Justice suprême dans la dispensation , ou dans
(1) Maili.; cil. lî, f. 4', 42.
l'économie d'une doctrine , ou d'une manière d'instruire , qui est telle que tous y peuvent trouver , nonseulement un fonds inépuisable de lumières, mais une source continuelle de mérites, pendant que ceux qui n'en profitent pas, y trouvent par leur faute, et des ténèbres criminelles, et le juste sujet de leur condamnation ;
3.** Une doctrine qui prouve sa divinité , non-seulement par son excellence , mais par des propliélies ou des prédictions de l'avenir, qui la garantissent, pour ainsi dire, et qui montrent par un caractère si inimitable qu'elle vient du ciel et qu'elle y conduit (i).
§. LIV. Preuve de la divinité de Je'sii s -Christ.
Celui qui s'abaisse jusqu'au point de ne s'appeler lui-même que le fi.!s de l'homme, c'est-à-dire, l'l)ommc de la condition la plus vile et la plus abjecte, parle néanmoins comme le maître des anges, et comme un roi parle des courriers qu'il dépêche, A la fin des siècles , dit-il, le fils de l'homme en~ verra ses anges, elc. Donc, les anges sont à lui; donc, il est plus qu'un ange j et si les créatures les plus excellentes obéissent à sa voix, peut-il être autre chose que Dieu (2) ?
§. LV. Comment l'Homme participe à la divinité de Jésiis-
Christ,
Les alliances humaines se forment par la chair et le sang. Mais ce n'est point par là, que l'homme s'approche de Dieu, et qu'il contracte avec lui comme une parenté spirituelle. La docilité à entendre sa voix, la fidélité à la pratiquer, voilà ce qui unit l'homme à Dieu , ce qui le met au même degré avec Jésus- Christ que sa mère et ses frères. Union plus étroite et plus intime que toutes les liaisons charnelles , il devient semblable à Dieu , un avec Dieu, et comme
(i) Maih. , cil. i3; Marc, cb. 4j Luc, ch. 8. — (2) Math., cil, i3, f. 4i.
Dieu lui-même .: consummati in unum j sicut patev et Jîllus unum sunt (i).
§. LVI. Jésus- Christ exerce un empire souverain sur la nature ; multitude de témoins qui l'attestent.
Jésus-Christ dort au milieu de la lempcle, parce qu'il sait qu'il ne lui en coûtera qu'un mot pour l'apaiser : il commande au vent , et le vent s'arrête : il dit à la mer, tais-loi, et elle se laît. Pouvoit-il mieux montrer qu'il e'toit celui à qui il n'avoit fallu qu'une parole pour créer l'univers ?
Les spectateurs étonnés s'écrient donc avec raison , qui est celui-ci ? 11 commande au vent et à la mer , et ils lui obéissent j comme s'ils disoient, qui est celuici , si ce n'est Dieu même, dont il est dit dans uu pseaume : tu dorninaris potestali maris , motum aulem jluctuum ejus , tu mitigas (2).
Multitude de miracles de Jésus- Christ, tous les malades sans nombre que le peuple lui amène sont guéris.
Multitude des témoins de ces miracles , par les flots qui se succèdent les uns aux autres, de tous ceux qui accourent en foule, soit pour l'entendre, soit pour recevoir la guérison de leurs maux.
Le premier miracle de la multiplication des pains, a cin(j mille témoins (3).
Par tout où Jésus-Christ passe , on lui apporte des malades, et il les guérit par sa seule parole ou par rattouchement de la frange de son vêtement (4)-
§. LVII. Les Démons reconnaissent la divinité de Jésus- Christ.
Jésus-Christ guérit les possédés , commande aux démons avec un empire absolu et ils lui obéissent (5).
(i)Luc, ch. 8, |.2i.— (?,)Ps. 78, j. 10; Math.,ch. 8, y. 24, 25, 26, 27; Marc, ch. 4. y. 37, 38, 4; Luc,ch. 8, f. 23, 24 , 25. — f3) Malh. , ch. i4 , ^'. iO> ^o? etc. — (4) ^^i^- > ch. 34, ^.35,36. — (5)7Z./V/. , ch. 8, >^. 29,30 , 3i ; Marc, ch. 5, •f . 8,9, 10, II ; Luc, ch. 8, y. aij, 3o, 01, 32.
Les démons mêmes rendent témoignage à Jésus- Christ , reconnoissenl son pouvoir, l'appellent le fils du Dieu très-haut (i).
§. LVIII. Jésus- Christ possèdes la toute- science et la toutepuissance.
Le mirade sur l'hémorroïsse , dont Jésus-Christ exauce les désirs secrets, montre (ju'iJ connoî' ce qui est inaccessible à la vue et même à l'esprit , et qu'il peut tout ce qu'il veut (2).
La fille de Jaïre , rcssuscitée à la seule parole de Jésus -Christ. Il promet ce miracle et il l'accomplit.
