‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., augmentée de pièces échappées aux premiers éditeurs, et d'un discours préliminaire (volume 3)Chapitre 64 sur 97 · MÉMOIRE SUR LES POSSESSIONS · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR LES POSSESSIONS

d'essuyer les poursuilcs rigoureuses d'un traitant , sans pouvoir trouver pour le satisfaire un ars;cnt dont elle manque pour les elioses les plus nécessaires , et qui seroit mieux employé dans le service militaire , s'il lui en resloit encore à y sacrifier.

Cet inconvénient est si yrand et si (îicheux dans la conjonclure présente, que, quand il n'y en auroit point d'autre dans l'exécution de l'édit dont il s'agit , il semble que c'en seroit assez pour engager le roi , par bonté et par justice, à ne point imposer une charge dont le poids retombera , pour la plus grande partie , presque entièrement sur ceux qui le servent au prix de leur sang.

On n'ignore pas que Sa Majesté a besoin plus que jamais de secours extraordinaires, et ceux qui se sont crus obligés en honneur et en conscience à donner ce mémoire , se sont fait cette objection à euxmêmes , autant de fois et aussi fortement que le pourront faire ceux qui le liront.

Ils savent qu'il est juste que tout le monde contribue aux besoins prcssans de l'état; ils sont plus pénétrés que personne de la vérité de ces grands principes qui doivent être gravés dans le cœur de tous les sujets du roi, et ils tâcheront toujours d'inspirer aux autres les mêmes sentimens par leurs exemples encore plus que par leurs discours. Que le roi juge à propos de se faire donner de nouveaux secours par les propriétaires des fonds de terre , ils doivent tous obéir avec soumission et avec zèle, c'est un devoir indispensable ; mais, que, pour exiger ce secours, on établisse des maximes nouvelles, et qu'on change la face de la jurisprudence; qu'on décrie une espèce de bien très-considérable dans la royaume; qu'on en diminue la valeur à perpétuité ; et que Ton fasse naître par un seul édit une source de taxes qui se renouvelleront éternellement à cliaque guerre ^ et qui consommeront enfin le fonds de cette nature de bien, c'est ce que les magistrats les plus zélés pour le service du roi ne sauroient voir sans douleur : c'est un de ces mau]^

dont la durée, beaucoup plus longue que la cause qui les produit, se perpétuera après la guerre et troublera la douceur de la paix; c'est par conséquent une de ces charges publiques dont il est du devoir des magistrats de représenter avec respect les grands inconvéniens; et ils ne sauroient se taire dans ces occasions sans manquer également à ce ce qu'ils doivent au roi, au public et à eux-mêmes.

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