‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., augmentée de pièces échappées aux premiers éditeurs, et d'un discours préliminaire (volume 5)Chapitre 71 sur 73 · C'est Jésus-Christ qui l'accorde comme toutpuissant · texte numérisé non relu

C'est Jésus-Christ qui l'accorde comme toutpuissant

3.'' Le miracle s'opère en un instant. Il ne faut pas plus de temps pour le Taire que pour le dire.

Les apôlrcs , saint Pierre et saint Jean , disent au boiteux de la porte du temple, au nom de Jésus^ Christ, lève-toi et marche. Jésus-Christ n'est invoqué qu'en son nom (a).

Donc , il est reconnu Dieu ; donc , il se déclare Dieu.

§. CCIX. Toutes les circonstances de la Parabole du Roi, dont parle saint Luc , prouvent que Jésus- Christ est Dieu.

La parabole du roi y qui , en partant pour aller prendre possession d'une autre monarchie , donne une dragme à chacun de six de ses serviteurs, pour la faire valoir, etc. ; montre clairement que les juifs étoient des sujets rébelles ; que les autres hommes ayant reçu également des talens du ciel , les uns les ont cinployés utilement , et les autres en ont abusé ou n'en ont fait aucun usage, et que tous seront punis ou récompensés , selon qu'ils le mériteront (3).

DonC; i.° Jésus-Christ se déclare ici le roi des juifs

(i) Luc , th. i8 , f . 35 , eic. — (2) Actes des Apôtres , 3, i. 6. — (^) /Z»ù/.,cli. 19, t-12.

55l2 RÉFLEXIONS DIVERSES

et des autres hommes, puisque c'est à lui que toute cette parabole se rapporte.

1.^ Jésus-Christ se déclare souverain juge, qui se fera rendre compte un jour de l'usage qu'on aura fait des biens qu'il avoit confiés , et qui récompensera les serviteurs fidèles, punira les révoltés, les négligens et les dissipateurs.

3.° Jésus- Christ montre" enfin , par là , qu'il est prophèle , puisque la perte des juifs et la ruine de Jérusalem sont manifestement annoncées par ses paroles.

Donc, Jésus-Clirisl se déclare Dieu.

§. CCX. Jc'siis- Chris L accomplit les prophéties qu'il a faites de lui- nié me , et prouve ainsi sa divinité.

Jésus dit à Judas, en parlant de Marie, qui avoit répandu du parfum à ses pieds ; laissez-la en repos , afin quelle conserve ce parfurn pour le jour de ma sépulture (i). Marie ne cherchoit qu'à faire éclater sa reconnoissance, et honorer l'humanilé sainte du sauveur, comme la source de la vie de son ame et de la vie corporelle de son frère. Et Tintcntion du Saint- Esprit étoit de figurer et dlionorcr sa mort et sa sépulture par anticipation.

C'est ainsi que Jésus-Christ prédit tout ce qui lui devoit arriver, sa mort, sa sépulture, sa résurrection.

11 ajoute que ce que Marie fait, en prévenant ainsi ses funérailles , ou en réservant son parfum pour embaumer le corps de Jésus-Christ, sera annoncé dans tout le monde où son évangile sera prêché (2).

Il y a plus de dix-sept cents ans , que les hommes voient celte prophétie s'accomplir.

§. CCXI. L'entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem est comme le prélude de la victoire qii'il doit remporter sur ses ennemis , et e?i même temps la figure de son règns dans son église et dans les âmes.

Jésus-Christ accomplit ce que les prophètes avoicnt 1) Joann. , ch. 12 , y. <;.-«• (2) Math., tli. iS, ;/. 12 , etc^.

SUR JÉSUS-CIIRIST. 553

prédit de lui , par son entrée triomphante dans Jérusalem ; irioniphe où la simplicité et la majesté éclatent également (i). Il se fait annoncer sous le nom de maître à ceux à qui 1 anesse et l'ânon appartenoient j ils lui obéissent, et tout le peuple accourt pour lui rendre un hommage volontaire, llsluiappliquentceque David avoit dit dans le -psaume 1 17 j et Jésus-Christ est ainsi reconnu roi, par racclamation publique, afin ([ue ri^'n ue manquât à l'accomplissement des prophéties , qui a voient si souvent désigné le messie sous le nom de roi.

§. CCXII. Les larmes de Jésus-Christ sont en même temps prupkt'Liques et sanctifiantes.

Jésus-Christ accomplit les prophéties, et prophétise en même temps. Au milieu de son triomphe , il verse des larmes à la vue de Jérusalem, dont il prévoit et prédit la ruine et la désolation qui devoit être la suite et la punition de sa mort.

§. CCXITI. Je'sus- Christ cite les paroles de David ( ps. 8 ^ 3 ) , le jour de son entrée à Jérusalem , pour justifier le titre que les enfans lui donnaient de roi, de fils de David , et d'héritier de soti trône ; pour confondre l" envie des Pharisiens , l'aveuglement des docteurs de la loi, et V orgueil de la sagesse humaine ; enfin , pour prouver que les divers sens des livres saints se perfectionnent mutuellement.

La fécondité infinie des livres saints, porte l'empreinte delà divinité. Jésus-Christ rend sensible cette vérité (2). David chante les merveilles du Très-Haut, et fait éclater son admiration et sa reconnoissance. Vous avez tiré y dit-il au Seigneur ( ps.VlII , 3), une louange parfaite de la bouche des enfans et de ceux qui sont à la mamelle pour confondre vos ennemis.

Ces paroles, prises au sens moral, nous avoient appris que c'étoit le plus souvent aux petits et aux humbles , à ceux qui ont l'innocence et la simplicité des enfans , que le seigneur découvroit ses desseins

(i) Math,, ch.2i,|. I, etc. — (5) Joann.jCh. 12^ jr. 23,24.

5v)4 nÊFLEXIO^'S DIVERSES

et SCS ntyslcres. Et cependant J.'sus- Christ nons apprend que les paroles de David etoient encore plus prophétiques que morales. Il nous dit lui-même dans l'évangile, qu'elles ont été littéralement accomplies par les louanges que les enfans lui donnèrent lors de de son entrée à Jérusalem. Ce qui arrive à Jésus- Christ , dans celte circonstance , nous prouve encore que Dieu se plaît à se manifester aux humbles et aux petits , tandis qu'il se cache toujours aux grands et aux superbes. En effet , Jésus-Christ fut méconnu et rejeté par ce qu'il y a voit de plus savant dans la loi j et les enfans eurent le bonheur de chanter ses louanges. La conduite de Dieu, dans tous les temps et surtout dans les grandes révolutious , est de confondre la science et la sagesse humaine (i). Exallahitur Dominus soins in die illâ.

§. CCXIV. 1/ espérance de participer à la gloire de Je'sus-Christ nous détache de la vie présente.

« Celui qui aime son amc dans ce monde , la )) perdra ; et celui qui la hait , la conservera pour Y> la vie éternelle (2) «.

Celle morale sublime, entrevue de loin par quelques philosophes , a élé pleinement dévoilée et portée au plus haut degré de perfection par Jésus-Chris! ; ce divin législateur y a joint l'attrait et le motif de la récompense , que les philosophes ne pouvoient promettre (3). <( Si quelqu'un me sert, (jiiil me suive » (jusqu'à la mort). Mais où je serai, là sera aussi )) mon serviletir. Et quiconque me servira , mou M père l'honorera ou le comblera d'honneur ». Jésus- Christ nous a donné lui-même l'évangile, afin que nous suivions ses traces et la route qu'il nous a luimême marquée. Ce ne sont pas \(is œuvres de sa toute-puissance qu'il nous propose d'imiler j c'est sa conduite pleine de sagesse durant sa vie et à sa mort, qui doit être notre modèle, si nous voulons être honorés par le père.

(1) Isaïc, cil. 9., ;j;.. II. —(2) Joaun., ch. 12, ^. 25. — (3) Ibid., 12, f. 2(5.

SUR jÉsus-crinisT.' I!)55

§. CCXV. La confonnilc parfaite qui c'ioit entre la volonté humaine et la volaille di\'ine de Je'sus- Christ , ne le rendoil pas insensible a l'horreur naturelle de la mort.

Jesus-Christ montre qu'il étoit homme quand il dit : maintenant mon ame est troublée (i). Mais il montre qu^il e'îoit plus qu^homme, quand il se rafTcrmit lui-même en disant: wo/zpè/-^?, sauveZ'moide cette Jieure , pour faire voir que s'il l'eût voulu , son père l'en auroit sauvé ; mais il ne le veut pas , et il re'pond lui-même à sa prière, mais c'est pour cela, c'est-àdire , pour mourir volontairement et n'être point sauvé du trépas , que je suis venu à cette lieure.

Ce mélange admirable, de Dieu et de l'homme en Jésus-Christ, nous prouve que c'est par puissance et par sagesse qu'il a senti les foiblesses de notre nature.

§. CCXVI. Je'sus- Christ trouve sa gloire dans celle de son père , et le père trouve la sienne dans celle de son fils.

Dieu rend témoignage à Jésus-Christ, en présence des juifs et des gentils, qui étoient venus à Jérusalem.

Jésus-Christ s'écrie, après s'être troublé et rassuré lui-même : mon père ^ glorifiez votre nom; et une voix lui répond du ciel : je l'ai déjà glorifié , et je le glorijlerai encore.

§. CCXVIl. Les marques apparentes de faiblesse , mais commf; absorbées par la divinité , prouvent que Jésus-Christ éLoit en même temps Dieu et homme,

Jésus-Christ se trouble , et l'humanité implore le secours de la divinité. Mais, après avoir bien voulu. éprouver, ou plutôt produire en lui des mouvemens humains , il nous montre que la fin de lous nos troubles et de toutes nos agitations doit être de demander à Dieu qu'il glorifie son nom, sans avoir égard à notre ioiblesse. C'est par la même raison (jue voyant les uns

(i) Joann., ch. 12 , jr. 28, 29, 3o , 3i.

556 RÉPLEXIOÎSS rîVEP.S2S

étonnés delà voix qui se fit entendre du ciel, dire^ c'est un coup de tonnerre ; et les autres s'écrier : c'est un angecjuiluia parlé; il reprend la parole pour leur dire, ce n'est pas pour moi que cette voix a parlé, c'est pour vous ; elle vous annonce que le jugement du monde arrive , et que le prince du monde en va être chassé : montrant ainsi que c'éloil la gloire de Dieu et le salut du genre humain qui l'occupoit tout entier, sans aucun retour sur sa propre gloire.

Maintenant le monde va être votre Juge; maintenant le prince du monde va être chassé dehors^ et, lorscjue j'aurai été élevé au-dessus de la terre .j'attirerai tout à moi.

Celui qui parle ainsi , n'a pu être troublé que parce qu'il l'a voulu.

Il ne permet qu'un soupir à la nature; la divinité reprend aussitôt le dessus; il falloit montrer qu'il soufiroit volontairement et librement. Il n'avoit pris l'humanité qu'alin d'avoir à combattre et à vaincre pour la seule gloire de Dieu.

Le trouble l'ait voir qu'il étoit homme; le trouble volontaire, et arrêté comme il lui plaît, montre qu'il éloit Dieu. Joignez-y la voix du ciel, qui lui rend témoignage, la connoissanceinlime qu'il a des desseins de Dieu, la puissance contre le monde et contre le diable, la prophétie de sa mort et l'effet de sa mort ; qui peut ne pas reconnoîlre, dans cette apparence de foiblessc, toute la force et toute la grandeur d'un Dieu ?

5. CCXVIII. Les divines écritures nous annoncent également le règne éternel du Messie et les circonstances de sa mort ignominieuse.

M Nous avons entendu dire qne le christ demeurera » éternellement , etc. (i) «. Le lègne éternel dumessic étoit une tradition constante chez les juifs , fondé(; tl'ail leurs sur un grand nombre de prophéties ; mais les docteurs, dépositaires de celle vérité, ne dévoient

(1) Joami., ch. 12, j . 3 j.

pas laisser ignorer ce que les proplièles leur avoienJ; appris des liiimilialions du christ, qui précéderoient sa grande éiëvatiou. L'cjrgueil pliarisaïquc leur ferme les yeuxj ils ne veulent pas voir que l'ignominie de la croix est la seule roule qui conduit à la gloire.

^. CCXIX. Je'siis-CIirist seul est la lumière qui conduit a la vie ; c^étoit une de ses principales Jonctions de tirer les hommes de leur aveuglement.

Je'sus-Clirist s'appelle la lumière du monde : moi, qui suis la lumière, /e suis venu dans le monde ^ ajiti que celui qui croit en moi ne demeure point dans les ténèbres (i). Crojez, dit-il encore, crojez-en la lu" niière pendant que vous avez la lumière , ajin que vous deveniez des enfans de lumière , c'est-à-dire, destine's à parlicip'er à la ve'rilable lumière.

Jésus-Christ fait donc entendre par là qu'il est la lumière dans sa source, dans sa plénitude, lumière incréée, lumière par essence, non par emprunt ou par réflexion ; posséder, ou plutôt être une telle lumière, c'est être Dieu même.

§. CCXX. Jésus-Christ nest le Messie qu^autant qu^il est le sauveur des hommes.

L'objet de la mission de Jésus-Christ n'est point de condamner le monde , c'est au contraire de le sauver ; image et effet de la bonté de Dieu , qui , comme le dit saint Paul , veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connoissance de la vérité (2).

Le cantique de Zacharie nous apprend que Dieu en promettant le messie, Fa annoncé comme le sauveur des hommes et comme un sauveur tout-puissant, et erexit cornu salutis : ce prophète compte le salut des hommes pour accompli, dès que le sauveur est né, et que, par sa naissance les desseins de Dieu commencent à s'exécuter : le salut est donc l'objet unique

(0 Joami., ch. 12, y. 35. — {-i) Ibid.y cli. 12 , ^. 47.

des promesses , et l'on ne participe à ces promesses que par îa loi qui nous lait attendre le salut avec une ferme confiance.

§. CCXXI. La vérité jugera celui quelle ne justifiera pas.

Par qui sera jugé celui qui n'aura pas reçu le témoignage de Jésus-Christ? Ce ne sera point par Jésus- Christ même (i). w La parole, dit-il, que je lui ai M annoncée, ce sera cette parole seule qui le jugera » au dernier jour ».

Idée sublime du jugement dernier. La vérité^ pleinement manifestée aux hommes, les pénétrera jusqu'au fond de l'ame, et les forcera à se condamner eux-mêmes. Voir Dieu et se voir soi-même , c'est en quoi consistera la pleine conviction du coupable ; et la douleur éternelle qui en résultera sera son plus grand supplice.

