‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., augmentée de pièces échappées aux premiers éditeurs, et d'un discours préliminaire (volume 5)Chapitre 70 sur 73 · LXXIII. Effets admirables de la foi confiance · texte numérisé non relu

LXXIII. Effets admirables de la foi confiance

La foi obtient tout de Dieu; sa puissance opère iîelon sa mesure de la foi. O femme , votre foi est grande , qu'il vous soit fait comme vous le voulez (3).

5. LXXIV, La bonté de Jésus-Christ se maiiifeste dans le mi' racle de la multiplication des cinq pains , comme dans la création.

Jésus -Christ, dans toutes ses actions, ne consulte que sa bonté pour les hommes. Les entrailles de Jésus- Christ sont émues sur les besoins de quatre mille âmes, et il les nourrit. Charité l)ienfaisante avec laquelle Dieu prépare (.les alimens à lout ce qu'il a créé. Qui dal escam omni carni. Omnia à te spectant ut des illis escam in tempore. Dante te illis, colligent : eœperiente le manum tuant , omnia implehuntur bonilale. A de tels caractères , qui peut méconnuître la divinité (4)?

(i) Joann. , cli. d ,f. 70 , 71. — (i) Math, , cli. i5, ^. 11 au |. 20 ; Marc, ch. -, f . 5 au ^. 23. — ÇV) Malli. , ch. i5, y. 2 1,28 j MarCjCh. 7 , f . 29. — (4) Psal. i3J et io3.

§. LXXV. Conduite de Jésus- Christ dans la manière dont il accorde et refuse certains miracles. Il renvoie les incrédules aux Prophctes,

Les pharisiens et les saducéens ne pouvoient s'empêcher de regarder Je'sus- Christ comme élant audessus de l'homme, puisqu'ils lui demandent un signe ou un prodige du côté du ciel. Jésus-Christ le leur refuse pendant qu'il accorde la nourriture par miracle, à quatre mille hommes qui ne lui demandent rien(i). Nulle politique , nul respect humain dans sa conduite ; il ouvre ou il ferme sa main selon les lois de sa justice suprême. Il s'attendrit à la vue d'un peuple docile , il s'endurcit à la vue des superbes incre'dules. Cum sancto sanctus eris et ciwi perverso perverteris (2).

Les docteurs de la loi avoient-ils besoin de demander un signe du ciel pour reconnoitre le messie ! La terre leur ofTroit tous ceux que les prophèles avoicnt prédits , et qu'ils vojoient s'accomplir en Jésus-Christ , plus aisé à reconnoitre par ses miracles , par ses discours , par toute sa vie , qu'il ne l'est de juger du temps par les apparences du ciel (3).

Aussi les renvoie-t-il aux prophètes, et ne fait-il que leur indiquer le fait de Jonas, image et signe de Jésus-Christ.

§. LXXYI. Tout respire la vertu dans la conduite de Jésus- Christ.

Jésus-Christ n'a jamais été attendri que sur la misère des hommes 3 il n'a gémi que sur leur endurcissement et leur incrédulité. Au-dessus de toute passion et de toute foiblesse humaine , il ne s'est permis que les scntimens qui naissent de la vertu (4).

(i) Math. , ch. 16, jr. i ; Marc , ch. 8, jr. 1. — (2) Psal. 71. — (3) Math., ch. 16, |. 2 , 3 , 4. — (4) Marc, ch. 8,-^. 12.

J^jG RÉFLEXIONS DIVERSES

g. LXXVIL Impetfe étions des Apôtres. C'est cependant avec de tels instruriiens que s^est opérée la conversion de l'Univers,

Patience de Jésus-Christ, vivant au milieu de disciples si grossiers et si lents à croire , que les plus grands miracles ne faisoient sur eux qu'une impression légère, presque aussitôt effacée que formée. Ils voient que Jésus -Christ vient de nourrir quatre mille hommes avec cinq pains , et ils s'imaginent qu'il leur reproche de n'avoir pas pris de pain pour sa nourriture, (i) Avec de tels instrumeus il a cependant converti l'univers.

§. LXXVIII. Le Messie , attendu de tous les Juifs lorsque Jésus-Christ a paru ; la secte des Hérodiens le prouve.

La secte des hérodiens montre que tous les juifs attendoicnt la venue du messie, dans le temps qu'il a paru en effet (2). Hérodes n'auroit jamais été regardé par une secte entière , comme le messie , si l'opinion commune sur le temps de sa mission , n'av(jit favorisé leur erreur ou leur flatterie. Celle opinion étoit-elle fondée ou sur la prophétie de Jacob , ou sur le calcul des semaines de Daniel , ou 5i:r i\in et sur l'autre ; c'est ce qui demanderoit de grandes dissertations. Mais il est toujours cerlain que toute la Judée éloit dans l'attente du messie , quand Dieu l'a envoyé sur la terre, et que cette attente ne pouvoit être fondée que sur les prophéties.

C'est après la demande d'un signe du ciel faite par les pharisiens et les saducéens, que Jésus-Christ recommande à ses disciples d'être en garde contre le levain d'Hérodes, c'esl-à-dire, contre les hérodiens, ([ui vouloient appliquer à ce prince les prophéties du messie.

• (i) Maili. ,cli. iG/|. 6,7,8, 9, cic; Marc, ch. 8, |. 9, 10.11, etc. — {1) Marc , th. 8, ^. i5.

§. LXXIX. Jugement qu'on porte sur Jésus- Cîtrist.

Les jngeraens divers qu'on porloit de Jésus-Christ, regardé parles uns comme Jean-Baptise, par d'autres comme Elie, par d'autres comme Jérémic, ou quelqu'un dos anciens prophètes , s'accordoient tous à le considérer comme un homme extraordinaire et inspiré de Dieu.

Mais il éîoit plus que tout cela; et saint Pierre lui en rend témoignage, lorsqu'il lui dit : vous êtes le christ^ lejih de Dieu vivant (i).

Jésus-Christ l'avoue, et l'établit la pierre fondamentale de son église , en faveur d'une confession si glorieuse.

Jéàiis-Christ lui-même est avoué de Dieu, qui lui rend tém:)ignage par les miracles, par le don de prophétie , par la doclrine.

Donc saint Pierre a dit vrai, quand il a appelé Jésus-Christ le fils de Dieu vivant, c'est-à-dire, Dieu lui-même (2). Il n'y a qu'un Dieu qui puisse être vraiment le fils du Dieu vivant. Tous les êtres bornés sont les ouvrages de Dieu. Jésus -Christ seul , ou le verbe seul , en est le fils.

§. LXXX. Prophéties dâ Jésus- Christ sur la perpétuité de l'Église , et le pouvoir qui lui a été confié.

11 y a près de dix-sept cent trente ans que Jésus- Christ a prédit que les portes de l'enfer ne prévaudroient pas contre l'église; elles n'y ont pas encore prévalu, et nous sommes assurés qu'elles n'y prévaudront jamais (3).

« Je vous donnerai les clefs du royaume des cieux: » ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel j » ce que vous délierez , sera délié dans les cieux ». Quel niorlel a jamais osé parler ainsi, et prouver par dos prophéties et par des miracles qu'il avoit droit de le faire.

(i) Maili. , ch. 16, ^. 16. — (2) Ihid., cli. 16, |. 16 au \. 19 j Marc,ch. 8, l.'aQ.-— (3) Malh. . ch. i6, jl'. 18, 19.

§. LXXXï. Jésus-Christ fuit l'éclat; toute sa conduite ne respire que l'humilité'.

> Ce n'est point pour se vanter , ou pour se faire suivre par un grand nombre d'adorateurs, qu'il parle ainsi de son pouvoir ; il défend à ses disciples de le redire (i). Les vérités ont leur temps pour être découvertes. Ce secret devoit durer pendant toute sa vie, et n'être révélé qu'après sa résurrection. Jésus- Clirist étoit donc sur de ressusciter ?

§. LXXXII. Plus les prophéties de Jésus- Christ sembloient incroyables , plus elles prouvent sa divinité.

Celui que ses disciples reconnoissent être Dieu, celui qui vient de parler en Dieu, annonce dans le même instant qu'il souffrira la mort comme homme , et qu'il ressuscitera le troisième jour (2). Donc il est homme et Dieu tout à la fois , réunissant en lui la mort et la vie. Comment se fait-il croire, en publiant des vérités qui paroissent si contraires , si incompatibles? Autre preuve de sa divinité 5 l'homme peut convaincre quelquefois par des raisonnemens proportionnés à la raison humaine; Dieu seul peut faire croire ce qui est au-dessus de la raison , ce qui paroit même d'abord contre la raison.

§. LXXXIII. La justice dans Dieu est infiniment supérieure à tout ce que notre raison conçoit sous le nom de juste.

« Il falloit que le Christ souffrît la mort (3) ». IL falloit , c'est-à-dire, il étoit juste, il étoit conforme à l'ordre. Quelle idée d'une justice supérieure à nos pensées , qui s'offre ici à notre esprit ! La justice n'est que ce qui convient à la nature de chaque être. Il convenoit à celle de Dieu que le crime de l'homme fût puni ; il convenoit à celle de l'homme d'être sauvé par un pur effet delà boulé d'un Dieu devenu la victime de propitiation pour lui.

(i) Malh.jCh. iOy]f.'xo. — {'î)Ibid., f .21. ^ Ç^) Ibid.

§. LXXXIV. Celui qui s'oppose à V amour et h la doctrine

e\' ange lu/ lie de la Croix est un Satan.

C'est être sataii que de vouloir détourner Jésus- Christ de la mort , de souhaiter même qu'il ne mourût pas (i). Quel homme a jamais pensé d'une manière si héroïque ? Mais qu'est - ce que le héros auprès d'un Dieu ?

§. LXXXV. Précis de la doctrine de J e'sus- Christ , supérieure à toute philosophie.

Ce qui distingue essentiellement la doctrine de Jésus-Christ est renfermé dans ces deux mots qu'il dit à saint Pierre : vous n'avez point de sentiment pour ce qui est de Dieu : vous nen avez que pour ce qui est de rhomme : connoître , iueer , agir comme Dieu , et non comme homme , c'est l'essence de la doctrine ou de la morale de Jésus- Christ. C'est ce qui l'élève au - dessus de toute la philosophie humaine (2).

Jésus - Christ ne se contente pas d'annoncer à ses disciples qu'ils auront des persécutions à souffrir en le suivant (3j , il les leur propose comme la seule condition sous laquelle il puisse les recevoir pour disciples ; l'abnégation de soi - même l'amour de la croix , .sont le seul caractère auquel il les rcconnoîtra. Pour sauver sa vie , il faut la perdre; c'est le seul moyeu de la recouvrer (4). Le monde entier n'est pas un prix digne de notre ame. Que nous serviroit-il de le gagner , si nous nous perdons nousmêmes? Et que risquons-nous à nous perdre, si nous gagnons Dieu en nous perdant? Sentimens aussi vrais que sublimes, dont Jésus-Christ a été le seul prédicateur.

Ce n'est pas pour ses seuls disciples qu'il tient ce langage. Il appelle tout le peuple pour l'entendre ce

(1) Maih.,ch. 16, -^.23. ~ (2) Ibid. , jr. 11, 28, 24; Marc, ch. ij, f. 33. — (3) Malh., ch. i(3, f. -34, 25, 26. — (4) Marc , ch. 8 , jr. Z.\ , 35 , 30 , 37 3 Luc , ch. g , f . 23,24, 25.

qui prouve que c'est ici un précepte, et non un conseil j chacun est obligé de le suivre.

§. LXXXVI. Pouvoir de juger un jour tous les hommes ; caractère de divinité',

Jésus-Christ annonce qu'il doit un jour juger tous les hommes dans Ja gloire de son père, au milieu de ses anges. Jamais homme a-t-il dit pareille chose de lui-même? Le ciel auroit-il lait des prodiges inouis pour autoriser une bouche téméraire qui auroit tenu de pareils discours par folie ou par imposture ?

Cette prédiction ne sera accomplie qu'à la fin des siècles ; mais les hommes en auront une preuve et comme un garant assuré dans la révélation de la gloire de Jésus - Christ par la prédication de l'évangile , et dans rétablissement de son royaume spirituel (i). 11 ne faudra pas même attendre long-temps cette preuve. Plusieurs de ceux à qui Jésus-Christ lient ce discours seront témoins de rétablissement de son règne et de la gloire de l'évangile. Ils l'ont été en eftet , soit dans le temps de la descente du Saint-Esprit, et des miracles qui ont été opérés par les apôtres , soit par la préilication de la religion de Jésus-Christ dans toutes \cs parties du monde connu ; ce qui est arrivé dès le temps de saint Paul. Saint Jean a contemplé la gloire de son maître presque face à face dans l'Apocalypse. Il a vécu assez long-temps pour voir l'établissement de l'église, des troupeaux tout formés, des pasteurs à la tête de ces troupeaux, etc. Ainsi la prédiction a été accomplie à la lettre , et Jésus-Christ , régnant spirituellement sur la terre , a annoncé Jésus-Christ régnant et jugeant dans les cieux.

§. LXXXVII. Jésus- Christ découvre , sur le Thabor, à ses Apôtres , un échantillon de sa gloire ; ils oublient les biens de la vie présente , et ne s^occiipent plus que de ceux de Véternité.

Le nuage qui couvroit l'éclat de la gloire de Jésus-

(i) Malh., ch. i6, ^. i8; Marc, ch. 8, }. "9; Luc, ch- 9. jr. x-.

Christ s'entr'ouvre pour un moment dans le temps de la transfiguration (i). Il veut l)ien dissiper les ombres de l'humanité' pour affermir la foi de ses disciples, et leur donner un avant-goùt de la béatitude e'ternelle. Une goutte de ce torrent de volupté leur fait désirer qu'un si heureux instant devienne pour eux rélernité: quel autre que Dieu peut opérer de tels prodiges en agissant immédiatement sur les cœurs sans le secours des objets sensibles? Tout cela se lait par celui qui s'est dit Dieu; donc il l'est.

5. LX XXVIII. Jcsiis-Christ ne -paraît quun moment dans la gloire , et ne parle que de ses soiif/rances et de sa mort.

Dans ce degré suprême de gloire, où Jésus-Christ montre qu'il est le maître des vivans et des morts , qu'il fait comparoître devant lui en la personne de Moïse et d'Elie; de quoi parle-t-il? De sa mort. Tous les justes de l'ancienne loi altendoient ce grand événement , qui seul pouvoit réparer l'injure faite à Dieu par le péché, opérer le salut de l'homme, être le gage de sa grandeur future, par son union avec Jésus-Christ crucifié et glorifié?

§. LXXXIX. Je'sus- Christ est l'unique maître de la science du salut qui nous est donné de la main de son père.

Jésus-Christ est établi seul maître, seul docteur, seul législateur, par la voix de Dieu même qui le déclare en même temps son fils bien- aimé (2). Il n'aime que lui, à proprement parler, et toutes ses créatures en lui.

A quel homme le ciel a-t-il jamais rendu un pareil témoignage ?

§. XC. Il y a temps de taire les grandes ve'rite's , et temps de les faire connaître.

Jésus-Christ ne fait point oubhcr le miracle de sa

(1) Math., cil. X-, ^'. I au ;^.9; Marc. , ch. 9, i!^. i au }. 9; Luc , ch. g , |. 28 au ^. 36. — (9,) Ibid.

D'Jmiesseau. T'orne XV- 3i

482 RÉFLEÏIOKS DIVERSES

Iransfiquration; il n'en laisse pas au moins répand ic la nouvelle (1). Il prend soin au contraire d'empei lier qu'on n'annonce une si grande nouvelle. Insensible à loute autre gloire qu'à celle qui est conforme à l'ordre et à la volonté de son père, il délend à ses disciples d'en parler jusqu'à ce qu'il soit ressuscité d'entre les morts. Suspendre le récit d'un tel événement, et en renvoyer la puldication au temps de sa résurrection , annoncée par là comme certaine, c'est quelque chose de plus grand et en un sens plus divin que la transfiguration même.

§. XCI. Ceux qui sont destines à annoncer l'avènement de Jcsus-Chrisl , doivent s'attendre , comme Jean-Boptisle ,aux souffrances et à la mort.

Saint Jean-Bapiiste , nouvel Elie , précurseur et image de Jésus-Christ qui devoit mettre toutes choses dans leur véritable état , en montrant le Christ réparateur du genre humain , étoit destiné à soufl'rir comme son mailre, dont les souffrances avoient été prédites par les prophètes (2). C'est à ce prix qu'on annonce ou qu'on suit Jésus-Christ. Ce divin maître accoutume ses disciples à regarder les peines comme des récompenses.

§. Xr.IT. La foi et la prière recèlent l'homme de la toutepuissance de Dieu ; vérité' sublime, et consolante cju'il ctoit réservé à V Evangile de nous manifester.

({ Tout est possible à celui qui croit (3) ». Vérité sublime qin fait voir que Dieu transporte, pour ainsi dire, tout son pouvoir dans celui qui croit, et qu'il rend sa foi toute-puissante. Vérité inconnue à tous les philosophes, et qui ne pouvoit être révélée que par un Dieu ; vérité cependant ({ui, une fois manifestée par la révélation , se trouve parfaitement conforme à la raison. Le plus grand hommage que la

(i) Math., cil. 17 , j'. I au jr. 9; Mate, ibid. , tIt. 9; Luc, ibid. , y. 3G. — (2) Math., cli. 17, y. 10, u^ uj Marc, ch. 9, j . 11, 12, 1 3. — (3) Maro,ch, 9, y. 12,

StJR JESUS-CHRIST.^ 4^3

créature puisse rendre an créateur étant de se livrer, de s'abandonner, sans liésilalion , sans réserve, a sa puissance et à sa bonté, il paroit dii^'ne de Dieu d'accorder les p!us grands miracles à ceux qui sont daus cette heureuse disposition.

§. XCIIT. J''siiS' Christ prédit également sa mort et sa re'snrrection. L'accomplissement de cette prédiction prouve quH étoil Dieu et Homme tout ensemble,

\ Pendant que les hommes sont dans l'étonnement €t dans l'admiration des prodiges de Jésus-Christ, il annonce sa mort à ses di.ciples (i). Insensible à sa propre gloire, tout occupé de celle de son père, il opère des miracles en Dieu, et il se sacrifie comme homme , réunissant toujours en lui les deux extrémités, pour faire voir qu'il étoit Dieu -homme ou l'homme- Dieu. La prédiction même de sa mort, prouve qu'il étoit plus qu'homme; la prédiction de sa résurrection prouve qu'il étoit Dieu. Dieu auroit-il accompli la prédiction et opéré la résurrection d'un homme qui s'étoit dit Dieu sans l'être en eiièt?

5. XCIV. Les desseins de Dieu, sur la mort île son fils, étoient incompréhensibles à l'esprit humain.

L'étonnement même de ses disciples, qui ne pouvoient concilier l'idée de sa toute - puissance manifestée par tant de prodiges, avec celle de sa mort future , montre qu'm ne pouvoit trouver le dénonment de la difticulté , qu'en supposant que l'homme -Dieu s'oiFriroit volonlairenjent lui-même pour la réparation du péché et le salut de l'homme; mais ce dénoùment ne leur étoit pas encore connu; il n'est pas surprenant que le di.sc^u's de Jésus- Christ, leur annonçant sa mort, leur parut incompréhensible (2).

