LXVIII. Jésus-Christ manifeste sa toute-puissance divine
Jésus-Glirist marche sur la mer^ et par sa seule parole il y fait marcher les autres. La foi du disciple chancelle; il est prêt à être submergé; le maître lui tend la main et le raffermit. Est-il surprenant , après cela, que tous ceux qui en sont témoins se prosternent pour Tadorer, et qu'ils s'écrient : vous êtes vraiment Jils de Dieu (2).
§. LXIX. Jésus- Christ agit sur les dhsens , et par sa seule parole ; autre caractère de sa toute-puissance.
Multitude des gucrisons miraculeuses, et de ceux qui en étoient les témoins. Preuve complète et de leur certitude et de la divinité de Jésus-Christ (3).
Manières différentes avec lesquelles Jésus-Christ les opère : la plupart en un instant, poiu^ marquer la loutc-puissance de Dieu f[ui ne consiste que dans Fedicacité qui est essenlielleàsa volonté absolue. Quelques-nns par degrés et successivement, comme pour faire voir la résistance que Hiommc a le malheureux pouvoir d'opposer à l'action de Dieu , lors'jue Dieu le meut suivant la nature des êtres libres; peut-être aussi la loiblnsse et l'incertitude de la foi, dans ceux qui ont été guéris de cette manière, étoient-elles la raison de la différence ; l'opération de Dieu suivoit le progrès de leur foi.
11 semble qu'il y ait des miracles opérés d'ime manière plus déprécatoire, et d'autres d'une manière
(1) Joaiin. , cil. 0, ^'. i,^. — IMalh., cil. 14, y. 25, 26, 2^, 28", ?9, 3i , 32 , 33 . — (S) Maïc , ch, 8, y. 22.
SUR JÉSUS-CHRÏST. 4?^
plus impérativc. Est-ce que Jésus-Christ a voulu montrer, qu'il demandoit les uns comme homme , et qu'il commandoit les autres comme Dieu ! conclusion que je soumets à des lumières supirieures (i).
§. LXX. Excellence de la doctrine de Ji'sus- Christ , nonseulement au-dessus de celle des PhUosophes, mais au-dessus de la loi judaïque.
Travailler pour la nourriture céleste, qui subsiste dans la vie éternelle, non pour cette nourriture terrestre et past.agère, qui se consume et qui périt.
Cette nourriture céleste , c'est le seul fils de l'homme qui la donne. Principe bien opposé à celui de quelques anciens philosophes, qu'Horace exprime par ces vers :
Det vilam, del opes , œquum mi animuni ipse paraho (2).
D'autres philosophes avoient mieux pensé , quand ils disoient qu'il falloit demander la vertu aux dieux.
Fortem posce auimum ; et mortis ferrore carentem : Aesciat iras ci : cupiat nihil , etc. (3).
Mais aucun n'avoit dit si clairement , que c'est Dieu seul qui donne à l'homme cet aliment de l'esprit, qui n'est autre chose que la connoissance du vrai et du souverain bien , le goût et l'amour constant de l'un et de l'autre, en quoi consiste la nourriture solide, et pour ainsi dire, toute la vie de notre ame , qui n'est que connoissance et amour; connoissance qui ne peut être fixée que par le vrai; amour qui ne peut être rempli et rassasié, que par l'unique bien suprême, qui est Dieu.
De là cette conséquence certaine :
Que le vrai pain de l'homme est celui qui est descendu du ciel, c'est-à-dire, le fils unique du père,
(0 Marc , ch. 7, |. 32 , 33 , 34 , 35. — (2) Epist. L. i, -Jr. 18. — (3) JuYcnal., satyr. 10.
/ij-a RÉFLEXIONS DIVERSES
qui , par son union avec nous, ou par la participation de sa connoissance et de son amour, devient la nourriture , le soutien et la force de notre ame en la convertissant , si l'on peut parler ainsi , dans sa propre substance.
Donc, encore celui qui mangera ce pain n*aura jamais ni faim ni soif, c'est-à-dire, qu'il n'aura plus de désirs , parce qu'il n'aura plus de besoins.
Donc, il ne mourra point, car sa vie sera aussi éternelle que sa nourriture.