J. CCXXII. Tout choit prescrit a Jésus- Christ par son père , jusqu'il la manière même dont il de\'oit parler.

« Je n'ai point parlé de moi-même 3 mais le père » qui m'a envoyé , m'a prescrit ce que je dirois et « ce que j'anoonccrois (2) ».

On ne parle bien que d'après Dieu, et Jésus-Christ estle seul qui n'ait rien dit que de cette manière ; c'est ce qui fait que ses paroles sont la vie éternelle, nonseulement parce (|u'elles renferment la route et le moven d'y parvenir , mais parce que la foi avec laquelle on les reçoit et on les pratique , est le germe de la vie éternelle.

§. CCXXI II. Rien n'est impossible it la foi qui n hésite point ^ c'est par cette foi que Dieu opère des miracles.

Jésus- Christ parle en maître à la nature; il dit au figuier stérile : tu ne porteras jamais de fruit; et le figuier sèche a l'instant. (3) Mais ce qui prouve encore

(i) .Toann. , th. 12 , v. .^8. — (2) Ibid. , cli. 11 , y. ^O- C3; Muth. , ch. 21 , |. i8 , cic.

StR JÉSUS-CHRIST. 55g

mieux qu'il est Dieu , c'est qu'il donne à ses disciples le pouvoir de faire de pareils prodiges, et de plus grands encore en apparence , comme de transporter les montagnes ; il n'exige d'eux , pour cela , qu'une foi qui exclue tout doute et toute incertitude j il n'a pas seulement fait ces promesses , mais il les a accomplies. Les apôtres ont cru , et ont fait des miracles. Quel autre qu'un Dieu peut parler et agir ainsi !

§. CCXXIV. Jésus-Christ nous a annoncé , en (Inverses manie rc s , la destruction des Juifs incrédules et la vocation des Gentils.

Rien ne prouve davantage l'aveuglement de l'esprit humain , que de rejeter la preuve éclalante de l'accomplissement des proplie'iics de Jësus-Glirist (i). Y a-t-il rien de plus lumineux que celles qu'il a faites dans la parabole de la vigne et des vignerons; qui exprime, d'un côté , la conduite des juifs à l'égard des prophètes envoyés de Dieu et de Jésus-Christ même, fils unique du père; de l'autre, le châtiment afTreux dont leur iuirratitude et leur déicide dévoient être suivis, la destruction entière de Jérusalem , la vigne ou l'hérilage céleste donné à des sujets plus dignes de le cultiver, le royaume de Dieu, c'est-à-dire, la religion transportée des juifs aux gentils; tout cela est prédit si clairement, que les princes des prêtres et les scribes s'en font l'application ; et tout cela s'est accompli à la lettre peu d'années après la mort du sauveur.

On lit une prophétie semblable dans la parabole du festin nuptial , préparé par le père de famille pour son fils. On peut dire que cette prédiction va encore plus loin, puisqu'elle annonce l'effet de la prédication des apôtres dispersés par toute la terre, et la maison du père de famille remplie de conviés bons et mauvais , avec le discernement qu'il fait des uns et des

(0 Maila.^th. 2i;f. 33.

56o héflexio^s diverses

autres, figure par le jugement qu'il exerce sur celui qui s'étoit assis sans avoir la robe nuptial, c'est-à-dire, sans porter par la foi et par les œuvres le caractère de Je'sus-Clirist : rien de plus clairement prédit, rien de plus réellement accompli.

^'. CCXXV. Dieu c tant fidèle , et incapable de manquer à sa parole et à ses promesses , il faut qu'il y ait une autre vie oit les he'riliers des promesses de Dieu en puissent recevoir l'efjet. Les livres saints qui contiennent ces promesses nous fournissent la preuve viclorieuse de l'immortalité' de L'ame.

« Et pour ce qui est de la résurrection des morts , n n'avez -vous point lu ces paroles que Dieu vous a » dites (i) : je suis le dieu d'ydbraham , le dieu d'Isaac, )) de Jacob; or, Dieu n'est point le Dieu des morts, » mais des vivans ».

Jésus- Christ n'a jamais mieux fait voir que la clef de l'intelligence des saintes écritures étoit entre ses mains , qu'en expliquant ce passage de l'exode aux saducéens. Pour sentir toute la force de la démonstration, donnée par Jésus-Glirist, il faut seulement traduire le mot Dieu selon le véritable sens qu'il a dans l'hébreux , où il signifie VEtre même , et l'auteur de tout iAve : per quem omuia, in qiio omnia , propier quem omnia vivunl. C'est donc comme si Dieu avoit dit à Moïse : je suis celui qui fait vivre Abraham , Isaac et Jacob , en qui, par qid existent Abraham , Isaac et Jacob.

DonCj i". Abraham, Isaac et Jacob ne sont point morts , c'est-à-dire, anéantis; ils vivent devant moi, par moi et p(jur moi : omnes enini illi vivant ; comme on le lit ici dans saint Luc, ou comme parle l'auteur du livre de la sagesse : visi sunt oculis insipientium mori , illi aiiteni sunt in pace (2).

2." Abraham , Isaac et Jacob ressusciteront un jour ; c'est moi qui suis l'auteur de leur être entier , c'est-à-dire, de leurs corps comme de leurs âmes : du

(i) Malh. , cU. 22, ^. \. I. -" {1] Sap.. chap. 3, f . 2.

SUR jésus-christ. 5Ci

lien qui les unit ainsi , puisque je suis leur Dieu , que je leur donne la vie corporelle comme la vie spiriluelle , je réunirai un jour ce que j'ai séparé pour quelque temps, et je ferai voir que je suis le Dieu , c'est-à-dire, le vivificaleur non-seulement du corps , et de l'ame séparée, mais de l'iiomme entier^ composé de l'un et de l'autre.

§. CCXXVI. Les vérités fondamentales de la morale ont été révélées par Jésus-Christ. La doctrine de ce divin législateur réunit ces deux caractères admirables , siniplieilé et fécondité.

Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans les deux grands préceptes de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain; il est surprenant que ces deux fondemens de Ions les devoirs et de toute la morale aient été si peu connus des anciens philosophes, et surtout le premier; s'ils ont parlé du second, ils ne l'ont fait qu'en passant et sans le regarder , comme un premier principe , comme une source féconde d'où découloient non-seulement les devoirs des hommes les uns envers les autres , mais toutes les lois qui forment le droit naturel, et à quoi les lois positives ne doivent avoir rien de contraire (i).

Simplicité et fécondité admirables de cette véritable philosophie, dont Dieu seul est l'auteur: on le connoilra encore mieux en méditant chacune de ces paioles , ex toto corde tuo , id est ex totâ voluntate tua., ex totâ mente tua, sive ex totâ inteiligentiâ y ex omni cogltatione tua, ex totâ anima tua, id est ex anima spectatâ , quatenus corpori unita est, quod idem est, ac si dixisset, ex omnibus humants actionibus , qui ah integro homine , secundnm corpus et animam. consideralo projicisciintiir , ex totâ virtute tua, seu ex totis viribus tuis , à Deo ut quidquid in nobis potentia est , aut saltem potestalis instar est, à Deo acceptum , ad Deum referatur.

(i) Maih., di. 2a, f. 3i.

D'Agaesseaiu Tome XK. 36

562 RÉFLEXIONS DIVERSFS

§, CCXXVII. Le psaume (109) n'a pour objet que le Messie ci ses augustes qualités de Roi et de jr'ontife. David , éclairé par Vesprit de prophétie , reconnoil dans ce cantique que Jésus- Christ est son Seigneur , qui est assis à la droite du Très-Haut , quoiqu'il doive aussi être son fils ; donc , le Messie ne sera pas seulement honuiie , mais Dieu et égal à Dieu.

L'arf2;ument que Jésus - Cliiist litre du premier verset du psaume 109, ferme la bouche aux pharisiens, qui ne pouvoiont uier^ ni que ce psaume fût de David , ni que les paroles rapportées par Jésus- Christ ne fussent pas vérilablemcnt dans ce psaume, ni que le terme (\q, Dotniniis en hébreu ne s'applique à Dieu perpélucllcment dans les psaumes, ni que celui à qui Dieu parle dans ce psaume , n'y soit représenté comme ayant reçu l'empire et étant né avant l'aurore; comme le pontife éternel , selon l'ordre de Melchisedec , ni par conséquent que ces paroles dixit Dominus Domino meo, ne pouvoient se rapporter li David, et qu'elles ne pouvoient s'enlendre que du messie , comme ministre, Seigneur et Dieu de David, qui n'est ici que l'historien de ce que Dieu a dit du messie (i).

^. CCXXYIII. Jésus- Christ est le seul docteur de la justice , prédit par les Prophètes.

Il n'y a qu'un père, c'est celui qui est dans le ciel ; il n'y a qu'un maître et un conducteur, c'est le christ, parce que lui seul est le maître intérieur qui , comme verbe, lumière et vérité éternelle, éclaire tout esprit créé et découvre toute vérité, et qui , comme sauveur, ensei£i;ne aux hommes la vérité, en la leur faisant aimer (:?). Toute la relij^ion est donc renfermée dans ces deux mots.

(i) Malh. , ch. 22, f. 4». — (2) Uid.fCh. 23, ^'S,q.

§. CCXXIX. La morale est toujours la même sous la loi et sous l'JE\'angiic. Ce n'est que par Je'sus- Christ qu'on connoic les mystères de l'Evangile , caches sous les Jigures de l'ancienne loi.

« Vous avez laissé, vous avez abandonne ce qu*il )i y a de plus grave, de plus important dans la loi^ » la justice , la miséricorde, la f(ji (i) ».

Donc la foi apparlenoit à la loi, et c'est ici que se vérifie, comme ailleurs, celte parole, apeniit illls sensiim ut intelligerent scripturas ; et ce (jue dit saint, Paul , velamen in Icclione veterix leslamenù manct non revelalum , quoniani in c/iristo evaciialur (u). Que de chrétiens qui ont sur leur cœur ce voile judaïque. Faut-il s'étonner qu'on demeure dans l'avei-^lement, lorsqu'on ne cherche dans les écritures ni Dieu^ ni Jésus-Christ, ni ses devoirs, ni les moyens de les accomplir.

§. CCXXX. Les prophéties , rapportées dans les trois Ei^tngiles , sur la prise de Jérusalem , la ruine du temple et de la nation juii'e , sont claires , précises et très-bien circonstanciées, et l'accomplissement littéral de ces prophéties prouve la divinité de Jésus- Christ.

« Voyez -vous ces grandes structures ( du temple M de Jérusalem ) , il viendra un jour qu'on n'y lais- » sera pas pierre sur ])icrre (3). »

Prophétie aussi claire que réellement et promplement accomplie.

Ce n'est pas seulement le fait qui est prédit en f^énéral , ce sont aussi les signes qui doivent précéder cet événement et ses principales circonstances, comme la suite du même chapitre le fait voir.

(( Lorsque vous entendrez des biuits de guerre, de » séditions ou de guerres civiles, ne soyez point Irou- » blés, cela doit arriver, mais la lin ne viendra pas n sitôt ».

(0 Malh. , ch. 23 , f. i3. — {o.) i Corinth. , ch. 3, j.'. i4. — (3) Malh., ch. 2 ;; Marc , cl». i3 j Luc , ch. .21.

564 RKFLFXIONS DIVERSES

C'est la peinture de ce qui se passa après la mort de iNéroi) , trente ans après.

La naiion s'éleva cmitre la nation , et l'empire contre l'empire; Otlion contre Galba; Vitellius contre O'iiori; Vespasien contre Vitellius; l'Orient contre rO.riclonl.

Des tremblemens de terre , des famines , tout cela s'est vérifié par l'événement.

» Avant ce temps vous essuierez de grandes per- » sécutious ; vous serez cités dans les synagogues , » et devant les tribunaux : tout cela est encore ar- )^ rivé.

» L'évangile sera prêcliée dans toutes les parties )) du monde, avant la dernière désolation de Jéru- )) salem ». L'événement a justilié aussi celte prédiction.

« Ne soyez point en peine de ce que vous répon- » drez aux persécuteurs , le Saint-Esprit parlera par » votre bouche.

» Plusieurs d'entre vous seront livrés a la mort. )) Vous serez un objet de liaine et d'exécration. » Plusieurs d'entre vous seront troublés, et la chai) rite s'éteindra dans leurs cœurs.

» Beaucoup de faux prophètes s'élèveront, et plu- )) sieurs tomberont dans l'illusion ».

De ces signes généraux et plus éloignés, Jésus-Christ passe à ceux qui précédront de plus près la ruine de Jérusalem.

« Lorsque vous verrez Jérusalem assiégée par des » armées, les aigles romaines, plantées où elles ne ») devroient pas être, l'abomipation de la désolation » dans le lieu saint.

M Que ceux qui sont dans la Judée fuient vers les M montagnes, etc. ».

Il n'y eut de sauvés que ceux qui suivirent ce conseil, et dont une grande partie se rél'ugia à Pella.

« La tribulation sera si grande, que le monde n'en » a pas vu et n'en verra point de pareille » : nulle mémoirt; en effet, nul exempie d'un siège pareil à celui de Jérusalem, et d'uuesi grande désolation.

SUR .lÉSlS-CIIKlST. ^>0j

En voilà assez pour montrer la vérité de la prédiction, et en générai, et dans toutes ses parties: il scroit aisé d'ajouter ici un plus grand détail, etc.

§. CCXXXI. La rapidilc de la prédication de l'Evangile , et la dispersion de la nation juive , qtd a porte' partout les marques de la vengeance divine , sont autant de preuves victorieuses de la vérité de la Religion chrétienne.

« Comme l'éclair part du levant , et touclie en » même temps à l'occident , telie sera l'apparition M ou la présence du fils de l'homme (i) ».

Comme cette prédiction est entièrement jointe a celle du siège et de la ruine de Jérusalem , la présence du fils de l'homme , ou le signe , ou le prodige du fils de l'homme, doit s'entendre de la vengeance terrible que Dieu exerça manifestement sur les juils coupables d'un déicide.

C'est pour cela qu'il est ajouté immédiatement : partout oh sera le corps ou le cadavre , là s'assembleront Les aigles-^ et soit qu'on entende ces mots, des aigles romaines, soit qu'on les prenne dans le sens Dalurel, pour exprimer les oiseaux de proie, ils marquent toujours que la destruction de la nation Juive sera entière; qu'elle ne sera plus que comme un cadavre dont les restes mêmes seront enlevés par les aigles, par les vautours et dispersés dans toute la terre, etc.

