'abbé de Brantôme abandonne l'unique réponse qu'il a faite au hasard , sans en avoir bien senti tous les inconvéniens , à une clause qui le condamne évidemment, et qui réduit son droit prétendu au seul château et à* la seule moitié du bourg possédés par la maison de Bourdeilles.
Quoiqu'it ne puisse y avoir rien de plus puissant pour établir cette vérité, que les titres mêmes de l'abbé de Brantôme, il ne sera pas inutile néanmoins d'y joindre l'autorité d'un ancien mémoire , dont on a déjà parlé en expliquant les titres du roi, et qui , ne pouvant être appliqué qu'à Nicole ou à Françoise de Bretagne , doit être certainement placé entre l'année 14^0 et l'année 1480.
Or , sans retoucher ici les conséquences qu'on en a tirées pour faire voir que ce mémoire supposoit que la comtesse de Périgord , qui l'étoit aussi de
BoiirtU'iJlcs, avoil. un droil universel sur le territoire de la baronnie, il suffit de prouver en cet endroit , p^ ce mémoire , fju'il y avoit au moins plusieurs domaines dans l'élenduc de vvWv baronnie qui étoient mouvans du comlé de Périg(trd ; car, dès le moment que ce fait sera constant, il sera indubitable que l'abbé de Brantôme n'a pas de droit universel ; que par conséquent le terme de castrum ne signifie pas, dans ses titres, toute la cliâtellenie ,ou, ce qui est la même chose, toute la baronnie ; et qu'ainsi ce terme doit s'entendre dans la signilicaiion littérale, comme on l'a prouvé par plusieurs raisons auxquelles le mémoire dont il s'agit va mettre le comble.
Pour en bien comprendre toute la force, il faut rappeler ici ce qui a été dit ailleurs, que dans le temps que ce mémoire a été lait , la maison de !Çourdeilles ne possédoit pas encore le comté de ce nom, qu'elle n'a acquis <[u'en 1480; ainsi, toutes les questions qui sont traitées dans ce mémoire sur des droits seigneuriaux prétendus par la comtesse de Périgord , contre le sieur de Rourdeilles , ne peuvent tomber certainement que sur la portion qui porte le nom de baronnie.
Cela supposé , il n'y a plus qu'à parcourir ce mémidre; et l'on demandera après cela, s'il est possible de douter, qu'il ne fût. constant entre les parties, que les membres de la baronnie de Bourdeilles qui faisoient le sujet de leur contestation , étoient mouvans de la comtesse de Périgord, ce qui s'accorde parfaitement avec les titres de l'abbé par les(|iiels il paroît qu'il n'étoit seigneur direct, tout au plus, que du château et de la moitié du bourg.
Dans le premier article de ce mémoire, il paroît que la comtesse de Périgord se plaignoit de ce que le sieur de. Bourdeilles occupoit riwtel noble et appartenances d'icelui , qui jadis fut , de Pierre Arnaud de Paussac, tenu d'elle par hommage.
Le sieur de Bourdeilles ne disconvient pas de la mouvance , il soutient seulement que la propriété
^gH QUAT.R1ÈME
lui en apparlenoit , en vertu d'un don que Almin Arnaud , dame dudit héritage, lui en avoit fait.
La comtesse de Périgord répliqua, que cet hmtage devoit lui appartenir par déshérence , à moins que le sieur de Bourdeilles ne rapportât les lettres de don^
Ainsi, la mouvance ayant été regardée comme certaine entre les parties , qui réduisoient toute la difficulté à la seule question de la propriété , il s'en suit de ce premier article j
j.° Que toute la paroisse de Paussac, qui fait partie de la terre de Bourdeilles, n'est pas tenue en lief de l'abhaye de Brantôme, comme l'abbé le prétend , sans en avoir d'autre raison , si ce n'est qu'elle est comprise dans ce qu'il appelle la baronnie j
2.*^ Que puisque l'hôtel noble de Paussac ^ qui fait partie de cette baronnie , n'est point mouvant de l'abbaye , il est clair que l*abbé n'a pas un droit universel sur le corps entier de la baronnie de Bourdeilles , comme il le soutient. Or , dès le moment que l'universalité de son droit est renversée, il ne peut plus se prévaloir de l'idée générale qu'il attache ail mot de castrum , et il faut qu'il se réduise à ce qui est compris littéralement dans ses titres.