Il rend la vue aux aveugles , et , avant que de les guérir , il les oblige à déclarer s'ils cioient qu'il a le pouvoir de le faire. Ils le déclarent ainsi, et il les guérit.
Rien de plus sage que le raisonnement de l'aveugleiié ! Dieu exauceroit-il , non-seulement un pécheur , mais un imposteur qui porterait la témérité jusqu'à exiger que l'on croie qu'il a le pouvoir de faire des miracles (3).
§. LIX. Jésus-Christ communique à ses Apôtres le pouvoir dr faire des miracles, .^
Jésus-Christ est non-seulement le premier, mais le seul qui ait dit à ceux qu'il envoyoit prêcher sa doctrine : guérissez les malades , purifiez les lépreux , ressuscitez les morts, chassez les démons. Qui a jamais commandé à un autre de faire des miracles? Il n'y a que le maître de la nature , le Dieu de tous les êtres spirituels ou corporels , qui puisse donner un tel ordre , parce qu'il peut seul le rendre efficace; et cet ordre donné par Jésus-Christ , a été exécuté (4).
(i) Math., ch. 8, i. 29; Marc, ch. 5, :i!^. 7 ; Luc, ch. 8, j-, a8. — (2) Malli., cli. 8, jr. 20, etc. ; Marc , ch. 5, f . 7.5 , etc. j Luc , ch. 8, f. 4) , etc. — (3'; Maili. , ch. 9 , f. 27, a8 , 29. — (4) Ibid. , 10 , f . I , 8 ; Marc , di. 6 , ^. 7 ; Luc ,
VJgucsseau. J'orne Xf^, 3o
§. h%. Les Apôtres annoncent , par l'ordre de Jésus- Christ , un royaume invisible.
Jésus-Clirist charge ses apôlres d'annoncer, non des £,^randeurs , des fortunes ou des récompenses temporelles, mais le royaume des cieux, ou le règne de Dieu , c'est-à-(iire, une couronne, et une gloire spirituelle, invisible, qui n'aura lieu qu'après la mort; et ceux qu'il charge de la promettre, sont crus sur leur parole , par les grands mêmes de la terre , qui renoncent à une grandeur présente et sensible, pour acquérir celle qu'ils ne sauroient encore ni voir, ni sentir (i).
§. LXI. La Pauvreté est le caractère principal de l'Évangile et des Apôlres qui l'ont annonce'.
Nul secours humain , je ne dis pas accordé, ni du moins promis, mais qu'il soit permis aux prédicateurs de l'évangile de rechercher. Jésus-Christ veut que ses apôtres négligent toutes les précautions les plus nécessaires à ceux qui voyagent , et que dans une pauvreté parfaite ils prêchent une doctrine, dont un des principaux caractères est d'être annoncée aux pauvres, et de béalilier la pauvreté volontaire : heali pauperes spiritu (2).
€. LXIÏ. Caractère de divinité' dans les instructions que Jésus- Christ donne à ses Apôtres en les envoyant prêcher l'Evangile.
Rien de si excellent que les préceptes ou ]es instructions qui accompagnent la mission que Jésus- Christ donne à ses apôlres.
Soyez prudens comme les serpens , simples et innocens comme les colombes.
Rien de secret, ni qui doive être caché dans la doctrine de Jésus - Christ : ce que je vous dis à r oreille , publiez-le sur les toits (3j.
(i) Malh. ,ch. 10, -^.7; Luc, di. 9, ^. I. — (a) Math.,ch. 10 , |. 9; TM'irc, cil. 6, |. 8, 9j Luc, cIj. 9, ^. 3. —(3) Malh., ch. 10, ^. 16, 27.
Ne point craindre ceux qui n'ont de pouvoir que sur les corps, et qui ne peuvent rien sur Panie : craindre uniquement celui qui peut précipiter le corps et l'a me dans l'enfer.
S'abandonner sans re'serve à la providence, plus altenlive sur nos moindres besoins que sur ce qui regarde les animaux , auxquels cependant rien ne manque par la bonlé du père céleste.
N'êlre point en peine sur la manière de re'pondre aux juges ou aux puissances de la terre, compter sur l'assistance du Saint-Esprit qui parlera dans les apôtres.
Me'priser les injures 5 si le maître même, si le père de famille ont été appele's belzébut, les domestiques doivent-ils s'eifrayer d'être traités de la même manière ?
Ne point tenter Dieu en lui demandant des miracles , où les voies ordinaires de la providence peuvent suffire , et ne pas rougir de fuir la persécution d'une vilJe dans une autre.
Confesser le nom de Jésus-Christ, à la face de tous les hommes.
Aimer Jésus-Christ plus que père, mère, enfans, et tout ce qu'il y a de plus cher.
Perdre sa vie pour la sauver; et croire que vouloir la sauver, c'est le moyen de la perdre (i).