Tout cet endroit demanderoit une explication suivie et détaillée; mais le résultat est que tout ce qui est dit ici en termes figurés et en style prophétique, s'est accompli à la lettre dans la destruction de Jérusalem , où le signe du fils de l'homme, c'est-à-dire, les marques de la vengeance divine , a éclaté sur les juifs coupables de la mort du fils de Dieu, et où il a manilèslé sa puissance par un événement que les païens mêmes ont regardé comme la punition du plus grand de tous les crimes.

(0 Math. , ch. 24 ■> f- ^6» *7*

OCG REFLEXIONS DIVERSES

^. CCXXXII. Jésus-Christ est l'objet principal de tout Vancien testament.

Toutes les images cl'Abel , d'Isaac , de Joseph , de l'agneau pascal (i); toutes les figures des cérémonies et des sacrifices de Ja loi; toutes les prédictions de David, de Saiomon , d'isaïc , de Jérémie et des autres proplièles , sur les humiliations , les douleurs , la mort du messie , se trouvent accomplies dans la passion de Jésus -Christ ; en sorte qu'il est véritablement , selon saint Paul , finis legis , et selon saint Jean , agnus occisiLS ab origine mundiy et selon saint Pierre, ûgnus intmaculatiis et incontaininatus , prœcogniUis fjiiidem , ante niundi constitutioneni , manifestatus auteni novissimis temporibiis proplcr nos (2).

5. CCXXXIII. Dieu dirige tous les e'vénemens pour l'exécution de ses desseins , et tes fait servir à l'accomplissement des prophéties.

n Vous savez que la Pâque se fera dans deux jours , » et que le fils de l'homme sera trahi et livré pour » être crucifié (3) ».

Jésus-Christ répète la prédiclion de sa mort, comme connue de ses disciples, à ([ui ils l'avoient annoncée plusieurs fois, et il en marque précisément le jour.

Les pontifes et les prêtres craignent de prendre ce temps pour le (aire mourir ; cependant , contre leur dessein , la prédiclion s'accomplit , et les ajiôtres s'écrient avec raison : ils se sont assemblés dans cette ville contre 2)olre saint fils Jésus (4); et pourquoi? Pour faire tout ce que votre main et votre conseil avoient déterminé devoir être fait: facere qiiœciimqne manus tua et consilium decreverunt Jieri.

L'homme , à qui toute la loi se rapporte, comiiie à son unique objet; l'homme, en qui toutes les prophéties se réunissent et s'accomplissent ; l'homme ,

(i) Apoc. , cil. i3, ^. 8. — (2) I. Pclr. cli. i, y. 19, 20, •— (3; Malh. , ch, 26, y. 2, — \'\) A,cl, , cap. 4 , i^. 27 et 28.

jfe.

Sun jFsrs-r.KRTST. SGj

à qui Dieu révèle si clairement l'avenir , et dont il exécute toutes les paroles , est celui qui a dit tant de l'ois et si clairement qu'il e'toit Dieu.

§. CCXXXIV. On a droit de regarder comme des pre'dicdonS les honneurs extérieurs que Marie rend au mystère de la sépulture de Jésus- Christ, avant même son accomplissement

î^e parfum que Marie répand sur les pieds de Jésus-Glirist étoit une action prophétique qui annoncoit sa mort et sa sépulture : on a droit de présumer qu'elle avoit reçu des lumières extraordinaires sur la mort prochaine de Jésus-Christ (i). Cette femme , par son action , remplit un dernier devoir de piété à regard de son Sauveur, et fait en même temps une nouvelle prédiclion de sa mort et de sa sépulture. Ce qu'elle a fait sera raconté partout où mon évangile sera annoncé , et il le sera dans tout le monde. C'est ici une aulre prédiction qui s'accomplit depuis plus de dix- sept cents ans.

§. CCXXXV. Jésus -Christ parle toujours en Dieu, au moment A même de ses opprobres et de sa mort. On voit que c'est le

maître de l'univers qui va les souffrir.

Jésus-Christ , à la veille de souffrir la mort et toutes les iudignilés qui la précédèrent, parle et agit toujours en Dieu qui connoît l'avenir et qui dispose des volontés, comme on le voit dans l'ordre qu'il donne à saint Pierre et à saint Jean , sur le lieu où il devoit faire la vraie Pàquc (2). Cet ordre et l'oLéissancc des disciples, font voir que c'est un Dieu qui parle et qui se fait obéir quand il veut. Il prévoit ses souffrances et sa mort comme Dieu , et les attend comme homme.

§. CCXXXVI. La connoissance du fond des cœurs , que Jésus- Christ possédait, est un attribut de la Divinité.

Jésus- Christ connoît celui qui doit le trahir, et il

(0 Mat])., ch. 26 , y. i3, 14. — (2) Ibid. , ch. 36; f. 17.

568 RÉFLEXIONS DIVERSKS

ne l'empêclie pas , parce qu'il falloit que le fils de rbomme s'en allât , selon qu'il avoit été prédit de lui j c'est ainsi que, dans le même moment, Jésus- Christ prophétise et accomplit les prophélies , et cela contre lui-même (i).

§. CCXXXVII. Dieu conjînne , par des miracles et par des prophéties , tout ce quil dit.

Jésus-Christ est sorti de Dieu , et il est rentré dans Dieu : le père a tout remis entre ses mains (2). Les apôtres l'appellent le maître, le docteur, le Seigneur; et ils font bien , car il l'est en eftet. Force de toutes ces expressions réunies : un simple homme , une simple créature, peuvenf-ils parler ainsi j et, s'ils osoient le faire, Dieu confirraeroit-il ces paroles jpar le don des miracles , des prophéties , etc.

§. CCXXXVIII. L^ Eucharistie est un miracle perpétuel que la Divinité peut seule opérer.

L'institution de l'Eucharistie a été figurée par le sacrifice de Melchisédec : image la plus parfaite, selon saint Paul , du sacerdoce de Jésus-Christ , prédite par Malachie , in omni loco offertur mihi oblatio miinda; conlirmée par la pratique de tous les siècles, de|)uis Jésus-Christ, et substituée à la place de tous Jes sacrifices de l'ancienne loi (3). Quel autre qu'un Dieu a pu promettre ainsi un miracle perpétuel ? Se faire croire par ceux à qui il le promettoit , et en faire un acte public , solennel , continuel et perpétuel de religion. Ces paroles, hoc facile in meani commemorationem , étoient vraiment prophétiques.

5. CCXXXTX. Jésus Christ prédit la trahison de Judas et les effets admirables qu'elle dcvoit produire. Dieu fait servir la malice des hommes à l'exécutiou de ses desseins; et les humiliations de Jésus- Christ sont la source de sa gloire et de celle de ses Disciples»

Jésus-Christ prédit qu'il va être trahi et livré par

(i) Math., cil. ■?.fi,f. 21. — (2) Joann. , ch. i3, jr. 5. — (3) Malh., cb. j.G., y. 26.

SUR JÉSUS-CHRIST.' 56c)

un de ses apôtres (i.). Il prophétise en Dieu tout ce qu''il va souflrir volontairement coinnie homme. Judas sort , ayant consommé dans son cœur le dessein de trahir ^on maître, el Jésus-Christ s'écrie : maintenant le fils de l'homme est glorifié , et Dieu est glorifié en lui; si Dieu est glorifié en lai, Dieu le glorifiera aussi en soi-même , et ce sera bientôt qu'il le glorifiera. Quel autre que celui qui avoit une communication intime avec Dieu , pouvoit tirer cette conséquence de la perfidie de Judas? Quelle énergie dans ces expressions : le fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui ; réciprocité , égalité de la gloire que le père donne au fils, et que le fils rend au père. Quel autre que Dieu a pu tenir ce langage ?

Enfin , cette prédiction dVine glorification prochaine est accomplie le troisième jour suivant , et c'est par une mort honteuse , cruelle , que Jésus- Christ s'ouvre la route à cette gloire (a). Comment saint Paul n'auroit-il pas raison de s'écrier, après cela : quod stultum est Dei, sapientius est hominibus , et quod infirmum est Dei , fortius est hominibus y et d'appeler le christ Del virtuteni et Dei sapientiam.

Celui qui va mourir dans l'ignominie et dans les douleurs promet , en même temps qu'il l'annonce , un royaume à ses disciples , et un royaume tel qu'il l'avoit reçu de son père • c'est-à-dire , invisible , et aperçu seulement par la foi , mais immense et éternel (3). Il se fait croire et suivre crucifié par des apôtres qui le sont ensuite comme lui.

5. CCXL. La foi de saint Pierre affermit celle de ses frères.

Jésus-Christ a prédit que la foi de Pierre ne manqueroit point : elle n'a point manqué , et elle ne manquera jamais. Il a prédit que Pierre affermiroit ses lières : on le voit accomplir cette prédiction d'abord après l'ascension et l'effusion du Saint-Esprit (4).

(0 Math., ch. -îG , f. -20. — {1) Joann., ch. xZ^^.i']. — (3} Luc , ch. ■22 ,if. 29. — (4) ^l'id' 5 ch. 22 , :v^. 32.

La même prophelie s'est accomplie dans tous les siècles , ou , s'il y a eu quelques nuages , ils ne sont lombes que sur les personnes. Le siëf,'e et Ja succession de Pierre n'ont jamais manqué , et elle n'a pas cessé d'affermir la loi des autres églises.

§. CCXLI. Excellence de la doctrine de Je'siis- Christ sur l'amour du pro^ckain.

« Je vous donne un commandement nouveau , » c'est de vous aimer les unsies autres (i) ». Pourquoi nouveau ? N'étoit-ce pas un des premiers préceptes de la loi ? Mais il n'en est pas moins nouveau par la manière dont il est donné : aimez-vous les uns les autres comme fe vous ai aimé; c'csl-à-dire, que, comme je vous ai aimé jusqu'à donner ma vie, et me sacrifier tout entier pour vous, qui étiez mes ennemis , ainsi, vous devez être prêt à vous immoler pour le salut de vos frères, et à mourir pour ceux mêmes qui vous haïssent; perfection de l'amour du prochain , (jui fait le caractère de la loi nouvelle. C'est a celle marque qu'on reconnoîLra si vous êtes mes disciples , c'està-dire , lorsque vous vous aimerez réciproquement comme je vous ai aimé.

Prophéties accomplies dans les premiers chrétiens , dont les païens disoient : vojez comme ils s'aiment.

§. CCXLII. Jésus- Christ connaît l'avenir, cl celle prescience est un caractère de dii'inité.

Jésus-Christ fait de nouvelles prédictions à mesure qu'il approche de la mort (2). Saint Pierre le renoncera trois fois avant le chant du coq (3). Il faut vendre son manteau pour acheter une épée ; ce qui sij^nilioit les guerres civiles et étrangères , dont la Judée alloit être affligée. Ce qui a été dit de moi ^ et il a été mis au nombre des injustes ^ ou des rebelles

(0 Joann., cb. i3, Tlf . 3/,. — (2) Luc, ch, 22, '^, Z\, etc. — (3} Joauu. , ch. i3, y. 38.

SUR JÉSL'S-CIIRIST. ^"Jl

à la loi, va être accompli. Tout ce f[ui me j'cgarde tend à sa fin (i).

Quel homme a lu si clairement dans l'avenir, et a parlé de sa mort avec une connoissancc si intrépide!

§. CCXLIII. Jc'sus- Christ veut que l'on ait de la foi en lui comme en Dieu. Le trouble du cœur prouve que l'on manque de celle foi.

« Que votre cœur ne se trouble point, etc. Croyez » en Dieu , croyez aussi en moi (2) ».

Jésus-Christ n'est occupé que du soin de rassurer ses disciples , il va être livré à la mort ; et il ne craint rien pour lui-mcme ; il ne craint que pour ses disciples , et comment les rassure-t-il , en s'égalant à Dieu ? V^ous croyez en Dieu , croyez aussi en moi. Quel sens auroient eu ces paroles, s'il n'avoit pas élé Dieu ? Sans cela , quelle confiance auroit pu inspirer un homme qui , selon les apparences , ne pouvoit se sauver lui-m; me des mains de ses ennemis?

§. CCXLIV. Jc'sus- Christ annonce à ses Disciples que sa mort sera la source de leur gloire.

« Il y a plusieurs demeures dans la maison de » mon père ; je vais vous y préparer la place ; je » reviendrai et je vous prendrai avec moi , afin que » là où je suis vous y soyez aussi (3) w. Il ne promet qu'une demeure invisible, une félicité future, et l'assurance de tout ce qu'il promet est qu'on va le voir muurir sur une croix. Il assure la foi de ses disciples par tout ce qui pouvoit l'ébranler, ou plutôt l'éteindre entièrement.

§. CCXLV. Jésus- Christ est la voie qui conduit à la vie , noU' seulement par ses exemples , mais encore par ses me'rites.

« Je suis la voie, la vérité et la vie (4) ».

On comprend bien qu'un simple homme puisse

(1) Isaïe, ch. 53, ^r. 12. — (2) Joann., ch. i4, i. i. — (3) Ibid, , cii. 14 , ]'. 2'. -. ( •) ihid. , ch. 14 , t- 6.

être appelé la voie qui conduit à Dieu , par sa doctrine et par ses exemples ; mais qu'un simple homme ose dire : je suis la vérité et la vie j comme possédant l'une et l'autre dans la plénitude et par essence , et que cet liomme fasse des miracles infinis , qu'il connoisse l'avenir comme le présent , et que Dieu le ressuscite comme il l'a prédit j c'est ce qui est absolument incompréhensible. Dieu seroit contraire à luimême ; Dieu ûc seroit pas Dieu , si celui qui parle ainsi , et dont l'événement justifie les paroles, n'étoit pas Dieu lui-même.

C'est ce qui fait voir encore que le terme de voie a un sens plus élevé et plus parfait que celui qu'on vient d'indiquer. Jésus-Christ n'est pas seulement la voie par sa doctrine, par ses exemples ; il l'est à titre de mérite , comme nous ayant mérité la grâce qui nous fait marcher vers le père , et arriver au terme de la félicité : grâce supérieure encore à la lumière , qui ne sert qu'à nous montrer le chemin, sans nous y faire marcher en eflel. C'est ce que prouvent ces paroles : personne ne vient au père, si ce n'est par moi; par moi, comme lumière; par moi, comme modèle 3 yOrt/' moi , comme médiateur, comme ayant mérité , pour mon corps mystique , la grâce sanctifiante qui fait marcher et arriver.

