II, Prodiges qui accompagnent sa naissance
L'auge qui apparoît aux pasteurs; la hmiière miraculeuse qui les éclaire au milieu de la nuit; un
SL'U jésus-chrtst. ^I*!)
sauveur leur est annoncé , avec le signo auquel ils pourront le reconniitre; celte troupe nombreuse de l'arnie'e céleste qu'ils voient de leius yeux , et qui clianle le divin cantique, (i) gloria in altissimisy etc. La loi des bergers qui adorent le cluisl naissant.
§. III. Prodiges qui sni^'ent sa naissance.
L'étoile qui apparoît de nouveau aux mages; leur fidélité à aller cherclier celui qu'elle annonce; la réponse des prêtres et des scribes à Hérodes sur le lieu où le christ devoit naître; la nouvelle et dernière apparition de l'étoile, lorsqu'il fallut montrer aux mages la maison où étoit Jésus-Clirist; le culte qu'ils lui rendent comme les prémices de la gcntilité ; l'ange qui les avertit d'éviter Jérusalem , et de retourner dans leur pays par un autre chemin.
Simcon , inslruit par le saint-esprit de la naissance de Jésus-Christ et de sa présentation au temple; sa joie et son canlique d'actions de grâces, et en même temps prophétique , à la vue de celui qu'il appelle le sauveur envoyé de Dieu , la gloire du peuple élu, et la lumière des nations ; la prédiction qu'il fait sur l'enfant qu'il lient enire ses bras , et sur la mère; le témoignage et la joie d'Anne la prophétesse.
L'ange envoyé du ciel pour avertir Joseph de porter l'enfant jésus en Egypte; le carnage des innocens, dont il est sauvé par cet avertissement. ,
Enfin , le même ange envoyé de nouveau à Joseph, pour lui annoncer la mort d'Héro<!es, et lui dire qu'il peut retourner dans la terre d'Israël.
§ IV. Les prédictions de ces différens prndig-'S reçoivent, citez les Juifs , la niéine explicaùon que chez les Chrétiens.
Tous ces prodiges, qui ont précédé, ou accompagné, ou suivi la naissance de Jésus-Christ, avoient été prédits par les prophètes , au moins pour la plus grande partie; et la tradition des Juifs appliquoit au
(i) Luc , clî. 2 , f. jf\.
44o RÉFLEXIONS DIVERSES
messie , les passages de l'ancien testament , où cess prodiges sont annoncés, comme on le peut prouver par le témoignage même des docteurs modernes des Juifs.
§. V. Double caractère qui se réunit en Je'sus- Christ. Grandeur suprême , profonde bassesse , qui , comparée avec sa grandeur, est un anéantissement.
Jésus -Clirist naît dans une famille illustre, à la vérité, par son origine, mais obscure et confondue dans la foule des autres familles juives, lors de sa naissance. Celui qui passe pour son père est un charpentier; il naît dans une élable, parce que Joseph et Marie ne peuvent trouver un logement dans l'hôtellerie. Pendant que des anges descendent du ciel pour annoncer sa naissance, et que des hommes et des femmes inspirés de Dieu, prédisent qu'il sera le salut et le sauveur du monde, pendant (|ue des prodiges éclalans confirment déjà la vérité de leurs paroles , il vient au monde dans l'état de la plus grande pauvreté, obscur et inconnu à tous autres qu'à des bergers, à qui Dieu fait voir en ce moment , comme un rayon de sa gloire : rien de plus grand du côté du ciel; rien de plus petit du côlé de la terre; rien de plus capable de satisfaire ceux qui considèrent attentivement le progrès et la suite delà révélation; rien de moins propre à imposer à ceux qui jugent des choses humainement ; (i) neque viœ vestrœ y vice meœ , dicit Dominns. Dieu n'agit point en homme, il agit en Dieu, pour la manifestation de la gloire de son fds.
§. VI. Jésus- Christ , docteur et maître dès son enfance.
Jésus-Christ, dès l'âge de douze ans, fait <lans le temple la fonction de docleur du monde, et montre, comme il le dit dans la suite, qu'il en est la lumière. Les prêlresetles docteurs delà loi sont dans l'admiration de la sagesse de ses réponses.
(i) lia. , ch. 35 , ^. 8.
§. VII. Jésus-Christ , fils de Dieu , assis à côté de Dieu , se mettant au-dessous des hommes.
II déclare, dès le même âge et dans le même temps, que Dieu est son père. D'un autre côté, il obéit à la voix de sa mère qui le rappelle, et vit soumis, nonseulement à elle , mais à Joseph , qui passoit pour son père.
§. VIII. Obscurité de la première et plus grande partie de la vie de Jésus- Christ.
Après avoir laissé échapper ce premier rayon de lumière, il rentre dans l'obscurité et dans le silence; il y demeure pendant vingt ans et plus; vivant dans la maison et dans la boutique d'un charpentier, dont on le prend pour le iî\s ^ inconnu aux hommes, et ne cherchant point à s'en faire connoître.
§. IX. Caractère du Précurseur destiné à faire connoître Jésus- Christ.
Sa prédication , qu'il ne commence que dans sa trente- troisième année, est précédée par celle de Jean son précurseur, dont le caractère est si remarquable, et a un si grand rapport avec celui de Jésus- Chi ist , qu'il mérite d'être considéré attentivement.
Jean est prédit et annoncé par les prophètes dans sa qualité de précurseur, et comme un nouvel Elie.
On a déjà remarqué les prodiges qui ont précédé et accompagné sa naissance miraculeuse.
Il rend témoignage à Jésus-Christ dès le ventre de sa mère.
Il passe sa vie dans le désert jusqu'à l'âge de trentedeux ans , revêtu d'un habit de poil de chameau , ceint d'une ceinture de cuir, ne connoissant point d'autre nourriture que des sauterelles et du miel sauvage, séparé de tout commerce,, et ne voyant pas même celui qu'il avoit reconnu dans le sein de sa mère, et dont il devoir annoncer la venue.