§. LXIIT. Caractère de divinilc dans ce que Je'sits- Christ annonce à ses Apôtres pour le temps présent et pour l'avenir.
Par quel attrait, ou par l'espoir de quelle récompense Jésus-Christ exeite-t-il ses apôtres à se charger du pénible et presque toujours funeste ministère de la prédication de l'évangile ?
D'un côté il leur dit : je ne suis pas venu pour établir la paix sur la terre , c'est le glaive que je vais jeter parmi les hommes. L'homme sera divisé d'avec son père , la fille combattra contre sa mère
(i) Malli.,ch. 10,^. 16 au y. 39 inclus.
46S réflexioîns diverses
et les plus grands ennemis de riiomme seront ceux même de sa maison ; le frère livrera son frère à la mort ; les enfans s'élèveront contre les pères , et les pères contre les enfans, jusqu'à leur donner la mort.
Vous-mêmes , vous serez livrés aux tribunaux , vous serez condamnes au fouet par les synagogues. Tous les gouverneurs et les vois vous détesteront à cause de moi , et vous serez haïs de tous les hommes pour Tamour de mon nom.
Quiconque ne portera pas ma croix est indigne de moi.
D'un autre coté , il leur promet seulement qu'il reconnoîtra et avouera en présence de son père céleste , ceux qui l'auront avoué et reconnu devant les hommes , et que celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé.
Ceux qui recevront les apôtres ne poutront espérer d'autres recompenses.
Ainsi, il ne leur annonce que des maux présens et sensibles , des peines, des tourmens, des croix.
Et tout ce qu'il leur promet pour récompense n'est qu'un bit;u futur , invisible , hors de la vie présente, inaccessible aux sens, et réalisé seulement par la foi.
C'est ainsi qu'il les appelle à leur ministère, et cependant il les persuade par tout ce qui pouvoit les dégoùler. La doctrine des souffrances a des charmes dans sa bouche; il commande le genre de vie le plus dur à l'iuimauilé, et il est obéi.
Jamais prince, jamais législateur , jamais philosophe a-t-il tenu ce langage, et s'cst-il fait suivre en le tenant? Jésus-GhrisI parloit au cœur dont ceux-là ne connoissoient pas la route (i).
^. I-XIV. La vie et la mort de. Jean- Baptiste apprennent an.v Apôtres ce qu'ils dou'ent désirer et attendre en suivant 'Jésus- Christ.
Jean-Baptiste, premier disciple, premier marlyr de
(0 Math., cil. 10; jl'. 17 au jr. .\'i.
Jésus-Clirist , puisqu'il l'a élé de la vérité el de la justice, montre aux apôtres et aux autres disciples de Jésus-Christ, et la vie qu'ils mèneront, et la mort qui les attend. Qui auroit cru qu'un tel modèle put avoir tant d'imitateurs? (i)
5. LXV. Caractère de la doctrine de Jésus- Christ , cachée aux sages et révélée aux simples. Elle est émanée directement de Dieu même.
Doctrine de Jésus-Christ cachée aux sages et aux esprits pénétrans, révélée aux simples et aux iijuorans , ou , pour mieux dire , aux enfans (2).
Tout ce que Jésus-Christ sait, il l'a reçu de son père. La première tradition , la source de toutes les autres, est celle du père au fils. Le père seul connoît le fils, le fils seul connoît le père 5 de celte connoissance réciproque naît toute véritable science qu'il plaît au fils de communiquer, de dévoilera ceux qui î'écoutenl (3).
La raison ne pouvoit atteindre seule à une telle hauteur de doctrine, elle s'y soumet sans peine, et si elle ne la connoît pas d'elle-même , elle la reconnoît L)rsqu'elle lui est montrée par Tauteur de toute vérité.
§. LXVI. La doctrine de Jésus- Christ prescrit la douceur et l'humilité , source de la paix parmi les hommes ; simplicité et Jccond'Ué des principes de cette doctrine.
Douceur et humilité, source de la véritable paix entre les hommes, ou de l'homme avec soi-même j doctrine que la raison goi^ite d'autant plus qu'elle la médite davantage. Un des caractères de !a doctrine de Jésus-Christ, est de présenter des principes simples, mais féconds, dont une infinité de vérités ou de devoirs ne sont que comme des corolaires ou des consé'^ quenccs évidentes (4).
(1) Math., ch. i4, f • 3 au ^. 12; Marc, cli. G, f . 17 au f. ag. — (2) Math. , ch. II, ^.i5. — (3) Ibid. , ch, 11, j-. 27. ~ (4) Ibid. , ch. \^-,f. 2g.
470 nÉFLEXlONS DIVERSES
§. LXVTI. Désintéressement et détachement parfait de toute grandeur temporelle dans Jésus- Christ.
Exemption de toute ambition et de tout projet de grandeur, ou d'élévation temporelle dans Jésus-Christ. Le peuple veut le faire roi après le miracle des cinq pains ; il s'enfuit seul sur la montagne (i).