5. CCXLVI. La doctrine cc'leste de Jésus-Christ , rapportée dans saint Jean, prouve (ju'il éloil Dieu et hornine tout ensemble.

« Dès maintenant vous connoissez mon père , et » vous l'avez vu (i). Celui qui m'a vu a vu mon » père ; je suis dans mon père et mon père est en » moi : les paroles que je vous dis, je ne les dis pas » dé moi-même , c'est mon père, demeurant en moi ; » c'est mon père qui , lui-même, fait les œuvres que » vous voyez. Tout ce que vous demanderez en mou » nojn , je le ferai , alin que le père soit j^iorifié dans » le fils; je prierai mon père, et il vous enverra un

(i) Jounu. , cl». i4, f. 7, etc.

SLR JÉSUS-CHRIST. 5']3

» autre consolateur qui demeurera en vous jusqu'à » Féternilé ; l'Esprit-Saint , l'esprit de vérité , que » le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit » ni ne le connoÎL j mais vous le counoilrez , parce » qu'il demeurera en vous; vous connoîtrez alurs que » je suis dans mon père , vous en moi , et moi en » vous ; celui qui m'aimera sera aimé de mon père ; » nous viendrons dans lui , et nous y ferons notre » demeure. Le consolateur , l'Esprit-Saint , que le » père enverra en mon nom , cclui-ià vous enseignera » toutes choses , et il vous rappellera le souvenir de » tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix , )) je vous donne ma paix , non telle que le monde » la donne. Je vous prédis toutes ces choses avant » qu'elles arrivent , afin que , lorsqu'elles seront ar- » rivées, vous croyiez m.

Qui peut parler ainsi , qui peut promettre , qui peut annoncer des vérités si sublimes, si admirables, si inconcevables , sans être Dieu même !

Mais Jésus-Christ n'étoit pas seulement Dieu , il étoit aussi homme, et c'est pour cela qu'il ajoute tout de suite : si vous m'aimiez , vous seriez dans la joie y ■parce cjue je vais h mon père^ car mon père est plus grand cjue moi (i).

Ainsi , cet endroit de Jean rassemble tout ce qui prouve la divinité et l'humanité réunies dans Jésus- Christ. Tout ce qui précède démonirc l'égaliié, l'identilé , l'unité du verbe avec le père , et ce que Jésus- Christ y ajoute montre que celui qui est le méoie que le père, on qui est un avec lui par la divinité , est inférieur à lui par l'humanité.

§. CCXLVII. Jésus- CJirisl réserve, les plus grands miracles à ses Apôtres , et, dans la suite des temps , à tous ceux qui imiteront leur confiance^ et qui pariiciperonl au même don.

« Si quelqu'un croit en moi les œuvres que je fais >> il les fera aussi, et il en fera de plus grandes (2) ». La prédiction a été accomplie. L'ombre seule de

(1) Joanii., th. i4 , y. 28. — [p) Ibid. , ch. i^, y, 12.

t)'j^ RÉFLÏXIOIS'S DIVERSES

Pierre a guéri les malades ; un seul de ses discours a converti trois mille hommes ; un autre, cinq mille; le monde entier a embrassé la religion. Ce petit nombre de disciples, qui avoit suivi Je'sus-Ghrist , qu'e'l,oiL-ce en comparaison de l'univers ? Hérode se moqua de Jésus-Christ ; PiJate le respecta , et ne laissa pas de le condamner j mais, après la mort et la résurrection du Sauveur, on a vu , à la prédication des apôtres et de leurs successeurs , les empereurs et les rois descendre de leurs trônes pour adorer la croix.

§. CCXLVllI. Jésus- Christ est la vie sans qui rien ne se fait , avec qui et en qui tout st fait.

« Comme la branche de la vigne ne peut porter )) du fruit si elle ne demeure dans le tronc de la » vigne , ainsi vous n'en pourrez produire aucun , )) si vous ne demeurez en moi (i). Celui qui demeure » en moi , et en qui je demeure , portera beaucoup » de fruit; car, sans moi, vous ne pouvez rien faire. Si )) vous demeurez en moi, et si mes paroles demeurent >) en vous, demandez tout ce que vous voudrez , et » il vous sera donné , etc. ».

Tout cela est renfermé dans ce que Jésus- Christ avoit dit plus haut : je suis la vérité et la vie.

La vérité. Tout ce que je dis , tout ce que je promets , arriveront infailliblement.

La vie. Toute puissance , toute force , tout germe de vie sont en moi; je suis l'être et le principe de tout être; avec moi et par moi tout est possible; sans moi , sans ma vertu toute-puissante, vous ne pouvez rien faire.

Un autre que Dieu peut-il parler ainsi , et se déclarer la puissance véritable, la cause universelle et seule eiTicacc.

(0 Joann. , cli, i5 , f. 4.

§, CCXLIX. Dieu aime, son fils, et nous dans son fils; il attache son amour et l'eternilc de son amour à l'acconiplissemeni desa loi.

« Je vous ai aimé comme mon père m'a aimé; de- » raeiirez dans mon amour, comme je demeure dans M l'amour de mon père (i). Si vous gardez mes pré- » ceptes , vous demeurerez dans mon amour; comme » j'ai gardé les préceptes de mon père et comme je de- )> meure dans son amour ».

L'évangile compare perpétuellement les préceptes de Jésus-Christ avec ceux de Dieu , l'amour qu'on a pour Jésus - Christ , avec l'amour qu'on a pour Dieu. Partout on y voit qu'il faudroit que Jésus- Christ eût été un blasphémateur, ce qui est également horrible et insensé, ou qu'il faut nécessairement qu'il soit Dieu.

§. CCL. Tous les commandemens de la loi se re'duisent à aimer Dieu et le prochain ; simplicité et fécondité qui caractérisent la doctrine de l'Evangile.

Quelle morale plus pure , quelle doctrine plus sublime , plus digne d'un Dieu , plus convenable à la nature de l'homme, que celle qui réduit tout à l'amour de Dieu et de Jésus-Christ Dieu, et à l'amour du prochain î Tota lex et proplietœ. Qui définit cet amour , la pratique fidèle des commandemens , ou la conformité, l'identité de notre volonté avec celle de Dieu, et qui, pour nous exciter à cet amour, nous montre que Dieu, que Jésus-Christ nous ont aimés les premiers, traitant la créature avec tant de bonté, et pour ainsi dire, d'égalité, qu'il ne demande qu'amour pour amour. Peut-on lire sans émolion les endroits de l'évangile où Jésus-Christ réunit les expressions les plus tendres et les plus touchantes , pour nous faire sentir tout l'amour qu'il a pour nous. Du néant j il a fait l'être; d'une créature natureilemcat

(i) Joann,, ch. i5, f.^.

5^6 IlÉFLEXIONS DIVERSES

esclave , il en fait ses amis , ses frères , ses cohéritiers, en commençant par mourir pour nous (i).

Quelle religion a jamais rien fait entrevoir de si consolant ! Partout elle nous montre l'amour de Dieu pour son fils, l'amour que Dieu a pour nous dans son fils, l'amour de Jésus-Christ pour son père , et l'amour que Je'sus-Christ a pour nous.

§. CCLI. Souffrir et gémir; telle est la condition de l'Eglise et de la vérité sur la terre.

« Le monde m'a haï et il vous haïra , parce que » vous n'êtes pas du monde , et que je vous en ai » séparés. Il m'a persécuté et il vous persécutera. Il j) a épié mes paroles, il épiera les vôtres. Voilà ce » qu'il vous fera en haine de mon nom. Us vous » chasseront des synagogues (2). Ou (pour rendre le terme grec plus Jitléralement ) ils vuus excommu- :» nieront , ils vous proscriront de leur société , et 3> l'heure vient que quiconque vous tuera , croira » oflrir un culte agréable à Dieu (3) ».

Voilà ce que Jésus-Christ annonce et on le suit :

L'effet a répondu à ses prédictions; les souffrances, le sang même des disciples de Jésus-Christ ont affermi leur foi, bien loin de l'ébranler.

Jésus- Christ prédit ainsi par avance, les maux que soufiiiront ses serviteurs, et pourquoi? afin quils s'en, souviennent quand la chose arrivera , et que leur foi croisse par ce souvenir.

Parcourons les divines écritures, dit Tertullien , on n'y promet aux fidèles que la contradiction du mon(ie , les persécutions , les souffrances et la mort j c'est à ces conditions que nous sommes chrétiens.

Telle est la condition de la vérité sur la terre; elle le sait et n'a garde de s'en plaindre ; c'est dans le ciel qu'elle attend son repos et qu'elle a placé ses espérances, parce que c'est du ciel qu'elle tire son

(1) Joann., cli. i5, ;^.(), lo.— (2) Ibid. , cli. i5, |. 19,20. — (3; Ibid. , ch. 16 , jr. %.

SUR jésus-chrtst. Sy^

origine. Née sur la croix, disent les pères, et nourrie dans les persécutions , la religion de Jésus-Christ , et sa victoire sur le monde doivent se consommer dans les humiliations et les souffrances.

§. CCLII. Tout vrai miracle donne droit de conclure la vérité de la doctrine en faveur de laquelle il est opéré. Résister à la voix des miracles , c'est résister à la voix de Dieu même.

« Si je n'étois pas venu et si je ne leur avois pas » parlé , ils n'auroient point de péché. Si je n'avois » pas fait des œuvres à leurs yeux, que nul autre » n'a fait, ils n'auroient point de péché (i) ».

Les vrais miracles sont l'apanage incommunicable de la véritéj une doctrine prouvée par les miracles n'a plus besoin d'autres preuves pour e!re reçue, parce qu'elle est nécessairement vraie et émanée de Dieu. La fin des miracles est de servir de témoignage à la vérité, et la vérité ne peut pas se combattre elle -même 5 Dieu ne peut pas se contredire lui-même, se ipsiim negare non potest.

« Pourquoi ne jugez-vous pas vous-même de ce » qui est juste, disoit Jésus-Christ au peuple témoin » de ses miracles (2) » ? Si vous ne croyez pas à mon témoignage, croyez à celui de mes œuvres 3 elles attestent que je suis l'envoyé de Dieu. Pourquoi Jésus- Christ adresse-t-il cette parole à tous indistinctement? C'est que la preuve des miracles tire sa force primitive et directe, de l'usage légilime et raisonnable des sens, dont tout le monde est capable. C'est donc pour tous les hommes et pour tous les temps , q'i'en genre de miracles il est écrit : « Jugez par vous-même M de ce qui est équitable ». Ces paroles et \es œuvres de Jésus-Christ prouvent donc également sa mission et sa divinité.

(i) Joanu., cil. i5, ;)^. 26. — (2) Luc, ch. 12, ;^. 57.

D'Jguesseau. Tome XV. 87

!jnS nÉFLEXIOJNS DIVERSES

Q. CCLIII. La Triin'lé, ce grand mystère de la Joi clivctiennc , est cUiirerneiil rt'vélée dans le saint Evangile. Jésus- Clirist s'y montre partout, non-seulement égal au père , mais un avec le jjère. -^ '

t( Lorsque je serai allé rejoindre mon père, j'en- ■5) verrai i'Esprit-Saint, lecDiisolateiir vers voiis(i). . . *) Il vous ouvrira la voie, il vous conduira comme » par la main , pour vous faire parvenir à l'enlière 0) verilé; il vous dévoilera les choses; il ne parlera o» point de lui-même, mais ce qu'il a entendu il l'ex- » pliquera, il me glorifiera, par ce qu'il prendra de » ce qui est à moi , et il vous l'annoncera ».

Donc, le fds envoie le Saint-Esprit comme le père; donc, tout se ramène à l'unité. Tout vient du père, le fds est eugendré parle père; le Saint-Esprit procède du père et du fils. Jésus-Christ dit ici du Saint- Hsprit, ce qu'il a dit ailleurs de lui-même, qu'il annonce ce qu'il a entendu, ce qu'il sait par son père; il prend ce qu'il annonce dé la mcme source que le lils , et , comme ils sont eux-mêmes cette source par la divinité qui est une en eux , le iiJs reçoit du ])èrc, et le Saint-Esprit reçoit du père et du fds. Ce qui est au fds est au Saint-Esprit comme au père, par i^unité ds l'essence, qui n'empêche pas la distinction des personnes : enfui , le Saint-Esprit glorifie le fils, comme le fils glorifie le père, et le père réciproquement glorifie le fils et le Saint-Esprit, la gloire qui est propre à chaque personne leur étant aussi commune.

Quel autre qu'un Dieu a pu parler ce langage, qui égale si manifestement Jésus-Christ à Dieu, ou ])lutot qui fait si Lien sentir qu'il n'est qu'un avec Dieu? Pourroit-on douter que ce ne fût là le vérilable sens des paroles de Jésus-Christ? Il le fixe lui-même lorsqu'il veut bien nous expliquer la raison de ce qu'il vient de dire.

(0 Joann. , cil. 21, ^. i3, i-î-

Sur jÉsus-cHîiTST. S^o

w Tout ce qui est à mon père est à moi ; c^esl pour

» cela que je vous ai dit, (jue le Saint-Esprit prendra

» du mien, et vous l'annoncera ».

Communauté, unité de biens admirable entre le

père et le fds. Tout Cst à Dieu et tout est à lui; donc ^

il est Dieu.

§. ÇCLI V. L'JEvangile , en ne nous annonçant que des croix et des tribulations , nous apprend aussi qu'elles seules produisent celte joie pleine et parfaite de Vdternilc,

« Le monde sera dans la joie, et vous, vous serez )) dans la tristesse-, mais votre tristesse se changera » en joie. Je vous visiterai , et votre cœur se ré- » jouira , et personne ne vous ravira votre joie (i) ».

Les apôtres eurent part à la joie de la résurrection (lu sauveur, parce qu'ils avoient eu part à la douleur de sa mort. Cette joie s'augmenta toujours au milieu même de leurs soulîrances ; nul ne fut capable de la leur ravir. C'étoit l'onction intérieure del'Esprit- Saint qui en étoit la source. Il n'appartient qu'à Dieu seul de Taire sentir des consolations ineffables au milieu même des plus vives douleurs.

Promettre la tristesse et se faire suivre; annoncer une joie éternelle, qui ne pourra jamais être ravie ni troublée; faire aimer les souffrances, inspirer l'amour du martyre, c'est ce que Dieu seul peut faire; aussi les apôtres çurent-ils part à la joie delà résurrection du sauveur.