Il paroît sur les bords du Jourdain , et tout son
mini.slère se rcduil à exhorter les juifs à la pcnilcncc j à Jes baptiser dans l'eau, ce qui avoit été aussi prédit, et à les renvoyer à Jésus-Clnist qu'il leur montre, après leur avoir donné des leçons de \erlu convcna- Lles à chaque état.
Tous les peuples de la Judée accourent pour l'entendre; ils profitent de ses inslructicns; ils confessent leurs péchés; ils sont lavés dans Jes eaux du Jourdain.
11 ne ménage point son peuple , ni même ceux qui y tenoient le premier rang; il traite, au contraire, avec dureté les Pharisiens , qu'il appelle race de vipères.
Plusieurs sont tentés de le prendre pour le messie, il leur déclare qu'il ne l'est pas; on le presse de dire s'il est Elie, ou le prophète prédit par Moise; il répond encore qu'il ne l'est pas. 11 jjroleste qu'il n'est qu'z/;?e voix qui crie dans le désert , préparez la voie du Sei'^nem", et il ajoute que ce Seigneur, qui est le Christ , vient sur ses pas.
§. X. Caractère de Jésus- Christ , trace par saint Jean.
Qualités de Jésus-Christ marquées par saint Jean : existant avant lui, plus fort que lui, fds de Dieu, juge des hommes, qui les baptisera dans le saintesprit , et qui en fera le discernement pour exercer sur eux sa justice ; fjui a cette plénitude, dont tous les autres reçoivent ce qu'ils possèdent ; (jui donne la grâce et la vérité, au lieu que Moïse n'a donné que la loi ; le seul qui ait vu Dieu , comme son fds unique, et par lequel seul nous apprenons à le connoître; audessus de tout , parce qu'il nous vient du ciel, au lieu que les autres naissent de la terre ; fils unique, et en même temps agneau de Dieu , destiné à lui être ofiert comme une victime de propitiation pour les péchés du monde; celui qui croira en lui aura la vie éternelle, elc.
Saint Jean joint enlin à ce témoignage qu'il rend au sauvetu" du monde, l'aveu de son néant par rapport à la giandeiir de Jésus-Christ, en disant qu'z/ ?i est pas digne de délier les cordons de ses souliers.
SUR- jÉsus-nir.TST. 443
De là vient que, lorsque Jésus-CIirist vient à lui pour en recevoir le baptême, saint Jean Ini résiste d'abord en disant : c'est moi qui ai besoin d'élre hap^ lise par vous , et ii'(!]j<^it que lorsque Jesus-Christ lui répond, que c'est ainsi qu'ils doivent accomplir toute justice.
Que gagne saint Jean à mener une vie si austère, à précber la pénitence, à baptiser tout le peuple, à s'abaisser lui-même pour rendre gloire à Jésus-Clirisl? Toute la Judée court a lui, il continue de manger des sauterelles et du miel sauvage. Appelé à la cour d'un prince , il n'y gagne que la prison et la mort pour lui avoir dit librement la vérité.
Tel est le caractère du premier témoin de Jésus- Christ, et tel a été dans la suite celui de tous les autres (i).
§. XI. Prédication de Jésus-Christ } prodiges qui en caracicriseni le commencement.
Prodiges arrivés immédiatement avant la prédication de Jésus-Christ, lorsqu'il sort des eaux du Jourdain, où Jean l'avoit baptisé, les cieux s'ouvrent, le saint-esprit descend sur lui en forme de colombe ^ et on entend une voix du ciel qui dit : c'est ici mon Jils Lien aimé ^ en qui f ai mis toute ma complaisance (2).
Jean atteste la vérité de ce fait , et ajoute que Dieu l'avoit averti, que ce seroit à ce signe qu'il reconnoitroit celui qui devoit baptiser dans le saint-esprit, et qui étoit le fds de Dieu.
Ici comme ailleurs, toute la grandeur de Jésus- Christ vient du ciel, rien du côté de la terre.
(i) L'auteur avertit, dans une note marginale du manuscrit, que c'étoit après ce paragraplie qu'il devoit liacer les caractères de Marie , de Joseph , de Zacharie , d'Elisabelli , les premiers, et d'abord les seuls confidens de la venue de Jésus- Christ j ce qui prouve que ce n'est ici que le canevas d'un ouvrage qu'il se proposoit de faire sur l'objet le plus impoitaut de la religion,
(2) Math., ch. 3, f. 17.
§. XII. Caractères de Jésus-Christ , qui font voir qu'il est Dieu, tracés par saint Jean.
Le verbe , qui est avant qu'il y eût rien de créé; le verbe qui est en Dieii, et qui est Dieu, le verbe par t|ui tout a été fajtj le verbe qui est la lumière des hommes , et qui les éclaire en venant au monde; le verbe qui est la vie; le verbe s'est fait chair, et nous avons vu sa gloire , gloire telle que le fils unique devoit la recevoir du père; il a habité parmi nous plein de grâce et de vérité. Voilà ce que saint Jean l'évangéliste dit de Jésus-Christ.
De quel homme a-t-on dit la même chose depuis le commencement du monde? C'étoit peu de le dire, Jésus-Christ l'a fait croire, non par une seule nation, ou par une secte de philosophes, mais par des peuples innombrables de tout l'univers.
^. XIII. Jésns-Christ, vainqueur du démon, a qui il permet de le tenter. La même parole qui a créé le monde cori/bnd le diable et le met en fidte.
Le ciel a déjà rendu témoignage à Jésus-Christ. lia terre le lui rend bientôt; mais il faut dès à présent que Tenfcr le reconnoisse , et commence à trembler devant lui. C'est pour ccJa qu'il permet au démon de le tenter; mais le démon tente en vain celui qui éloit descendu du ciel pour le vaincre.