(i) Maih. , ch. 17, f . If, 11 ; Marc , ch. 9, ^. 3r, 32 j Luc, cil. 9 ; |. 44 > 45. — • ("i) Malh. , Maïc , Luc , ibid.

§. XCV. Ce que Jésus- Chrisl dit , sur le paiement des tributs f est une preuve de sajiliation divine.

Les deux tlragmes qu'on demanda à saint Pierre pour Je'sus-Ghrist , étoient une espèce d'imposilion tjni se levoit pour l'entretien du Icraple, et comme un tribut qui se payoit à Dieu ; c'est ce qui fait sentir la force de cette expression de Je'sus - Christ : les rois de la terre exif^ent-ils le tribut de leurs enfans ou des étrangers (i)? De cetle question et de ce qui la suivit, il résulte que Jésus-Christ, comme lils, étoit exempt de payer le tribut à Dieu, son père ; donc, il en étoit le seul véritable. fiJs; donc, les juifs mêmes à qui Dieu a voit donné si souvent le nom de ses enfans, étoient des étrangers en les comparant à Jésus-Christ; donc , à plus forte raison le reste des hommes devoit être regardé comme étranger ; donc, Jésus-Christ est fils unique de Dieu; donc, il est véritablement Dieu, n'y ayant qu'un Dieu qui puisse être véritablement fils de Dieu.

§. XCVI. La doctrine de Jc'sus-Chrisl ne respire tju'humililc et charité.

i< Si quelqu'un veut être le premier de tous dans » le royaume de Jésus-Christ, qu'il devienne le der- » nier , qu'il s'appetisse pour ainsi dire , qu'il s'a- » baisse , qu'il soit comme un enfant , s'il veut être » grand, élevé, un homme parfait (2) ». Un enfant est celui que Jésus-Christ place auprès de lui , et par là au-dessus de tous ses apôtres. Flumilité, fondement de toute grandeur auprès de Dieu et même auprès des hommes qui se plaisent à humilier les superbes et à éiever les humbles. Simplicité ^ fondement de toute vertu , et par rapport à Dieu qu'elle cherche de bonne foi, et par rapport aux hommes qu'elle sert véritablement.

(i) Math., ch. 17, f. •24» 2.5, 0.6, 27, — (a) Malh. , tli, 18, ■i^. I-, ^>,3, 4,5; Marc, ch. 9, f.3,4> 5, G; Luc, ch. 9,

SUR JÉSUS-CHRîST. ^85

« Qui reçoit un enfant en mon nom me reçoitj et i> ceiui qui me reçoit, reçoit non-seulement moi, » mais celui qui m'a envoyé »; £,'radation arlmirable, Jésus-Christ est dans le pauvre ou le loible que nons recevons, et Dieu dans Jésus-Christ (i). La charité envers le prochain même réunit tout au premier principe , et fait que Dieu est vraiment tout dans tous : et omnia in omnibus Chris tus. 11 y a un Dieu €aché dans le pauvre et l'opprimé. C'est une vérité que les payens ont entrevue , res est sacra miser Il n'appartenoit qu'à Jésus- Christ de la manifester, pleinement , et d'en montrer la raison,

§. XCVII. Le vrai miracle ne s'opère que par l'invocatiort du nom de Je'sus- Christ.

Jalousie ou émulation mal entendue des apôtres : ils veulent empêcher un liomme de faire des miracies, parce qu'il n'éioit pas lié avec eux ; mais il Tétoit avec Jésus-Christ , puisqu'il faisoit des miracles en son nonj, et par là il étoit véritablement lié avec eux dans Jésus-Christ, seul véritable lien de l'union qui doit être entre ses disciples; union d'autant plus pure et plus parfaite, que les liaisons humaines y ont moins de part (2).

§. XCVIII. L'Evangile seul a fait connaître toute Vénormilé du crime de scandale.

« Celui qui scandalisera un de ces petits qui croient » en moi, seroit moins malheureux, si on lui alla- » choit une meule autour du cou pour le précipiter « dans le fond de la mer (3) ».

Le scandale est une occasion de clmte, et de chute spirituelle, présentée volontairement, ou par l'imprudence de celui qui le donne. C'est , sans doute ,

(i)Malh. , ch. 18, r. 5; Marc , cli. 9 , >'. 87 ; Luc,ch.9, i. 48. — (2) Marc , ch. 9, f . 87. — (3) Malh. , cJi. 18,^.6, 7, 8 , 9,etc. j Marc, ch. 9, ^. 42, etc.

/J85 TiEFLEXlOKS DIVERSES

une grande faute, puisqu'il vaudroit mieux être en- ^l(iuli par la mer, que de la corameMre jamais. La niorale païenne n'a pas connu l'énormilé de ce crime, parce qu'elle ignoroit la véritable nature et la perfection de la chaiité ou de l'amour du procLain , qui consiste à lui procurer les plus grands biens, et à détourner de lui les plus grands maux; ce qui doit s'entendre des bien^ et des maux spirituels. Quiconque, non-seulement néglige de procurer les uns à son prochain , mais lui prépare une occasion de tomber dans les autres, est regardé au jugement de Dieu, comme un homicide et un assassin.

A plus forte raison tout ce qui nous scandahse, c'est-à-dire, tout ce qui nous est une occasion de chute spirituelle, fùt-il une partie de nous-mêmes, doit être retranché.

§. XCIX. Les anciens philosophes n'ont eu qu'une connoissance imparfaite de la charité de Dieu pour les hommes , et surtout pour ceux qui se sont égares,

•La charité de Dieu pour les moindres d'entre les hommes , est comparée à la sollicitude du père de famille, qui, ajant un troupeau de cent brebis, court après une seule brebis égarée , comme s'il n'avoit que celle-là, et qu'il eût oublié les quatre-vingt-dix-neuf autres (i).

La volonté du père céleste n'est point qu'aucun des plus petits périsse.

Les païens semblent avoir entrevu cette vérité , quand ils ont dit des dieux et de l'homme :

Carior est illis homo , quam sihi.

Mais quelle différence entre ces lueurs de vérité qui se faisoient jour comme à travers d'une nuit obscure \ et cette doctrine claire , lumineuse , suivie et

(i) Maih.,ch. i8, ^. 12 .iS.

SUR JÉSUS-CHRTST.' 4^7

prise clans les premiers principes que Jésus - Christ nous a révèles dans son évangile.

§. C. Pouvoir donné par Jésus-Christ à ses disciples ; poui'oir dont Dieu même sera garant.

M Tout ce que vous lierez sur la terre , sera lié dans le ciel , etc. (i) ».

Quel homme a jamais parlé ainsi , et a osé assurer d'autres hommes , que tout ce qu'ils auroient fait sur la terre , sera ratifié par Dieu dans le ciel ? Celui qui parle ainsi, garantit la foi de ses paroles par des prophéties, par des miracles, par sa doctrine, par sa vie , par sa mort , par sa résurrection , par l'établissement de son église.

§. CI. Rien qui se démente , ni qui se contredise dans la doctrine évangéUque.

Jésus-Christ dit dans un endroit, qui n'est pas avec moi est contre moi ; et il dit dans un autre , qui n'est pas contre nous est pour nous (p.). La conciliation n'est pas diÛicilc dans le premier passage ; il parle de lui-même, et il est bien certain que celui qui est séparé de Jésus-Christ est contre lui. Dans le second passage , il s'agit d^un homme qui Caisoit des miracles en son nom , et qui , par conséquent , étoit intérieurement uni avec lui -, ainsi , quand il ajoute , qui n'est pas contre nous est pour nous : le nous ne peut lomber que sur les liaisons extérieures ; et comme il comprend ses disciples dans ce nous , cette expression signifie seulement , qu'un homme attaché de cœur à Jésus-Christ , et qui , par conséquent , n'est pas contre lui , est pour lui , quoiqu'il ne fasse pas encore partie de ceux qui le suivent au dehors , et cela dans un temps où la société visible de l'église n'étoit pas encore formée.

(i) Matli.jch. 18; ^i5, 16, 17. — (2) Ibid., 18, f. i8.

§. Cil. L'impunité ctanl le plus doux attrait du crime , la crainte des peines en est aussi le frein le plus puissant. Ainsi , rien de plus utile a Lliomme que la révélation que Dieu lui ajaite [du dogme de l'éternité des peines.

L'ëlernilé des peines de l'autre vie a e'ié connue de l'antiquité païenne (i). Les poêles, qui ont été les premiers philosophes, en ont conservé la tradition : elle n'a donc rien d'incroyable à la raison humaine j mais est-il surprenant que les hommes ne l'aient pas crue , ou ne l'aient crue que foiblement , sur la foi d'un poète ou d'un philosophe contredit par beaucoup d'autres ? 11 talloit qu'un docteur ou un maître d'un prdre supérieur , un homme divin , et qui prouvoit , par ses actions , par sa doctrine , qu'il étoit Dieu, annonçât une vérité si dure à la nature humaine , pour en faire un des plus puissans motifs de la conversion du monde.

§. cm. Dieu Jait servir, au salut des hommes et surtout de ceux qui nous paraissent les plus vils , les plus excellentes de ses créatures et les ministres de son sanctuaire céleste. IS'est-ce donc pas s'élever contre Dieu même , que d'oser mépriser ceux quil aime et qu'il protège avec tant de soin.

La doctrine des onges gardiens n'a pas été non plus ignorée des païens (2). Mais une tradition obscure, qui en conservoit le souvenir, ne suffisoit pas pour y rendre les hommes attentifs. Quel est d'ailleurs le philosophe qui en ait tiré cette conséquence? Qu'il ne falloit mépriser personne , non pas même les plus vils et les plus abjects, et qu'il falloit y respecter l'ange qui veilloit sur eux , ou plutôt Dieu même , devant lequel toutes les amcs sont également précieuses , puisqu'il n'y en a aucune qu'il ne confie à la garde d'un de ces esprits purs , qui voit continuellement .sa face dans le ciel.

(i) Mail). , cil. 18 , V'. 8 j Marc , ch. 9 , ;: . .[3 , 4 f , j5 , /[8.

(u) Ibid. , y. 20.

§. CIV. Jésus- Christ n'est venu dans le monde que pour smwer les pe'cheurs et les guérir de leurs niaux spirituels. C'est parce qu'il ^ avait sur la terre un grand malade qui était l'homme {i) , quil est descendu du ciel un grand médecin pour le guérir.

« Le fils de l'iiomme est venu chercher ce qui étoit perdu » (2). Vérité consolante, que Jésus-Christ semble prendre plaisir à rendre encore plus sensible , par la comparaison de la brebis égarée , et par tant d'autres. Les anciens philosophes, en instruisant les hommes, ont cherché ou leur intérêt, ou leur gloire. Jésus-Christ seul est venu pour sauver les hommes, sans autre motif que leur salut même , et aux dépens non-seulement de sa gloire , mais de sa vie.

C'est toujours dans le temps des plus grandes prévarications que Dieu a promis aux hommes de leur envoyer un sauveur. L'homme trouve donc , dans l'état misérable où le péché l'a plongé, un droit de s'approprier le trésor immense des miséricordes que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre. C'est la vérité la plus consolante que Dieu ait révélée à l'homme , et que l'évangile nous enseigne en tant de manières. Mais le même évangile, qui nous donne une si haute idée de la bonté de Dieu, nous dénonce aussi les peines réservées aux pécheurs impénitens.

§• GV. Rien ne rend la prière plus efficace que l'esprit d'union et de charité.

Effets merveilleux de la prière faite en commun. « Si deux d'entre vous s'accordent à demander une » grâce, le Père céleste la leur accordera (3)». Qui a jamais osé le promettre ? Qui a pu le faire croire et le prouver par les effets?

Pourquoi Jésus-Christ donne-t- il cette assurance à ses apôtres ? il en rend lui-même la raison. C'est que partout où il se trouvera deux ou trois personnes

(i) p. Augustin. — (cî) Math. , ch. 18, i. i?, i3, i^- — 3) Ibid. , i8 , ^. 20.

asscmb^cos en son nom, il sera lui-même au milieu d'elles. C'est lui-même qui prie , et qui , comme il le dit ailleurs , est toujours siir d'être exaucé ^ il est celui qui prie et celui qui exauce : gémit ipse; auditqiie gementcin. Donc, il est Dieu et homme: donc, il a voulu faire consister , dans la charité et dans l'unité , tuttt le mérite des prières et toute la force de l'église.

5. CVI. L'Evangile seul nous a fait connoUre l'excellence du précepte du pardon des ennemis.

Les philosophes du paganisme ont enseigné, sur le pardon des ennemis , une morale semblable à celle de l'évangde , pour les elFcts extérieurs , mais bien différente, pour l'étendue et pour les motifs (i). Le repos ou la paix de l'homme , que la haine ou la vengeance trouble , ou qu'elle menace d'un retour funeste ; sa vanité et une apparence de grandeur d'ame , dont le pardon des injures le flatte , ont été \es seules raisons de leur doctrine.

'Jésus - Christ remonte plus haut , c'est - à - dire , jusqu'à Texemple de Dieu même, dont l'indulgence à notre égard est le niodcie ou le prix de celle que nous avons pour nos pareils. Qui est - ce qui peut résister à ces deux raisons ? Dieu me remet gratuitement des dettes immenses , comment n'en remcltrois-je pas, qui ne peuvent jamais être que trèslégères ? Dieu ne me pardonnera qu'autant que je pardonnerai ; il est donc non-seulement de la grandeur de mon être , mais de ma rcconnoissancc , mais de mon intérêt , d'imiter Dieu en pardonnant.

L'étendue de cette obligation est proportionnée à de tels motifs. Ce ne sera pas seulement sept fois que je pardonnerai, ce sera soixante - dix «^ sept fois sept fois j ce sera toujours, parce que Dieu me pardonne toujours , et que sa miséricorde n'ayant point de bornes , je serois ingrat et injuste si j'en donnois à la mienne.

(i) Maih.,ch. 18, ]r. 21 au ^. 35.

SUR JÉSLS-CHRIST.' /\C)l

Le vérilablc esprit de Jésus-Clirist , et par conséquent de la religion, est un esprit de douceur, de compassion , de charité. Le fils de Dieu , en prenant la qualité de fils de l'homme , est venu , non pour perdre , mais pour sauver les âmes des hommes, aux dépens de sa propre vie (i).

§. CVII. Pauvreté entière , et détachement des choses mêmes les plus nécessaires à la vie ; caractère de Jésus-Christ et de sa doctrine.

« Les renards ont des tanières , les oiseaux ont M leurs nids , mais le fds de l'homme n'a pas où re- » poser sa tête {p) ».

§. CVIII. Idées justes et véritables de l'homme et de la vie de son anie ; importance des devoirs que V Evangile lui prescrit.

« Laissez aux morts le soin d'ensevelir leurs morts ; w mais vous, allez annoncer le royaume de Dieu (3) ».

J.ésus - Christ regarde comme morts ceux qui ne vivent pas devant Dieu, parce qu'ils n'ont que l'esprit du monde , et non pas celid de Dieu , véritable vie de l'homme , et , pour ainsi dire , l'ame de notre ame.

Les devoirs de la vie humaine , ou de la société naturelle ou civile , ne sont rien , en comparaison de ceux que la loi ou la mission de Dieu nous impose.

§. CIX. Dieu seul peut se former des ministres dignes de lui: les Philosophes anciens n'ont pas connu cette vérité.

« Priez le maître de la moisson, c'est-à-dire, le » propriétaire du fond, d'envoyer des moissonneurs dans son champ (4) ».

La moisson de Dieu , la seule que Jésus - Christ considère , est la foi , la charité , les bonnes œuvres ,

(i) Luc, ch. 9, ^. 55, 56. — [i] Ihid. , ch. 9, ^. 58. —(3) Ibid, ch. 9 , ^. 60. — ^4) Blath. , ch. 9 , ^. 38.

le salut des hommes : ce sont là les ricliesses qu'il veut amasser.

Les philosophes se croient capables de se former seuls des élèves, des disciples, des sectateurs. Aucun d'eux n'a pensé à dire , qu'il falloit prier Dieu de lui en envoyer, pour répandre sa doctrine dans le monde. Jésus-Christ, infiniment supérieur à tous les philosophes , même comme homme, par l'excellence et l'élévation de sa doctrine , renvoie ceux qui l'écoutent à Dieu , pour en obtenir des prédicateurs dignes de publier ses préceptes j c'est ainsi qu'il enseigne qu'il n'appartient qu'à Dieu de former des ouvriers capables de travailler à son ouvrage.

5. ex. Mission des Disciples de Jésus- Christ. Ce divin législateur leur annonce en même temps des dons spirituels et des contradictions. On ne voit rien de semblable dans les autres fondateurs de Religion.

« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des » loups. Ne portez ni bourse , ni sac , ni souliers , M pour en changer, etc. En quelques maisons que » vous entriez , dites d'abord : la paix soit dans cette » îiiaison , ou paix et tranquillité à cette maison, etc. y> Guérissez les malades que vous y trouverez, et « dites à ceux qui l'habitent : le rojaiune de Dieu » est près de vous. Si l'on ne vous reçoit pas dans » une ville , dites en sortant : nous secouons contre » vous jusqu'à la poussière de nos pieds. Je vous le » dis, Sodome, au 'ymv au jugement , sera traitée » avec moins de rigueur que cette ville. . . . Celui qui M vous écoute, m'écoute • et celui qui m'écoute, écoute

» celui qui m'a envoyé Réjouissez- vous, non

» de ce que les démons mêmes vous sont assujettis, » mais de ce que vos noms sont écrits dans les » cieux (i) M.

Quel homme a jamais engagé d'autres hommes à le suivre , ou à travailler sous ses ordres , en leur disant, qu'ils seront comme des agneaux au miheu

(i) Lucjch. 10, |. 3 au ^. 20 iuclusivemenl.

' sm JÉSUS-CHRIST. 49^

des loups , en ne Jeur annonçant d'autres richesses , ni même d'autres ressources que le fond de la Providence.

Mais aussi quel homme a jamais osé dire à ses discipleis, vous porterez la paix avec vous ; elle reposera sur toute maison où vous serez reçu ; ou elle reviendra habiter en vous, si Fon ne vous reçoit pas. Celui qui vous méprisera, deviendra aussi vil que la poussière que vous secouerez de vos pieds, et sera traité plus durement dans 4e grand jour du seigneur , que les villes les plus infâmes : celui qui vous écoute, m'écoute moi-même j et en m'écoutant , il écoute Dieu : vous guérirez les malades , vous régnerez sur les démons , et ils disparoîtront devant vous comme un éclair. Je vous ai donné toute puissance sur les serpeus et sur les scorpions , sur toutes les forces de l'ennemi ; mais réjouissez - vous encore plus de ce que vos noms sont écrits dans le ciel.

On est surpris d'abord que Jésus - Christ ait trouvé des disciples , en ne leur annonçant que des tribulations et des croix ; on cesse de l'être , quand on envisage ce qu'il promet , et ce qu'il tient dans le moment même qu'il le promet. Pour le promettre, il falloit êi rc prophète j pour le tenir , il falloit être Dieu.

