PREMIÈRE VÉRITÉ DE FAIT
IV. Il n'y a presque plus de nation Acéphale, c'està-dire , qui vive sans chef, sans aucune sorte de gouvernement. Tel a été, dit-on, le premier état du genre humain , lorscju'il a commencé à peupler la terre ; et dans cet état , il ne pouvoit connoître d'autres lois que celles du droit naturel. Mais supposé que cet état ait jamais subsisté, il est certain du moins qu'il n'a pas duré long -temps. On a bientôt senti la nécessité et l'avantage de rassembler et de réunir, sous une même domination , des hommes épars et souvent ennemis les uns des autres, pour adoucir leurs mœurs, pour renfermer dans de justes bornes leur liberté naturelle , pour en prévenir l'abus ou les suites funestes ; et c'est une opinion fort probable que chaque famille avant d'abord formé une espèce de corps naturel qui a été la première image de toutes les sociétés , l'assemblable des dilîérentes familles a produit dans la suite ce qu'on a nommé une nation , un peuple , un état : ainsi , le plus ancien gouvernement a élé celui des pères de famille , qui a servi apparemment de modèle à tous les autres. De là vient peut-être que chez les Romains la puissance pat(Tnelle renfermoit originairement le droit de vie et de mort sur les enfans : d'où l'on a pu conclure aussi qu'à plus forte raison, le même droit devoit appartenir aux maîtres sur les esclaves qu'ils avoient acquis par le droit de la guerre, et qui, leur étant redevables de la vie qu'ils leur avoient conservée à condition de
A.U DROIT PUBLIC. a^S
les servir , méritoient de la perdre lorsqu'ils lomboient dans l'ingratilude à l'égard de leurs bienfaiteurs.
Vendcre chm possis caplivum , occlderc noU ; Seiviet utililer (i).
On trouve d'ailleurs des rois établis dès le temps d'Abraham , et les dynasties d'Egypte paroissent même remonter encore plus haut. Mais ce n'est pas ici le lieu de rechercher l'origine, et de faire l'histoire de tous les gouvernemens qui sont sur la terre. Il suffît de remarquer que, si l'on excepte un trèspetit nombre de peuples sauvages , qui vivent peut-être encore sans roi et sans loi, toutes les nations du monde ont reconnu qu'il éloit nécessaire que chaque corps eût une tête, ou que tout état eût un chef, pour contenir tous les membres dans l'ordre, et en diriger les différentes opérations au bien commun de la société.