Discours du démon, qui montre qu'il conjecturoit que Jésus-Christ étoit le fils de Dieu, et qui fait voir lidée qu'il attachoit à cette qualité, dans laquelle il leconnoissoit que la toute-puissance étoit renfermée. On voit aussi par là que le nom de messie et celui de jlls de Dieu , dévoient se réunir dans la même personne; manière dont Jésus-Christ se conduit à l'égard du tentateur; il soufïre qu'il ose exercer encore sa puissance, parce que le temps de triompher de lui et de lui faire sentir son autorité n'étoit pas encore venu ; il ue le repousse rjue par les paroles de l'écriture sainte. Celui qui chassa , dans la suite, tant de démons
SUR JKSUS-CHKIST. 44^
par une seule de ses paroles , veat bien s'abaiss€r jllsqii'à ne faire que répondre à l'abus que le démon iaisoit des passages du texte sacré , et le renvoyer enfin en maître absolu, après avoir montré , eu lui résistant, qu'il venoit pour rendre les hommes supérieurs aux tentations des sens , comme à celles de l'ambition , de l'avarice , de l'orgueil, etc.
En comparant aussi les discours de saint Jean , on voit que les termes de messie , dejîls de Dieu , d'agneau de Dieu, ou de victime qui doit être offorle à Dieu sont synonymes , ou du moins qu'ils coaviennent à la même personne.
§. XIV. Jésus- Christ prophétise ; il connaît ce qui est invisible aux yeux du corps. Le messie devait élre le Jils de Dieu. Jésus- Christ est souvent reconnu en cette qualité.
Jésus-ChrisL connoît l'avenir comme le présent, et fait des prédictions qui sont déjà presque toutes accomplies.
Jésus- Christ voit en esprit ce qu'il ne pou voit voir des yeux du corps ; c'est ainsi qu'il dit à Natlianaël ,/<? vous ai vu sous lefigidev^ Nalhanaël s'écrie à cette seule parole , vous êtes le jils de Dieu , le roi d'Israël. Un autre que Jésus-Christ n'avoit pu le voir corporellement.
Philippe avoit amené Nalhanaël à Jésus- Christ, comme au messie; ainsi ce passage fait encore voir que les Juifs croyoient que le messie devoit être nonseulement le roi d'Israëi, mais le fils de Dieu.
§, XV. Accomplissement des prophéties de Jésus-Christ.
Jésus-Christ prophétise et ses prédictions sont accomplies ; il dit à Nathanaël : vous verrez les cieux ouverts , et les anges du ciel descendre sur le Jils de l'homme. Les apôtres l'ont vu en eft'et dans la suite.
§. XVÏ. Miracles de Jésus- Christ.
Jésus-Christ prouve ce qu'il est par un nombre infini de miracles.
445 réflexio?v's diverses
§. XYII. Jésus- Christ veut se conformer à la loi.
JésLis-Ghris!; observe la loi , il va tous les ans à Jérusalem pour y célébrer la letc de Pâques.
§. XVIII. Jésus-Christ agit en mai ire de la maison de Dieu , et prédit des e\>énemens contraires à l'ordre de la nature.
Jésus-Christ agit en maître dans le temple , et il eu chasse les marchands et les changeurs. Si on lui demande par quelle autorité il agit , il répond d'une manière obscure pour les Juifs, mais claire pour les fidèles, en déclarant qu'il a une puissance infinie, puisqu'il se ressuscitera lui-mcme trois jours après sa mort.
Jésus-Christ, prophète, prédit sa résurrection future, et la prédit comme devant l'opérer lui-même.
Jésus -Christ a fait un très-grand nombre de miracles , outre ceux qui sont expliqués dans les évangiles.
§. XIX. Miracles de Jésus- Christ sans nombre, gui prouvent sa puissance iiifinie.
Saint Jean parlant de la première pâque que Jésus- Christ célèbre à Jérusalem depuis le commencement de sa prédication , dit que beaucoup de Juifs crurent en lui, voyant les signes ou les miracles qu'il faisoit. Aucun de ces miracles n'est expliqué en détail par aucun des quatre évangélistes ; et il falloit bien qu'il y en eût un grand nombre , puisque peu de temps après, Nicodème dit à Jésus-Christ : Personne ne peut faire ces signes que vous faites y si Dieu n'est avec lui.
§. XX. Doctrine de Jésus- Christ.
Jésus-Christ enseigne une doctrine que toute la raison humaine n'avoit pu faire découvrir aux philosophes les plus pénélraus , comme la nécessité d'une nouvelle naissance par la régénération qui se fait dans lebaptcmc, où le saint-esprit nous reproduisant, pour
ainsi (lire , nous imprime lo caractère cl'enfans de Dieu.
Doctrine fondée sur ce grand principe inconnu à îa philosophie payenne , qu'il n'appartient qu'à Dieu de réformer son ouvrage, comme hii seul a pu le former, et par conséquent, que c'est à Dieu seul que l'homme doit s'adresserpour recouvrerson innocence, et acquérir la véritable vertu; la chair, c'est-à-dire , l'homme par lui-même, ne pouvant produire que la chair , et l'e.'prit ne pouvant être l'ouvrage que de l'esprit, c'est-à-dire, du saint-esprit.
Cette vérité est telle que la raison y acquiesce aisément, quoiqu'elle n'ait pu la découvrir avant la révélation. L'on trouve le même caractère dans une grande partie des vérités enseignées par Jésus-Christ, et qui conviennent tellement à l'idée de Dieu et à celle de l'homme, qu'on est surpris de ce qu'elles n'ont pas été plutôt aperçues.
5. XXI. Caractère de Jcsus- Christ; suprême grandeur, extrême bassesse.
Jésus-Christ s'appelle lui-même lejils de l'homme^ c'est-à-dire, un homme vil et abject, suivant le sens que les Hébreux attachoient à celte expression , ou comme Isaïe l'avoit prédit, despectiim et noi^issimum viroriim , viriim doLorunt et scientem injirmitatem : non est species ei , neqiie décor (i).
Dans le même temps il se nomme le Jlls unique de Dieu.
La tlernière bassesse et la suprême grandeur réunies dans la même personne; caractère unique de Jésus-Christ.
§. XXII.. Jésus- Christ connoit seul ce qià est dans le Ciel , et proKve qu'il réunit les deux plus grands attributs de la Divinité.
Jésus-Christ déclare nettement que lui seul a vu ce qui est dans le ciel d'où il est descendu , et où il est
(i) Isai. , ch. 53, %^. 2.
encore. Quel est l'homme qui ait dit cela de lui-même,' et qui l'ail prouvé par les deux plus grands attributs de la divinité, qu'il a fait voir en sa personne? La connoissance de toutes choses, même de celles qui ne sont pas encore, et la toute-puissance par laquelle il a fait tout ce qu'il a voulu.