§. CXI. Les vérités de rEi^angile cachées aux sages du siècle , et révélées aux humbles.

« Je vous rends gloire , ô mon père , de ce que » vous avez caché ces vérités aux sages , aux inteîli- » gens , et de ce que vous les avez dévoilées aux » simples, aux enfans. Oui, mon père, c'est ainsi » que vous vous êtes plu à l'ordonner (i) ».

L'ordre le vouloit ainsi. En effet , l'orgueil , par lequel l'homme veut s'élever jusqu'à Dieu , est précisément ce qui doit le lui cacher. Plus \\ croit pouvoir tout comprendre par ses propres forces, moins

(i) Luc, ch. 10, ^. 2t.

/Jq/|. réflexions diverses

il mérite de comprendre. L'humilité et la défiance de ses lumières, ne font que le remettre dans l'ordre dont il n'auroit jamais dû sortir. En avouant qu'il ne sait rien de lui-même, il reconnoît que Dieu, seul est son maîire, sa lumière, son intelligence , sa raison; et Dieu , qui aime souverainement l'ortlre , se plait à instruire un cœur simple qui s'y renferme , et qui dit , comme saint Augustin , noverim te , nO' çerirn me ; prière qui est le fondement de toute science , parce qu'elle l'est aussi de la véritable humilité. C'étoit celle que faisoit David , quand il disoit à Dieu, illumina tenebras meas (i) : il reconnoissoit que les ténèbres étoient son partage, la seule chose qui fût à lui , et il prioit Dieu d'être sa lumière , parce que la véritable lumière n'est qu'en Dieu , ou que Dieu même. Pater luminuni , in lumine tuo videhimus lumen (2).

Les philosophes n'ont point connu cette doctrine de Jésus-Christ, qu'il nous a rendue si évidente, qu'elle est du nombre de celles que notre raison n'avoit point découvertes par elle-même, mais auxquelles elle se rend sans peine , aussitôt qu'elles lui sont montrées.

§ CXII. La vraie Religion ne peut ctre fondée que sur une révc'lalion qui apprenne à L'homme la manière dont Dieu veut cire servi et honoré.

« Personne ne connoît le fils, si ce n'est le père; 3) ni ce qu'est le père , si ce n'est le lils , et ^elui à :>i qui le lils veut le révéler (3) ».

La révélation est nécessaire pour connoîtrc véritablement Dieu ; cette nécessité a été entrevue dans presque toutes les religions où l'on a supposé une espèce d'inspiration dans ceux qui en ont été les fondateurs ; où les premiers docteurs , les philosophes mêmes ont répandu ou laissé répandre , qu'ils avoient une communication intime avec la divinité.

(?) Psalm. 17, |. 59. — (■2} Psalm. 35 , f. lo. — (3) Luc,ch, 10, y. -ri,

Jésus-Clirist seul a élabli clairement celle nécessité de ia révélation ; il y a joint cette révélation même , et des preuves invincibles par les uropliéties , par les miracles, et par rétablissement de sa religion , qui est le plus grand de tous les miracles.

§. CXIII. L'Evangile seul nous fait connoîtrc toute l'étendue du devoir d'aimer le prochain. La doctrine des philosophes païens, sur cet objet important, est bien imparfaite.

Jésus-Christ répond à cette question, et qui est mon prochain (i) ? Par une parabole qui montre que tout homme , de quelque pays ou de quelque religion qu'il soit , est notre prochain , et , par conséquent , que nous devons l'aimer autant que nous-mêmes. Trois caractères relèvent infiniment la doctrine de Jésus - Christ au - dessus de ce que les philosophes et les jurisconsultes païens ont dit'sur ce point.

I ° Les préceptes que ceux-ci nous ont donnés , ne regardent que les actions extérieures plutôt que les dispositions ou les sentimens intimes. Tout ce qu'ils disent sur la société, ou sur la liaison qui doit être entre les hommes , se réduit à ces deux points:

« Ne faire aucun mal à ceux qui ne nous en font » point j faire du bien à ceux de qui nous en pou- )) vons attendre » : loi de commerce plutôt que d'une véritable afièction.

Au contraire, la doctrine de Jésus-Christ tombe sur le fond même du sentiment, et sur ce qu'il a de plus intime -, c'est l'amour même du prochain qui nous est commandé, beaucoup plus que les efléts de cet amour , qui ne sont exigés que comme les conséquences qui se tirent nécessairement du principe.

2.° Le degré de cet amour n'étoit point marqué par l'ancienne philosophie; et il ne pouvoit l'être, puisque les philosophes se bornoient à en marquer les effets extérieurs.

(i) Luc , ch. 10, i. 29,

^qG réflexions diverses

Jésus -Clirisl en a seul élabli la juste mesure, lorsqu'il a voulu qu'elle n'en ait point d'autre que celle de l'amour que nous avons pour nous-mêmes.

3.° La perfection de cet amour a été inconnue avant lui au genre humain. On croyoit qu'il se réduisoit à aimer ceux qui nous aimoient, ou du moins ceux qui ne nous haïssoient pas. Jésus-Clirist a fait voir qu'il s'étendoit jusqu'à ceux qui nous haïssent, qui nous persécutent, qui ont juré notre perle. El cela est clairement renfermé dans l'obligation d'aimer le prochain autant que nous-mêmes. Je ne cesse point de m'aimer , quelques fautes que j'aie commises contre moi-même, et quelque mal que je me sois fait, par passion , par dépit , par imprudence : donc , je ne dois point haïr le prochain, quelque tort qu'il ait à mon égard, etc.

Vérités qui sont encore du nombre de celles que notre raison n'avoit point connues par elle-même, mais qu'elle reconnoît pour ainsi dire, aussitôt qu'on les lui présente, parce qu'elles sont renfermées dans la véritable idée de Dieu et de l'homme, etc.

§. CXIV. La doctrine de Jésiis -Christ est également simple et sublime.

« Il n'y a qu'une chose nécessaire : porro unum » est necessarium (i) ». Et cet unique nécessaire, comme l'occasion à laquelle cela est dit, le fait voir, c'est de servir Dieu, de l'imiter, de lui être uni. Cette vérité si féconde , ce principe qui renferme tous \vs devoirs de l'homme, et qui seul peut le conduire à sa perfection et à sa béatitude , n'a été que foiblement aperçue avant Jésus-Christ. Le propre de sa doctrine est d'êlre aussi sublime , et en même temps aussi simple, aussi une, pour ainsi dire, que Dieu même, que quelques anciens philosophes ont appelé unum et oinnia.

(l) Luc , cil. 10, jf. ^"2.

§. CXV. Jésus- Christ, en nous apprenant îa nécessité et l'efficacitc fie la prière , a rétabli le commerce entre Dieu et les hommes.

n Demandez, et il vous sera donné; chercliez, et » vous trouverez ; heurtez, et l'on vous ouvrira (i) ».

Celte certitude de confiance et cette espèce d'infaillibilité du succès de la prière , faite vraiment au nom de Jésus-Clirist , n'a été annoncée et promise que par ce divin libérateur.

Par là ce commerce ou cette communication intime de la créature intelligente , avec le créateur , qui est si conforme à Tidée de l'une et de l'autre , se trouve heureusement rétabli. Il convient à l'être borné et défectueux , de demander ce qu'il lui manque; il convient à l'Être infini et souverainement parfait, d'accorder ce que lui seul peut donner sans s'appauvrir.

§. CXVI. La doctrine de Jésus- Christ ne nous Jait craindre que ce qui est vraiment redoutable,

n Ne craignez point ceux qui tuent le corps , et qui » après cela ne peuvent rien faire de plus. Craignez » celui qui , après avoir donné la mort , a la puissance )> de précipiter dans le lieu des tourmens, etc. (2) ».

Juste idée de ce qui est vraiment redoutable; c'est une des clefs de toute la morale. Tous les peuples en ont eu une notion confuse. Jésus-Christ l'annonce clairement , et public en même temps l'immortalité de Tame , le jugement dernier, etc., comme des corollaires de cette vérité importante.

§. CXV IL Jésus- Christ annonce à ses ■ Disciples , les persécutions et les secours qui leur seront accordés ; et cette prédiction s'accomplit.

« Lorsqu'ils vous traduiront dans les sjmagogues » ou devant les puissances et les tribunaux, ne soyez » point en peine de ce que vous répondrez pour

(1) Luc, ch. 11,1!', f), eic. — (2) Ibid. , cU. 12, |. 4,5, 6, D'Jguesseaii. Tome XV. 32

/JqS réflexions diverses

3) voire cleFense ; l'Espril-Saint vous enseignera dans

» ce moment ce que vous devez dire (i).

i'^. Done, Je'sus-Clirist annonce des persécutions et des supplices à ceux qni le suivront, et cependant on le suit.

2.*^ 11 leur prédit un secours d'en haut , qui leur sera toujours présent.

Et les deux événemens repondent aux deux pre'clictious.

§. CXYIII. Je s us -Christ fions a seul fait comioitre le bon usage des richesses.

(( Cette nuit on va te redemander ton ame^ et yi pour qui sera ce que tu as amassé ?

» Tel sera celui qui thésaurise pour lui, et qui » n'est pasdùclie pour Dieu (2) ».

Les philosophes ont assez discouru contre l'avarice; mais aucun n'a eu cette idée, qu'il faut être riche pour Dieu , c'est-à-dire , être riche en rapportant toutes ses richesses à Dieu , comme à leur source et leur auteur , en les consacrant à lui comme fin dernière, et en les faisant servir à l'usage auquel sa providence les destine, c'est-à-dire, aux pauvres, au prochain , à l'utilité commune de la société , dont Dieu est le chef et le père.

§. CXÏX. L'É\^angile nous a fait connoUre l'excellence de la confiance chrétienne.

La confiance entière dans la bonté' de Dieu qui nourrit les oiseaux, qui prend soin de vêtir les lys (3), est un de ces préceptes propres à la loi évangéliqne, et qui sont d'abord reconnus par la raison aussitôt qu'on les lui présente.

Dieu sait que nous avons besoin de nourriture et de vêtemens; c'en est assez pour nous rendre tranquilles. Cherchez le royaume du ciel, et tout le reste

(i) Luc, ch 12, ^.11, 12. — (i) Ibid,,û\. 12; ;|^. 21.— (3) Ihid.^

cil. Ï2 , t1^. TJ. , 27.

y sera ajouté comme par surcroit , c'est là ce qui distingue le païen du clirélien , la morale évange'lique de la morale philosophique (i).

^. CXX. Le royaume que Je'sus-Chrisl annonce est un don de Dieu ; et toutefois c'est par l'aumône qu'il le faut acheter.

« Ne craignez point, petit troupeau, dit Je'sus- « Christ à ses disciples, car le père s'est plu à vous )) donner le royaume dont il est le roi.

» Y^''i*^l^'2; lont ce qui vous appartient et donnez » l'aumône ; faites-vons un trésor éternel dans les » cieuX; dont le voleur n'approche pi.int^ et où le » ver ne porte point la corruption (2) ».

§. CXXI. Jésus- Christ nons apprend à veiller et à nous tenir* prêts en tout temps.

La vigilance et ^a pr^^paration nous sont recom-' mandées dans l'attente d'un maître qui tient entre ses mains nos destinées éternelies , etc.

Rien n'égale la grandeur des motifs ou des espérances attachées à j'ohservatinn de ce précepte. Le maîl,re même, le seigneur de toutes les créatures, se ceindra , les fera asseoir autour de sa table, et les servira.

Les motifs de crainte sont joints aux motifs d'espérance. « Si le père de famille sa voit à quelie heure le » voleur doit venir, il se tiendroit éveillé, et ne 3) laisserait point forcer sa maison (3) ».

Cette morale et les motifs dont elle est appuyée , ont été inconnus aux sages du paganisme.

§. CXXII. Plus on a reçu de grâces , plus on est obligé d& travailler pour Dieu.

Le serviteur négligent et dissipateur est mis au nombre des incrédules (4). Ne pas servir un Dieu

(1) Luc, ch. 12, ^. 98, 2Ç), 3o , 3i. — (2) Ibid. ch. i-?, , f . 32 , 33^ 34. — (3; Ibid. , ch. 12, f. Sq. -- ( j) Ibid. , cli. 12 ,

5oO RÉFLEXIONS DIVERSES

connu, c'est êlie, en un sens, plus coupable que de ne le pas connoîlre : ne pas accomplir sa ioi^ lorsqu'on a le bonheur de ia coimoîlre , c'est un péclié que rien ne peut excuser.

§. CXXITI. L'ardeur de la charité elle zèle du salut des ames éclatent dans toute la conduite de Jésus- Christ , et surtout dans son amour des soifl/rances.

«( Je suis venu répandre le feu sur la terre, et » qu'ai-je à désirer s'il est déjà allumé. 11 y a un bap- )) tême qui m'est réservé j et combien mon cœur )) est-il dans l'angoisse, jusqu'à ce qu'il soit con- » sommé (i) ».

Jamais l'ancienne pliilosopliie a-t-elle pu imaginer qu'un tel amour , qu'une charité si tendre , si ardente, se trouvât en Dieu pour des hommes qui ne peuvent rien ajouter à son bonheur.

§. CXXIV. La paix avec Dieu et la paix avec le monde sont incompatibles.

« Croyez- vous que je sois venu pour donner la )) paix à la terre? Non, je vous le dis, j'y viens 1) mettre la division, etc. (2) ».

L'auteur de la véritable paix, peut-il donc être une source de division? Les deux contraires ne naissent, à l'occasion de Jésus-Christ, que parce qu'ils se trouvent dans l'homme.

Ceux qui apprennent de lui à connoîtrele chemin de la paix qu'il annonce au monde , seront en efîbt rassasiés, comme parle David, d'une abondance de paix.

Ceux qui fermeront les oreilles à sa parole, et qui cherclieront leur paix ailleurs, ne trouveront que la i(ucrre, guerre audedans d'eux-rnéines, guerre au dehors j de là, cette division qui séparera les pères et les enfans, les frères et les sœurs, etc. Les amis de Jésus-Christ deviennent les ennemis du monde et

(1) Luc , ch. 12 , |. 49 > 5o' — (2) ii^id. , cil. 12 , ;i^. 5i , 5 > , 53.

SUR JÉSUS-CHIUST. 5of

des amateurs de la fausse paix , dans la possession ou dans l'opinion de laquelle l'évangile do Jésus- Christ vient les troubler.

§. CXXV. Nc'cessUé de la rfWlation et de la grâce pour discerner parfaitement le juste et l^ injuste , et en faire une sage et juste application dans toutes les circonstances de la vie.

Rien de plus proche de l'homme, rien qui lui soit plus intime que le jusle ou l'injuste. Cependant il en liait plus rarement le discernement qu'il ne distingue les sii^nes du beau et du mauvais temps.

Grande preuve de la nécessité de la révélation pour éclairer l'homme sur ce qu'il devroit le mieux savoir.

§. CXXVI. Ce ne sont pas les plus grands pécheurs qui sont le plus punis en celte vie. Celte ve'rite' est manijesle'e dans l'Evangile ; l'unique règle de nos jugemens sur les divers événemens de la vie.

Ce n'est point précisément par \ç.s accidens ou par les fléaux extérieurs et sensibles , que Dieu manifeste ses jugemens en ce monde , et le discernement qu'il fait entre le juste et l'injuste , entre le plus et le moins coupable (i). L'innocent périt quelquefois où le pécheur conserve sa vie , et ceux qui sont accablés sous une ruine imprévue , n'étoient souvent pas aussi coupables , que ceux qui ont échappé à un pareil malheur. Le principe du véritable et juste discernement est le fond de notre cœur , c'est par là que Dieu nous juge, et que nous devons nous juger nous-mêmes. Quiconque se sent coupable , doit rendre grâces à la bonté de Dieu qui l'épargne encore, pendant qu'il frappe ceux qui sont peut-être moins coupables. Adorons les jugemens divins , sans en vouloir sonder la profondeur, et redoutons-les d'autant plus que leur lenteur même doit faire craindre qu'ils ne devieq-' nent encore plus rigoureux.

(i) Luc , ch. i3, f . I, 2, 3, 4'

502 P.EfLEXIO:XS DIVERSES

Ç). CXXVII. C'est aux œuvres à repondre de la foi. L^amouf n'est point oisif.

C'est un mal de ne point faire de bien (i). L'arbre ste'rile et qui ne produit point de bons fruits, est arraché com.'ne ceiui qui en donne de mauvais ; c*est être vicieux, ou du moins n'être pas dans l'ordre, que de n'avoir point de vertus. Rien ne nous peut dispenser du dev(;ir d'aimer Dien. Or , l'amour n'est jamais oisif. Sola dilectio vacare non potest. Il étoit ordonné dans l'ancienne loi, que le feu brùlerôit toujours sur l'aulel des liolocaustes , et que le prêtre auroit soin de l'entretenir en y mettant du bois tous les matins. C'est l'image du feu spirituel de la cliarilé que le fils de Dieu est venu allumer sur la terre. Notre cœur est l'autel sur lequel ce feu céleste doit brûler sans interruption.

Saint Paul , en nous invitant à nous regarder comme éius, nous exhorte en même temps à nous revêtir des vertus sans lesquelles la conliancc n'est qu'illusoire.

§. CXXVIII. Les progrès de l'Evangile sont dignes d'admiration.

Deux caractères du royaume de Dieu ou de l'établissement delà religion chrétienne j \es plus méprisables commenccmens et les plus incroyables progrès: rien dans son origine , tout dans sa perfection. La plus petite de toutes les semences produit une plante semblable à un arbre ^ un peu de levain anime, pénètre et fait fermenter toute ia pâte (2). Cette prophétie s'est accomplie contre toute attente.

§. CXXIX. C'est en enseignant des vérités terribles que Je'sus- Christ s'est forme' des Disciples.

L'évangile nous apprend, et l'expérience de tous les siècles nous le prouse, (jue la porte du ciel est

(i) LuCj ch. i3, ^. G, 7,8,9 — (2) Ibid., cli; iZ^f. 18, 19, 20,21.

SVR JÉSUS-CHRÎST. • 5o5

étroite, et que rien n'est plus petit que le nombre de ceux qui y passeront (i). Celle doctrine annonce à ses disciples la difficulté du salut, et nous fait connoîlre le triste état de ceux qui seront exclus du ciel , et réduits aux pleurs etgrincemens de dénis. Estce ainsi que parleroit un homme qui ne clicrclieroit qu'à se faire un grand nombre de sectateurs? C'est avec des vérités si redoutables que Jésus-Christ s'est fait suivre, et que sa doctrine s'est répandue eu moins de rien dans Tunivers.

§. CXXX. Jcsiis- Christ annonce et accomplit en même temps la com'ersion des nations ; preuve manifeste de sa divinité.

Jésus-Christ prédit que du levant et du couchant," du septentrion et du midi, il viendra des hommes, on plutôt des peuples appelés à posséder le royaume de Dieu; que les premiers deviendront les derniers (2); prophéties également accomplies et à l'égard des juifs et à l'égard des gentils j et , en attachant cet événement à la prédication de son évangile, Jésus-Christ fait voir que c'est en lui et par lui , que doit arriver ce grand événement , tant de fois prédit par les prophètes de l'ancienne loi.

