ÉTUDE DES BELLES-LETTRES. QJ
tons et des notes , l'on passe à celle des accords , et t'nfin aux règles de la composition.
Je n'ai que très-peu de choses à vous dire sur le premier point, mon clier lîis. Toutes vos études jusqu'à la rliélorique, ont eu piincipalenient pour objet de vous mettre en état d'entendre les auteurs qui rèî^nent , pour parler ainsi , dans l'empire des belles-lettres, c'est-à-dire, les grecs et les lalius. Tnut ce que vous avez appris depuis ce temps-là, vous a encore perfectionné dans le don de l'intelligence.
La clef de la science est entre vos mains, et j'espère qu'elle n'y sera ni oisive ni inutile. Je n'examinerai donc ici qu'une seule chose avec vous, qui consiste à savoir , si vous devez porter plus loin l'étude des langues, et jusqu'où elle doit aller.
Entre les langues anciennes, je ne vois que l'hébreu qui puisse faire la matière d'un doute raisonnable.
D'un côté , le goût de la plus auguste et de la plus vénérable antiquité , le secours que l'on peut tirer de cette langue, pour Tintelligence des livres divins; secours sans lequel il est presque impossible d'y voir aussi clair qu'il est permis à l'humanité de l'espérer, et sans lequel même ( pour nous rapprocher de notre objet présent), on ne sauroit bien sentir la force, la magnificence, le sublime des auteurs sacrés, dont plusieurs sont presque autant au-dessus des profanes, par la hauteur de leur éloquence, que par la grandeur de leur objet. Yoilà sans doute de grandes raisons, pour vous porter à dévorer les difficultés de la langue hébraïque.
D'un autre côté , la nature de la profession à laquelle vous êtes destiné , et qui n'exige point de vous cette connoissance profonde de Técriture sainte , qui est souvent plus propre à remplir l'esprit qu'à nourrir le cœur , et sans laquelle on peut très-bien faire son salut j la multitmle de choses plus nécessaires que vous avez à apprendre ; les difierentes occupations dont vous serez charge ; les distractions même inévitables auxquelles vous serez souvent exposé , et qui , vous dérobant , malgré vsus . uiiq
partie de votre temps , augmenteront le prix de celui qu'elles vous laisseront , sont aussi des raisons considérables , qui peuvent vous détourner de cette étude , quand même elle seroit de votre goût.
Si vous me demandez, après cela, ce que j'en pense , je vous répondrai que je crois vous l'avoir déjà dit , en vous marquant qu'elle n'est point absolument nécessaire. Je la mets donc au nombre des choses sur lesquelles le goût personnel doit décider. A mon égard , le peu que je sais de la langue hébraïque , m'a souvent fait regreter de ne m'y être pas assez attaché , dans ma jeunesse, pour m'en rendre le maître , au moins par rapport à l'intelligence de l'écriture sainte ; car j'aurois grand regret d'avoir employé mon temps à me mettre en état de lire les livres des Rabbins , c'est-à-dire, à acheter bien cher le droit de les mépriser, droit que l'ignorance nous donne aussi sûrement, et à meilleur marché.
Mais, après tout, mon goût personnel, et un certain esprit de critique littérale , que je suis bien éloigné de regarder comme une perfection en moi , ne fait point une raison décisive pour vous. Je reviens encore ici , comme je l'ai fait plus d'une fois, en vous parlant de l'histoire , à une règle aisée à pratiquer, qui est de suivre votre goût; et je finis ce que j'ai à vous dire sur ce sujet , par ces belles paroles -.faites ce que vous voudrez.
J'y ajouterai seulement, que si vous voulez apprendre cette langue , c'est-à-dire, l'hébreu , vous ferez bien de profiter de l'âge où vous êtes , et de la félicité présente de votre mémoire , pour vous initier dans SCS mystères , avant qu'un âge plus avancé vous ait dégoût(' de ce qui n'est que science de mots , et vous en ait rendu peut-être l'acquisition plus difficile.
Pour ce qui est des langues modernes, il y en a deux surtout, je veux dire l'italien et l'espagnol , qu'il ne vous sera pas permis d'ignorer , soit à cause de la facilité que vous aurez à les apprendre, soit par rapport au grand nombre d'ouvrages (|u'on y trouve dans tous les genres ^ et principalement dans l'histoire.