§. CCLV. Tout est promis à la prière faite au nom de Jésus- Christ , notre unique uu'dialcur , et animée pur une vraie confiance en ses mérites. Elle mérite d^étrr- exaucée , parce quelle renferme un vrai désir d'éfre à Dieu ; que ce désir comprend l'application aux moyens , et que cel'e application exclut tout ce qui n'est pas conforme à la volonté de Dieu.

« Tout ce que vous demanderez à mon père en >» mon nom, vous le recevrez (2) m.

(1) Joann.jcli. 16, >. 20,22. — {1) Ibid. ;, c\\. ifî, > . -^S.

580 RÉFLEXIONS DIVEî\SES

Jesus-Christ a voit dit ailleurs , quï/ est la voie ^ eE que personne ne peut aller au père que par lui.

Quels sont donc cetle voie sure, ce nom efficace, à qui rien ne peut être refusé, si ce n'est ]e nom d'un Dieu fait homme pour la gloire de son père et pour le salut des hommes ?

Jésus-Christ va encore plus loin et fait entendre que ceux qui croient qu'il est sorti de Dieu, partagent avec lui son pouvoir et sa gloire, parce qulls partagent l'amour que le père a pour le fils avec lequel ils deviennent un.

C'est ce que veulent dire ces paroles si tendres, si touchantes : « Et je ne vous dis point que je prierai )) mon père pour vousj car le père lui-même vous )) aime parce que vous m'avez aimé, et que vous avez » cru que je suis sorti de Dieu (i) ».

» Je suis sorti en effet de mon père pour venir dans » le monde; je sors maintenant du monde, et je vais jj à mon père ».

Les apôtres pénétrés de foi et d'amour, lui répondent : « Vous nous parlez ouvertement, vous ne )) vous servez plus du langage des paraholes; nous » reconnoissons que vous savez toutes choses, c'est » pour cela que nous croyons que vous êtes sorti de » Dieu (2) .M.

Qui ne parleroit, qui ne croiroil, qui n'aimeroit comme eux après un tel discours?

J. CCLVI. Les prédictions de Jeans- Christ renferment le double caractère de force et defoiblesse , et prouvent eju'il est Dieu et Homme.

Les prédictions de l'ahandonnement des apôtres et de la chute de saint Pierre (3j ; celle de la résurrection de Jésus-Christ, jointe à celle de sa mort, oflrent

(0 Joaiin. , cil. i6, |. 26 ,-27. — (2) Ihid. , ch. 16, f. 29. (3)Maih.,ch. 16.

un mélange admirable de force et de foiblesse, d'élévation et d'abaissement de Ja divinité t' iijoius toute puissante, et de riiumanité humiliée, sacrifiée pour un temps.

Celui qui dit qu'il va mourir par les mains des pécheurs, dit en même temps : « je ne suis pas seul , i) mon père est avec moi (i). Moi-même '^pri vais w mourir, je me ressusciterai et je vc ^s précéderai )) en Galilée. Vous aurez, comme moi , des tribula» » tions dans le monde; mais ayez coniiance en moi. » J'ai vaincu le monde, ce n'est pas pour moi-même )) que je l'ai vaincu , puisqu'il n'avoit rien en moi » qui lui appartînt, mais c'est pour vous, c'est afin >' de vous communiquer le droit et le pouvoir de " le vaincre; je l'ai vaincu par moi-même, et vous -^) le vaincrez à votre tour par le mérite de ma victoire. >J Ne placez qu'en moi votre confiance, votre paix ». Quel peut être celui qui parle ainsi , si ce n'est en même temps un homme qui va mourir, et un Dieu qui va triompher ?

§. ce L VII. La prière que Jésus- Christ fit à Dieu son père , après la cène , pour lui-mc'me , pour ses apôtres et pouv toute son Eglise , renferme des traits sublimes et prouve sa divinité.

« Glorifiez votre fils , afin que votre fils vous gloi) rifie. Le fils glorifie le père , comme le père glorifie V le fils, et réciproquement (2) ».

» Vous lui avez donné puissance sur toute chair , » afin qu'à tout ce que vous lui avez donné , il donne » la vie éternelle ».

Un autre qu'un Dieu peut -il donner la vie éterneHe ?

En quoi consiste la vie éternelle? également à connoître Dieu et Jésus-Christ cju'il a envoyé. Le terme; de connoîlre en hébreu, renferme l'amour joint à la conuoissance.

(i) Math., chap. 26; Marc, cliap. i4 ; Joann., cliap. 16. — (2) /Z^/i/. , cliap. 17,

« J'ai achevé, j'ai consommé parfaitement l'ouvrage :» que vous m'aviez, donné à faire »?

L'être imparlait peut-il faire un ouvrage parfait?

« Et maintenant glorifiez-moi, vous mon père dans î) vous-même , de la gloire que j'ai eue eu vous avant » que le monde fût ».

Donc, il étoit en Dieu , avant qu'il y ait eu aucun être créé, et il étoit déjà glorifié. Donc , glorifié par Dieu et en Dieu ; donc, incréé; donc, Dieu.

« Us ont reconnu véritablement que je suis sorti de )) vous , et ils ont cru que vous m'avez envoyé «.

Si Jésus-Christ n'avoit été qu'un prophète, étoit-il donc si difficile, et d'un si grand mérite de reconnoîlre qu'il étoit sorti de Dieu , ou de croire ique Dieu l'avoit envoyé ainsi que les autres prophètes.^ A-t-on loué ceux qui ont cru que Dieu avoit envoyé Moi :e , ou Jéréraie, ou Elie, etc.? ]N'a-t-on pas Llamé au contraire, ceux qui ne l'ont pas cru ? Il s'agissoit donc ici d'une sortie de Dieu, d'une entrée dans le monde , et iVune mission, d'un ordre tout dilféri nt et infiniment supérieur.

{( Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui » est n vous est à moi w.

Quelle créature a jamais eu l'audace de parler ainsi à Dieu même, aux fausses divinités?

« Conservez en votre nom ceux que vous m'avez » do!)nés, afin qu'ils soient un comme nous ».

D ne , J('sus-Christ est un avec Dieu.

Mais comment l'homme parlicipera-t-il à cette adorahle ii.uilé? Par son attachement à Jésus -Christ Homme-Dieu; par son union aveel Homme-Dieu, qui le rendra un avec Dieu même.

Ainsi, l'union de Jésus-Christ avec Dieu est le modèle et .la source de celle (jue nous avons avec Jésus- Clirist, qui ne fait de tous ses membres qu'un corps et qui les unit par son humanité à la divinité même. Sans cela, sans ec lien, sans ce milieu admirable, comment riiomme auroit-il pu s'unir à Dieu, et Irancliir celle distance immenscj qui est entre le créateur cl la ciéulure^ cuUc riiifiui et le liiii?

SUR jÉsus-cnmsT. 583

« Sanctifiez - les dans votre vërilé j voire parole , » votre verbe est la jyérité ».

Jësus-Christ est partout appelé la parole , le verbe (lu père. 11 est donc la vérité par essence; il est donc Dieu suprême, universelle et éternelle véuité.

C'est lui qui se sanclifie, qui se consacre , qui s'immole pour les hommes , afin qu'ils soient euxmêmes sanctifiés , consacrés, immolés avec lui en vérité.

Qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et vous en moi, afin qu'ils soient perfectionnés^ consommés en un.

Grandeur de cette vérité ou de cette union -, Jésus- Christ homme nous unit à lui ; et comme il est en même temps Dieu et un avec son père, en nous unissant à lui, il nous unit à son père; en sorte qu'il se {'orme un tout ou un corps dont nous sommes les membres, et dont Jésus-Christ est la tête inséparablement et essentiellement unie à la divinité, et j unissant tout le reste.

Toute cette prière si fervente et si sublime, si remplie d'éiévation et de grandeur d'aine, au milieu des opprobres et des douleurs, est remplie de traits qui caractérisent la divini'té de celui qui Ta faite; et ce seul endroit du nouveau testament suffiroit pour établir ce grand point, qui est le fondement de la religion. Supposez, pour un moment, que Jésus-Christ ne soit pas Dieu, toute cette prière ne sera qu'une énif^me inexplicable , et un tissu d'ex- ])ressions, non-seulement inintelligibles, mais fausses, mais impies , que Dieu auroit cependant récompensées, en exauçant la prière de Jésus-Christ, et en accomplissant tout ce que Jésus-Chrijt avoit prédit. Dieu ressusciteroit-il un homme qui auroit osé se déclarer éi^'al à lui, un avec lui,. avant le temps et de toute élernité?

584 RFFLEXIONS DIVERSES

§. CCLVÏII. Jésus- Christ ne s'abandonne à la tristesse que par un effet de sa volonté toute-puissante et de sa charité ineffable pour les hommes.

Jésus-Christ commença à être frappé de tristesse , de trouble et de terreur : « Mon arae est triste jusqu'à 3) la mort (i) "•

C'est un Dieu-Homme qui a parlé dans la prière qui précède; ici c'est l'homme à qui Jésus-Christ, comme Dieu, permet de parler pour le vaincre et l'absorber dans la divinité.

Le combat de l'humanité cesse tout d'un coup , par ces paroles efficaces : mais non , que ce ne soit pas ma volonté , que ce soit la vôtre qui s'accomplisse. De ce moment la divinité agit si puissamment , qu'il ne paroît plus aucune trace d'une fod^lesse ordonnée par elle, pour notre instruction et pour notre exemple. L'humanité soutenue, fbrtitiée, aiFermie par la divinité , ne fait plus qu'un avec elle. Jésus-Christ ne paroit jamais plus Dieu que pendant qu'il souffre comme homme.

§. CCLIX. Jésus- Christ prouve quil est Dieu par V accomplissement de ses prédictions. Il marque toutes tes actions de ses ennemis , pour faire voir que rien ne se fait malgré lui , et qu'ils ne font qu'exécuter ses desseins.

« L'heure s'approche , et le fils de l'homme cstlivré » entre les mains des pécheurs; il avance celui qui me » trahil (2) ».

Jésus-Christ ne cesse pas de connoître et de prédire l'avenir , dans le temps même (ju'il va être livré à ses ennemis. Jésus-Christ ne souffre que ce qui a élé prédit; les prophéties s'accomplissent par ceux mêmes qui ne le connoissoient pas.

Judas ne se doutoil pas qu^il eut été figuré et annoncé par le traître Ar(hilo])hol.

Kien de plus digne d'admiration que la bonté et la

(i) Maih. , ch. 2G , eu. •— {2) Ibid. , cli. iG , f. .|5.

SDR JÉSUS-CHRIST. 585

tendresse que Je'sus-Christ témoigne à l'égard du dis- . ciple apôtre qui le trahit par un baiser. Y a-t-il jamais eu une charité semblable à celle que Jésus- Christ manifeste dans une occasion où la patience échappe aux plus modérés? Quel sujet d'instruction et de condamnation pour la plupart des chrétiens.

§. CCLX. Jésus- Christ fait bien voir qu'il est le maître, puisque , avec un seul mot , il se fait obéir par une troupe de soldats.

La puissance d'un Dieu se montre avec éclat dans Jésus-Christ , lors même qu'il veut bien éprouver toute la toiblesse de l'homme. 11 n'est jamais plus Dieu que dans le temps qu'il se livre comme homme. Il dit j c'est moi, et, à cette seule parole, ceux qui viennent pour l'arrêter tombent en arrière et sont renversés. Autre prophétie accomplie , sans qu'ils le sachent ou qu'ils y pensent : avertantur retrorsiwi et confiindantur. Le psaume 34 a toujours été regardé comme une prophétie de la passion de Jésus- Christ ; c'est ce divin législateur qui parle lui-même dans la plupart de ces divins cantiijues. On est forcé d'oublier le serviteur pour ne plus écouter que le maître (i).

§. CCLXI. Comme Jc'sus- Christ e'toil seul digne de nous ra^ cheter par la mort , il e'toit nécessaire que Jésus - Christ mourut tout seul pour sauver les hommes.

(f Si c'est moi que vous cherchez, laissez aller ■» ceux-ci (2) >».

Jésus-Christ, en disant ces paroles aux soldats, leur ôte le pouvoir de toucher à ses disciples. C'est l'ellét de cette volonté toute-puissante, par laquelle il les avoit d'abord renversés par terre.

Ainsi s'accompht ce que Jésus-Christ avoit dit:

^i) Joann. , ch. 18, y. 6. — ^2) Ibid. , ch. 18, f . 8.

586 ^tÉFLEXIO^'S DIVERSES

de ceux cjue vous m' avez donné , je lien ai perdu

aucun {y).

. Pourquoi les eût-il perdus s*ils fussent morts avec

lui , sinon parce qu'ils ne croy oient pas encore en lui

comme y croient tous ceux qui ne doivent point

périr. Voilà comme s'expliquent les interprèles de

l'évangile.

Toute la passion est l'accomplissement de ce que les prophètes avoient prédit de Jésus-Clirist, ou de ce qu'il avoit prédit lui-même.

§. CCLXII. Jésus- Christ, quoique lié et garrotté , n'en fait pas moins éclater sa toute-puissance.

c< Lai?sez-moi approcher de cet esclave, et lui tou- )) chant l'oreille il le guérit (2) ».

Admirez la toute " puissance de celui qui ne va mourir que parce qu'il le veut. Ses mains sont liées, son humanité est pour ainsi dire captive; mais ver^ lum Dei non est alligntitm.

Jésus-Christ ne permet le mal que pour en tirer un plus grand hien ; il fait tout servir à l'instiuclion et à l'édilicalion ; sa sagesse égale sa toutepuissance.

Ç. CCLXTÏI. Toutes les paroles de Jésus- Christ prouvent qu'il a toujours eu (lc\'ant les yeuse les écritures conune le plan des desseins de Dieu sur lui et sur nous.

« Ce calice , que mon père m*a donné , ne le boiraii) jepas (3)? Je pourrois lui demander du secours, et il j )) ni'etiverroit plus de douze légions d'anges; mais » comment s'accompliroicnt les écritures , qui ont M prédit que cela doit arriver ainsi » ?

Jésus - Christ allant à une mort certaine , n'est occupé que de Taccomplissement de la volonté de Dieu ; et il se conforme à l'ordre immuable , en faisant céder sa volonté humaine à sa volonté divine.

(i) Joann. , ch. 18, jr. g. -^ (2) Luc, cli. 18, f. 3i. — (3; Maih., ch. 2G, f. 52.