§. CXXXI. Diverses prophéties de Jc'sus- Christ sur sa mort ^ et sur la ruine de Jcrusaleni.

Jésus -Christ prédit sa mort comme prochaine ,' et annonce qu'il fera jusque-là les prodiges ou les miracles qui dévoient la précéder (3). Il prédit également la ruine de Jérusalem , et cette prophétie s'accomplit quarante ans après sa mort. Quel homme a jamais parlé ainsi , et prouvé par les actions qu'il ctoit en droit de le faire ?

§. CXXXII. JBonle' prévenante de Jésus- Christ pour les plus grands pécheurs.

On ne peut se lasser d'admirer ce caractère de

(i) Luc, ch. i3 , y. 23 , 24, 25 , 26 , 27, 28. .— (2) Il/id. f. ch. i3 ; y. ay , 29, 3o. — (3) Ibid. , ch. i3; ]'> 35,

5o4 RÉFLEXIONS DIVERSES

bonté et même de tendresse que Jésus-Christ témoigne aux pécheurs les plus rebelles , à l'infidèle et ingrate Jérusalem. « Combien ai-je voulu rassem- » bier ses enfans, comme une poule couvre ses pousw sins de ses ailes, etc. (i) ».

§, CXXXIII. La conduite de Dieu , sur les hiimhles et les superbes , est dirigée par V amour de l'ordre immuable.

M Tout homme qui s'élève lui-même sera abaissé, » et tout homme qui s'abaisse lui - même sera )) élevé (^'i) ».

La parabole dont Jésus-Christ tire cette conséquence suppose , avec raison, que cela est vrai parmi les hommes mêmes. Pourquoi? parce que l'orgueil des autres , blessant naturellement notre amour-propre , impatient de toute prétérence , nous cherchons à humilier ceux qui marquent extérieurement cet orgueil, et nous les faisons descendre autantetquelquefois plus qu'ils n'ont voulu monter. Ce n'est pas seulement notre amour-propre qui agit dans ces occasions, il s'y joint un sentiment de justice fondé sur ce que tous les hommes sont nés égaux , et que ceux qui veulent sortir de cette égalité par leur propre jugement, méritent d'y être ramenés, en les réduisant, d'abord par l'humiliation , à une autre espèce d'inégalité, afin qu'après avoir passé par les deux extrémités contraires ils reviennent au juste milieu.

Mais ce qui arrive ainsi entre les hommes par un mélange de vanité et de justice, est l'effet d'un juste iuccment de Dieu , fondé sur le seul amour de l'ordre. Les choses ne paroissent a ses yeux , que ce qu elles sont en elles-mêmes j et quand l'homme , qui n'a qu'une mesure d'être très-borné , veut s'enfler, pour ainsi dire , et paroître plus grand qu'il ne l'est en effet j la justice de Dieu , qui n'est autre chose que l'exacte conservation de la vérité , réduit l'homme à ce qu'il est véritablement , et le rabaisse même au-,

(0 Luc , cl). 3i , i^. 34. — (2) Ibid. , ch. i.\,jr. 35.

SUR JÉSUS-CHRIST. 5o5

dessous de ce qu'il est, parce qu'il a perdu une partie de sa véritable valeur ou de la perfection qui lui convient, en ajoutant un vice re'el et positif à ce qui n'étoit en lui qu'une imperfection et un défaut , ou la privation d'une plus grande perfection.

Toute cette métaphysique est renfermée dans les paroles de Jésus-Christ , qui , sous une simplicité apparente, cachent toujours la plus riche fécondité.

§. CXXXIV. Jésus- Christ seul nous a fait comprendre le bonheur qu'il y a de donner sans espérance de retour en ce monde. Un trop grand attachement aux choses les plus légitimes est un crime ; et la privation des biens de ce monde nous fait obtenir ceux du Ciel.

« Quand vous voudrez donner un festin , n'y in- )) vitez point vos parens , vos amis ou vos voisins » riches qui sont en état de vous le rendre ; appelez » les pauvres, les boiteux, les aveugles à votre table; >) heureux de ce qu'ils ne pourront vous rendre la » pareille; vous la recevrez de Dieu même dans la » résurrection des justes (i) ».

C'est ce que Jésus-Christ appelle ailleurs être riche envers Dieu ou pour Dieu.

Morale bien contraire à celle des hommes, qui ne donnent que pour recevoir , et dont la libéralité apparente n'est qu'un commerce. Le bonheur de donner, sans espérance d'aucun retour en ce monde , n'a été annoncé que par Jésus-Chiist , qui pouvoit seul promeltre ce retour infini , assuré à celui qui donne à Dieu même en donnant aux pauvres. Jésus-Christ ne détruit donc point , à proprement parler, cet intérêt propre , qui est le plus grand mobile du cœur humain ; il le purifie seulement, il l'élève , il le sanctifie, en le rapportant aux biens réels que Dieu seul peut donner, et qui sont Dieu même. Ainsi, au lieu de ce commerce, que l'homme entretient avec l'homme , il lui apprend à l'exercer avec Dieu.

Lisez la parabole des conviés qui s'excusent par

(i) Luc, ch. 14? ]^' 12, i3, 14.

5o6 réfltîxioivs diverses

ciillcrciilcs raisons d'aller au feslin du père de famille (i). Aucune de ces raisons n'est iliégilime en elle-même j ceux qui les alie'^'uent sont cependant regardés comme indignes d'approcher de la table du père de famille. Et qui sont ceux qu'il leur substitue? Des pauvres , des estropiés , des boiteux , des aveugles , tout au plus des passans et des vo}'ageurs.

Donc, le seul attachement de préférence aux biens ou aux occupations les plus légitimes , est un crime dans la loi évangéliquc; donc^ pour être digne d'approcher de la table du seigneur , image de la félicité éternelle, il faut être, dans le cœur, semblable à des pauvres , et à tous ceux qui nous représentent ici le détachement des biens sensibles ; sentir le besoin réel où nous sommes des vrais biens , et chercher celui qui peut seul y suppléer • donc , enîin , la privation , quoique forcée^ des biens de ce monde , est une disposition prochaine à prolîter de l'invitation du père de famille pour être admis à son festin. Beau pauperes spiritu quoniam ipsorum est regnum cœlorum (^2).

Toute la substance de la parabole précédente et la grande vérité qui en est l'objet, sont renfermées dans ces paroles , qui suivent :

iSi quelqu'un vient à moi et ne hait pas (3) , c'est-àdire, n'aime point en comparaison de son amour pour moi , son père , sa mère , sa femme , ses enjans , ses J'reres et ses sœurs , en un mot , son ame ( sa propre vie ) , // ne peut être mon disciple.

Le mot grec ^^^n, comme le mol lalia anima , se prend proprement pour l'ame , considéiée en tant qu'elle est unie au corps , qu'elle l'anime , qu'elle y est at'achée , et comme liée; c'est ce que Fancienne philosophie appeloit l'ame sensitive , à la dillérence du sens (ju'a le terme voue ou mens 3 qui signifie l'esprit pur, ou l'ame considérée eu elle-même, indépendamment du corps.

Ainsi, rattachement aux objets sensibles, même à

(i)Luc,ch. i4,>'. i5. — (a) Mail)., ch. 5, i^.3. — (3) Luc, cil. 14? i"' '^^'

SUR jÉsrs-cnr.iST.'' 5oj

ceux qu'il est permis et ordonné d'aimer, quand il ne cède pas absolument à celui que nous avons pour Dieu y exclut du royaume du ciel.

§. CXXXV. L" Evangile nous offre diverses images de la honte de Dieu envers les pécheurs.

Est-il rien de plus louchant qne les paraboles du bon pasteur qui cherche la brebis égarée , qui la porte sur ses épaules, et qui en est dans la joie 3 de la femme qui retrouve la dra^me qu'elle avoit perdue, et de l'enfant prodigue (i)?

La conséquence que Jésus-Christ en tire , est que Dieu est un père qui paroît presque oublier ceux de ses enfans qui lui sont fidèles , pour courir après un fds ingrat et rebelle j en sorte qu'il semble que la pénitence de l'un lui cause plus de joie que l'innocence des autres.

Quel philosophe a jamais donné de telles idées et des images si touchantes de la bonté de Dieu , ou des motifs si puissans d'amour et de fidélité ! Dieu seul peut expliquer ce qui se passe , pour ainsi dire , dans son cœur ; mais, ce secret nous étant une fois révélé , nous le rapprochons sans peine de l'idée que nous avons d'un Etre souverainement bon.

Toutes les circonstances de la parabole de l'enfant prodigue développent et font encore mieux sentir cette réflexion.

§. CXXXYI. Jésus- Christ n'a fait que du bien aux hommes dans toutes les circonstances de sa vie. Cette bonté constante et non interrompue , est un caractère de la Divinité'.

Que fait Jésus-Christ pendant tout le cours de sa ■vie , depuis qu'il a commencé de se manifester aux hommes ? Il instruit et il guérit (2). Ces deux mois renferment toute sa vie. Unique et seule occupation , digne d'un Homme-Dieu : éclairer l'esprit de l'homme et guérir son cœur, lui donner l'intelligence

(1) Luc,ch. i5. — \^2)Luc,ch. 17 j Math,, ch. 19.

5oS RÉFLEXIONS DIVERSES

de la verilc et redresser ses sentimens , voilà sa mission. C'est ainsi que la bonté de Dieu doit se faire sentir à ses cre'alureSj en les rendant parfaites et heureuses. La guérison des corps étoit l'image de la guérison de âmes, dont elle étoit souvent suivie , et dont elle l'auroit été toujours , si les malades guéris a voient répondu aux intentions et aux instructions de Jésus-Christ.

Ainsi, Jésus-Christ est le seul homme qui n'ait pas vécu un seul moment pour lui : toute sa vie étoit pour les autres. Image , en cela même , de Dieu, qui ne peut faire du bien qu'aux autres. Deus meus es tu , quoniam bonorum eorum non âges (i). Il falloit être Dieu même pour soutenir continuellement, universellement , durablement et perpétuellement ce caractère de la divinité.

§. CXXXVII. Les hommes ne sont que les économes de Dieu , pour faire servir à leur salut les richesses qu'ils ont reçues de lui en de'pùt ; c'est dissiper le bien dont il est le seul propric'uiire , que de ne lui en pas rapporter la gloire et l'usage.

C'est dans les livres saints qu'il faut puiser la véritable idée de ce qu'on appelle richesses , possession , propriété parmi les hommes (a).

Dieu seul est le véritable propriétaire de tout ce qu'il a créé, biens extérieurs et intérieurs. Tout vient de lui, tout est à lui, tout est pour lui. Que sont donc les hommes qui jouissent dos biens de ce monde ? Les simples dis])ensateurs , les économes , les intendans du souverain et unique père de nniiiile. Ils lui doivent rendre compte de l'usage qu'ils font , de ce qu'ils ont reçu de lui^ et cet usage doit être toujours rapporté à sa gloire, ou à la fin à laquelle il a destiné les biens qu'il nous donne. Les autres hommes , qui ne sont pas aussi riches que nous , ne sont pas moins que nous les créanciers du père de famille. Sa bonté l'a rendu leur débiteur dès le moment qu'i!

(i) Psalm. i5^ |. 2. — (2) Luc , ch. 16.

SUR JÉSUS-CIirJST. 50C)

les a crées. 11 veut Lien nous tenir compte de ce que nous leur payons ^ ou de ce que nous leur remettons , parce que nous le faisons, pour ainsi dire, à sa décharge. Nous faisons un voi , pour parler ainsi , quand nous nous approprions ses biens au-delà de la juste mesure ; et nous lui faisons une restitution , quand nous le partageons avec ses autres créanciers , qui sont nos égaux et nos frères ; et la juste providence d'un Dieu toujours bienfaisant nous fait trouver, dans les autres , la même ressource qu'ils ont trouvée en nous, lorsque nous commençons à avoir besoin de leur secours.

Toutes ces réflexions ne sont autre cliose que la parabole de l'économie infidèle développée.

§. CXXXVIII. L'usage que les en/ans du siècle font de leur prudence, pour les biens de la vie prc'sente , doit servir à nous faire connoilre combien les enfans de lumière sont coupables , en négligeant tant de moyens de sanctification.

« Les enfans de ce siècle ont plus de prudence dans » leur conduite que les enfans de la lumière (i) ».

Pourquoi cela? c'est parce qu'ils agissent plus conséquemment , et que la lin qu'ils se proposent est ce qui dirige toutes leurs démarches. Ils veulent être heureux dans ce monde par la possession des biens ou des avantages présens j et ils prennent les plus justes mesures pour y parvenir, parce qu'ils sont toujours occupés de leur objet , et qu'ils y rapportent toutes leurs actions.

Au contraire, les enfans de la lumière, c'est-àdire , ceux qui aspirent à jouir de la lumière et de la félicité éternelle , ne sont pas toujours aussi frappés de ce grand objet que les enfans du siècle le sont de celui qui leur est propre. Ils donnent, à la vérité , la préiérence aux vrais biens j mais ils ne laissent pas d'en désirer d'autres qu'ils ne croient pas incompatibles avec les premiers. Ainsi, soit parce qu'ils n'ont pas autant d'ardeur que les eutans du siècle , pour

(i) Luc,ch. i6,)J^.8.

5lO RÉFLEXIONS DIVERSES

tendre à leur bat , soit parce que leur cœur et leur esprit sont plus partagés , et qu'il se mêle toujours «les pensées et des de'sirs terrestres aux vœux qu'ils iorment pour les biens du ciel, leur prudence n'agit pas aussi conséquerament , aussi pleinement , aussi constamment que celle des enfans du siècle, qui se Lornent au bonlicur de la vie présente.

C. CXXXIX. L'Evangile nous enseigne que les richesses les plus le'gilimes sont souvent injustes , et qu'elles peuvent devenir ^ par l'aumône , le fruit de la charité' et la semence de la gloire } c'est l'unique moyen de les sanctifier.

« Facile vohis amicos de rnammona intquitatis : » ul , ciim defeceritis , recipiant vos in œteviia ta- )) hevnacula (i) o.

Qu'est-ce (jue rnammona iniqiiitatls ? Ce ne sont point, sans doute , des biens injustement acquis par violence , par fraude , par usure , etc. , autrement Jésus-Clirist auroit ordonné de les restituer, et non pas d^en faire l'aumône aux pauvres.

Il y a donc des tréi-ors injustes, dont cependant on n'est pas obligé de faire la restilulion.

Distinguons deuK sortes d'injustices : les unes regardent les liommes j les autres ont Dieu même pour objet.

Je puis m'elre cnricbi en faisant tort à mon procliain , et je suis obligé de lui rendre ce que j'en ai reçu ou exigé injustement.

Mais , sans faire tort à personne , je puis avoir manqué à la loi de Dieu , et à la perfection de la morale évangéliquc, soit par un trop grand attacliement aux biens de la terre , soit en amassant des trésors que j'aurois du partager avec les pauvres. J'ai été , par coDficquenl, injuste envers Dieu , fjui me défend la cupidité ou l'avarice, et qui m'ordonne de répandre mon superllu sur les pauvres. Ce qui se possède ainsi est vraiment ce que Jésus-Christ appelle rnammona inifjuilalis , dont je dois me servir à me faire des auiis

(i) Luc, ch. iG, }. 9.

SLR JÉSUS-CHRlST.' SlI

|)Our la vie éternelle , en le distribuant aux pauvres ; c'est que je rentre, par là, dans Tordre et dans la règle. Je cesse de posséder des richesses iniques à l'égard de Dieu, qui ne m'a donné ces biens que pour en faire un meilleur usage, en les remellant entre les Toains des pauvres. Je répare l'injustice que j'avois faite en les leur refusant j et l'on voit, par là, que Faumône est un précepte de justice envers Dieu autant que de charité envers les hommes.

Excellence et perfection de celte morale , toute renfermée dans un seul verset de l'évangile.

L'infidélité , à l'égard des faux biens , est punie par la privation des véritables richesses.

Si nous n'administrons pas dignement, dans cette vie , ce qui est autant le bien d'autrui que le nôtre j comment Dieu nous donnera-t-ii ce qui est notre v^éritable bien , c'est-à-dire , sa grâce et sa gloire ?, Ce sont les conséquences naturelles de la première vérité.

^. CXL. On n'aime point Dieu comme il doit être aimé, si on aime quelque chose avec lui qu'on naiine point pour lui.

Nul ne peut servir deux maîtres : Dieu et la cupidité (i). Il faut opter, et le choix devroit-il éîre diiricile? Autre grand principe de morale, qui est propre à la doctrine de Jésus-Christ, et dont il est aussi aisé, lorsqu'on W une fois aperçu , de sentir la vérité , que d'en tirer les conséquences.

§. CXLT. C'est le cœur qui sera jugé par celui qui voit le coeur; c'est par là qu'il Jaut chercher à lui plaire.

Vouloir paroître juste devant les hommes , comme si Dieu ne connoissoit pas le fond du cœur, et fimder son élévation ou sa gloire sur la fausseté , c'est une abomination devant Dieu (2).

Les philosophes païens ont entrevu cette vérité. Totius autem injiistitiœ nulla capitalior fraiis est ^

(0 Lucch., 16, f. i3. — (2) Ihicl, xG,f. î5.

5l2 RÉflEXIOKS Î3IVERSES

qiiam eorum , (jui cum maxime Jalliint , id agunl ut viri boni esse videantur (i).

Mais Cicéron ne jugeoit de cette injustice que par rapport aux hommes , ou à la société , au lieu que Jésus-Christ la considère d'une manière bien supérieure , en l'envisageant par rapport à Dieu.

§. CXLII. On n'arrive au Ciel que par la violence qu'on fait à ses inclinations.

La loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean • Depuis lui , le royaume de Dieu est annoncé , et quiconque y aspire se l'ait violence pour y entrer.

Donc , avant Jésus-Christ , Dieu régnoit , en quelque manière , par la loi et par les prophètes. Depuis Jésus-Christ^ il règne par lui-même, et ceux qui veulent être admis dans son royaume ne peuvent y entrer que par un elFort continuel et universel sur eux-mêmes ; eflort qui approche de la violence.

Caractère de distinction entre la loi judaïque ou l'état des juifs , et la loi évangélique ou l'état des chrétiens.

11 ne tombera pas cependant un seul point de la loi ; elle sera perfectionnée sans être détruite , et elle subsistera toujours.

§. CXLIII. L'Evangile seul nous fait connoitre l'excellence de la virginité. Cette vertu n'est que de conseil et de perfection.

• La chasteté perpétuelle forme un caractère de perfection qui ne se trouve que dans la loi évangéhqiie, par forme de conseil (2). On n'en trouve qu'une foible ima<>e dans les vestales , encore avoit-on besoin de la crainte de la mort pour leur faire conserver une virginité passagère.

§. CXLIV. Jésus -Christ na eu besoin que d'exposer simplement la doctrine de r immortalité' de l'ame pour la faire embrasser.

Jésus- Christ n'a point fait de raisonnement pour

(1) Cic. de Offic, — (2) Math., ch. 19, j!^. 12.

