CINQUIÈME POINT
Ce qu'il est important de remarcjuer, en lisant l'Histoire.
Jepourrois, après cela, me dispenser de traiter avec vous le cinquième point que je me suis proposé d'examiner, parce que, si vous êtes fidèle à suivre la méthode que je viens de vous tracer sur les quatre premiers points, vous saurez, de vous-même^ ce qui regarde ce cinquième article , je veux dire , ce qu'il faut remarquer en lisant l'histoire, et ce que vous ferez bien d'en extraire.
Mais, comme après tout, c'est l'article le plus important, et par lequel on peut recueillir une plus grande utilité de la lecture de l'histoire, je ne laisserai pas de vous indiquer ici les principales vues que l'on peut avoir sur ce sujet, et j'abandonnerai le reste à votre goût pour la science , et à votre amour pour le traNail.
Jean B)din, digne magistrat, savant auteur, et ce que j'estime encore pkis , très-bon citoyen , a traité cette matière comme beaucoup d'autres , dans ia méthode qu'il a faite pour la lecture de l'histoire; et je vous dirai, en passant, que c'est un livre qui mérite que vous le lisiez comme un des meilleurs , et peut-être même, à tout prendre, le meilleur de tous ceux qui ont été faits sur ce sujet. Vous y trouverez un chapitre où il examine dans un ^raiid détail , quelles sont les choses qu'il faut remarquer en lisant l'histoire j le plan qu'il en forme est licau et bien ordonné, mais il est si vaste que, quand même vous auriez le courage d'entreprendre de le suivre , je ne sais si je devrois vous conseiller de le faire.
ÉTUDE DE l'histoire. G3
Dans le temps que les magistrats se levolenl à quaUe heures du malin, qu^iJs dîiKjient à dix, et soupoient à six , qu'ils vivoient renfermés dans le cercle étroit de leur famille, et d'un petit nombre d'amis qui avoienl les mêmes mœurs et les mêmes inclinations qu'eux ; que tout ce que les fondions publiques leur laissoient de loisir, ils Femplojoient à l'étude qui faisoit en même temps et leur unique occupation , et leurs plus grandes délices. Un jeune homme, destiné à la magistrature, pou voit n'êîre pas effrayé d'un plan aussi immense que celui de Bodin. Nos pères trouvoient le moyen d'él endre leurs jours , et de prolonger leur vie par le bon usage qu'ils en faisoient ; au lieu que nous l'abrégeons par la profusion et le dérangement de notre temps. Riten n'étoit plus commun alors, que de voir non-seuiemcnt des magistrats savans , mais des magistrats auteurs qui enrichissoient le public du fruit de leurs veilles; et qui, après avoir employé une partie de la journée à rendre justice aux hommes de leur âge, en consacroient le reste à instruire les siècles à venir. Mais cet heureux temps n'est plus. Les mœurs sont entièrement changées : la fragilité des hommes les soumet à la tyrannie de la coutume; )a forme môme de traiter les affaires est différente ; les occupai ions de la vie et les devoirs de la société se sont tellement multipliés, que ceux qui sont destinés à vivre dans le tumulte des affaires , sont forcés, malgré leur goût pour l'étude , et leur ardeur pour s'instruire , de laisser aux savans de profession, une grande partie du terrein que les magistrats partageoient autrefois avec eux. Il est même de la sagesse et du devoir d'un homme dévoué au service du public , de se réduire au nécessaire et à l'utile , pour ne pas s'exposer à perdre l'un et l'autre, en s'attachant à ce qui ncsl que d'ornement, et, pour ainsi dire, de luxe dans les sciences. Il ajoute par Jà à l'essentiel, tout ce qu'il refuse au superflu; et il vaut beaucoup mieux pour lui, ignorer certaines choses étrangères à sa profession , pour approfondir solidement celles qui regardent son
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état, que d'être superficiel sur tout, pour vouloir tout savoir.
Après celte espèce de digression , où je me suis laissé aller par le souvenir du passé et la triste comparaison du temps présent , ne craignez pourtant rien , mon clier fiis; et ne vous pressez pas de m'accuser d'être trop avare pour vous, et de vouloir vous réduire dans des bornes trop étroites. Vous allez voir que je vous en laisse encore assez.
Voici donc , mon cher fils , le plan que je crois que vous pouvez vous proposer sur les remarques que vous ferez dans la lecture des Historiens.
Tout ce qui mérite d'y eutrer , peut se réduire à trois points, parce qu'il n'y a que trois ordres de choses qqi soient l'objet de toutes les sciences :
Les choses divines j
Les choses naturelles ;
Les choses humaines.
On peut néanmoins y ajouter un quatrième objet qui comprend ce qui appartient à la critique et à la philologie , dont les observations tombent moins sur les choses en elles-mêmes , que sur le temps , le génie , le style de ceux qui nous les apprennent , et sur la manière de les exprimer.
Les choses divines renferment tout ce quiaparlient à la religion , ou qui en est l'accessoire , et l'on peut les réduire à cinq points principaux :
i.° La croyance et la docti'ine;