Par le troisième article du même mémoire , on voit que Mademoiselle ( c'est ainsi que l'on y nomme la comtesse de Périgord ) demandoit au sieur de Bourdeilles les droits seigneuriaux de l'acquisition qu'il avoit faite du lief du Petit-Brulo relevant d'elle , dans la paroisse de Paussac.
Le sieur de Bourdeilles convient de la mouvance , il reconnoît même qu'à la rigueur les droits seigneuriaux sont dîis ; mais il prétend que , par un privilège que les comtes de Périgord avoient donné anciennement aux seigneurs de Bourdeilles , ils pouvoient acquérir dans l'étendue de leur comté , sans faire nul devoir , fors qu'un seul hommage qu'il avoit fait.
Pouvoit-il reconnoître plus expressément , que le
REQLÊTE. 59^
ÎPctil-Brulo éloit dans la mouvance du comté de Péri i^ord ? Cependant le Pelit-Brulo lail partie des lieux que l'abbé de Brantôme veut envelopper dans sa mouvance , sous prétexte qu'elle s'étend sur toute la b;ironnie de Bourdeilles, dans laquelle le liei' du Pelit- Brulo est à présent compris.
Par le neuvième article, la comtesse de Périj^ord soutenoit que la paroisse de Boulieneix, qui est nue de celles que le sieur abbé de \ auban réclame entièrement, étoit dans sa juridiction.
Le sieur de Bourdeilles convint qu*une partie de celte paroisse apparleuoit à ]Mademoiselle.
Mais il prélendit (pie le bourg de Boulieneix et une partie de la paroisse lui appartenoient.
Et les parties convinrent qu'il en seroit enquis.
Il n'est «loue pas vrai que toute cette paroisse fît partie.de la prétendue mouvance de l'abbé de Brantôme; et voilà un troisième article où son prétendu droit universel reçoit encore une nouvelle exception.
Enfin, le dixième article en fournit un ([ualrième exemple, par rapport à la paroisse de Paussac , que le sieur abbé de Vauban prétend être toute mouvante de lui; et cependant on voit, dans ce dixième article, f[ue le sieur de Bourdeilles a reconnu, dans un iemps non suspect, que ce qui étoit à Monta;::,iiar, dans cette paroisse, appartenoit à la comtesse de Périgord.
Or,, le droit universel ipie l'a])b(' de Brantôme prétend sur tout le territoire tie la })aroiuiie étant pleinement détruit par ce mémoire , peut-il se dispenser de prouver son droit à l'égard de chaque article en particulier? C'est pour cela qu'il s'en est réservé le pouvoir dans les trois hcmimages que ses prédécesseurs ont reçus pour le château et la moitié <lu bourg seulement; à l'égard du reste , il a reconnu lui-même qji'il c!oit obligé de prouver son droit par d'iiutres titres; mais c'est ce qu'il n'a jamais lait et qu'il ne fera apparemment jamais.
Que si, pour répondre à toutes ces procédures, l'abbé de Brantôme se sert de l'aveu de iGai, et de celui de 1680, quia été transcrit sur celui de 1G24;
D'Jguesseau. Tome VI. 38
el s'il prétend se prévaloir de ces deux derniers litres,' parce cju'ily est dit, non pas comme dans les premiers, que le château et la moitié du bourg , mais que la bàronnie de Bouvdeilles est mouvante des reliques dii bienheureux martyr saint Sicaire, il est aisé de le forcer dans ce dernier retranchement , et de le combattre encore avec ses armes mêmes.