Sur jêsus-christ.' 5i3

'prouver aux hommes que l'ame étoit immortelle ; qu'il y avoit une autre vie où les médians seroient punis et les bons récompenses 5 qu'une distance immense sépare ces deux états , et qu'il n'y a point de passage de l'un à l'autre. Il a annoncé simplement ces grandes vérités, qui n'éloient pas même reconnues partons les juifs; et une multitude innombrable l'a cru, et le croit encore sur sa parole, pendant que tous les discours des philosophes ont à peine persuadé un très-petit nombre de disciples.

§. CXLV. La doctrine évangêlique nous a fait connoUre qu^une vie de mollesse et le seul me'pris des pauvres peuvent nous exclure du Ciel.

Tout le crime du mauvais riche est une vie de luxe et de mollesse, avec une grande indifférence pour les pauvres (i).

Il est assez surprenant qu'il y ait eu des païens qui aient senti la grandeur de ce crime . et qui l'aient jugé digne de l'enfer. Virgile l'a suppose amsi, lorsqu'il a dit :

Aut qui divitiis soli incubuere repcrlis , Nec partent posuere suis , quœ maxima lurha est ; Quique oh adulteriuni cœsi , quique arma secuti Impia , nec veriti doniinorum fallcre dextras : Inclusi pœnam expectant , etc. (2).

§. CXLYI. Jésus-Christ seul nous a fait connoUre toute l'énormité du crime de scandale.

L'obligation de ne donner aucun scandale au prochain, paroît être un des préceptes propres à la loi ëvangélique (3). La morale philosophique n'alloit pas si loin , notre esprit en aperçoit néanmoins la raison, aussitôt que le précepte lui est montré. C'est ainsi que la raison reconnoît souvent , qu'elle avoit besoin

(0 Luc, ch. 16, ^. T9. — (2) JEneid. , l. 6^ v. 610. — ' (3) Luc , cil. 17, f . 1, 2 , 3.

P'Jgiiesseaii. Tome XK^ 33

du secours de la révélation , pour les choses mêtnes qui sont de son ressort et à sa portée.

§. CXL\II. Personne n'est exempt de Vohlisalion de pardonner ; c^est un précepte de l Evani^ile qu on n'accomplit qu'autant que l'on a de la fui.

Les païens ont connu qu'il étoit grand de pardonner à SCS ennemis, et plus grand que de se venger (i). Mais ils ne paioissent guère en avoir fait un devoir nécessaire. Jésus-Christ a fait un précepte de ce qui étoit regardé chez les païens , comme une espèce d'héroïsme qu'on louoit, mais qu'on ne pouvoit exiger.

Il semble que ce soit ce précepte qui serve d'occasion aux apôtres , pour demander à Jésus-Christ d'augmenter leur foi. Est-ce parce qu'on ne pardonne bien à ses ennemis , qu'autant qu'on a de la foi dans le Dieu qui s'est réservé la vengeance , qui est souverainement miséricordieux envers nous, qui veut que nous pardonnions comme il nous pardonne , et afin qu'il nous pardonne.

^. CXLYIII. // n'y a point de serviteur plus inutile que celui qid ne peut rien faire de bien si son maiCre ne le J'ail avec lui. Tel est l'honinie laisse' à lui-même.

« Nous ne sommes que des serviteurs inutiles ; ce H que nous devions faire, nous l'avons fait, et nous » n'avons fait que notre devoir (2) ».

L'homme doit tout à Dieu; et quand il le sert bien, c'est une dette qu'il paie. Dieu ne doit rien à l'homme, et tout ce qu'il iait pour lui est une grâce. Morale sublime qui n'a été qu'entrevue comme de loin par les philosophes , et que Jésus-Christ a clairement révélée. En sommes-nous moins assurés , parce que Dieu ne nous doit rien ? Au contraire , parce que ce (|u'il fait pour nous, il se le doit à lui-même et à la stabilité de ses promesses. C'est pour cela que

(1) Luc , cil, 17, jr; 3. — (2) Ibid. , cil. 17, f. '], 8, 9, lO.

SUR JÉSUS-CHRIST. 5lS

Dieu est si souvent appelé dans l'écriture : Deusjidelis et ^>erax , etc.

§. CXLIX, Jésus-Christ s^est com'erl du voile de l'ignorance . et de la bassesse ; mais sa Doctrine , qui est celle de son père , nest pas moins pleine de sagesse et de lumière.

« Gomment sait-il les lettres , lui qui n'a rien ap- » pris »? Il étoit donc constant parmi les juifs, que Jésus-Christ n'avoit point étudié. Il passoit pour le fijs d'un charpentier (i). On le voyoit toujours avec des pécheurs de poissons; Jésus-Christ lui-même convient du fait, et il déclare qu'il ne sait rien de luimême. Ma doctrine n'est pas la mienne , c'est celle de celui qui m'a envoj'é. Caractère singulier. Un homme enseigne tout un peuple^ et ce qu'il enseigne est infiniment au-dessus de ce que les plus grands hommes avoient enseigné. Le simple étonné demande où il peut avoir puisé tant de science, puisqu'il n'a point de lettres. 11 répond, sans vouloir faire honneur, ni à son étude, ni à son génie, qu'il tient toute sa doctrine de celui qui l'a envoyé; et il prouve ce qu'il dit par l'excellence même de sa doctrine.

§. CL. On ne connaît bien l'excellence de la doctrine de l'Evangile qu'autant quon la pratique.

« Si quelqu*un fait la volonté de Dieu , il jugera si » ma doctrine vient de Dieu , ou si je parle de moi- » même (2) ».

Premier caractère de distinction entre la doctrine divine et la doctrine humaine. Pour comprendre la doctrine d'un philosophe, il n'est pas nécessaire de faire ce qu'il ordonne; pour comprendre pleinement celle de Dieu , il faut faire sa volonté. La pratique fait découvrir ce que la spéculation n'avoit pas pleinement montré.

Second caractère. Celui qui parle.de lui-même, cherche sa propre gloire. Celui qui enseigne la doc-

(1) Joann., ch. 7,^. i5. — (2) Ibid.j ch. 7, f, 17.

IjlU RÉFLEXIONS DIVERSES

trine cïe Dieu , cliçrcïie la gloire de celui qui Fa envoyé. 11 est véritable, et il n'y a point en lui d'in- •juslice, parce qu'il ne veut point s'approprier la gloire qui appartient à Dieu.

§. CLI. On devoît ignorer de qui Jésus- Christ serait Jîls ; c'est ainsi que la prophétie d'Isàie devait s^ accomplir.

Tradition constante parmi les juifs, qu'un des caractères du christ ou du messie, seroit qu'on ignoroit de qui il seroit fils, car c'est le seul sens véritable de ces mots : Nemo scit unde sit (i). En effet, le terme unde sit^ ne peut s'appliquer qu'à l'une de ces trois choses, ou au lieu de la naissance du messie, ou à la famille dont il tireroit son origine, ou enfin au père dont il seroit issu. Les deux premiers étoient connus de tous les juifs : ils savoient tous que le christ devoit naître a Bethléem et les docteurs de la loi le répondirent ainsi à Hérodcs, sans hésiter. Ils ne savoient pas moins, que le Christ devoit être de la famille ou de la race de David. Donc, l'ignorance ne pouvoit tomber que sur la personne du père du messie, et la célèbre prophétie d'Isaïe, ecce virgo concipiet, étoit l'origine de cette tradition, que le père du messie seroit inconnu ; mais, puisqu'il devoit naître d'une vierge , il étoit aisé d'en conclure, non pas rpie le père du messie seroit inconnu , mais que le messie n'auroit point de père , ou plutôt qu'il n'en auroit point d'autre que Dieu.

§. CLTI. On découvre , dans un seul verset . de saint Jean , trois mystères de Jésus- Christ : sa naissance éternelle , la voie de sa naissance qui est une voie de connaissance , et sa naissance et mission temporelle.

« Ego scio eum , quia ah ipso sum j et ipse misil

n me (2) ».

Jésus-Christ dit ici, que les juifs ne connoissoient (i) Joaun., cil. 7, j!'. 27. — (2) Ibid.) ch. 37, f. 29.

SUR JESUS-CHRIST. 5l7

point Dieu , mais qu'il le connoît , parce quil est de lui, et qu'il Fa envoyé.

Il répond donc par là à cette question dont on vient de parler 5 undh est; c'est-à-dire, de quel père est-il né ; et sa réponse est qu'z/ est né de Dieu^ ce qui fait qu'il le connoît tout autremcut que les juifs et tous les hommes ne le connoissent.

Jésus-Christ affirme donc que Dieu est son père^ non comme créateur , mais d'une manière qui lui est propre. Quel homme a jamais dit ce'a de luimême, et en a donné des preuves, que Dieu seul pouvoit le mettre en état de donner, par ses miracles, par ses prédictions, par sa connoissance des plus secrètes pcn.'^ées, par sa doctrine, par sa vie ^ par sa mort, par sa résurrection, par rétablissement

de sa religion.

§• CLIII. Les miracles que les Messîe devoit faire ont été la. grande preuve de la divinité' de Jésus-Christ.

« Quand le christ viendra , pourra-t-il faire plus » de prodiges que n'en fait celui-ci (t) » ?

Le discours des juifs montre que , suivant leur tradition , il étoit constant que le messie feroit un grand nombre de prodiges , et que ce seroit là une des preuves de sa mission. On voit des monumens de cette tradition dans plusieurs endroits des prophéties.

§. CLIV. L'accomplissement des prophéties faites par Jésus- Christ même , est une nouvelle preuve de sa divinité.

« Je n'ai plus guère de temps à être avec vous. » Je me retire vers celui qui m'a envoyé. Vous me il chercherez, et vous ne me trouverez pas; et où. » je vais , vous ne pouvez y venir (2) ».

Ces paroles renferment en même temps la prédiction de la mort, de la résurrection et de l'ascensioa de Jésus-Christ j ce qu'il dit ici ne peut se trouver

(0 Joann., ch. 7, f. 3i. — (2) Ibid., ch. 7, f. 33, S^U

5l8 REFLEXIONS DIVERSES

exactement vrai , que dependainiuent de ces trois grands événemens.

C'est beaucoup de prévoir l'a venir j mais annoncer ce qui ne se peut faire que par une volonté libre et toute-puissante de Dieu , c'osl ce qui n'appartient qu'à Dieu même.

Les événemens ont justifié cette étonnante prédiction , et il n'y avoit que les événemens qui puissent la justifier. Ainsi, il n'est pas surprenant que les juifs n'y aient pu rien comprendre.

§. CLV. Jésus-Christ annonce une multitude de merveilles , et ses prophéties s^accomplissent.

Rien ne manifeste plus la toute-puissance et la toute science de Jésus - Christ que cette effusion abondante des dons du Saint-Esprit, qu'il avoit prédite par Jésus-Christ , en disant , que m si quelqu'un » croit en lui , il sortira de son sein des fleuves d'eau » vive (t) ».

L'événement a répondu à la prophétie, par le don des langues , par les miracles , par la conversion des gentils , aussi bien et encore plus que des juifs , et surtout par l'effusion du Saint-Esprit et le bapléme , d'où l'on a vu sortir des hommes nouveaux. Dieu seul pouvoit opérer de semblables merveilles , comme il pouvoit seul savoir qu'il vouloit les faire.

§. CLVI. Toutes les paroles de Jésus - Christ portent Veniprcinte de la divinité.

« Nul homme n'a jamais parlé comme cet » homme (2) ».

C'est ce que répondent aux pharisiens ceux qu'ils avoient envoyés pour se saisir de la personne de Jésus- Christ; plus* on médite ses paroles, plus on sent la vérité de ce témoignage, dont ceux mêmes

fi) Joann , ch. 7, ^. 38. — (2) Ibid..) ch.7, |. \Q>.

SUR JÉSUS-CHRIST. SlQ

qui le rendoient avec tant de simplicité , ne sentoient peut-être pas la force et toute l'étendue.

§. CLYII. L'orgueil, et V incrédulité! qui en est la suite y trouvent les ténèbres dans la lumière même.

Tout ce que les incrédules ou les critiques disent contre Jésus-CUrist se tourne en sa laveur, et les argumens dont on se sert pour prouver qu'il n'est pas le christ, prouvent qu'il l'est en efTet.

Est-ce que le christ doit sortir de la Galilée ? Jésus - Christ n*en sort pas (i). ÏVe doit -il pas être de la race de David? Jésus-Christ en est. Ne sortirat-il pas de la petite ville de Bethléem, d'où étoit David ? Jésus- Christ y est né, et y est né parce qu'il étoit de la race de David, C'est ainsi que l'erreur même sert à la vérité , quand il plaît à Dieu.

§. CLVIII. Jésus- Christ se cache aux grands et aux sav<ins x tandis qu'il se manifeste aux petits et aux ignorans.

« Quelqu'un des princes ou. des pharisiens a-t-il » cru en lui (2) ». Terrible jugement contre les grands de la terre et contre les savans du siècle j mais en même temps caractère de vérité dans Jésus-Chrisl. Tous ceux qui ont voulu se faire un grand nom, établir une secte, former un parti, en un mot, tous les imposteurs ou tous les ambitieux ont toujours cherché à gagner les personnes accréditées, ou par leur pouvoir, ou par leurs richesses, ou par leur science j Jésus-Christ, au contraire, ne travaille qu'ù humilier ceux qui dominoient alors dans le peuple juif. Il découvre, il reprend leurs vices, et surtout leur orgueil; au contraire , il se livre aux petits, aux foibles , aux derniers du peuple, à ceux que les pharisiens appellent une race maudite. Il prend le contre-pied des voies humaines, et cependant il réussit par tout ce qui pouvoit lui nuire 3 les obstacles se changent en moyens.

(0 Joann. , di. 7, ^, 4i > 4-« — C-^) Ihid^, ch, 7, |. 48,

^■. CLJX. Jésus-Christ agit en scriilaleur des cœurs , en juge des juges, en sauveur des pécheurs contrits, et en vengeur des impénitens , c'est-à-dire , en Dieu.

Il en est des pièges qu'on tend à Jésus-Christ comme des critiques qu'on fait sur sa naissance , ils tournent tous à sa gloire (i). Les pharisiens le tentent en lui amenant une femme adullèrej ils lui citent la loi de Moïse , et ils lui demandent ce qu'il pense sur la punition de cette femme 3 ils veulent le forcera la condamner, ou le rendre suspect s'il épargne celle que la loi condamne. Jésus-Christ les oblige au contraire à ne la point punir : il les juge eux-mêmes, et il ne la juge point; et il montre qu'il est venu pour être le sauveur des hommes, avant que d'être leur juge. Il ne viole donc point la loi, puisqu'il ne reste plus aucun de ceux qui, en pareil cas, étoient les témoins, les atCusateurs et les juges, mais il agit en Dieu qui connoît les faux innocens comme les vrais coupables^ et qui fait grâce aux derniers, quand il les voit humbles et contrits. C'est ainsi qu'il coniond l'artifice des médians, sans violer ni la vérité ni la justice.

5. CLX. Jésus- Christ prouve, par sa doctrine , qnil est Dieu et homme tout ensemble.

Jésus dit : « Je suis la lumière du monde ; qui- » conque me suit ne marchera point dans les téné- » bres, mais il aura la lumière de la vie, ou la lu- » mière vivifiante (2) ».

Donc , Jésus -Christ assure qu'il est la lumière universelle, et la lumière qui est en même temps la source de la vie. Or , comme il ne peut pas y avoir deux lumières universelles et deux sources de vie , donc , Jésus-Christ est l'unique être illurainatcur , l'unique être vivifiant , donc, il est Dieu. Il restcroit de prouver qu'il est en eflét la lumière et la source

(i) Joann. ^ cli. 8, ^. i, clc. — (■?) IJjid., cli. 8^ |. 12,

SUll JÉSUS-CHRIST. 521

de la vie; mais pour en être convaincu , il n'y a, qu'à l'entendre et le voir agir; sa doctrine et les actes de sa puissance prouvent e'galement l'un et l'autre.

Il conclut de là , et avec raison , que , quand lui seul se rendroit te'moignage à lui-même , son témoignage n'en devroit pas moins être reconnu pour véritable et suffisant, parce qu'il sait d'où il vient et où il va; c'est-à-dire, parce qu'il est sorti de Dieu, et qu'il doit se retirer dans le sein de Dieu, c'est-àdire encore, parce qu'il est Dieu.

Il ajoute que son jugement est véritable , parce que , d'ailleurs il n'est pas le seul qui juge en sa faveur; il a pour lui et son propre témoignage, qui est véritable puisqu'il est sorti de Dieu^ et le témoignage de son père qui Ta envoyé et qui ne le laisse jamais seul

Les juifs lui demandent où est son père; il répond que s'ils le connoissoient,ils connoîtroient aussi son père.

Qui pèsera bien toutes ces paroles , y reconnoitra clairement que Jésus - Christ a enseigné qu'il étoit sorti de Dieu, qu'il étoit un avec Dieu, et cependant distingué de Dieu ; ce qui renferme le dogme de la trinité et de l'incarnation , la distinction et l'union des qualités de Dieu et d'homme, dans Jésus- Christ, etc.

§. CLXI. La sublimité et la fécondité sont les principaux caractères de la doctrine de Jésus- Christ,

Jésus-Christ dit aux juifs : « Pour vous , vous » êtes d'ici-bas , mais moi je suis d'en haut (i). Vous M êtes de ce monde, et moi je ne suis pas de ce » monde; voilà pourquoi vous ne pouvez venir où » je vais ».

Il n'y a qu'à méditer ces paroles; elles renferment non-seulement une nouvelle preuve de la divinité de

(i) Jo^nn. , ch.8;4^. 23,

5ft2 RÉFLEXIONS DIVERSES

Jésus-Clirist, mais la plus sublime et la plus fe'coivTe. doctrine que les hommes puissent apprendre d'un Dieu.

Les juifs lui disent, qui êtes-vous? Je'sus-Clirist répond '.je suis des le commencement^ c'est-à-dire, fils de Dieu^ venu de Dieu , un avec Dieu, la lumière du monde, la source de la vie, sans lequel le père ne fait rien , et avec lequel il fait tout , à qui il donne le pouvoir défaire tout ce qu'il fait, etc. (i).

5. CLXII. Prophtties faites par Jésus- Christ ; leur accomplis sèment prouve sa divinité'.

« Quand vous aurez élevé en haut le fds de >i l'homme , vous , alors, connoîtrez ce que je suis, et » que je ne fais rien de moi-même , mais que je » parle selon ce que mon père m'a enseigné (2) >u

Prédiction de la mort de Jésus-Christ élevé sur la croix. Ce n'est pas tout, Jésus - Christ prédit que c'est en ce moment que l'on connoîtra ce qu'il est; en sorte que ce sera sa mort même qui fera connoitre sa divinité et celle de sa religion.

Deux prophéties également accomplies, et dont la dernière devoit paroître incroyable avant l'événement.

§. CLXIII. Discours de Jésus- Chris t , par lequel il prouve sa ■ divinité et son humanité dans une seule personne.

f( Celui qui m'a envoyé ne m'a pas laissé seul , il )) est toujours avec moi j car je fais toujours ce qui lui » plaît (3) ».

Jésus-Christ a beau avoir droit à la gloire par son union hyposlatique , il ne veut cependant l'obtenir que par ses vertus, et surtout son obéissance. Un homme ne peut envoyer un autre homme sans se séparer de lui. Dieu envoie son fds en unissant la nature humaine avec la nature divine dans la personne du,

(0 Joann., cli. 8, jr. 25. — (■?.) Ibid. , ch. 8, }. 28.-» (3j /6à/. ,ch. 8, f. 'iQ.