Sur jésus-christ. 587

Toutes les circonstances de la passion de Jésus-Christ prouvent d'une manière sensible, que noire divin Sauveur n'est pas mort par impuissance, mais par obe'issance,par zèle et par cliarile'. Ses chaînes avoient été prédites par Isaïe. Autre propliélie qui est accomplie.

§. CCLXIV. Les témoignages de Je'sus- Chris l lui-même , les applications fréquentes que les Apôtres lui font de plusieurs prophéties , surtout des psaumes j l'usage perpétuel de l'Eglise , qui en fait la matière de toutes les prières ; enfin , la doctrine constante des Saints Pères , sont autant de preui'es claires que Jésus-Christ et son Eglise sont le sens principal^ de plusieurs prophéties et de presque tous les psaumes,

Jérémie (i) a exprimé d'une manière admirable les souffrances et lapatience de Jésus-Christ : v j'étois, dit- » il comme un agneau plein de douceur, qu'on porte » pour en faire une victime ». C'est ce qu'Isaïe a voit prédit de Jésus-Christ. « Il a été mené à la mort » comme unj agneau. (2) ». Et toutes les églises conviennent, dit saint Jérôme, que ce que dit ici Jérémie doit être entendu de Jésus-Christ même, qui s'exprime ainsi par la bouche du prophète.

David avoit prédit en plusieurs endroits , qu'il seroit abandonné par ses amis, pendant que ses ennemis tiendroient conseil pour le perdre.

C'est sur cela et plusieurs autres circonstances de la passion, que saint Mathieu et saint Marc disent, hoc aiitem totiim factiim estj ut implerentur scripttirœ prophelarum.

§. CCLXV. La conduite courageuse de Jésus-Christ, pendant sa passion , prouve sa divinité.

Rien de plus digne d'admiration que la patience et la tranquillité de Jésns-Christ dans toute la suite de sa passion , où il paroît toujours également supéiicur à ses ennemis, à ses juges, aux tourmens et

( 1 ) Malh. ; ch. 11,^.19.— (?) Isaïe ^ ch, 53 ^f.-j.

588 llÉFLEXIONS DIVERSES

à la mort même. Un tel courage ne peut être que l'effet de la grâce de l'Homme-Djeu , que le verbe en qui il subsiste, conduit toujours par sa lumière, et par sa force; les sentimens humains ne produisent pas des efïels durables. Un Dieu mourant dcvoit mourir ainsi (i).

^. CCLXVI. Jésus , comme vérité, a bien voulu être humilié par les faux témoins ; il se laisse accuser sans ouvrir la bouche pour sa justification.

On cherche des preuves pour le condamner, et on n'en trouve point ; de faux témoins s'élèvent, mais leurs témoignages se contredisent. Il falloit que son jugement fût contraire à toutes les règles. Tout cela avoit été prédit , et tout cela s'est tourné en preuve de l'innocence, ou plutôt de la sainteté de Jésus-Christ (2).

Rien n'est plus propre à confondre l'orgueil des enfans d'Adam, que le silence admirable de Jésus- Christ devant le grand-prêlre , lorsqu'il n'est question que de sa défense personnelle (3). Nous avions un extrême besoin d'un exemple aussi frappant de patience, pour nous encourager à souffrir les calomnies.

Il n'ouvre la bouche que lorsqu'il est question de rendre témoignage à Dieu, en se le rendant à lui-même , lorsqu'on le prend à serment par le Dieu vivant.

5. CCLXVII. Le Messie , suivant la tradition des Juifs, devoii être le fils de Dieu, et c^est au temps de sa mort que Jésus- Clirist s'approprie cette qualité , et qu'il annonce sa toutepuissance.

L'interroi^ation que le grand -prêtre fait à Jésus- Christ, suppose nécessairement, que la tradition des juifs ensejgnoil, que le christ ou le messie étoit aussi

(i) Maih. , ch. 26,.^. 5; Marc, ch. 19, f. /\8 , etc. — ■(•2) Maih.j ch. 26, ^.59. — (3) Ibid. , ch. 2G, y. 02.

SUR JÉSUS-CHPJST, S89

le fiïs àe Dieu (i). Adjuro te per Deum vioum , ut dicas nohis si tu es cliristus Jiliiis Del benedictl ? Le christ , ou le messie et le jils de Dieu , e'toient Jonc des termes synonymes , et celui de fils de Dieu ne s'entendoit point dans le sens dans lequel cette expression a été expliquée à de simples liommes, dans les livres sacrés. 11 y en a une preuve démonstrative dans cet endroit même , puisque Jésus-Christ ayant répondu , qu'il étoit en efïet \qJlIs de Dieu , le pontife s'écrie, il a blasphémé. Un homme abandonné de tout le monde, au milieu de ses ennemis, en présence de ses juges et à la vue d'un peuple furieux , déclare hautement et avec la plus grande simplicité, qu'il est [ejîls de Dieu, Il annonce que dorénavant ou le reconnoîtra pour tel , par les marques éclatantes de sa puissance. Et que gagnoit-il à parler ainsi ? La mort, et une mort prévue et prédite. L'univers vitil jamais rien de pareil (2) ?

§. CCLXVIIÎ. C'est par un excès d'm'euglcmenl et de malice qu'on ose traiter de blasphémateur cet Homme-Dieu , qui re'unit tous les caractères du Messie et du Christ attendu depuis tant de siècles.

« Vous venez vous-même de l'entendre blasphé- » mer,'qu'en jugez-vous »? Ils répondirent, il mérite la mort (3).

On a déjà observé que, selon la tradition des juifs, le messie deyoit être en même Xem^s Jils de Dieu , c'est-à-dire, selon qu'ils l'ont expliqué eux-mêmes, égal à Dieu , et Dieu lui-même.

Jésus-Christ avoit prouvé qu'il étoit le messie , par les prophéties accomplies en lui , par sa conduite , par sa doctrine , par ses miracles ; la plus grande partie des juifs lui en a voient rendu le témoignage.

Il ne biasphémoit donc ni sur le droit ^ ni sur le fait, et Ton viole toutes les formes de la justice à son

(0 Maih. , ch. 26. — (2) Ibid.j ch. 26. — (3) Ibid. , ch. 26 , t.65,66.

t)C)0 ' RÉFLEXIONS DIVERSES

égard. Le juge se rend partie et accusateur^ et ii*cxa^ mine pas si les prophéties du messie et les iiiiracles éclatans ne le justifioient pas.

P.iurquoi esl-il donc condamné? Tout son crime est d'être ils de Dieu et de l'avoir dit. Or, il est essentiel au messie de parler ainsi , et , en parlant ainsi , il ne pouvoit éviter la mort.

Donc, il falloit que le messie mourût, et" que l'auteur de la foi fut sacrifié par l'infidélité. ■

§. CCLXIX. En mi'rne temps que Jésus- Chn'sl s'humilie pra- Jbndément , et subit les souffrances les plus ignominieuses , il fait ce que nul autre que Dieu ne peut faire.

Jésus-Christ déclare hautement dans sa passion et dans l'excès de son humiliation , qu'il est le fils de Dieu, et que désormais il sera assis à la droite de la puissance de Dieu. Dans ce même temps il souffre toutes sortes d'outrages, et il devient le jouet de l'insolence des juifs. Est-ce par impuissance? Non, sans doute: verbwn Dei non est alllgatum (i). Pendant qu'il se livre à ses ennemis, pendant qu'il se réduit dans cet état j où, par la bouche de David, il avoit dit de lui-même : swn vermis et non homo , opprohrium hominum et ahjectio plehis (2). Il instruit les hommes; il fait des miracles, il convertit saint Pierre d'un seul regard. Qui est-ce donc qui lie les mains à sa puissance? La justice envers son père, la miséricorde pour les hommes. Quel antre qu'un Dieu peut soutenir ce caractère? Donc , Jésus -Christ se montre Dieu dans ses' souffrances et dans ses humiliations mêmes.

Prophétie de Jésus-Christ accomplie dans sa passion.

Il est livré aux f];entils.

Fin terrible de Judas.

(i) Luc, di. 22 , \, 2G. — (2) Ps. 21, f . 7.

Sur JÉscs-CHRis'fi.' • -Sgt

§. CCLXX. Jésus- Christ manifeste son innocence , en ne faisant que rendre tc'/iioi^nage à la ve'rite' ; et la déclaration publique que Pilatc fait de l'innocence de Jésus-Christ étoit due au juste par excellence , qu'il alloil mourir pour des péchés qu'il n'avoit point commis.

Jésus-Christ seul^ dénué de tout secours, déclare à Pilate qu'il est roi, quoique son royaume ne soit pas de ce monde ; et il ne le fait que parce qu^il est venu dans ce monde pour rendre témoignage à la vérité au péril de sa vie (i). Quiconque est du côté de la vérité ^ entend ma voix.

A-t-on jamais vu un simple homme, un accusé, tenir ce langage devant son juge.

Il s'est lait respecter en parlant ainsi. C'est après Tavoir entendu , que Pilate sort |x)ur dire aux juifs : je ne trouve rien de criminel en lui (2).

Rien de si admirable que la sagesse de Jésus-Christ qui, par son interrogation, tire de la bouche de son juge même la justification de son innocence.

^. CCLXXI. La malignité des Princes des Prêtres , la lâcheté de Pilate , la curiosité d'Hérode servent à Jésus- Christ à coifondre ses accusateurs , et à multiplier en même temps ses humiliations et les témoins de son innocence.

Jésus-Christ garde un silence absolu sur les accusations des princes des prêtres, devant Pilate qui le presse envain de se défendre. Ce silence, dirigé par une sagesse divine, confond et la malignité des accusateurs et la lâcheté d'un juge prévaricateur. L'iniquité étoit à son comble; la corruption des premiers ministres de la religion éloit montée au plus haut degré : il falloit donc que le vrai prêtre vint offrir son sacrifice et se former de nouveaux adorateurs.

Ce divin législateur garde le même silence devant Hérode , dont il souffre de devenir le jouet , sans proférer une seule parole. Il devoit également de-

(0 Joann.,ch. i8,i. S5. — '^i) Ibid.^ ch. 18, |. 38.

Sg2 RÉFLEXIOINS DIVERSïlS

clarer sa doctrine devant le grand-prêtrej, et repondre aux questions de Piiate , qui, suivant les lois humaines , étoit son juge ; mais il ne devoit rien à Hérode, chez qui il ne pouvoit parler que pour sa gloire, dont il avoit résolu de faire le sacrifice avec celui de sa vie.

^. CCLXXII. La qualité de Jîls de Dieu , que Jésus-Christ se donne , est Irmiée de blasphème par les Juifs. Donc , cette expression signifiait, suivant leur interprétation , que Jésus- Christ étoit vraiment Dieu.

Les juifs disent à Pilale : « nous avons une loi, et » selon celle loi, il doit mourir j parce qu'il s'est dit » fils de Dieu (i) ».

Ce n'éloit point sans doule dans le même sens , que des prophètes, ou même des juges, que l'Ecri- Inre appelle fils de Dieu, ou Pieux mêmes, ego dixi DiiestisetJHiialtissimiomue,etc. Il n'y aurait eu en cela, ni impie'té , ni blasphème qui dussent être punis suivant la loi. C'cloit donc, en tant que fils de Dieu, signifiant Dieu meniez le verbe éternel, la parole incréée û^w^è/e. Donc, tous les juifs attestent devant Pilale, que Jé.sus-Christ a déclaré qu'il étoit Dieu, et mentita est inujuitns sibi. Appliquer ici la remanjue de saint Jean sur cette proposition de Gâïphe : oportet unum hominem mori pro populo (2). Il falloil, en effet , que ie vériîable messie, le lils de Dieu mourùJ. La loi ne l'ordonnoit pas, mais elle le déclaroit; et les juifs parloient très - correctement quand ils disoient que, selon la loi, le christ devoit êlre mis à mort. Ils prophétisolenl donc comme Caïphe , sans le vouloir et sans le savoir.

§. CCfjXXlIl. Jésus-Christ parle à Piiate en maître et en juge ; il donne de justes idées de la puissance des Rois ; il prouve qu'elle émane de Dieu même.

Au lieu de se défendre, Jésus-Christ n'est occupé que d'instruire et d'étonner son juge. Il le rappelle à

(1) Joann. , ch. 19, f . 7. — (2) Ibid, , ch. 18 , ^r-. 14.

la source de toute - puissance. « Vous n'auriez aucim )) pouvoir'sur moi, s'il ne vous éloit donné d'en haut; » remontez plus haut que César et que le peuple ro- » maiuj c'est de Dieu qu'émane tout pouvoir , et sur- » tout quand il s'agit de juger le Hls unique de Dieu et )) Dieu lui-même. Celui qui m'a livré à vous, savoit » ce que je vous dis et ce que vous ignorez; c'est pour » cela que son crime est encore plus grand que le » vôtre (i) ». Tout cela devoit irriter Pilate, et tout cela au contraire l'adoucit , tant il se sent intérieurement touché, frappé, convaincu de l'innocence et de la majesté de celui qui lui est livré comme coupable.

§. CCLXXIV. L'innocence de Je'siis- Christ est plusieurs fois attestée par Pilate , gouverneur de la Judce pour les Romains j et ce témoignage prophe'tisoit plusieurs grands événeinens.

Pour présager la conversion des gentils et l'endurcissement des juifs, il faJloit que PiJate reirtlît plus d'une fois un témoignage public à l'innocence de Jésus - Christ , et c'est ce qu^il achève de faire en se lavant les mains en présence de tout le peuple, immédiatement avant que de livrer le juste à la mort. Ce magistrat perfide a beau se laver les mains, il n'en sera pas moins un lâche prévaricateur , pour ne s'être point opposé, comme il le devoit, à l'injustice. Le crime, d'avoir trop balancé entre une lâche complaisance et son devoir, le rendit digne de commettre la plus horrible injustice qui fut jamais.

§. CCLXXV. Le sang de Je'sus- Christ est le salut des uns et la condamnation des autres , des Gentils et des Juifs.

c( Que son sang soit sur nous et sur nos enfans (2) ».