Il ne peut pas , sans doute , avoir oublié tous les eflorts qu'il a faits pour montrer l'irrégularité , la confusion , l'inutilité de l'aveu de 1624, et par conséquent de celui de 1680, qui n'en est que la copie.
Il a préicndu avoir prouvé pleinement qu'il y avoit de l'injustice à fixer et à déterminer l'étendue de la î)aronnic de Bourdeilles par l'aveu de 1:6247 soit parce f|ue, dans le temps de cet aveu, l'abbaye de Brantôme, possédée par la maison de Bourdeilles, qui se l'étoit appropriée depuis long-temps par une confidence criminelle , étoit sans défense et sans défenseur, soit parce que l'on a confondu , dans cet aveu , tout ce qui pouvoit distinguer le comté de la baronnie. Il s'est étendu longuement sur la preuve de ces deux articles, et il en a tiré cette conséquence générale , que l'aveu de 1G24 ne devoit être ici d'aucune considération contre l'abbaye de Brantôme.
Mais si la confusion qui règne, selon lui, dans cette pièce , si l'intérêt que les seigneurs de Bourdeilles avoient de confondre les anciennes limites du .comté et de la baronnie , sufllsent , suivant le sieur abbé de Vauban, pour faire rejeter ce titre, pourquoi sera-t-il défendu au roi de se servir des mêmes moyens ? Et pourquoi, cet aveu si vicieux, quand on l'oppose à l'abbé de Brantôme, devieiidra-t-il tout d'un coup un titre décisif et une pièce victorieuse , quand il plaît à cet abbé de s'en servir contre le roi?
C'est la première réflexion qui se présente naturellement à l'esprit sur cette pièce.
Il n'est pas vrai d'ailleurs , et cette seconde réflexion est encore plus importante que la première j il n'est pas vrai que , parce qu'une longue confidence avoit rendu les sieurs de Bourdeilles maîtres , en quelque
REQCÈlIi. SgS
manière , do l^abhayo de Braiilome , Von doive présumer (ju'ils aient voulu favoriser les inténls du roi , au })réjudice de ceux de l'abbaye. C'est un préjugé «pit; l'on a répandu avee beaucoup de soin dans loulesles écritures de l'abbé de Brantôme , mais (]iii se dissipera lie lui-même , pour peu que Ton cousidèrc attentivement les véritables intérêts des sieurs de Buurdeilles. A n'envisager que l'avenir, et l'intérêt juste mais éloigné de ceux de cette maison , il semble d'abord que Henri de Bourdeillcs, qui a rendu l'aveu de 1624, auroit du travailler à étendre la mouvance du roi, plutôt que celle de l'abbé de Biantôme.
Mais, comme un intérêt présent et certain l'emporte presque toujours dans le cœur des homhies sur un intérêt éloigné et incertain, on peut présumer, au contraire , que Henri de Bourdeilles , se tnjUNanI dans ce temps-là l'agent et le patient , le seigneur cl le vassal, par rapport à ce qui pouvoit relever de l'abbaye de Brantôme, il aura mieux aimé augmenter cequiétendoit sa propre mou^auec, comme jouissant de l'abbaye de Brantôme , que d'étendre celle du roi.
Non-seulement son intérêt présentie vouloit ainsi; mais on peut dire même que les vues de l'avenir , et la considération d'un intérêt plus éloigné . dévoient naturellement le confirmer dans cette pensée. Les titres mêmes de l'abbé de Brantôme fourniront encore la preuve de cette proposition.
On y a vu que l'iiommagc qui étoit rendu à saint Sicaire par les sieurs de Bourdeilles, n'étoit qu'un hommage franc, libre de tout service, exempt de tous devoirs , afiranclii de toute sorte de droits.