SUR J^SrS-CHRIST. 5^3

verbe, par la plus intime et la plus inséparable de toutes les unions.

§. CLXIV. La foi chrétienne peut seule donner à l'homme la, vraie liberté.

« Si VOUS demeurez; fermes dans mes paroles, vous » serez vérilablement mes disciples, et vous connoî- M trez la vcrilé, et la ve'rité vous délivrera ou vous » rendra libres (i) ».

Admirable et profonde doctrine. La foi de l'homme peut seule lui faire acquérir la science de Dieu et de Jésus-Christ j on ne l'acquiert qu'autant qu'on croit ce qu'il nous enseigne. Croire ce qu'il connoit , c'est toute la perfection de l'homme ici-bas.

On Gonnoît par là la vérité autant qu'il est en l'homme de la connoîlre dans celte vie, et l'on acquiert le droit de la connoître pleinement dans l'autre. Celte connoissance, anticipée par la foi , nous délivre de nos erreurs, de nos passions, de toute domination étrangère; en, sorte que nous ne demeurons plus assujettis qu'à un seul maître^ c'est-à-dire, à Dieu qui veut bien que nous régnions un jour avec lui.

§. CLXV. La vérité et Jésus- Christ sont deux expressions synonymes.

Jésus-Christ avoit dit dans le verset 32 du huitième chapitre de saint Jean : si vous demeurez en moi vous connoîtrez la vérité ^ et la vérité vous rendra libres. Il dit dans le verset 36 : si le Jils vous rend libres , vous serez véritablement libres (q).

Donc, la vérité et Jésns-Christ, c'est la même chose : donc, Jésus-Christ est Dieu,

§. CLXVI. La source dans laquelle Jésus- Christ puise sa doctrine , montre son excellence.

Jésus-Christ ne dit que « ce qu'il a vu dans son

(i) Joann.,cli, 8,f. 3i, 32. — (oO /^iU, cb. §. |. 36.

i) père, el ce qu'il en a entendu (i) ». Caractère unique qui doit se trouver dans celui qui vient établir la véritable religion, et qui ne se trouve que , dans Jésus- CLrist, la révélation, fondement nécessaire de ia religion. Dieu n'est bien connu que de Dieu, et la perfection de la loi ne peut être bien enseignée que par le souverain législateur.

§. CLXVII. L'amour de la vérité caractérise les enfans de Dieu, et la haine de la vérité ^ les enfans du Diable.

« Le diable ne s'est point soutenu dans la vérité, » parce qu'il n'y a point de vérité en lui (2) ». Quand il dit un mensonge, il parle de son propre fond , parce qu'il est menteur et le père du mensonge. Ainsi , le caractrre qui distingue le plus les enfans de Dieu et les enfans du diable, ce sont l'amour de la vérité dans les uns, et la haine de la vérité dans les autres.

5- CLXVIII. La vérité de la Religion est ce gui la fait rejeter.

« Et parce que je vous dis la vérité , vous ne me » croyez pas (3) «.Qui devroit-on croire plus que ceux qui disent la vérité? Ce sont cependant ceux que l'on croit le moins dans le monde ; et cela est même vrai en toutes sortes de matières. L'homme semble se plaire à être trompé, et ne chercher que des mensonges agréables.

5- CLXIX. Jésus- Christ se déclare exempt de péché. Nul homme ne peut tenir un tel langage.

« Qui d'entre vous me convaincra de péché (4) » ? Quel homme a jamais osé faire un tel défi sans que personne ait osé le démentir? Et celui qui le fait est en niêiue temps le plus humble de tous les hommes,

(0 Joann.,ch. 8, ^. fS. — (?.) Ihid., cli. 8, f . 44. — (3) Ibid.. t\i. 8 , f 45. — ( i) Ibid. , ch. 8 , f. 46.

Sur JÉSUS-CHRIST.' 525

qui ne s'attribue rien à lui-même, et qui rapporte à Dieu tout ce qu'il est , tout ce qu'il fait , tout ce qu'il dit.

§. CLXX. Il faul être enfant de Dieu pour aimer à entendre sa parole.

« Celui qui est de Dieu (i) », c'est-à-dire, qui ne tient qu'à Dieu , qui n'est attaclié qu'à Dieu , qui lui appartient, qui vit dans une entière dépendance de Dieu, entend et reçoit les paroles de Dieu. C'est la langue du cœur; il faut aimer pour l'entendre.

Disposition qu'aucun philosophe ne s'est avisé d'exiger de ses auditeurs.

§. CLXXI. Toute la conduite de Je'sus- Christ ne respire que la douceur et la patience.

Peut-on lire l'évangile et ne pas admirer la patience, la modération, la douceur que Jésus-Christ manifeste dans tous ses discours (2). Les juifs lui disent qu'il est possédé du démon; il répond sans s'émouvoir , qu'il n'en n'est point possédé , et qu'il rend gloire à son père, c'est-à-dire, à Dieu.

§. CLXXII. Je'sus- Christ a laissé à Dieu, son père, le soin de sa propre gloire.

Jésus-Christ dit aux juifs : « je ne cherche point » ma gloire ; un autre la recherchera et me fera » justice (3) ».

Deux grandes vérités retracées, non-seulement par ces paroles, mais par toute la vie de Jésus - Christ: ne point chercher sa gloire ; attendre en paix le jugement de Dieu, qui élève les humbles et qui humilie les superbes.

Que cela est différent de tous les philosophes de l'antiquité , qui , dans certaines occasions, sembloicnt fouler aux pieds la grandeur et la gloire, mais qui

(i) Joann., ch. 8, f. 47. — (a) Ihid., ch. 8^ t' 49- — (3) I^'^d., di. 8,^.5o.

526 RÉFLEXIONS DÎYKRSF5

le faisoîent , comme on prétend que Platon le dit à Diogène, aliofaslu.

§. CLXXIlî. Les promesses de Jésua- Christ sont ime preuve de sa divinité'.

« Celui qui gardera mes paroles ne mourra ja- » mais (i) ».

Quel homme a jamais assuré ses disciples d*une vie élernclîe, attachée à l'observation de ses paroles (2)?

Jésus-Christ a prouvé par tout ce qu'il a fait, qu'il avoit raison de parler ainsi : donc , il étoit plus qu'un homme: donc, il éloit Dieu.

L'étonnement des juifs montre qu'ils raisonnoient en eflét de cette manière :

Abraham est mort , les prophètes sont morts; vous dites cependant que si quelqu'un garde vos paroles il ne mourra point. Qui êtes-vous donc (3) ? Plus qu* Abraham , sans doute, plus que les prophètes; immortel par conséquent , et maître de la vie et de la mort , si vous dites vrai. Or , il a dit vrai : donc, etc.

La réponse de Jésus - Christ confirme la même chose.

« Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien. M C'est mon père qui me glorifie; celui que vous dites w être votre Dieu. Je serois menteur comme vous^ si w je disois que je ne le connoispas, etc. ».

Donc, il est le fils de Dieu , qui seul , à proprement parler j connoît le père : donc, il est Dieu luimême.

§. CLXXIV. Ji'sus - Christ , par Ses ri^ponses , fournit des preuves victorieuses de sa divinité et de son éternité.

« Abraham a élé comme transporté hors de lui- « même , dans l'ardeur de voir mon jour, dit Jésus- Ci ) Joann.,ch. 8, ;j^. 5i,elc. —{'î)Ibid.f ch. 8, |. 52. ~

(3) Idem , ibid.

SUR JÊSUS-CHRISÎ. 527

») Christ aux juifs • il l'a vu , et il on a ele comblé » de joie.... Je vous le dis en vérité, avant qu'Abra- » ha m fût au monde , je suis (i) ».

Jésus-Chiist a été vraiment l'attente et le désir des patriarches. Ils l'ont vu, ils l'ont salué de loin, comme leur véritable sauveur.

Il ne manquoit après cela à Jésus-Christ, que de dire qu'il étoit avant Abraham.

On pourroit dire comme quelques docteurs juifs l'ont cru , et comme les ariens l'ont pensé , que, pour expliquer ces paroles , sans reconnoître l'éternité de Jésus-Christ en tant que verbe , il suffiroit de supposer que l'ame de Jésus-Christ étoit unie au verbe , long - temps avant son incarnation , et peut-être dès la création du monde. Mais le jue;ement des juifs , qui ont regardé ce que Jésus-Christ disoit comme un blasphème , par lequel il vouloit se faire passer pour Dieu , et montrer qu'il étoit éternel , prouve que le vrai sens des paroles de Je • sus-Christ éloit qu'il étoit Dieu. De là vient qu'ils ne lui répondent qu'en prenant i\cs pierres pour le lapider. La force même des termes de Jésus-Christ fait sentir qu'il a voulu parler ici de sa divinité. Il ne dit pas : fétois avant (j a Abraham fût ,, il dit : avant qu Abraham fût je suis. Expression énergique par laquelle il s'élève au-dessus de la distinction du passé et du présent, en montrant que son être est absolu comme celui de Dieu, parce qu'il n'est qu'un avec Dieu.

§. CLXXV. La doctrine évangélique seule donne de justes idées des maux et des infirmités de la vie présente.

Les défauts du corps, les infirmités, les majadies, sont des preuves équivoques. Souvent Dieu s'en sert pour punir les hommes , souvent pour les éprouver , quelquefois pour faire éclater sa puissance et sa bonté. D'un autre côté, Jé^us-Christ avertit ceux

(i) Joaun. , cil. 8, ^. 56. .

528 îlErLEXIONS DIVERSES

qu'il guérit de ne plus pécLer , et il ajoute meme^ de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de plus fâcheux.

Donc, il y a des infirmités qui sont des peines du péché.

Jésus - Christ parle des souffrances de Lazare comme ayant été le germe de sa félicité éternelle (i).

Donc , il y a des maux qui ne sont que des épreuves.

Jésus-Christ dit enfin en parlant de l'aveugle-né : « ce ne sont ni ses péchés ni ceux de ses pères qui » ont été la cause de son aveuglement, il n'étoit dans » cet élat qu'afin que Dieu fit éclater sa puissance en )) lui (2) ».

§. CLXXVI. Jésus-Christ est la seule lumière ve'rilable des

esprits.

« Tant que je suis dans le monde, je suis la lu- >5 mi ère du monde (3) ».

Jésus-Christ répète plusieurs fois cette vérité, et il la prouve encore plus souvent par ses actions que par ses paroles.

A-t-il donc cessé de l'élre en sortant du monde ? Nonj mais il a cessé de l'être aussi visiblement, et d'une manière aussi sensible qu'il l'ctoit pendant sa vie mortelle. Si les hommes ont perdu par là cette lumière qui tomboit presque sous les sens, ils y ont gagné d'un autre côté , par la certitude que la résurrection de Jésus-Christ et l'élablissement de la religion, ont ajouté à celle qui résultoit déjà, et des discours et de la conduite de Jésus-Christ ; en sorte qu'après le témoignage éclatant que Dieu lui a rendu , selon saint Paul, en le ressuscitant d'entre les morts, et en l'élevant au-dessus de toute puissance, elc. Jésus - Christ est encore plus indubitablement que jamais pour nous , la seule lumière véritable des esprits.

(i) Joann. , ch. 1 1 , f . i , etc. — (2) Ibid. , ch. g, f. 3. -r (})Iùid.,ch.Q,f.5,

§. CLXXVII. Rapport des actions de Jésus- Christ avec les paroles des Prophètes.

Jacob avoit prédit que la tribu de Juda ne seroit point détruite jusqu'à la venue de celui qu'il appelle Schilo ou Silo y ou celui qui sera envoyé, qui mittendus est , et toute Fancienne tradition des Juifs a appliqué ces paroles au messie.

Lorsqu'il s'agit de guérir l'aveugle -né , Jésus- Christ , après lui avoir couvert les yeux de boue , l'envoie se l^ver à la piscine de S iloë (^i). Et qu'est-ce que veut dire Siloe? Saint Jean l'explique lui-même par ces mots : quod interpretatur missus. C'étoit donc la fontaine surnommée de l'envojé , terme qui signifioit le messie ; c'étoit cette fontaine par le moyen de laquelle le messie devoit faire un si grand miracle j en sorte qu'on peut dire que son nom étoit un nom prophétique, comme il y en a plusieurs dans l'écriture.

§. CLXXVIII. U incrédulité même des Juifs, à la vue même des miracles de Jésus- Christ , est devenue une preuve de la vérité de la Religion.

« Nous savons que Dieu a parlé à Moïse j mais, » pour celui-ci , nous ne savons d'où il est (2) ».

Comment savoient-ils que Dieu avoit parlé à Moïse? Sans doute par les prodiges et les merveilles que leurs pères a voient vu opérer par ce prophète. Mais ceux de Jésus-Christ éloient aussi éclatans et plus nombreux; et celui de Taveugle-né excluoit jusqu'aux moindres prétextes de critique ou d'incrédulité. Pourquoi donc ne croient-ils pas au moins qu'il est envoyé de Dieu ? C'est que la prévention ne raisonne point. L'aveugle-né, qui n'en a point, trouve sur-le-champ des démonstrations pour confondre les pharisiens. M II est bien étonnant , dit-il, que vous ignoriez d'où » vient celui qui m'a guéri. Dieu écoute-t-il les im-

(i) Joann. , cli. 9,1.7.7- (2) Ibid. , ch. 9, f. 29. D' J guesseaii. Tome XK. 34

'530 RÉFLEXIOINS DIVEilSES

» posteurs , et ouvre-t-il les yeux des aveugles pour » les accre'diter » ? Les pharisiens ne peuvent lui rien re'pondre , mais ils peuvent le chasser, et ils le chassent.

Une des plus grandes preuves de la divinité de Jésus-Christ et de sa religion , est d'avoir été supérieure à des préventions si lortes , si enracinées , si intraitables. Plusieurs de ceux qui résistoient à l'évidence d'un fait palpable, ont cru , dans la suite, des vérités invisibles , et dont plusieurs mêmes sont incompréhensibies à l'esprit humain.

^. CL^XIX. La lumiire est donnc'e aux aveugles îgnorans , et ceux qui sont enflés de leur science la rejctlenl ; c^està-dire , que Dieu confond toujours l'orgueil de l'esprit humain , il éclaire la foi de l'humble , et il aveugle le savant incrédule.

Jésus-Christ déclare précisément à l'aveugle-né , qu'il est le fils de Dieu ; il en exige la foi , et il souffre que l'aveuglc-né l'adore. La foi si prompte de l'aveugie est la condamnation de ceux qui ne cherchent qu'à multiplier les objections et les difficultés pour pouvoir se justifier à eux-mêmes leur incrédulité (i). On ne peut élever aucun doute sur la sincérité de celle foi , puisqu'elle a été suivie d'une adoration que peu de personnes rendirent alors à Jésus-Christ, comme au fds de Dieu. Rien ne doit donc plus augmenter la coutiance des pécheurs, que de voir que Jésus-Christ se manifeste si clairement à ce pauvre aveugle , comme il l'a fait à l'égard de la samaritaine qui vivoit dans le désordre. On doit adorer avec frayeur ce terrible jugement que Jésus-Christ dit qu'il exercera dans le monde. L'effet de sa venue et de sa manifestation est de rendre la vue à ceux qui étoient aveugles, et d'aveugler ceux qui vojoient. L'aveugle-né recouvre la lumière du corps • les pharisiens perdent celle de l'ame. Pourquoi cela ? Parce que Dieu seul est la lumière de l'homme. Quiconque

(i) Joaan. , ch. 9, f . 3o.

SUR JÉSUS-CHRIST. 53 l

ïie veut voir clair que par lui , voit en effet ^ quiconque veut voir par lui-nivme , et par ses seules forces , est justement aveuglé. Quel philosophe a jamais enseigné une doctrine si sul)lime , et cependant si conforme aux idées que nous avons de l'Etre inlini et de l'être borné ?

§. CLXXX. Riefi n'est plus dangereux que de se croire éclairé , parce qu'on ne s'humilie pas des ténèbres que l'on a , qu'on s'élève de la lumière que l'on n'a pas , et qu'on ne se met point en peine d'obtenir de Dieu ce quon n'a point.

Jésus leur répondit : « Si vous étiez persuadés que M vous êtes aveugles, vous n'auriez point de péché; « mais vous diles : nous voyons clair , c'est pour- M quoi votre péché demeure en vous (i) «.

La privation de la vue du corps est totale ou peut l'être ; et aucun de ceux qui sont dans cet état , ne s'imagine voir pendant qu'il ne voit rien. Il n'en est pas ainsi de la privation des yeux de l'ame. Elle n'est jamais entière ; et de là vient que ceux qu'on appelle aveugles dans la morale, ayant encore des lueurs ou de fausses lumières , les prennent pour les véritables , s'imaginant voir plus ou mieux qu'ils ne voient. En quoi consile donc ce qu'on appelle aveuglement de l'esprit .^ Ne pas voir ce que L'on doit voir, et croire qu'on le voit: aveuglement, qui cache le vrai, qui laisse voir le faux, et qui le fait prendre pour le vrai. L'homme aveugle de cette manière est coupable négativement , en tant qu'il ne voit pas ce qu'il pouvoit voir; et positivement, eu ce qu'il affirme qu'il voit bien dans ie teuips qu'il voit mal. Doublement criminel, et parce qu'il ferme les yeux à la vérité, et parce qu'il les ouvre au mensonge. Mais l'un et l'autre supposent qu'il peut voir et croire le contraire de ce qu'il voit; c'est donc en cela que Jésus -Christ fait consister le crime des pharisiens, qu'il appelle tantôt aveugles, parce qu'ils ne vouloient pas voir la vérité; et tantôt clairvoyans, parce

(i) Joann. , ch. Q , f. lO. •:

532 RÉFLEXIONS DIVEIlSEâ

qu'ils avoient en effet la faculté de la voir ; facuUé qui les rendoit coupables, parce qu'ils ne s'en servoient pas ou qu'ils s'en servoient mal.

On peut tirer de grandes conséquences de celte doctrine.

§. CLXXXI. Marques et qualités d'un bon pasteur. Je'sus- Clirisl les a réunies dans sa personne, et en a rempli parfaitement tous les devoirs.

Jésus-Christ se compare à la porte par laquelle on entre dans la bergerie , et au bon pasteur (i).

Pourquoi tous ceux qui sont venus avant lui , et qui ont entrepris de conduire les hommes, ont-i!s élé des voleurs, ou tout au plus des mercenaires?

C'est parce qu'ils enlroient dans le bercail , autreînent que par la seule porte qui y conduit. C'est parce que leur intérêt seul étoit leur guide, et que, sans amour pour leur troupeau , ils n'aimoient qu'euxmêmes j au lieu que le véritable pasteur doit aimer assez ses brebis, pour sacrifier sa vie en leur faveur; enfin^ c'est parce que pour conduire les hommes à Dieu , il faut être envoyé de Dieu.

Jésus-Christ réunit les caraclèi'cs contraires en sa personne , seul digne du nom de bon pasteur ; et il ne dit pas seulement qu'il les réunit , il le prouve par ses actions , par sa vie et par sa mort.

