TROISIÈME RAISON
Qu'une information ne peut ja?nais nuire ^ parce qu'on peut en corriger ou en suppléer les défauts dans le temps du récolcment.
Celle raison n'auroit pas dû être proposée par des officiers qui onl quelque expérience dans les matières criminelles.
II esl certain, au contraire, que dans toute la procédure criminelle , il n'y a rien de plus important qu'une inibrmalion. C'est la base et le fondement d'un procès criminel; c'est sur l'inl'ormation qu'on décrète; c'est sur rinrormation qu'on interroge; c'est sur l'information qu'on décide si le procès doit être instruit par récolemenl et confrontation. C'est en vain qu'on se flatte souvent d'en pouvoir réparer les omissions ou les erreurs dans le récolemenl; la vérité échappe sonvent dans l'intervalle, qui est toujours assez long entre ces deux procédures; et il ne faut, pour faire voir combien une espérance esl souvent trompeuse , qu'employer ici ce qui est dit dans le mémoire même du lieutenant du prévôt de l'île, delà nécessité de s'assurer promptement de la preuve dans toute sa plénitude au moment de l'action. C'est par l'information seule qu'on peut jouir de cet a^antage; et par conséquent il n'y a rien de plus important que de la bien faire d'abord.
Si cette maxime est véritable à l'égard de tous les juges en général, elle l'est encore plus à l'égard des prévôts des maréchaussées en parliculier.
Les informations de ces officiers sont d'une conséquence infiniment plus grande que celle des juges ordinaires, puisque c'est sur ces informations que l'on décide du genre du crime , de la forme de l'instruction et de l'autorité du jugement.
Les compétences ne se jugent que sur l'information,sans attendre ni le récolemenl, ni aucune autre procédure que l'inteiTOgatoirc de l'accusé quand il
EN MATIÈRE CRIMINELLE. sSy
est présent , et dont on ne tire souvent aucunes lumières.
Ainsi , quand il n'y auroit que cette seule raison , il n'en Taudroit pas davantage pour montrer comJ^ien il seroit dangereux de confier à un seul homme, sans témoin et sans inspecteur, un acte de cette importance, et pour faire voir que quand on pourroit se reJâclier de la règle à l'e'gard des autres juges, on ne le devroit jamais faire à l'égard des prévôts des maréchaux.