Il n'en €toit pas de même de l'hommage que les sieurs de Bourdeilles dévoient au roi. C'étoit un hommage lige, assujetti à tous les devoirs de hef, chargé de la prestation des droits seigneuriaux qui sont expressément réservés dans les actes de foi et hommage ; eu un mot, on ne voit rien dans cette mouvance f{ui la distingue des autres , et qui l'ui'ianchisse de la loi commune des hefs.
JQO QUATRIÈME
Hestaisé de juger, après cela, du véritable intérêt, de Henri de Bourdeilles, soit par rapport au temps présent , soit par rapport à l'avenir ; et , bien loin que Ton doive supposer, avec le sieur abbé de Vauban , que ce seigneur, combattu entre l'intérêt du roi et celui de l'abbé de Brantôme , ait préféré le premier de ces intérêts au second , et n'ait eu en vue que d^agrandir la mouvance du roi , il n'y a personne , au contraire , qui ne présume plutôt qu'il a préféré son propre inlérêt à celui du roi; et que, soit qu'il se soit regardé comme le vassal en tant que possesseur de la seigneurie de Bourdeilles , ou comme le seigneur en tant que jouissant de l'àbbaye de Brantôme , le langage qu'il a tenu par rapport à l'une ou à l'autre de ces deux qualités qui se réunissoient en sa personne , est toujours également suspect et également incapable de nuire aux droits du roi.
C'est donc sans aucun fondement, que l'abbé de Vauban conclut que i'iabbaye de Brantôme étoit sans défense, parce qu'elle ne pouvoit avoir de défenseur que le sieur de Bourdeilles. C'est, au contraire, cette circonstance-là même qui doit faire présumer qu'elle a été trop bien défendue , puisque Henri de Bourdeilles travailloit pour ses propres intérêts en défendant ceux de cette abbaye , et que c'étoit pour lui-même qu'il agissoit lorsqu'il ne sembloit agir que pour elle.
En eft'et , il n'y a qu'à comparer l'aveu qu'il a rendu avec les hommages de ses prédécesseurs , pour êlrè convaincu qu'il n'y avoit jamais eu d'acte plus avantageux à l'abbaye de Brantôme, que l'aveu de 1624. Mais, comme on n'a pu lui procurer cet avantage qu'aux dépens de la vérité contenue dans les hommages précédens , il ne faut qu'employer cette vérité pour détruire un aveu qui contient une fausseté si manifeste.
C'est la troisième et dernière réflexion que l'on fera sur cette pièce , et qui seule pourroit être décisive.
11 n'y a point de règle plus certaine en matière féodale , que celle qui veut que l'on s'attache ou à la première investiture , si l'on peut la recouvrer ,
hequète. 597
ou du moins aux hommages cl aux avrux -les plus anciens.
Un second principe , non moins certain que le prciiiicr, est qu'il est encore beaucoup moins permis de ;>'écarter de la première règle, lorscpi'il n'y a aucune diversité dans les anciens hommages , et qu'ils sont tous absolument conformes les uns aux autres.
Or, ces deux régies ont éié également violées dans l'aveu de 1G24, par rapport à i'énonciation que l'on y a faite de la prétendue mouvance de l'abbé de Brantôme.
I." Les plus anciens hommages marquoient seulement que le château et la moitié du bourg étoient mouvans de saint Sicaire j
2.° Ces anciens hommages étoient entièrement uniformes j il y avoil même une transaction qui les avoit confirmés , et qui pouvoit passer pour un renouvellement d'investiture : aucun autre acte n'y avoit dérogé depuis ce temps-là , et les choses étoient toujours demeurées dans leur ancien état.
Cependant , contre l'autorité uniforme de ces anciens titres, Henri de Briurdeilles déclare aux commissaires du roi, dans l'aveu de 1624, ^ue la baronnie de Bourdeilles relève des reliques du précieux corps et innocent martyr saint Sicaire de Brantôme.