Si l'on presse même ces caractères, et qu'on les prenne dans toute leur étendue, on reconnoilra qu'ils ne conviennent qu'au fds de Dieu ,• et on y trouvera une nouvelle preuve de la divinité de Jésus- Christ:

Îiorte unique par laquelle seule on peut entrer dans a bergerie; pasteur unique qui connoît ses bre])is, que ses brebis connoissent; qui les conduit dans des pâturages salutaires: qui donne sa vie pour elles, par un pur efï'et de sa libre volonté; qui doit réunir tous les troupeaux, et n'en faire qu'une seule bergerie soumise à un seul pasteur; qui leur donne non-seu-

(i) Joann., cli. lo, f. i.

SUR jÉsUS-CHRlST. 533

Jemenl la vie, mais une vie surabondante, un excès de vie, pour ainsi dire, ou la vie par excellence.

§. CLXXXII. L'excellence du sacrifice de Je'sus- Christ est une preuve de sa divinité.

« C'est pour cela que mon père m'aime , parce » que je donne ma vie pour mes brebis (i) ».

Pourquoi Je père l'aime-t-il par celle raison? On ne peut répondre à celte question qu'en disant, que c'est parce que Je'sus-Christ en mourant apaise Ja justice de Dieu et lui réconcilie le genre humain , qui devient entre ses mains comme un troupeau pur et sans tache, qu'il lui offre pour être à jamais l'objet de sa miséricorde.

Ainsi , ce raisonnement bien approfondi prouve encore la divinité' de Jésus-Christ, qui seul a pu oflrir à Dieu ce sacrifice d'expiation et de reconciliation ^ qui satisfait exactement à sa justice, et qui ouvre de nouveau la porte à sa miséricorde.

§. CLXXXIII. Jésus-Christ s'est livré à la mort, parce quil l'a voulu ; et il Va voulu par charité envers nous , et par obéissance envers son père.

« Personne ne m'enlève ma vie , mais c'est de moi- » même que je la quitte ; j'ai le pouvoir de la )) quitter , et j'ai le pouvoir de la reprendre une )) seconde fois. J'ai reçu cet ordre de mon père (2) ».

Qui peut parler ainsi sans être Dieu?

Le ciel devroit s'armer de tous ses foudres contre un mortel qui oseroit parler de la sorte. Et cependant celui qui parle ainsi est celui même que Dieu ressuscite six mois , au plus , après qu'il a tenu ce langage.

§. CLXXXW. Les Juifs se livrent aux injures et à la calomnie plutôt que de confesser la divinité de Jésus- Christ ; ils attribuent au Démon une puissance démesurée , ajin de pouvoir éluder les conséquences des miracles vraiment divins.

La réflexion de plusieurs juifs sur ces paroles , il (i) Joano. ,cl). 10, -î'. 17.— {'^) Ibid., ch. \o,\. 18,

534 rÉft.exions diverses

est possédé du démon et il extravague (i), fait encore sentir toute ia force des paroies de Jésus- Christ. Ils supposent qu'il n'y a qu'un homme en délire qui puisse dire qu'il est le maître de quitter sa ■vie et de la reprendre. Leur raisonnement auroit été juste, s'ils avoient fait ce dilemme :

Ou il a perdu l'esprit, ou il est Dieu.

Or, il n'avoit pas perdu l'esprit. Au contraire^ jamais homme, comme on le dit dans une autre occasion , n'a parlé comme lui j donc, il est Dieu.

La réponse que d'autres juifs firent eux-mêmes au discours des premiers, détruit encore toute idée d'obsession attibuée au démon. Le diable peut -il ouvrir les jeux d'au aveugle-né? Ils auroient pu ajouter : le diable peut-il donner à un homme le pouvoir de quitter son ame et de la reprendre ? Ainsi , toutes les autres suppositions étant absurdes et impossibles , ils dévoient conclure : do7ic le christ est Dieu. Et c'est cette grande conséquence que l'univers converti a tiré des paroles de Jésus-Christ.

On peut aussi tirer de cet endroit , des règles pour discerner quels sont les miracles qui n'ont rien d'équivoque, et qui montrent clairement le doigt de Dieu.

§. CLXXXV. Jésus- Christ loue la foi de V homme , afin que l'homme loue la ^rdce de Dieu , gui en est le principe , et qu'd l'implore souvent.

M Votre foi vous a sauvé (2) ». C'est ce que Jésus- Christ dit à celui des dix lépreux qu'il avoit guéris, qui vint lui rendre ses actions de grâces. Il semble que Dieu cède, pour ainsi dire, à la foi les droits de sa toute-puissance, se plaisant à lui attribuer les miracles qu'il opère. C'est une docirine propre à Jésus-Christ et à son évangile, que l'excellence et le pouvoir de la foi.; mais combien cette doctrine, une fois connue par la révélation, paroît-elle confoi'nie à la plus pure raison ! En elFiit (jui croirous-nous, si nous ne croyons pas la vérité même ! A qui nous

(1) Joaun., ch. 10^ y. 20. — (2) Luc, cli. 17, f. 19.

SUR JESrs-CHHTST. OJJ

fierons-nous , si nous ne nous lions pas à une miséricorde infinie !

§. CLXXXVI. Jésus- Christ prouve sa divinité par plusieurs prophéties qu'il a faites lui-inéine.

Rien de plus digne d'admiration que l'accomplissement des prédictions que Jésus-Christ a laites sur le jour de sa manifestation et sur la manière dont la lumière de la religion se répandra comme un éclair imprévu sur toute la terre (i);

Sur ses souffrances , sa réprobation par son peuple même, qui précéderont cet événement ;

Sur le trouble et l'agilation , les alarmes et les désordres qui arriveront en Judée •

Sur ceux qui perdront leur ame en voulant la sauver , et sur ceux qui la vivifieront en la perdant volontairement;

Enfin, sur les aigles romaines assemblées autour de Jérusalem.

Toutes prédictions que ceux mêmes devant qui il parloit virent accomplies. Les prophéties, comme les miracles, sont les preuves les plus claires de la vraie religion.

§. CLXXXVII. Dieu ne refuse jamais son secours , quand on le prie sans se lasser.

La persévérance dans la prière arrache tout, même d'un mauvais juge, par importunité ; à plus fierté raison de Dieu, par la constance et la fermeté de la foi et de l'amour, qui rendent la prière persévérante. Dieu manifeste sa bonne volonté à l'égard des hommes , en leur faisant connoître le prix de la confiance chrétienne et de la prière qui en est le fruit. C'est une vérité bien consolante que Dieu ne peut mépriser un cœur contrit et humilié. Si quelquefois il le met à l'épreuve par les rctardemens , c'est uniquement pour enllammer ses désirs , et lui faire

(i) Luc, ch. 17, f. 20.

estimer davantage le don qu'il lui prépare. Heureux qui ne se rebute point et qui ne cesse de crier vers le seigneur jusqu'à se rendre importun , s'il est pos-r sible , comme la veuve de la parabole.

§. CLXXXVIII, L'orgueil fait souvent perdre , devant Dieu , tout le prix des bonnes œuvres ; l'humilité' seule nous les rend utiles.

S'occuper de sa propre justice, et se préférer aux autres, comme moins justes ou moins parfaits que nous, c'est devenir coupable, suivant la loi nouvelle; au contraire, reconnoître ses péchés, ses imperfections, ne rien attendre de soi-même, et n'espérer que dans la miséricorde de Dieu, c'est être juste , ou du moins être dans la voie pour le devenir. Véritable sens de cette parole , répétée plusieurs fois par Jésus- Christ: quiconque s'élève lui-même , sera abaissé ; ei quiconque s'abaisse lui-même , sera élei'é (i).

Doctrine ignorée avant Jésus -Christ, quoiqu'elle résulte clairement de l'idée de Dieu et de l'idée de l'homme.

^. CLXXXIX. La perfection de l'homme consiste à entendre la voix de Jésus- Christ et à la suivre.

Pourquoi les juifs qui doutent si Jésus-Christ est le messie , ne sont-ils pas do ses brebis (p.) ? C'est parce qu'ils n'écoutent point sa voix. Caractère qui distingue les brebis de ceux que Jésus-Christ appelle ailleurs les boucs. Et quel est le privilège do ceux qu'il nomme ses brebis? Il leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais , et personne ne les raviia de sa main : c'est en se déclarant le christ ou le messie , qu'il parle de cette manière j c'est pour montrer qu'il l'est. Or, un Dieu seul peut parler ainsi. Donc , il se déclare Dieu aussi bien que messie, et fait voir en même temps que , suivant la traditioiA des juifs, le messie devoit être Dieu.

(i) Luc, d). i8, }. 14. — (2} lOiJ., ch. 10, f. 29,.

§. CXC. Celui qui a entrepris de nous sauver et de nous conduire h Dieu , est un même Dieu avec son père , quoiqu'il soit une personne réellement distinguée de celle de son père. Cette ve'ritc , infiniment élevée au-dessus de la raison , est le fondement inébranlable de toute la Religion chrétienne.

« Moi et mon père nous sommes un (i)«. C'est ce qui suit immédialement le passage précédent, et qui acliève d'en faire sentir toute la force. Les juifs veulent lapider Jésus-Clirist. Ce divin sauveur leur demande pour laquelle des merveilles qu'il avoit faites , ils vouloient le punir. Us répondent que ce n'est pas pour ses bonnes œuvres, qu'ils veulent le lapider, mais à cause de son blasphème , et parce qu'étant homme , il se faisoit Dieu. Nulle subtilité ne peut éluder la force de celte impression que les paroles de Jésus-Christ avoienl laites sur le fond de leur arae. Le sens naturel est mieux fixé par là , que par toutes les interprétations qui ont pu être finies après coup , pour détourner ou pour alloiblir ce premier sens , qui étoit vraiment le sensus obvias. C'est donc bien ici le cas de dire , et si tacuerini ht lapides clamahunt. Les pierres mêmes que les juifs prennent pour le lapider rendent témoignage à la véritable significaliou de ses paroles.

Ce qui suit n'en diminue point la force.

« Quand je ne seroisciu'unliomme, dit Jésus-Christ, » je ne mériterois pointd'élre lapidé pour avoir pris le )) nom de Dieu » ( Il l'a voit donc pris, ou du moins son discours signifioit ce que les juifs en avoient conclu). L'écriture, qui ne sauroit être démentie, appelle des Dieux , ceux à qui Dieu a confié sa parole toutepuissante. Comment donc celui que le père a consacré et sanctifié, celui qu'il a envoyé dans le monde blasphèmeroit-il , quand il dit : yV suis le fils de Dieul Mais Jésus-Christ n'en demeure pas là : et pour montrer combien il est au-dessus de ceux que l'écri» ture appelle des Dieux , comme représentant la divi-

(i) JToann., cb. lo, f. 3o.

nité , élant ses ambassadeurs , et parlant en son nom aux hommes , il ajoute : « si je ne fais les œuvres de » mon père , c'est-à-dire, si je ne fais pas tout ce que )i fait mon père, comme il le dit ailleurs, ne me croyez. » pas; mais si je le fais, croyez au moins à mes œuvres , » afin de reconnoîlre et de croire que mon père est » en moi ^ et que je suis en mon père ». Expression encore plus forte que celle de Jîls de Dieu , ou d'w/i Jils avec son père.

Les juifs en effet regardent si bien ce discours comme une confirmation du premier , qu'ils veulent se saisir de Je'sus-Christ^ qui ne leur échappe que parce qu'il est tout ce qu'il vient de dire.

§. ex CI. Les dispositions de la confiance chrétienne sont celles de tous les disciples de l'Ei-angile. Telles étaient celles des apôtres et de tous ceux qui marcheront sur leurs traces.

Les apolrcs veulent empêcher qu'on approche de Jésus-Christ , des enfans pour les lui faire bénir (i); il en est irrité ; et , en donnant une nouvelle preuve de sa bonté , il donne en même temps une grande instruction à ses disciples. Tels sont ceux , leur ditil , pour fjui le royaume de Dieu ou des deux est destiné. Je vous le dis, en vérité: qui ne recevra pas ce rojaiune comme un enfant , nj entrera point.

Simphcilé , docilité , soumission , caractères des enfans à l'égard de leurs pères ou de leurs maîtres. Ce sont aussi les dispositions de ceux qui reçoivent ie royaume de Dieu. Obliger les hommes à devenir semblables à un enfant, et exiger la foi sur la seule autorité de celui qui parle : c'est ce que les philo- ^ophes n'ont pas entrepris , ou ils y ont échoué. On a toujours voulu les juger avant que de les croire. Dieu seul peut ordonner à Thomme le sîCcrifice de sa propre raison et vouloir être obéi. Jésus-Christ se

(0 Maih. , (h. 19, ^. i3 , lâjMarc, ch. 10, y. i3, i5 ; Luc, ch. i8 , y. i5 , 17.

regardoit donc comme Dieu en l'ordonnant ; et l'événoment a répondu k ses paroles.

§. CXCII. Jésus- Christ , en ressuscitant Lazare, prouve éi'idernmejil qu'il est le Messie.

Jésus-Christ à la première nouvelle de la maladie de Lazare, dit : u cette infîrniilé n'est point pour la 3> mort , elle n'est destinée qu'à faire éclater la gloire a de Dieu , et à donner lieu de glorifier le fds de » Dieu par cette maladie même (i) ».

Il répète presque la mcnie chose , quand deux jours après il dit ouvertement à ses apôtres : « Lazare est i) mort, et je me réjouis pour l'amour de vous de ne » m'être pas trouvé près de lui dans le temps de sa )) maladie , parce que ce sera pour moi une occasion » d'affermir voîre fui ».

Donc, il connoît l'avenir comme le présent, et ce qu'il ne voit pas, comme ce qu'il voit. Non-seulement il fait des miracles, mais il prédit qu'il en fera.

§. CXCIII. Les richesses sont un grand obstacle au salut ^ parce quil est rare de les posse'der sans les aimer.

« Combien difficilement les riches pourront entrer » dans le royaume des cieux, etc. (2) ».

La réponse que Jésus-Christ fait aux apôtres effrayés des conséquences de cette vérité, prouve que c'est un chef-d'œuvre de la grâce et une espèce de miracle de la toute-puissance de Dieu , que le salut d'un riche.

Donc , toute la morale du paganisme , et même celle du judaïsme grossier qui faisoit consister une grande partie de la félicité dans l'abondance des biens de ce monde , sont condamnées par Jésus-Christ; et il confirme parla ce qu'il a dit ailleurs: heureux les pauvres d'esprit ; c'est-à-dire, les pauvres volontaires , ou ceux qui vivent dans le détachement des

(0 Joann.jch. 11, ^. 4- — (2) Math., ch. 19, f . 23, elc.

liche^ses, et qui par là, quoique riches, méritent d'entrer clans Ja classe de ces pauvres auxquels le le royaume du ciel est annoncé et destiné.

§. CXCIV. Dieu promet les plus grandes récompenses à ceux qui y au milieu des richesses , auront conservé L'esprit de. pauvreté'.

Il est propre à Jésus-Christ de joindre toujours h\s niolilV aux préceptes, et de fournir les moyens d'acconiplir la loi en même temps qu'il la donne (i).

Ji'abiiégalion clTective, ou le détachement sincère et réelle des richesses et des douceurs de la vie , a toujours élé regardé, par le commun des hommes, comme le précepte le pUis difficile de toute la morale évangélique ; mais les plus grandes récompenses y sont attachées. Les apôtres ont tout quitté pour suivre Jésus-Christ; mais ils seront assis avec lui sur des trônes pour juger les tribus d'Israël, Les vrais chrétiens renonceront , au moins de cœur et d'aiïcctlon humaine, à leurs familles, à leurs possessions pour l'évangile ; mais il retrouveront une autre famille et une vie éternelle : en sorte qu'il s'agit moins d'un détachement entier de tous biens , que d'un échange des biens fraj^nles , insulllsans, périssables , contre les biens solides , parfaits , éternels. Il résulte donc de la doctrine de Jésus-Christ, que la prudence seule, ou l'amour-propre bien éclairé, suiUroit pour faire des saints.

§. CXCV. Dieu ne règle sa libéralité ni sur l'ordre de la vocation ni sur la durée du travail. A quelque heure qu'il nous appelle , nous sommes obligés de confesser que sa miséricorde est é^leinenl infinie et incompréhensible , qu'il ne couronne jamais en nous que ses propres dons , et que nous sommes toujours des serviteurs inutiles.

Morale sublime tt à (ont prendre , plus consolante que terrible, qui ré.sulle de la parabole des vii^nerons, dont ceu\ qui n'avoienl travaillé qu'une

(i) Mnih.,c.h. 19, -Jr. 27,305 Marc, cl». 10, f. 28, 32} Luc, di. 18,^. 2b5,3i.^

SUR jÉsus-diniST. 54 1

lieure , recevoient autant que ceux (jiii avoienl tiavaillé tout Je ]our(i).

1.** La récompense que Dieu donne à l'homme pour son travail , dépend cnlièrcnient de la bonne volonté de Dieu; et elle est donnée, comme di( saint Paul, non secundum deùùum, sed seciindum gratiam. Pourquoi cela ? parce qu'il n'y a nulle proportion entre tout travail humain, quel qu'il soit , et la jécompense éternelle, ero met ces tua magna nimisr

2." Dieu , par consécjucnt , ne fait point d'injustice , quand il égale ceux qui ont peu travaillé, à ceux qui ont fait beaucoup plus d'ouvrage. C'est à l'égard de tous, libéralité el munificence, non un paiement de droit ou de rigueur.

3.° Ce n'est pas la quantité de l'ouvrage que Qieu récompense , c'est la volonté avec laquelle on l'a fait : et elle a pu être aussi grande dans celui qui a travaillé seulement à la dernière heure, que dans celui qui a travaillé tout le jour. Pourquoi celui-ci a-t-il travaillé si lard ? c'est parce que l'on ne l'avoit pas appelé plutôt à l'ouvrage. Mais , dès le moment qu'on l'y a appelé , il s'y est porté avec la même volonté. Les juifs étoient donc injustes, quand ils trouvoient étrange que Dieu favorisât les gentils autant qu'eux, quoique les gentils eussent commencé beaucoup plus tard à le servir, parce qu'ils y avoient été appelés plus tard.

4-*^ Pourquoi les premiers deviennent-ils les derniers, et pourquoi les derniers devierment - ils les premiers ? Ils seroient tous égaux , s'ils acceptoient avec la même humilité et la même reconnoissance ce qui est une grâce commune à tous. Ce n'est donc pas du coté de Dieu que vitnt la différence , elle ne part que des hommes. Les derniers deviennent les premiers, parce qu'ils sentent toute la grandeur du bienfait commun ; et les premiers deviennent les derniers , parce que , trop llattés du mérite de leurs

(1) Malh. , ch. 20, j. I, i6.

œuvres , ils veulent que Dieu leur donne à titre de justice, ce qu'il ne leur donne qu'à titre de grâce; et ils exigent des préférences sur ceux qui sont plus dignes qu'eux de récompenses, quoique avec moins de travail, parce qu'ils ne l'acceptent que de la bonté de Dieu, et qu'ils croient que nul travail ne peut en faire une dette.