§. XXIII. Jésus- Christ annonce sa mort, et prouve la vérité des prophéties de la loi par d'autres Prophètes^
Jésus-Christ fait voir qu'il a été promis et figuré dans la loi , et cela à l'égard des choses qui n'existoient pas encore lorsqu'il parloit , comme de son crucifiement prédit et annoncé par le serpent d'airain que Moïse éleva dans le désert ; en sorte que c'est par une prophétie qu'il apprend à Nicodême qu'en lui doivent s'accomplir les anciennes prophéties.
Jésus-Christ prédit sa mort sur la croix pour le salut du monde.
§. XXIV. Caractères divins de la doctrine de Jésus- Christ.
Jésus-Christ seul a fait voir que Dieu aime véritablement les hommes, et jusqu'où va son amour pour eux , puisqu'il a donné son lils unique pour les sauver.
Jésus-Christ annonce que quiconque croira en lui ne périra point. C'est ce qu'aucun philosophe n'avoit jamais promis l\ ses disciples.
Jésus- Christ promet la vie éternelle à ceux qui croiront en lui; il décide, par une seule parole, la question de l'immortalité des âmes et de leur béatitude future , qui avoit exercé si long-temps et partagé les esprits des anciens philosophes, et des Juifs mêmes.
§. XXV. Jésus- Christ , la lumière du monde dans un sens incommunicable à l'homme,
Jésus-Christ assure qu'il est la lumière du monde, qualité qui , selon saint Jean, ne convenoit pas même à Jean-Baptiste, et qui, par conséquent, doit être
regardée dans le style de l'e'vangiJe, comme une proprie'lé ff ui est au-dessus de l'homme , ou qui n'appartient qu'à Dieu.
5. XXVI, Vie de Jésus- Chr isl , simple, pauvre ; il veut au elle soit uniquement dépendante de la Providence.
Simplicité de Ja vie de Jésus -Christ. Il étoit né pauvre, et il vit pauvre; il fait tous ses voyages à pied, et il subsiste de ce que ses disciples vont acheter pour lui, de ville en ville, ou de village en village; fatigué du chemin , il se repose sur le bord d'un puits ou d'une fontaine.
§. XXYII. Grâce promise par Jésus- Chn'st. Jamais philosophe n'a fait une pareille promesse.
Il annonce aux hommes qu'il leur donnera une eau vive, c'est-à-dire, une grâce agissante et salutaire, qui éteindra en eux la soif de tous les biens périssables, qui les élèvera jusqu'à la vie éternelle, où ils seront à jamais désaltérés , et qu'il ne faut que lui demander pour l'obtenir.
§. XXVIII. Rien n'est caché à Jésus-Christ.
Jésus-Christ connoît les choses les plus cachées, et ce qu'il n'a jamais vu, comme ce qu'il a vu. A ce seul caractère la Samaritaine s'écrie d'abord qu'il est un prophète, et, mieux instruite, elle annonce encore qu'il est le messie ou le christ.
5. XXIX. Jésus-Christ annonce des évenemens que Dieu seul pouvoit produire , comme seul il pouvait les prévoir.
Jésus -Christ fait des prophéties qui sont toutes accomplies. Il prédit que ce ne sera plus ni sur la nionlagne de Samarie , ni à Jérusalem qu'on adorera le père, c'est-à-dire. Dieu, qui sera adoré en esprit et en vérité, c'est-à-dire, par un culte spirituel qui ne sera attaché à aucun lieu en particulier ; et, fixant par là le sens des anciennes prophéties, il fait voir que D'Àgiiessean. Tome Xf^. ic)
45o RÉFLEXIONS DIVERSES
ce que Malacliie avoit prédit d'une hostie pure qui serait offerte à Dieu en tous lieux , et chez les gentils mêmes , va s'accomplir par le messie , c'est-à-dire, par lui. Tout cela est si exactement accompli , que personne ne peut le nier.
^. XXX. Ejccellence de la doctrine de Jésus- Christ ^ il explique en quoi consiste le vrai culte ; sa qualité de Messie ^ la sainteté de ses mœurs , sa puissance.
Jésus-Glirist est le seul qui parle dignement de Dieu et de la religion. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en ^vérité ([). C'est donc le culte et le sacrifice de l'esprit qu'il exige, en quoi consiste toute l'essence de la religion , etc.
Jésus-Christ déclare formellement qu'il est le messie attendu des juifs et des samaritains.
Ses disciples sont étonnés de voir qu'il parloit avec une femme.
Tout instrument devient bon et salutaire entre les mains de Jésus-Christ. Une samaritaine, une femme dans le schisme, dans le désordre, quand il lui plaît, devient un apolre qui publie qu'il est le christ, et qui le fait croire.
§. XXXI. Véritable nourriture de l'Homme.
Jésus-Christ méprise la nourriture corporelle. La sienne est de faire la voîonlé de son père, et d'acomplir l'œuvre pour laquelle il est envové.
^. XXXII. Caractère remarquable des prophéties de Jésus-
Clirist.
Jésus-Christ prophétise que les apôtres vont faire une grande moisson, et recueillir ce (jue les prophètes avoient semé. Ils le tout en ellct.
On doit remarquer (|ue tous les événcmens prédits par Jésus - Christ, no sont point arrivés par aucun
(i) Joan. , cb. 4; f • 2 j.
Sur Jésus-christ' 4^i
enchaînement de causes secondes , ou de moyens liumains; au contraire, tout y paroissoit oppose' j nonseulement il prédit l'avenir , mais un avenir impéne'trable, un avenir incroyable, un avenir (jui devoit paroître impossible.
Les samaritains de Sicliar paroissent avoir été convertis par ce seul caractère de Jésus-Christ, sans qu'il ait eu besoin d'y joindre le concours des miracles.
Jésus-Christ déclare qu'il est le messie, et que les prophéties d'Isaïe sont accomplies en lui (i).
§. XXXIII. Caractère des miracles de Jésus- Christ.