Imprécation et prophétie, dont nous voyons l'accomplissement depuis 1700 ans. Elle attira la ruine de Jérusalem, du temple de cette perfide nation qui,

(i) Joanti. , cil. îf), >'. 1 1. — (2) Malh.jCh. 27, ^. '.'5. D'Jgnesseau. Tome Xf^. 38

Oy4 RÉFLEXlOI^S DIVERSES

dans la seule \'i]]e de Jérusalem, vit périr treize cent riîiJie juifs. Elle s'accomplit encore par cet élal de malédiction où la nation juive subsiste dans toute la terre, et elle s'accomplira encore dans le temps même qu'ils se convertiront, puisque ce sera par ce même sang qui les poursuit partout aujourd'hui , qu'ils seront lavés , convertis , justifiés. Cette alternative de miséricorde et de justice qu'on trouve dans toutes les œuvres du seigneur, sert à faire admirer en même temps sa sagesse et son indépendance. Tel est l'ordre constant et le plan perpétuel des desseins de Dieu, de faire passer ses faveurs d'un peuple à un autre, et de n'ôter la coupe de sa colère d'entre les mains d'une nation que pour la faire passer dans celles d'une nation rivale.

§. CCLXXVI. Diverses propJieiies accomplies en Jésus- Christ.

Y a-t-il prophétie plus claire ou Ugure plus expressive de Jésus-Clirlst que l'immolation d'Isaae? Celuici, portant le buis destiné à son sacrifice, représente d'une manière bien sensible Jésus-Christ portant sa croix. Il y a une ressemblance si parfaite entre la ii<>ure et la vérité , qu'on ne peut voir l'une sans penser à l'avitre. Abraham, qui met sur les épaules (l^Isaac le bois sur lequel il doit être sacrifié, est une belle imaiije du père céleste qui charge du poids de la croix un fils qu'il aime de toute éternité. Jésus-Christ et Lsaac sont obcissans jusqu'à la mort, et survivent l'un et l'autre à leur sacrifice ; mais lsaac n'est immolé et ne ressuscite qu'en figure. Jésus-Christ répand jusqu'à la dernière goutte de son sang, donne sa -vie , et la reprend réellement.

Jésus-Christ , accablé sous le poids de sa croix , prophétise et prédit le siège et la ruine de Jérusalem avec celle de ses habitans innombrables. Cette prédiction fut accomplie quaranle ans après sa mort.

Autre prophélie accomplie dans le vin mêlé de fiel, qu'on lui présente au calvaire, et dont il ne you-;

]ut pas boire, pour mieux sentir des douleurs qui dévoient nous êlre si salulalres.

§. CCLXXVTI. Le vntcifiement d(^ Jc'sus- Christ entre deux voleurs est en même temps l'aci oinpUssenient des prophéties , et une và'C image de la séparation des ho/îs et des mé. hai>s qu'il fera au dernier jour. L'opprobre à lacjuelle il veut se soiunettre est une Jigure et une prédiction de sa grandeur future.

Jésus-Christ crucifié entre deux voleurs accomplit la prophétie d'Isaïe, où l'on trouve ces paroles, et cum inicjiiis reputattis est (i). Cette circonstance particulière de la passion, ayant été prédite par un prophète , de voit s'accomplir comme toutes les autres prophéties.

Il meurt entre un pécheur endurci et un pécheur pénitent, placé au milieu d'eux, comme pour montrer aux pécheurs le sang qui seul peut expier leurs crimes, et aux pénilens, le même sang qui peut seul les sanctifier et leur ouvrir le ciel , le sang qui condamnera les uns et qui justifiera les autres.

§. CCLXXVIII. Jésus-Christ manifeste sa charité infinie pour les pécheurs , en sollicitant la grâce et le salut de ses ennemis et de ses bourreaux.

« Mon père pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent >) ce qu'ils font (2) ».

Quel criminel, ou plutôt quel condamné avant Jésus-Christ a imploré la clémence du ciel pour ses ennemis, ses persécuteurs, ses calomniateurs, ses bourreaux ? Si saint Etienne et les autres martyrs l'ont fait depuis, c'est sou exemple, ou plutôt sa ^râce et la vertu de son sacrifice qui leur en a donné la force.

En même temps il accomplit par là la prédiction d'ïsaïe : et pro transgressoribus seii prœvaricatoribus orai^itj Deo irato sese oblttlit , seu oravit.

(0 Isaïe, ch. 53, \, 12. — '^2) Luc ; c'a, 23 , ■jl'. 3 j.

§. CCLXXIX. La royauté de Jésus- Christ sur la croix est publiée et aUfSléti par son Ju^e , tnéiiie aux trois peuj.les Juifs , Grecs et Romains , dont l'Eglise devait être principalement composée.

En vain les juifs veulent obliger Pilale à clianj^er l'inscription fjii'ji a voit l'ait met lie sur la croix de Jésus-Christ. Dieu dispose tellement les choses, que c'est la £;entilité même dans la personne de Pilate qui Cl mmcnce à donner le tiire de roi à Jésus-Christ; Pilale semble (quitter ses fonctions de juge, pour devenir en quelque sorte le premier apôtre de Je'sus- Christ pour les grecs, les latins, les hébreux, auxquels il annonce son règne par la croix et sur la croix (t). C'est ainsi que ceux qui vouloient humilier Jésus-Christ publioient, sans y penser, sa grandeur et sa gloire.

§. CCLXXX. Jésus Christ, en prononçant sur la croix les premières paroles du psaume 1 1 , nous invite ii chercher , dans ce cantique, V Histoire des principales circonstances de sa passion.

Les évangélistes ont remarqué dans leur récit l'accomplissement de la prophétie du partage des vêtemcns de Jésus- Christ, et du sort jeté sur la tunique ; et l'accomplissement de cette prophétie renfermée dans le psaume 21 est une preuve claire de la mort de Jésus - Christ. Ses habits étoient ses seules richesses , et elles sont divisées; et la robe a été jetée au sort, parce qu'elle ne pouvoit être divisée sans devenir inutile. Elle a toujours été regardée comme une figure de Téglise, qu'on ne pourra jamais diviser, quoiqu'on ait le malheur de s'en séparer.

On a vu l'accomplisscmcnf d'une autre prophétie dans les insultes <jué Jésus -Christ a souilértes, étant attaché sur la croix.

(i) Joana., ch. 19, y. 21, 22.

SUR JÉSUS-CHRTST. 5c)J

Dans le sacrifice sokunei d'expinlion, Ja victi/iie éfoit anatliénialisëe ; le bouc émissaire éloit chai'gé d'imprécations; l'aveiiglemeut el la fureur de ceux qui chargent Jésus - Clifist d'injures et d'oui ranges sont l'accomplisseuient de ces deux ijguros. T uies les consolations humaines dévoient nian(|ner à Jésus- Christ, afin qu'il devint noire modèle et la source du vrai courage, dont 1('S martyrs eurent besoin dans leurs terribles épreuves.

Dieu permet fjue les juifs se servent des termes mêmes du psaume 21 , v. 9 : speravit in Domino , eripial eum, etc.

§. CCLXXXI. C'est parce que Jésus- Christ est Dieu, et fils de Dieu, qu'il ne descend pas de la croix; et c'est à la croijc même qu'il devait attacher , comme à un trophée , tous ses ennemis.

{( Si vous êtes le fils de Dieu, descendez main- )) tenant de la croix, et nous croirons en vous (i) ».

C'est parce qu'il est fils de Dieu qu'il ne descendra pas. Les paroles du fils de Dieu sont immuables. Il a prédit qu'il mourroit sur la croix , et il y mourra, C'auroit été quelque chose pour un homme d'en descendre en ciTet et de se sauver ; mais il est digne d'un Dieu, et il ne convient qu'à un Dieu, «le triompher sur la croix, d'y attirer l'univers après lui, de vivre et de donner la vie par la mort même.

§. CCLXXXII. Le bon larron est tout à la fois le premier confesseur du rè"ne céleste de Jésus- Christ, le premier martyr de la sainteté de ses souffrances , le premier apologiste de son innocence crucifiée , et la preuve la plus éclatante de la toute-puissance de Dieu, et de son infinie miséricorde.

Convertir un voleur sur la croix et lui promeltre le paradis, c'est quelque chose de bien plus grand que de s'échapper des mains des juifs; purifier en un moment un homme tout couvert de crimes , c'est le

(i) Luc, ch. 20, }. 39.

598 iiÉFi EXTONS diverst:s

clicf- d'œuvre de la toute -puissance de Di<:u , et la

preuve complète de la divinité de Jésus-Christ.

Voilà le premier arrêt que le fils de Dieu prononce de dessus le tribunal de sa croix. Ce scélérat ne lui demande qu'un souvenir; et Jésus-Christ lui promet de lui faire partager la joie céleste dont il doit jouir lui-même. Quelle miséricorde! Quelle libéralité! Motif précieux de la confiance que nous devons avoir en ce divin sauveur.

§. CCLXXXIII. Diverses prophéties accomplies dans la passion de Jésus-Christ,

Prédiction de l'obscurcissement du soleil. Dieii veut bien se servir des créatures inanimées pour parler encore à ce peuple aveugle , qui n'a point voulu connoîtrc son fils. Les fêtes converties en deuil à la mort de Jésus - Christ. Les écritures l'avoient annoncé j l'extrême soif qu'il veut bien souffrir avoit encore été prédite , et il ne manifeste ce besoin a liaule voix que pour donner lieu à un nouveau tourment prédit dans un autre psaume : Et lorsque j'ai eu soif, ils ni ont donné du vinaigre h boire (i). Ainsi , dans le temps que les impics ne pensent qu'à augmenter les douleurs de Jésus-Christ, cette victime p;irc et innocente ne perd pas de vue un instant les divines écritures, et accomplit dans le détail tout ce qui a été prédit de lui dans les livres saints. Les prophètes ont été les premiers historiens de sa passion. Aucune circonstance ne leur a échappé^ la prière îîîême ou le cri que Jésus adresse à sou père dans son i

dernier délaissement avoit encore été prédit. Voyez '

le psaume 21^ c'est l'histoire entière de sa passion.'

§. CCLXXXIV. Le dernier cri de Jésus - Christ , au dernier instant de sa vie , est en même temps la preuve que son sacrifice a été très-volontaire , et le signe de l'entier accomplissement des prophéties.

Il attend que la dernière propliélie soit accomplie (>) Psaume 21.

Sun JESUS CHRIST. 5iJ9

pour dire : tout est consommé ; c'est-à-dire, tout ce «jiie la loi et les prophètes ont prédit du christ souffrant et mourant; toutes les parties, tous les degrés de son sacrilice; tout ce qui apparlenoit à la réparation et à l'expiation du péché, à la satisfaction que la justice divine exigeoit, à la rédemption du genre humain ; tout est accompli. Que de vérités ! Que de grandeur dans une seule parole! Elle vérifie encore ce que Jésus-Christ avoit prédit lui-même, lorsqu'il disoit: « Personne ne peut m'oter la vie : j'ai le pou- » voir de la quitter de moi-même , et j'ai le pouvoir » de la reprendre de moi-même (i) ». Ce ne sont donc ni les juifs ni les gentils, ce ne sont ni les tourmens, ni la croix qui lui font perdre la vie; c'est sa seule volonté : oblatus est quia ipse voluit (2). Il ne meurt que parce que tout est consommé par un sacrifice volontaire; et c'est par celte parole, qu'il s'immole, pour ainsi dire, lui-même, sans autre cause de mort que sa volonté , soumise aux ordres de son père, pour lui offrir la seule hostie qui fût digne de lui.

§. CCLXXXV. Jésus- Christ remet son ame en dépôt dans le sein de Dieu , pour la reprendre bientôt.

« Mon père , je remets , je dépose mon ame, ou « ma vie entre vos mains (5) )>. Ce n'est en ellet qu'un dépôt volontaire , qui ne durera que jusqu'au moment où il le reprendra par une résurreclif)n volon-^ taire (4). Sicut enim pater liabel vitam in semetipso^ sic dédit Jilio vitam habere in semetipso : car, comme le père a la vie en lui - même j c'est-à-dire|, qu'il l'a de toute éternité , par sa nature divine , il a aussi donné au fils , en rcngendrant , avaiit tous, les siècles, de sa subslance, d'avoir la vie en lui-même ^ comme une chose inséparable de l'Être divin , qu'il a reçue de son père.

(i) Joann. , ch. 10, ^. 18. -r (2) Isaie , ch. 53, jr. 7. — (3) Luc ; ch. 23; f . 4G. — (4) Joann. , ch. 5; f, 26.

Geo RÉFLEXIONS DIVERSES

^. CCLXXXVI. Toute la nature annonce, par des prodiges , que le fils de Dieu est mort. Dieu relève la gloire de son fils et honore ses humiliations et ses souffrances. Le cenlenier et des soldats pàiens en recueillent les premiers firuils , et sont les prémices de la foi des gentils et le signe prophétique de la préférence des nations aux Juifs.

Le voile du temple se déchire , la terre tremble , les pierres se Tendent, les tombeaux s'ouvrent, les morts en sortent comme pour accompagner Jésus- Christ ressuscite , et pour faire voir que s'il a été livré pour nos péchés, il est ressuscité pour notre justification. Tout ce qui étoit caché sur ce sujet , dans les ombres et dans les figures de la loi , se dé-r veloppe et se manifeste. La mort , qui est la plus grande humiliation de Thomme , devoit être le triomphe d'un Dieu-Homme.

Les juifs, étonnés de ces prodiges, s'écrient: c' étoit vraiment le Jils de Dieu, c'est-à-dire, Dieu(i).

Le centenier même , quoique païen , est obligé de lui rendre témoignage. Il public hautement sa diviijité , sans craindre les jidls qui étoicnt dans ce moment livrés à la plus grande fureur. Et la conversion des gentils, si hautement annoncée par les prophètes , commence dans le moment même de la mort de JésLis-Ghrist.

Jésus-Christ , pendant toute sa vie , s'étoit dévoué aux juifs ; mais après sa mort , il commence à se déclarer pour les gentils , par le don précieux de la foi qu'il accorde au centenier. Les princes des prêtres, les docteurs juifs restent dans l'aveuglement, malgré tous les secours de la loi , des prophéties , des miracles , des prédications et de la sainteté singulière de Jésus-Christ • et l'on voit un homme de guerre, occupé uniquement des devoirs de sa charge , ouvrir les yeux à la lumière , et confesser avec couraLi^c la divinité du sauveur, l^a manière dont Dieu exerce ses jugemcns est au-dessus de nos foibles iu-

(i) Marc, cil. i j, ^'. 3;).

SUR JÉSUS-CHRIST. 6o I

lelligences : (jiiis enim cognovit sensuin Domlni aut quis consiliarius ejiis fuit ? Quani Incomprehensihilia sunt judicia ejus, et irwestigabiles vice ejus (i).

§. CCLXXXVÏI. C'est en Jc'sus-Chrisl que toutes les prédictions, les figures ci les sacrifices ont eu leur accomplissement. Il est le terme de la loi.