§. CXCVI. Attendre tout de Dieu et ne rien attendre de soimême , telle est la foi chre'tienne ; ce don de Dieu, qui nous obtient tous les autres dons ; la re\'e'/ation seule poui'oit nous faire connoître cette vérité consolante.

Le discours de Marthe à Jésus-Clirist renferme une des vérités les plus utiles aux chrétiens ( i ) : « Sei- )) gneur, si vous aviez été ici: mon frère ne seroit » pas mort j mais , dans cet élat même, je sais que » tout ce que vous demanderez à Dieu , Dieu vous » l'accordera ». Jésus -Christ lui répond : « votre » frère ressuscitera ». Prompt efï'et de la foi , quoique mêlé encore des foiblesses de l'humanité. Marthe croit que Jésus-Christ est le maître de la mort et de la vie ; que Dieu ne lui refuse rien ; et Jésus- Christ l'assure sur-le-champ que son frère ressuscitera. En nous donnant son fils, Dieu nous a tout donné. Il n'y a rien de salutaire que nous ne puissions espérer : il n'y a rien qui ne nous soit promis. Pour douter des heureux effets de la promesse , il faudroit ne pas croire à la toute-puissance du père et à la divinité du fils.

Dans quelle religion , dans quelle philosophie at-on seulement entrevu cet elï'et merveilleux de la foi ? Jésus-Christ l'a enseigné , et l'a prouvé par ses miracles.

5. CXCVIT. Jésus- Christ recommande à ses Disciples l'exercice de la foi plus que celui des autres vertus , parce quil en est le germe. C'est le fondement de l'édifice du salut.

« Je suis la résurrection et la vie (2) ». La vie sans (1) Joann. , ch. 21. — (2) Ibid, , cb. ii; f. 25.

SUR jÉsus-ciir.iST. 54.3

doule par essence 5 la vie dans sa source , qui peut la rendre à ceux qui l'ont perdue , parce que c'est lui qui la donne à ceux qui ne i'avoient pas encore. Celui qui croit vivra , (jiiand il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi , ne mourra point pour l'éternité. Croyez -vous cela? Telle est la profession de foi que Je'sus-Cbrist exige de Marlhe j et elle renferme en etïet toute la substance de la religion qui se réduit à croire en Jésus-Christ dans le temps, et à vivre avec lui dans l'éternité. Profession de foi ([ui renferme la créance parfaite de sa divinité. Qui est-ce qui peut dire, sans être Dieu, qu'il est la vie et la résurrection? Il ne dit point qu'// donne la vie y il dit qu'// l'est. I^a résurrection', la vie éternelle , peuvent-elles être le prix de la foi en un simple homme, en un mortel qui n'auroit rien de plus que les êtres créés ? Aussi la conséquence que Marthe tire de ces paroles, est que Jésus- Christ est Dieu. Au lieu de répondre précisément à la lettre des paroles de Jésus-Christ, et de dire qu'elle croit qu'il est la résurrection et la vie ; que «[uiconque croit en lui , ou ne mourra point, ou ne mourra pas pour toujours , elle s'écrie : oui , Seigneur, je crois que vous êtes le christ , le fils de Dieu y qui est venu dans le monde. Donc , le christ , le fils de Dieu , celui qui est la résurrection et la vie, sont toutes expressions synonymes qui signifient également Dieu fait homme.

§. CXCVIII. Jésus- Christ prend y par sa puissance , tous les mouvemens de l'infirmiLc humaine pour les sanctifier.

Jésus-Christ n'est point troublé , mais il se trouble lui-même. La divinité agit sur l'humanité (i). Notre ame agite ainsi quelquefois notre corps , sans rien perdre de sa tranquillité intérieure : foible image de ce qui se passoit entre Dieu et l'honime , dans Jésus- Christ. Sa charité lui faisoit prendre part à l'affliction

( 1 ) Joann, , cli. 11, jr. o^.

544 UÉFI.EXIOJÎS DIVERSES

de Marlhc et rie Marie. Mais l'obstination et Tincrcduiilé des juifs augmentoient encore plus sa douleur. IN'ous devons adorer en Jésus-Christ ^es mouvemens divins de la nature humaine, qui n'ont rien en eux que de volonlairc, rien qui n'honore Dieu , et qui ne serve à ses desseins.

§. CXCIX. Jésus-Christ pleure, le pécheur } et le pécheur ne se pleure pas lui-même.

L'évangile rapporte que Jésus-Christ pleura (i) : ce fut sans doute pour donner , par l'émotion qui paroît en lui , une image de la bonté et de la miséricorde de Dieu. Comme on peut croire qu'il en avoit donné une, par son trouble, de son indignation contre le péché , cause de la mort, ou contre l'incrédulité des juifs, qui alloient être étonnés plutôt que convertis par la résurrectiorj de Lazare.

§. ce. Jésus- Christ est toujours exaucé, parce que, selon ses differenles natures , il est eu même temps celui qui prie et celui qui exauce.

La résurrection de Lazare ne se manifeste pas encore ; Jésus-Christ sait qu'il l'a opérée, et il en rend grâces à son pcre avant que de dire : Lazare , sors du tombeau. Il sait que son père l'exauce toujours; et comment cela pourroil-il être vrai , si ce n'est parce que, comme il l'a dit ailleurs , lui et le père ne sont qu'un (2) ?

§, CCI. Les Ei'angélisti'S , malgré leur ardent amour pour Jésus- Christ , parlent de ses grandes actions , non-seulement sans émotion , iiuiis en des ternies si simples , qu'on rroiroit qu'ils écrivent une histoire étrangère qui leur est indifférente. Une si étonnante modération prouve qu'ils ont été conduits par une sagesse divine.

La simplicité avec laquelle les évangélistes racontent les plus grands miracles de Jésus-Christ, sans

(i) Joaun. , ch. 11, ^. 3j. — (2) Jùid. , ch. 11, jr. 43.

aucun ordre, sans y ajouter ni réflexion, ni même aucune marque d'admiration , et en négligeant toutes les circonstances qui n^iuroient servi qu'à satisfaire la curiosité humaine, est une preuve non -seulement d'une sincérité éloignée de toute affeclation , mais de la grande convjciion où ils éloient de la divinité de leur maître. Jésus-Christ dit à haute voix : Lazare , sors au dehors ; et le mort sortit, ayant les pieds et les mains liés el le visage couvert ; Jésus- Christ dit : déliez- le , et laissez-le aller. Voilà tout ce qui est offert à notre esprit. Un événement si prodigieux est raconté, comme s'il s'agissoit d'une action ordinaire. C'est qu'il étoit nalurel à Jésus-Christ de commander à la mort et d'être obéi. C'est là ce qu'il nous importoit de savoir. Mais , Lazare ne se jetat-il pas aux pieds de son libérateur? mais , ne racontat-il pas ce qui s'ét.oit passé en lui pendant qu'il étoit *mort? Qu'un poète s'amuse à ces circonstances, comme il a plu en effet à l'évêque d'Albe (i) de s'y arrêter,- c'est une marque de la foiblessc de l'esprit humain , qui cherche le petit dans le grand même j mais ce n'est pas ainsi que parlent ceux qui racontent les 'miracles de Jésus-Christ. Us les racontent dans le même esprit dans lequel il les a faits ; c'est-àdire , pour fixer notre foi , non pour exciter ou pour flatter notre curiosité ; et Dieu a permis qu'il nous en aient donné une plus haute idée par leur simplicité même, qu'ils ne l'auroient pu faire par tous les ornemens de l'éloquence.

§. CCII. L^ accomplissement des prophe'ties sur le temps de la venue de Jésus- Christ , surtout de celles de Jacob et de Daniel, Jornie une preuve complète de la mission et de la divinité de Jc'sus- Christ.

Les deux plus célèbres prophéties sur Jésus-Christ

(i) Jérôme Vida, nommé à l'évéché d'Albe , composa, à la soUicitalion (!c Léon X , son Poème de la Christiade en six livres, qui fui tort applaudi. On a cependant reproché à l'auteur d'avoir mêlé trop souvent le sacré avec le profane , et les liedons de la mythologie avec les oracles des prophètes.

D'Jguesseau. Tome XV. 35

546 nÉFLEXlOSS DIVERSES

éloienl celle de Jacob et celle de Daniel qui se retiiiissoient , puisque l'une marquoit que la nation juive seroit détruite quand le messie seroit venu ; et que l'autre annonçoit , en même temps, et Ja mort du messie et la désolation entière du peuple , dans la dernière des soixante-dix semaines (i). Il y a apparence que c'est ce qui lit dire aux prêtres assembles, après la résurrection de Lazare : que si on laissoit Jésus-Christ en paix , tous croiroient en lui , et que les romains viendroient et prendroient la ville et le temple. C'est pour prévenir ce malheur que le pontife Caïphe, parlant mieux qvi'il ne crojoit , dit: qu'il falloit qu'un homme péiîl pour tout le peuple 5 parole prophétique qui a été accomplie dans un sens différent du sien. La nation juive n'a pas éîé sauvée , mais le genre humain l'a élé^ et tous les efforts des juifs n'ont abouli qu'à assurer, malgré eux, l'accomplissement des prophéties , par les mesures mêmes qu^ils pren oient pour l'éviter.

^. CCIII. Jésus- Chrisl prédit jusquaiix moindres circonstances de sa passion cl de sa tnorl y et il les prédit si clairement , que ses Apôtres , n'osant entendre ses paroles à la lettre , ne sauraient les comprendre.

En allant vers Jérusalem, où Jésus - Christ de- Toit consommer le sacrifice, il répète de nouveau à ses apôtres la prédiction de tout ce qui alloit lui arriver. « Il sera livré aux pontifes et aux scribes ; ils » le condamneront à mortj ils le livreront aux gen- )) tils , qui le couvriront d'opprobres, lui cracheront yt au visage, lui feront essuyer la flagellation, le cru- )) cilleront enfin , et lui ôlcront la vie j mais il ressus- » citera le troisième jour ».

Est-il surprenant que les apôtres n'aient rien compris à un tel discours , et que dos paroles si claires en elles-mêmes, leur aient paru obscures, parce qu'ils ne pouvoient concevoir qu'elles fussent véritables ? L'événement seul pouvoit lever le voile qui les

(1) Joann., cl», ir, if. 53.

SUR JLSLS^CHRIST. ti'4'J

coiivroît. Quel Lomme a jamais prédit et sa mort et sa résurrection 5 ou, quand l'eiret u-t-il répondu à dépareilles prédictions ? Mais, après qu'il les a justiliées , il est aisé de reconnoître que Jésus-Christ n'a jamais plus paru Dieu , que quand il a prédit ainsi ses humiliations, ses souffrances, sa mort.

Prévoir sûrement l'avenir, et un avenir qui dépend de la volonté libre des hommes 5 prévoir l'avenir le plus humiliant, le plus douloureux, le plus funeste selon la nature , et en parler sans en être ému ; le prédire pour affu^mer la foi et la constanco de ses disciples, en leur montrant qu'ds ne dévoient pas être effrayés à l'excès , d'un événement qu'il annonce comme prédit par les prophètes , et par conséquent par Dieu mémej enfin, promettre qu'il ressuscitera, ce qui ne pouvoit arriver que par le plus grand de tous les miracles , et , ce qui devoit être la consolation des apôtres comme le plis ferme appui de leur foi , et surpasser toutes les idées qu'ils avoient de la grandeur du messie. Il n'y a qu'à réunir toutes ces circonstances pour concevoir que si les apôtres n'avoient pas eu peur de prendre à la lettre ce que Jésus-Christ leur annoncoi^, et si la trop grande clarté n'avoit pas eu sur eux l'effet de l'obscurité , ils auroient reconnu hautement la divinité de celui qui leur parloit ainsi, comme ils l'ont fait dans la suite lorsque les nuages furent dissipés par l'accomplissement de ses paroles.

§. CCÏV. Jcsus-Christ a beau annoncer à ses Apôtres ses humiliations et sa croix , ils ne peuvent ni comprendre ni eoi'Uer cette vérité' gui leur est si souvent répétée.

Malgré les prédictions les plus évidentes que Jésus- Christ avoit faites de sa passion et de sa mort, ses apôtres ne le regardoient que comme un homme destiné à être bientôt le roi d'Isi-aël. De là vient qu'immédiatement après que Jésus-Christ leur eut dit qu'il alloit être crucifié à Jérusalem, les enfans deZébédée

vinrent avec leur mère lui faire Ja demande ambitieuse des deux premières places dans son royaume. C'est donc dans la même qualité d'homme que Jésus- Christ leur répond, que « ce n'est pas à lui de leur » donner les premières places dans son véritable )) royaume , c'est-à-dire , dans le ciel , et qu'elles » seront pour ceux à qui elles sont préparées par son » père ». Mais il ne faut pas oublier qu'il a dit ailleurs que lui et son père étoient un.

11 le fait bien sentir , en prédisant à ces deux apôtres ambitieîix, qu'ils boiront le même calice , et qu'ils seront baptisés du même baptême que lui.

§. CCV. La doctrine de Jésus- Clir/'st est infiniment élevée au-dessus de celle des meilleurs Philosophes. Ceux-ci nont point connu toute l'étendue des de^'oirs des Rois. Il étoit donc réscr\>é à l'Evangile de tious fournir cette connaissance.

Socrate avoit approché en quelque manière de la doctrine de Jésus-Christ, dans l'idée que ce philosophe a laissée du véritable état de tous ceux qui gouvernent les hommes (i). Mais il n'avoit pas clé iusqu'à dire comme Jésus- Christ, que quiconque gouverne les hommes, doit se regarder comme leur ininislre , leur serviteur, leur esclave même. Et il n'étoitpas possible que Socrate démontrât cette vérité, comme Jésus-Christ l'a fait , par l'exemple d'un Dieu- Homme. Mais ce qui surpassoit encore plus les forces de l'esprit humain, est que le fils de Dieu devoit être non-seulement le serviteur, mais la victime de la multitude, ou plutôt du genre humain, pour en expier les iniquités. Mesurons par là la grandeur du crime de la créature, qui se révolte contre le créateur, et la grandeur de la divinité attaquée ])ar cet attentat. Voilà à quoi aucun philosophe n'a jamais pu atteindre, et qui cependant, lorsque la révélation nous l'apprend, n'a rien qui ne s'accorde avec les idées les plus pures de la raison.

(i) Math, , ch. 20, ^. i\) Marc ,ch. lo, i /ji.

SUR JÉSUS ■CHRIST. -i-tO

§. CCVI. Cest toujours à la foi chrétienne que les miracles sont accordes. — Ide'c que les Evangélistes nous donnent de la puissance des Souverains.

Jésus -Christ altribue encore à la foi, le miracle qu'il fit avant que d'entrer dans Jéricho, en rendant la vue à un aveugle (i) : recouvre ta vue , ta foi t'a sauvé. Le grand miracle de Jésus-Chtist , disent les interprètes des livres saints , c'est de nous faire de courageux et fidèles crojans, qui osent tout espérer de Dieu, quand il s'agit de sa gloire. Pourquoi cette confiance est-elle si souvent appelée foi , sinon parce qu'elle se fie pleinement à celui dont elic sait (jue la bonté n'est pas inoins infinie que sa puissance? Pourquoi obtient - elle tout ce qu'elle demande ? C'est qu'elle n'est accompagnée ni d'hésitation , ni de présomption. Telle est la confiance qui obtient les miracles, lorsqu'elle est parfaite. C'est un don extraordinaire que Dieu accorde à qui il veut.

Ceux que saint Mathieu nomme les dominateurs ou les maîtres, les chefs des nations, «^ «pK^res, saint Marc les nomme «' i'oMivra clIkui ^ ceux qui paroissent régner, commander, dominer 3 ne seroit- ce point pour nous faire entendre que les rois les plus puissans n'ont , dans Texacte vérité , qu'une apparence, une ombre de pouvoir et d'autorité, et que la véritable puissance , l'autorité réelle et absolue, c'està-dire, celle qui produit toujours par elle-même son effet, quand et comment il lui plaît, ne réside qu'en Dieu j il ne suffit^donc pas de dire, Dieu seul est toutpuissant ; et il faut aller jusqu'à dire , Dieu seul est puissant (2). Au reste , la portion de puissance qu'il veut bien communiquer à ses ministres, quoique infiniment distante de la sienne ^ n'en mérite pas moins nos respects (3). Si Dieu est la première majesté , comme s'exprime Tertulien , celle des puissances de la terre en est une émanation : elle est en même temps un

(i) Luc, ch.j8, f. 42. — (9.) Malh., ch. ao , f. ^5; Marc , ch. 10, ^. 42, — (3) Omnibus major, solo Dco minor.

55o RÉFLEXIONS DIVERSES

hiciîrait de la providence, dont nous ne saurions trop admirer les heureux effets : et il n'y a que ceux qui ■veulent vivre au gré de leurs passions, qui la regardent comme un joug accablant.

^. ce VII. I/humililé est le fondement de la vcn'table grandeur. Celle vérité n'a clé bien développée que dans l'Évangile.

« Qui voudra devenir grand parmi vous , qu'il soit » votre serviteur (i). Que celui qui voudra être le )) premier parmi vous, soit votre esclave )).

On trouve dansPlaton , quelquecliose d'approchant de cette morale , par rapport à ceux qui remplissent les charges publiques.

Mais quelle diffe'rence dans l'e'tendue, dans les raisons , dans les motifs de ce peuple ?

Dans l'étendue ^ il ne regarde pas seulement ceux qui sont élablis pour gouverner les autres. Quiconque aspire à la véritable grandeur , n'y peut parvenir que par le moyen d'une Immdilé (|ui le place audessous de tous , et d'une charité qui le rend tout à tous.

Dans les raisons y ce n'est pas seulement par des raisons tirées de l'institution Ags charges qui ne sont établies que pour rendre ceux qui les remplissent les serviteurs du public j c'est parce que Ton n'est grand , qu'autant qu'on se place au dernier rang , pour élre plus utile aux autres , se mettant par là dans l'ordre où Dieu veut que nous soyons , pour devenir en quelque manière , les ministres de sa providence et dei sa bonté à l'égard de nos semblables.

Dans les inotifs , ce n'est ni par vanité ni mémo par le simple dé^ir du succès, c'est pour mériter le souverain maître lui-même , qui s'est anéanti, comme dit saint Paul, en prenant la ibrme d'un esclave, et s'abaissant jus<[u'à devenir semblable à nous pour nous rendre semblables à lui, c'est-à-dife , parfaits en notre genre et heureux comme lui , etc.

(i) Math-, di. ao, fs 26*

SUR JESUS-CIIRTST.

§. CCVIII. Toutes les circonstances du miracle qui ouvre les yeux de l'aveugle de Je'richo , et de celui qui est ope'ré par les Apôtres sur te boiteux de la porte du temple, sont autant de preuves de la divinité' de Jésus- Christ.

(( Que voulez-vous que je vous flisse, dit Jésus- )) Christ à l'aveugle de Jéricho? Seigneur, que je )) revoie, ou que Je recouvre la vue, et Jésus lui )) dit : recouvre la vue y recommence a voir ou vois M de nouveau 3 et aussitôt il recouvre la vue et le » suivit (i) ».

i.^ C'est à Jésus-Christ que le miracle est demandé comme au tout-puissant

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