Jésus-Christ fait des miracles, et guérit ceux qui sont éloignés de lui comme ceux qui en sont proches (2).
Jésus-Christ reproche à Tofficier de Capharnaiim ; dont il guérit le ûk, et en sa personne aux juifs, qu'ils ne croiroient point en lui s'ils ne vcyoient des signes et des prodiges (3). Il y avoit donc d'autres mar:jncs dans Jésus-Christ, auxquelles on pou voit le reconnoître, indépendamment de ses miracles , et ces marques étoient l'accomplissement des prophéties qu^il montroit en sa personne, sa doctrine toule céleste, la sainteté de sa vie, et tout ce qui formoit en lui un caractère unique, qui n'a jamais paru dans aucun homme , ni avant ni après lui.
§. XXXIV. Choix des instriimens ^estine's à la conversion du DIoiide ; prophétie qui les regarde.
Jésus-Christ choisit de pauvres pécheurs pour en faire ses disciples, et ensuite ses apôlres, par lesiiueis il a converti le monde (4).
Jésus - Christ prophétise en les appelant, qu'il en fera des pécheurs d'hommes j et la prédiction est accomplie (5).
(i) Luc, ch. 4, |. 18, 19, 20, 21. — (2) Joan. , cli, 4, ^ 47, etc. — (3) Joan., c\\. l^,f. 48. -- (4) Mat}i,cli. 4, jr. 18, elc; Marc, ch. i, ^r, iQ^el seq. 4. —(5) Malh. , ch, 4, je- 10; Marc, ch. I , ^'. i;; Luc, ch, :>, V. ro.
g. XXXV. Autorité avec laquelle Jésus- Christ annonce sa doctrine ; témoignage qui lui est rendu par les dénions mêmes ; empire sur les démons.
Jésus-Christ enseigne avec un caraclère de puissance et d'autorité, dont les peuples sont dans l'admiration, ne voyant rien de semblable dans les docteurs de la loi (i).
Les démons mêmes lui rendent hommage ; ils l'appellent le saint de Dieu , le lils de Dieu , et ils reconnoissent qu'il est venu pour les perdre (2).
Jesus-Christ leur commande avec un pouvoir absolu, et ils lui obéissent en sortant des corps qu'ils possédoient (3). Les peuples étonnés , s'écrioient : quelle est celte nouvelle doctrine , ou cette prédication qui est accompagnée d'un si grand prodige?
§. XXXVI. Éclat et publicité des miracles de Jésus-Christ.
Les miracles et la plupart de ceux que Jésus-Christ fait , ne se passent point en secret ou en présence d'un pelit nombre de témoins ; c'est dans la synagogue , c'est dans les places publiques, c'est devant une foule de spectateurs qu'il les opère.
Ouand on n'auroit entendu que ceux mêmes qu'il avoit guéris, on en auroit formé une nuée de témoins.
Jésus-Christ fait taire les démons lorsqu'ils veulent publier qu'il est 'le Christ. Le père du men- .songe n'éloit pas digne de rendre hommage à cette vérité (4)-
§. XXXVII. Vie de Jésus- Christ ; sa dorlrinc ; nul intérêt personnel dans toutes ses actions.
Jésus-Christ passe souvent les nuils en prières dans la solitude (5).
(i) Marc , ch. i . y. 3^ ; Ltic , cli. 4 , y. li. — [1) Marc , cli. I, i.2.(;Luc,ch. 4,|.3jOt4i. — (3)Marc,ch. 1, |. 2J; Luc, di.'4 , V'. 35 et. seq, — (4) Marc, ch. i , t- ^3, 34, — (5) Marc , ch. 1,1^.35.
manière dont il 'inies.
Jësiis-Clirist n'afïccle point de ne prêcher sa doctrine que dans les grandes villes , il va la répandre de lieu en lieu et de village en village (i).
Tout se rapporte à I)ieu dans ce qu'il dit et dans ce qu'il fait. Rien pour lui personneilement. Il est envoyé pour annoncer le royaume de Dieu , et toute sa vie se passe à l'annoncer (2).
§. XXXMII. Miracles de Jésus- Chrisl j manier accomplit la loi j sa conduite ci l' égard des Honh
Jésus -Christ fait des miracles avec une pleine autorité. Tancjiiam in semelipso potestatem habens , et agissant par sa seule volonté. Le lépreux lui dit : Seigneur^ si vous voulez , vous pouvez me guérir; et, loin de blâmer ou de restreindre l'étendue de cette expression, il l'approuve en lui répondant : je le veux, soyez guéri, et il l'est en effet (3).
Jésus-Christ accomplit la loi loin de la détruire, et oblige le lépreux qu'il a guéri , à le suivre en allant se présenter au prêtre, etc (4).
Jésus-Christ fuit l'éclat, la lumière, le concours des peuples , bien loin de les rechercher (5).
§. XXXIX. Pouvoir de remettre les pc'che's ; connoissance du secret' des cœurs j principaux caractères de Je'sus- Christ.
Jésus- Christ remet les péchés, déclare qu'il en a le pouvoir, et le prouve par un miracle éclatant ((3).
Jésus-Christ pénétre le fond des pensées, et lit ce qui est encore caché dans le coeur (7).
Jésus-Christ traite les pécheurs avec banlé, et déclare que c'est pour eux et pour les inviter à la pénitence qu'il a été envoyé , encore plus que pour le salut des justes (8).
(i) Marc,ch. i, V^. 38; Luc, cli. 4, f. 43. — (2) Marc, ch. i,:\?.ch. 38;Lac,i, :^. 43. — (3)Man;,ch.4o,|.4i,4'2;Luc,ch. 5, K 1.2, i3. — (4) Marc, ch. i , |. 4^; Luc, ch. 5, ^. 14. — (5)Marc,ch. i,,^'. 45,46; Luc,ch. 5, f. 16. — (6) Math., ch. 9,1^.9,3,4, 5, 6,7; Mai c , ch. 2 , 1^. 5, 6, 7, 8, 9, 10,
II, 1 2 ; Luc , ch. 5 , V". 20 , 2 1 , 27. . 23 , 24 , 23. — (7)
Ibid. — (8) Math. , ch. g , f . 1 1, 12 , 1 3 j Marc , ch. 2, >V. 16 , 1 7 j Luc, ch.^5, ;j^. 3o, 3r, 32. ' ,
^. XL. Jésus- Christ se ditjils de Dieu , et prouve qu'il l'est.