La manne qui tomboit du ciel n'éloit que la figure de cet aliment véritable de l'ame. Ainsi, Moïse même n'avoit point donné le pain du ciel, il n'en avoit donné que l'ombre qui en renfermoit tacitement la promesse.
C'est par la foi que cette nourriture spirituelle se communique au fond de notre ame. Nouvelle vérité (flic la raison seule n'apercevoit point, mais qu'elle conçoit sans peine dès qu'elle lui est montrée.
La foi comprend deux clioses , la créance ferme et certaine de ce que Dieu nous annonce , la confiance pleine et entière dans sa parole et dans son secours , avec cette persuasion intime que ceux qui s'abandonnent à Dieu ne seront jamais confondus. Qui crediderit et baptisatusfiierity salvus erit (i).
Rien de plus ciîcellent que cette doctrine, mais en même temps rien de plus conforme à la raison. Elle s'accorde parfaitement avec les idées les plus pures de la puissance et de la bonté de l'Être souverainement parfait j elle ne s'accorde pas moins avec celle de la Ibiblesse et de la misère des êtres bornés : en un mot , elle réunit ces deux caractères d'être digne de Dieu »t convenable à l'homme.
Secours et motifs, pour porterTliomme à embrasser ( otie doctrine.
Résurrection assurée à ceux qui la suivront j vie éternelle promise à ceux qui y seront fidèles. • Quel est l'iiomme qui a jamais osé dire : non pas les
• i> Marc, cil 16, f. 16.
hommes ressusciteront un jour, mais je les ressusciterai moi-même. Jésus-Clirist l'a dit et il l'a fait.
Personne ne viendra au fils si le père ne Tattire; grâce promise à tous ceux qui le suivront.
Le besoin et la promesse de la grâce n'ont e'té clairement annoncés que par Jésus-Christ.
Il est le seul qui ait vu le père. Qui a jamais parlé ainsi, et qui l'a prouvé par des miracles, par des prophéties , par sa doctrine même ?
Sa chair même est pain, et son sang est breuvage. Celui qui s*en nourrira demeurera en Jésus-Christ, et Jésus-Christ demeurera en lui ; et il vivra de la vie du ûh, comme le fds vit de la vie du père. Union intime avec Dieu , source de la vraie félicité , selon les philosophes eux-mêmes ; union commencée dès cette viej gage présent et continuel de sa consommation dans la vie future. Ego in eis , et tu in me , iil sint consummati in unum (i) : et l'évangile s'étoit déjà servi de ces paroles énergiques , sicut et nos unum sumus. Qui est le philosophe qui ait jamais donné à l'homme une si haute idée de la fin à laquelle il est destiné ?
C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Grand principe entrevu par quelques philosophes, manlfeslé par Jésus-Christ.
Le disciple charnel se révolta contre une doctrine si sublime, et abandonna celui qui l'enseignoit. Mais les apôtres en sentirent t<nit le prix , quand ils se récrièrent : domine ad quem ihimus ? verha vitœ œierriœ habes. Et nos credidinius et cognovimus , cjida tu es christus fdius dei. Et nos credidinius et cognovimus. Foi, source des connoissances les plus sublimes (2).
§. LXXI. Preuves incontestables de la divinité' de Jésus'
Christ.
Jésus-Christ annonce qu'il montera au ciel d'où il est descendu (3).
(1) Jonnn., cli. 17 , f. 22,23. — (2) Ibid. , ch. 6, jr, 6g. — (3) Ibid., ch. 6,f. 3.
Autre prëtliction, qu'il faut être Dieu pour la faire^ et Dieu pour l'accomplir.
Jésus-Christ connoît les pense'es les plus cachées, il voit qu'un de ses apôtres est un traitre et un démon (i).
§. LXXII. Caractère de la doctrine de Je'sus- Christ.
Ce qui rend le cœur pur ou impur, c'est ce qui naît dans le cœur même et ce qui en sort comme les paroles et les actions. L'impureté ou la pureté extérieure n'est que le signe ou l'image de l'impureté ou de la pureié intérieure ; en ce point comme dans Leaucoup d'autres, la lettre se trouvoit dans la loi; l'évangile seul en a montré l'esprit. Différence de l'ancienne et de la nouvelle alliance (2).