‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., augmentée de pièces échappées aux premiers éditeurs, et d'un discours préliminaire (volume 5)Chapitre 56 sur 73 · DEUXIÈME DIFFÉRENCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DIFFÉRENCE

Quand même ma perfection et ma félicité présente pourroient êlre portées au plus baut degré, remplir toutes les vues de mon esprit , épuiser tous les désirs de mon cœur, il leur manqueroit toujours un caractère esseuliel pour me satisfaire pleinement j c'est la stabilité , la durée constante et indéterminable : sans cela, dans le comble même de la prospé" rite , je serai toujours obligé de dire avec Sénèque : combien durera mon bonheur ? Subit sollicita cogitatio: et hœc quamdiu (i)? Celte pensée importune , ma félicité va -peut-être m'' échapper et s'évanouir en ce moment, viendra toujours troubler mon repos, et empoisonner mes plaisirs. En vain, seroisje sûr d'en jouir pendant un temps considérable ; ce qui est fini peut-il jamais êlre long? Ce que je dis de la perfection et du bonbeur de mon état , ou plutôt de mon pèlerinage sur la terre , je peux le dire aussi de mon imperfection passagère et de mon malbeur temporel -, avec cette différence , que ce qui m'afHigc dans le bien , est ce qui me console en quelque manière , dans les maux de cette vie , à quelque degré qu'ils soient portés, ils peuvent finir; et tôt ou tard ils finiront en effet. Si je jouis des biens présens, je suis effrayé par la crainte de les perdre ; si j'éprouve au contraire les maux présens, je suis consolé par l'espérance de les voir finir. Il n'y a que les biens et les maux de la vie future , qui puissent bannir dans ceux qui en seront rassasiés, toute frayeur ou tout espoir, parce qu'ils sont marqués, pour parler

(i) Senec. , de brcv. vit. , ii.^ i6.

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ainsi, au coin de l'elernile de Dieu même : ego.Do-^ minus j et non mutor (i).

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