Jésus -Christ déclare qu'il est le fils de Dieu, et qu'il agit comme son père, ne cessant jamais d'exercer son pouvoir et son action; comme son père n'est jainais oisif ^ qu'il ne peut rien faire que ce qu'il voit faire au père , et qu'il fait tout ce que fait le père, ressuscitant les morts et donnant la vie comme lui ; ayant même reçu le pouvoir de juger pour lui, afin que tous honorent le fils comme ils honorent le père , parce que celui qui n'honore pas le lils, n'houore pas le père. Il ajoule enfin , que quiconque croît en lui et en son père qui l'a envoyé, a la vie éternelle.
Les juifs comprennent tellement toute la force et le véritable sens de ces paroles, qu'ils accusent Jésus- Christ de dire que Dieu est son père , et de s'égaler à Dieu (i).
§. XLI. Jésus-Christ prophétise; il se déclare Dieu; il annonce la résurrection des morts.
Jésus-Christ prédit que l'heure va venir où les morts sortiront de leurs tombeaux et recouvreront la vie. Cette prédiclion est accomplie.
Jésus -Christ dit de lui - mcme des choses qui ne peuvent convenir qu'à Dieu. Il déclare que comme le père a la vie en lui-même, il a donné au fils de l'avoir aussi en lui-même (2).
Jésus-Christ annonce la résurrection générale des morts , et il en prouve la possibilité par les résurrections particulières qu'il opère (3).
§, XLïI. Doctrine de la Trinité ; preuves victorieuses de la vérité de la mission de Jésus-Christ.
Jésus -Christ en faisant cnlendrc qu'il est Dieu comme son père, marque en même Icmps la relation des personnes divines , et la dépendance où l'imma-
(1) Joan., ch. 5, "ilf. 17, i8, 19, 20, etc. — (2) Ibid., f. iO •~ (3) Ibid.j th. 28; y. au-
Sur jKsus-r.TiRisT.' 4^5
nité est Je la divinilc, en tlisauî: (ju'il ne peut rien faite de lui-même j qu'il juge selon ce qu'il entend de la bouche de son pcrc^ et qu3 c'est son père qui lui rend témoignage, aucun homme n'étant capable de le lui rendre (i).
Jésus -Christ joint au témoignage que son père lui rend, la preuve incoiitestabie qui résulte des miracles qu'il opère pour établir la vérité de sa mission (2).
A CCS deux témoignages , il ajoute encore celui des saintes écritures qui l'ont prédit , et surtout celui de Moïse, qui doit s'élever contre les juifs et confondre leur incrédulité (3).
§. XLIII. Grandeurs de Jcsiis- Christ; son humilité profonde } caractcres des Jpôlres.
Jésus-Christ déclare aux juifs qu'il est plus grand que le temple (4).
Jésus-Christ assure qu*il est le maître du sabbat, c'est-à-dire , qu'il peut dispenser de l'article le plus sacré de la loi (5).
Jésus-Christ ne marque aucun empressement de se faire connoître j il défend souvent à ceux qu'il guérit de publier ses miracles; et il fait taire les démons, lorsqu'ils s'écrient qu'il est le fils de Dieu.
Il choisit des pécheurs, des hommes vils, obscurs,' ignorans , pour en faire ses apôtres; et il leur donne le pouvoir de prêcher Tévangile, de guérir toutes les maladies, de chasser les démons, etc. , et ils exercent pleinement ce pouvoir (6):
§. XLIV. VcriU's principales de la doctrine de Je'siis- Christ ; ses divers caractères , également divins.
Jésus-Christ annonce publiquement sa doctrine à tous , non en secret , ou sous des signes mystérieux , ni à un petit nombre de disciples. Elle commenct>
(1) Joan. , ch. 5, f . 3o, 3i , 3/,. — (2) Ihid., f. 3G. — '(3) Ihid. , 45 , |. 46, 4;. — (4) Math. , cli. i:i , f. 6. — (5) Ihid. , cil. 12, |. 8;Miuc, ch. 2,^.î8; Luc,ch. 6, \. 5.— (6)jMalh., ch. 12, ]^. iG; MarCj ch. 3, jl^. II, 13,
par le point capital de toule moiale, c'est-à-dire^ par l'idée du souverain bien ou du vérilable bonheur; et , tranchant en peu de paroles toutes les questions sans nombre que la subtilité des philosophes avoit fait naître sur ce point, il enseiijne deux vérités qui renferment toutes les autres :
L'une, que c'est en Dieu seul qu'il faut chercher le vrai bonheur;
L'autre , que Ihomme ne le possédera pleinement que dans le ciel , lorsqu'il verra Dieu et qu'il sera rassasié de la justice éternelle.
Par là se changent et se réforment ou se perfectionnent toutes les idées des biens ou des maux, en sorte que ceux que le monde regarde comme heureux, sont malheureux, et que ceux qu'il regarde comme malheureux, sont les seuls qui soient vraiment heureux.
Jésus - Christ propose sa doctrine d'une manière simple; il l'explj([ue par des images familières qui la incitent à portée de tous le« esprits. La seule force de la vérité en fait le prix, non les vains ornemens de l'éloquence humaine. 11 parle, non en philosophe, mais en Dieu qui rèjjjnc sur les esprits par la seule évidence des idées qu'il leur donne.
Il est le seul qui ait appris aux hommes qu'il falloit qu'il y ait une lumière toujours subsistante, toujours visible dans le monde, pour éclairer les ténèbres de l'esprit humain; et, pour en Ilxer tous les doutes, c'est pour cela qu'il établit ses apôtres et parconséquentleurssuccesseurs, la lumière du monde, lumière par leur doctrine, lumière par leurs œuvres, joii^nant toujours les exemples aux préceptes.