Ainsi, selon lui, ce n'est plus seulement le château et la moitié du bourg , c'est la baronnie, c'esl-à-dire , à ce que l'on prétend , la moitié entière delà seigneurie de Bourdeilles , qui est tenue en fief de l'abbaye de Brantôme.
Ce n'est pas tout encore , on ajoute qu'elle en est tenue à foi et hommage. Si l'on n'avoit dit qu'à foi seulement, on auroit parlé d'une manière conforme aux trois anciens titres de l'abbé j mais , comme on avoit déjà innové par rapport à l'étendue de ce qui ("toit mouvant de l'abbaye , on se donne aussi la liberté d'innover sur ce qui regarde la forme et les conditions de la tenure ; ensorte f[u'au lieu que , suivant les trois anciens hommages , l'abbé ne pouvoit exiger le serment de fidélité j on tranche néanmoins la questioa
598 QUATF.IÈMC
en un mot) et Ton dit hardiment que la baronnic de Bourdeilles est tenue à foi et hommage de Tabbave de Brantôme, "
On peut juger, après cela, de l'autorité que mérité une tei]e pièce; et il est visible que le sieur abbé de Vauban avoit encore plus de raison qu'il ne croyoit peut-être lui-même , de soutenir que l'on ne doit y avoir aucun égard.
Il est donc vrai, comme on l'a dit d'abord, qiie cette pièce n'a fait aucun changement dans l'ancien état de la mouvance de Bourdeilles : car, pour reprendre, en un mot, toutes les réflexions par lesquelles on l'a combattue :
I ." G*est un titre que l'abbé de Brantôme attaque lui-même, et dont il cherche inutilement à diviser la foi en voulant s'en servir contre le roi, dans le temps qu'il ne veut pas que le roi s'en serve contre lui ;
2.° Si cette pièce est suspecte à l'abbé de Brantôme, elle doit l'être encore plus au roi, parce qu'il est évident que l'intérêt du sieur de Bourdeilles, soit par rapport au présent, soit par rapport à l'avenir , étoit de diminuer les droits du roi et d'étendre ceux de l'abbé ;
5." C'est ce qui paroît manifestement parla fausseté de renonciation que Henri de Bourdeilles a faite dans ce titre , par rapport à ce qui relevoit de l'abbaye de Brantôme; fausseté dans l'étendue de la mouvance; fausseté dans la forme de la tenure ; toutes deux condamnées par les anciens titres dont on a méprisé l'autorité. •
Ainsi , en retranchant cet aveu également suspect aux deux parties, et encore plus au roi qu'à l'abbé de Brantôme , il ne reste à cet abbé , d'un côté , qu'un arrêt, dont le sens douteux et incertain ne peut être déterminé que par les titres qui le suivent ; et de l'autre , que trois hommages et une transaction , qui à la rigueur ne prouvent autre chose , si ce n'est que les sieurs de Bourdeilles ont voulu rendre un hommage de dévotion à l'abbaye de Brantôme ^ au
"T.FQufrrE. :7()()
préjudice do leur véritable seii^neur, et qui monlreiit tout au plus que le château, et la moitié du bourf^ de Bourdeilles , sont compris dans cet homniai^e, sans que l'abbé de Brantôme ait pu jusqu'à p> ésent faire voir qu'il y ait fait autre chose qni relève de lui dans ce qu'il appelle la baronnic de Bourdeiiles.
Voilà ce qui résulte de l'examen des deux questions que le procureur-général du roi s'étoit proposé de traiter par rapport aux titres de l'abbé de Brantôme.
Il faut maintenant passer à la troisième partie, qui doit être comme le fruit et la conclusion des deux autres , et dans laquelle on s'est proposé do faire voir par quels principes on peut faire la distinction de ce qui relève du roi, et de ce qui relève de l'abbé de Brantôme , supposé que la terre entière de Bourdeilles ne relève pas de la couronne.