Il apprend aussi le premier, que le vérilable bien de tous ceux qui instruisent les autres, n'est ])as de s'en faire honorer; mais de faire glorifier le père céleste, l'auteur ou la source de toute vérité.
Tout Dieu (fu'il est , Jésus-Christ ne vient point pour annoncer une doclrine nouvelle, il ne détruit pas la loi, il l'accomplit , ou jdulol il lui douue lo'ite sa plénitude, et lu (Conduit au plus haut dc^ié du
sa perfection. Il n'y a donc qu'une doclrine toujours la même , depuis le commencement du monde jusqu'à la fin des siècles, comme il n'y a qu'un Dieu, et f[u"une vérité qui est Dieu même.
Les Léatiludes qui sont comme le fondement de toute sa morale , font voir qu'il réduit tout à deux points qui renferment en cllet tous les devoirs de riiomme : l'amour de Dieu, l'amour du prochain, et il le répèle encore plus clairement dans la suite de ses discours.
La doctrine de Jésus-Christ est plus parliiite et plus excellente que celle des pharisiens, comme ou le voit par la comparaison qu'il en fait lui-même. Elle est au-dessus de celle des philosophes; au-dessus de celle des interprèles de la loi de Moïse, au-dessus de cette loi même.
Ses divins préceptes ne se bornent pas à régler ]es
, actions cxlérieures , ils s'étendent aux seutimens du
cœur, ils retranchent et condamnent jusqu'aux simples
désirs, sur quoi aucun législateur n'avoit exercé ni
cru pouvoir exercer sa puissance.
Rien n'est plus aisé que de prouver que la doctrine de Jésus-Christ esl au-dessus de toute autre morale. H défend non-seulement le parjure, mais l'usage du serment lorsqu'il n'est pas nécessaire. Raison sublime de cette défense, etc.
Ce divin législateur est le premier qui ait foit un préccple de souftïir les injures; de présenter l'autre joue à celui qui nous donne un souftlet ; d'aimer nos ennemis; de faire du bien à ceux qui nous haïssent; de prier pour ceux qui nous persécutent. La raison humaine n'avoit pas été jusque-là; mais aussitôt que cette vérité lui esl présentée, elle comprend combien celte conduite esl raisonnable et dit^ne de la grandeur de riiomme. Les fondemens de cette vérité, sont la qualité d'enfans de Dieu , l'obligation où ils sont de suivre son exemple, et d'être parfaits comme il est parfait, elc.
Jésus -Christ propose sa doctrine sans tlalterie, sans ménagement. Il ne fait nul usage des anciennes
458 RÉFLEXIOINS DIVERSES
tiaditioiîs rjui avoicnl énervé la a igueur de la loi prîjiiilivc, ni de l'autorité des maîtres et des docteurs du peuple.
Ce divin le'gislateur exclut tout désir des louanges et de l'approbation des hommes , dans le bien que l'on fait; il enseigne à n'avoir que Dieu seul en vue, et à ne désirer d'autre récompense que celle de lui être agréable. Maximes que les pJus grands philosophes n'ont point connues dans toute leur pureté. Il enseigne qu'on doit mettre uniquement sa confiance dans 'la providence, et retrancher toute inquiétude sur les besoins temporels.
Le peuple même sent la différence de la doctrme de Jésus-Christ, en la comparant avec celle des docteurs de la Ici. Elle est accompagnée d'une autorité qui la distingue; il enseigne comme étant le maître, et exerçant une souveraine puissance.
§. XLV. Manière dont Jésus- Christ opère ses miracles, ses prédictions.
Jésus-Christ opère les plus grands miracles, comme Dieu même, par sa seule volonté. Le lépreux lui dit, Seigneur j si vous le voulez y vous pouvez me purifier ; et Jésus répond , je le veux , soyez punjié (i).
A sa parole les aveugles voient ; les perclus marchent ; les lépreux sont guéris ; les sourds entendent; les morts ressuscitent. Isaïe avoit prédit que le Christ opércroit ces prodiges, et Jésus-Christ les opère (2).
Jésus-Christ prophétise , et toutes ses prédiclions sont accomplies. Il prédit que les genlil.s viendront dans son royaume des quatre parties du monde, et qu'ils y seront assis avec Abraham , Laac et Jacob. L'événement a justifié la vérité de ses paroles presque aussitôt après sa mort (3).
(1) Malh. , cil. 8, ^. 2 , 3. — (2) Ibid. , cb. 1 1 , ^. 5, 6 j Luc, ch. 7, f. 2 1,22. —.(3) Math., ch. 8, ^. 12.
Jesus-Clirisl ressuscite les morts , il avoit éle prédit qu'il [es rcssusciteroit (i).
§. XLVI. La Pauvreté honorable ; grand caractère de l'Evangile.
L'évangile où. la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Ils sont déclarés heureux ; la béatitude leur est promise.
Avant fjue Jésus-Christ eut publié sa doctrine, la félicité sembloitélre le partage des riches- on vantoit, on publioit leur bonheur. Le pauvre, regardé par tous les hommes comme condamné à la misère, étoit méprisé par le plus grand nombre , et plaint tout au plus par quelques-uns ; mais la compassion , comme le mépris, prouvoitque dans l'opinion publique, il passoit également pour malheureux.
Jésus-Christ est le premier qui ait, je ne dis pas canonisé, mais béatifié la pauvreté. Sa morale, aussi sainte que nouvelle sur ce point , a réformé les idées des hommes, et leur a fait voir que le pauvre ayant plus de disposition , par son élat , à acquérir la félicité éternelle, qui est le terme de l'évangile, qui est la véritable fin de l'homme , de voit aussi être estimé plus heureux que le riche , qui ne pouvoit devenir heureux , qu'en se rendant pauvre d'esprit et de cœur.
§• XLVII. Pouvoir de remettre les péchés ; preuve de la Divinité.
Jésus-Christ remet les péchés : les pharisiens , en sont étonnés et se récrient, cjui est celui-ci qui remet jusqu'aux péchés (2)? Gomme s'ils avoicnt dit : il n'y a que Dieu , qui soit en droit d'exercer ce pouvoir. Quel est donc cet homme qui s'attribue une telle autorité ? Il n'y avoit d'autre réponse à leur faire, si ce n'est celle-ci, c'est que cet homme est Dieu même. Donc, Jésus-Christ s'est donné pour un Dieu, dont il faisoit en effet les actions.
(i) Luc, ch. 7, ;j!'. II elseq. — (2) Ibid. j cli. 7,. |. 4:? 5o,
460 RÉFLEXIOINS DIVFRSFS
§. XLVIir. Divers jugemens (jii'on porte de Jésus- Christ.
Les parens de Jésus -Christ s'imaginent qu'il a perdu l'esprit, et qu'il est hors de lui (i).
Les Juifs veulent dans la suite le faire passer pour un imposteur.
Les apôtres disent qu'il est le fils de Dieu et Dieu même.
C'est à CCS trois jugemens, que se réduit tout ce qu'on a dit de lui, et on n'en peut pas supposer un quatrième.
Les deux premiers sont évidemment faux : donc le troisième est le seul véritable.
On peut faire un semblable raisonnement sur ce qu'il a dit de lui-même , etc.
§. XLIX. La raison approuve la doctrine de Jcsus-Christ , lorsqu'elle lui est montrée.
Quoique la raison ne l'ait pas pleinement découverte par elle-même, cependant, lorsqu'elle nous est révélée, elle se trouve merveilleusement conforme aux plus pures lumières de la raison, de laquelle on peut dire que si elle ne connoît pas toujours cette doctrine, au moins la reconnoît-elle toujours.
§. Ij. La doctrine de Jésus- Christ nous enseigne la distinction des péchés rémissibles et non réinissiblcs. Les meilleurs philosophes nonlj'ait qu^entrevoir celte doctrine.
Le blasphème, un des plus grands crimes que l'homme puisse commettre, n'est pas impardonnable, quand il peut avoir l'ignorance, ou le défaut de connoissancc ou d'attention pour excuse : tels étoient ceux qui tomboient sur Jésus-Christ, non encore clairement manifesté.
Mais le blasphème contre le Saint-Esprit, c'est-àdire, celui qui s'élève contre une opération claire, évidente, palpable, pour ainsi dire, du Saint-Esprit^ qui se profère do mauvaise foi , contre lu persuasion
(i) Marc ,ch. 3, |.2i.
SDR JÉSUS-CHRIST. 4^1
intérieure de l'omc , par un excès d'envie, de malignité, de noirceur volontaire, pourroit être ce crime de sa nature irrémissible, parce qu'il attaque l'essence de Dieu même, et qu'il veut faire passer pour menteur , celui qui est cssenliellement la vérité.
Platon et d'autres philosophes, après lui, avoiept bien distingué deux sortes de plaies de l'ame, les unes curables et les autres incurables 3 mais aucun n'avoil marqué si clairement le caractère des unes et des autres, ni rendu raison de leur différence.
§. LI. Sainteté de lu doctrine de Je'sus- Christ. Ce divin légiilati. ur ne fait acception de personne.
Toute parole oisive, c'est-à-dire, vaine, frivole, inutile à tout bien, quoiqu'elle ne fasse aucun mal, sera la matière du jugement de Dieu , auquel les hommes sen nt obligés d'en rendre compte (i).
Jésus-Christ ne ménage point ceux à qui il parle, quelque crédit qu'ils aient, lorsqu'ils les trouve répréhensibles.
11 appelle les docteurs et les pharisiens, race perverse, aihihhre , etc. Le plus doux, le plus patient, le plus humain de tous les mortels, est en même temps le plus dur et le plus sévère dans ses expressions contre les pécheurs de mauvaise foi (2).
§. LII* Jésus - Christ prophétise' , prophète , et plus que prophète.
Jésus- Christ, prophétisé et prophète en même temps, et sur le même iait. Il montre que Jonas, avoit été sa figure ; il prédit que lui-même en sera la vérité, et l'événement justifie qu'il l'est en effet.
Admirable prophétie! Il falloit être Dieu , pour l'entendre; Dieu, pour annoncer qu'elle seroit accomplie; et Dieu, pour l'accomplir elFeclivement (3).
Jésus-Christ est plus que Jonas, plus que Salomon, et c'est aux Juifs qu'il parle ainsi. Qu'est-il donc?
(i^ Maih., cil. 10, f. 36. — [%) Ibid. , 12, ;-. 39. — (3) Ibid. ,
12, jf, 4o.
l^Q-1 RÉFLEXIONS DIVERSES
plus que prophète ; ce n'est pas encore assez , il Fa dit de saint Jean ; et saint Jean a dit de luimême , qu'il n^étoit pas digne de délier les souliers de Jésus-Christ , au-dessus de l'homme , Dieu par conséquent (i).
§. LUI. Jésus- Christ propose souvent sa doctrine, par des paraboles.
Ce divin législateur a souvent recours aux paraboles.
I." Pour s'accommoder an génie de la nation juive,' qui , comme tous les orientaux , aimoit les figures , les comparaisons, les similitudes.
12.^ Pour ne révéler sa doctrine qu'à ceux qui, par leur droiture, leur amour pour la vérité, leur application à l'étudier et à la méditer , pouvoient se rendre dignes d'entendre le sens caché de ses paraboles, et d'en recevoir l'explication de Jésus -Christ même j pendant que les autres deraeureroient justement privés d'une intelligence qui n'auroit servi qu'à agraver leur condamnation.
3.*^ Par ce que plusieurs de ses paraboles , presque toutes étant prophétiques , et reniermant des images tantôt de l'élablissement de la religion chrétienne, qui , dans l'évangile, est appelé le royaume des cieux, tantôt de la punition des Juifs et de la destruction de leur état, tantôt du jugement dernier , et des peines ou des récompenses qui le doivent suivre, il convenoit que ces vérités fussent annoncées d'une manière capable d'exercer la foi des chrétiens, et d'exciter en eux une sainte curiosité de pénétrer toujours de plus en plus les mystères cachés sous le voile des paraboles.
De là , trois caractères de la doctrine de Jésus- Christ, ou de la manière dont il l'enseigne:
i.° Bonté et indulgence d'un maître, qui se proportionne au goût et au génie de ses disciples 3