Ce qui avoit été dit de l'agneau pascal , nec os il- Uns confringetis (2) , se ve'rifie dans la personne de Jésus-Christ , dont il éloit le type : ad Jesiim autem cum venissent , ut videriint euni jam mortuum , non fregerunt ejus crura (3) : ainsi , ce qui a élé réalisé à l'e'gard de Jésus-Christ , cet agneau véritable , avoit déjà été accompli à la lettre dans l'agneau figuratif.

Zacharie avoit dit : ils tourneront les jeux vers moi qu'ils ont percé (4). A peine un soldat a-t-il percé le côté de notre seigneur , que le centurion s'écrie : cet homme étoit véritablement juste (5) ; et qu'un grand nombre de juifs commencent à se frapper la poitrine , et disent : cet homme étoit véritablement le fils de Dieu. Il est reconnu pour ce qu'il étoit , précisément dans le moment , et par les traits mêmes qui auroient du naturellement le faire méconnoître.

C'est encore dans ce moment que le courage revient à Joseph d'Arimalhie ( auparavant disciple caché de Jésus-Christ ) , pour dijmander son corps à Pilate.

Comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un poisson , ainsi le fis de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre (6). Ce qui est dit de Jonas est appliqué à Jésus -Christ par Jésus-Christ même. C'est avec fondement qu'il est regardé comme la figure la plus excellente de

(i) Paul , Rom. , ch- 3, •j!'. 52, 53. — (2) Exod., ch, 12, jr. \6.

— (3) Joann. , ch. ig , ^. 33. — (4) Zacharie , ch. 12,^. 10.

— (5) Malh. , ch. 37, }. 54. — (6) Uid. , ch. 12 , |. 4o.

ii02 RÉl-LEXIONS DIVERSES

Jésus-Christ;, considéré sous différens rapports. Ajoutez à la figure de Jonas celle d'isaac , Ja résnrrecliou passagèi-e de Moïse , et l'apparition d'Élie le jour de la transfiguration , et Jésus-Christ se transfigurant lui-même dans un état de gloire et de majesté^ pour donner une image à ses apôtres de ce qu'il seroit après sa résurrection. Les divines écritures renferment un grand nombre de ces exemples : or , y a-t-il une autre religion qui renferme des figures aussi conformes à la vérité qu'elles représentent, et des prophéties si claires et si visiblement accomplies.

David annonce clairement que la chair de Jésus- Christ ne devoit point éprouver la corruption : nec dabis sanctiun tuuni videre corvuptionem (^x). Saint Pierre et saint Paul se servent de ces paroles pour prouver la résurrection de Jésus - Christ , et pour nous apprendre qu'il étoit exempt de corruption , parce qu'il éloit Dieu et le saint de Dieu (2). La corruption de notre chair api es la mort, est la peine du péché j la seuteiK e nous en a été prononcée eh la personne d'Adam ; mais la chair de Jésus - Christ qui , non-seulement étoit sans péché j mais (jui étoit devenue le canal de la sainteté , ne pouvoit pas être sujette à la corruption.

Isaïe , en nous annonçant que le sépulcre de Jésus-Christ seroit glorieux, nous apprend que c'est pour y avoir été mis que Jésus- Christ est devenu la lumière et 1^ justice de ceux <{ui étoient dans les ténèbres. Les ennemis de Jésus-Christ avoicnt espéré que sa mort ne seroit que le commencement de ses humiliations j mais dès qu'il a rendu l'esprit, son père lui fera rendre les honneurs qui lui sont dus. Il avoit subi la malédiction de la loi, pour nous en délivrer • mais celui (jui est mort n'est plus soumis a la loi. Si le corps de Jésus-Christ est mis dans le .sépulcre , il y est mis avec honneur : aussi le lieu de

(i) Psaume i5, f. 10, — (a) Aclcs des Apôtres, cliap. a,

SUR JKSUS- CHRIST. Go3

ce sépulcre a toujours élé en vénéralioD; les ennemis même du cliristiaiiisme le respectent , cl en sont des gardiens sévères.

§. CCLXXXVIII. Les Juifs publient eux-mêmes , par avance , le mystère de la re'surrcclioii , en voulant en empêcher la croyance , tant la prudence humaine est inutile et impuissante contre Dieu.

Les juifs eux - mêmes , sans le vouloir , rendent te'moignage à Jésus ~ Christ , en attestant à Pilalc , qu'il a voit dit : fe ressusciterai dans trois jours Çi) ; ainsi , le fait de la prc^phétic est affirmé par ses plus grands ennemis, et l'accomplissement de la prophétie se fait presque à leurs yeux. Les précautions mêmes qu'ils prennent pour la cacher ne servent qu'à la faire éclater encore pJus, et à en mieux prouver la vérité.

$. CCLXXXIX. Les anges sont les premiers Evange'listes de la re'surrection de Jésus- Christ.

Comment s'expliquent les anges sur Jésus - Christ ressuscité (2) ? il est ressuscité selon ce qu'il a dit.... Il vous précédera en Galilée comme il vous Va dit , voilà comme ils s'expriment ; ils ne présentent point d'autre cause de sa résurrection que sa parole, sicut dixit ; pouvoient-ils parler autrement de Dieu même? Et il est bien remarquable que cela s^accorde parfaitement avec ce que Jésus - Christ a dit lui - mémo , lorsqu'il a parlé de sa résurrection. Il n'a point dit : mon père me ressuscitera ; il a dit : y<? me ressusciterai: el adieurs, sicut paterhabetvilam in semetipso, ita dédit Jilio habere vitajn in semetipso; sicut pater suscitât mortuos et vivijicat sic etjilius [3). C'est ce que saint Paul fait bien entendre, lorsque après avoir dit de Jésus-Christ , de Jllio sua quifaclus est ei ex semine David secundum carnem , il ajoute , qui

(1) Maili., ch. 28, jr. G3. — (2) Ibid., ch. 6, y. 7. — (j) JoauD. , ch. 5 , f. 2G.

Co4 RÉFLEXIONS DIVERSES

prœdestinatus est filius Dei in virtute , secundum spiritum snnctificationis ex resurrectione mortuorum Jesu-Christi dominl nos tri (i), m Touchant son » fils qui lui est né selon la chair , du sang et de la » race de David , qui a été prédestiné pour être fils » de Dieu, déclaré el reconnu tel par sa puissance » et ses miracles , par l'esprit de sainteté dont il » etoit rempli , et qu'il a communiqué à son église , » par sa résurreclion d'entre les morts , et la vie nou- » velle qu'il s'est donnée lui-même, après avoir de- » meure quelques jours dans le tombeau , touchant, » dis- je , Jésus-Christ notre seigneur ».

§. CCXC. La doctrine de l'Evangile ne respire que confiance et hwnilue'j elle nous annonce un Dieu qui nous avoue pour ses frères , tout pécheurs que nous sommes , afin de former avec eux une Église qui la glorifie cLernellement.

M Je retourne à mon père et à votre père , à mon « Dieu et à votre Dieu (2) ».

Un Dieu se faisant homme a fait les hommes Dieux : il s'est abaissé vers nous pour nous élever jusqu à lui , et établir par là, toute proportion gardée, une espèce d'égalité entre lui et nous j c'est pour cela que, dans le même endroit, il appelle les apôtres ses frères , propter cjuam caiisam non confundilur eos fratres vocare Çà) ^ dit saint Paul,- il accomplit ainsi , et , dès ce moment, la prophétie de Davifl , îiarrabo nonien tuum fratribiis meis {J\). Y a-t-il rien de plus C(msolant pour les chrétiens que d apprendre qu'ils ont un même Dieu et un même père que Jésus - Clirist , et (ju'ils sont ses frères j c'est un eiret de la bonté extrême et toute divine du tiis de Dieu d'appeler ainsi , dans l'état de sa puissance, ceux mêmes (jui Tavoient abandonné dans les jours de son humiliation et de ses soulfranees. Les divines écritures retentissent partout de cette vérité consolante. Saint Paul nous fait souvenir , dans toutes ses

(t) Bom. , cil. I , ■^.3.4- — (2) Joaiin. . rh. 20 , ^. 17. — (3} Hebr. , cap, 2, f. 11. — [\) P salin, 21, ^. 23.

SUK JFSL S -CHRIST." Go5

t'pilres , non - seulement que nous sommes les liériliers d'un Dieu \ivant clans le ciel , afin de me'priser les choses de la leiTC, mais encore que nous sommes les cohéritiers d'un Dieu mort en croix , afin de ne pas refuser de mourir avec lui sur la nôtre : ipse spirilus testimoniuin reddit spiritui nostro quod sumus Jllii Dei , si autetn filii et hœredes ; hœredes quidem Dei ^ cohœredes autem CVim^i: Quelle relii^ion, quelle philosophie ont jamais enseigné une doctrine si sublime, si glorieuse, si précieuse pour l'homme (i) » ?

§. CCXCI. La résurrection de Jésus- Christ a été crue jusqu'au point de souljrir le inartjre pour la publier.

Aucun de tous ceux à qui Jésus-Christ s'est fait voir après la résurrection , n'a conservé le moindre doute, malgré leur hésitation et même leur incrédulité précédente ; ils l'ont crue si fermement qu'ils ont été l'annoncer par toute la terre , aux dépens de leur fortune , de leur repos , de leur vie même , Dieu confirmant leur tém(iii(iiage par des miracles aussi grands que ceux de Jésus - Christ (2) : constante Deo signis et variisvirtutibus y et spiritus sancti distriblUiùnibus secundum suaih voliintateni.

Le plus grand de tous les miracles a été d'avoir converti le monde maigre ses préjugés , malgré ses passions , malgré une infinité de persécutions ; tout devoit porter à ne les pas croire , et on les a crus.

5. CCXCII. Jésus- Christ prouve sa puissance divine y en opérant tout par sa seule parole.

Comment Jésus -Christ fait-il tout , même l'établissement de la religion et de son éiiiise ? Par sa seule parole. La paix soit avec vous , dit - il a ses apôtres , et la paix y demeure au milieu de tous les troubles et de toutes les tribulations qu'ils éprouvent. Comme mon père m'a envoj'é , ainsi je vous em'oie ;

(i^i Rom. y cap. 8, i. \Q , 17. — (2) Hcb. , cap. 1 , ^. !\.

5o6 REFLEXIONS DIVERSES

recevez V esprit saint ; remettez les péchés , et ils seront remis ; retenez-les ^ et ils seront retenus (i). Il n'y a que Dieu à qui il appartient de le dire comme de le faire, et d'agir seul , sans moyen , sans instrumens , sans l'interposition ou le mélange d'aucune autre cause , il ne lai faut qu'un souffle , qu'une parole , ipse dixit et facta sunt ; c'est ainsi qu'agit Jésus-Ghrist (2).

§. CCXCIII. Saint Thomas a été le dernier h croire ; il nen

est pas moins le premier confesseur de la Divinité de Je'siis-

Christ , depuis sa mort ; et cette confession de foi courte ,

prompte et parfaite , est le modèle de celle ijue nous devons

faire à tout moment.

Jësus-Clirist donne la foi en un moment. Saint Thomas , qui ne vouloit croire que ce qu'il auroit vu et touché , n'a pas besoin de porter ses mains sur les plaies sacrées du sauveur ; à cetle seule parole : ne soyez plus incrédule , mais devenez fidèle ; il s'écrie, c'est là mon seigneur et mon Dieu (3), c'est le premier témoin de la divinité de Jésus - Christ après sa résurrection j il la confesse d'autant plus uli lement pour nous , que c^est après en avoir douté. Oa doit admirer la condescendance de Jésus - Christ qui laisse à son apôtre ia liberté de faire l'expérience de ses mains ^ et qui , malgré l'imperfection de sa foi, ne lui ouvre pas moins ses yeux, et le rend dans un moment confesseur de sa divinité.

« Heureux ceux qui croiront sans voir ce que )î vous avez vu (4) ».

Aucune religion avant Jésus-Christ n'avoit exit;;é la foi intérieure. On diroit que toutes les fausses relij^ions aient voulu rendre cet hommage à la véritable , de ne point exiger ce qu^eilc seule a droit de commander , c'est-à-dire , la créance de l'esprit et la soumission du cœur.

(i) Joann., cil. 20, ^.21, 92. — (2) Psaume 32, f. 9.— (3) Joann. , ch. 20 ^ |. 27. — (4) Ihid. , ch. 20 ; \. 29.

St7R JÉSUS-CHRIST." 607

§. CCXCIV. Tout est mystérieux et instructif dans la pèche que font les Apôtres après la résurrection de Jésus- Clirist.

Il ne faut point s'arrêter à la lettre du récit de la péclie miraculeuse où saint Pierre , avec d'autres apôtres, prend cent cinquante-trois grands poissons , après une nuit passée sans rien prendre, et après avoir été avertis , par Jésus-Christ , de jeter leur filet d'un autre côté. Elle renferme une figure mystérieuse de l'inutilité de toutes les pèches qui avoient précédé Jésus-Christ , et de cette pèche ahf)ndante , immense , que les apôtres dévoient faire. Devenus pécheurs d'hommes, elle marque encore , selon les interprètes , ce que les apôtres ont fait dans la suite, et la vie laborieuse qu*iJs ont préférée à l'éclat et au repos. Jésus -Christ ressuscité ne daigne pas employer la puissance de son élat pour tirer ses apôtres de la pauvreté ; il ne leur prépare rien de superflu ni de somptueux , et se borne au seul nécessaire. Cet exemple nous prouve bien que le mépris des richesses doit èli'e la vertu principale de ses ministres et de tous ceux qui veulent gagner des âmes à Dieu.

On voit dans ce récit une foule de miracles. La même puissance qui produit cette abondance de poissons dans le filet, en crée d'autres sur la terre j c'est la preuve la plus claire que ce n'étoit point par impuissance de fournir des poissons aux apôtres , que Jésus-Christ les oblige de pécher.

Ce filet que la multitude des poissons ne pou voit rompre, figuroit l'unité de l'éghse, et la promettoit.

Toutes les actions de Jésus-Christ sont des instructions ou des prophéties.

6o8 RÉFLEXIONS DIVERSES

Ç. CCXCV. Jésus -Christ , en donnant, à son Eglise , son corps , son sang , son unie et sa di^nnité sous les apparences du pain et du vin , réalise , par l'institution de ce sacrifice et de ce sacrement , tout ce gui était Jiguré dans la loi ancienne , accomplit la proniesse que Dieu avait faite aux hommes d'être avec eux jusqu'à la consommation des siècles, et devient , par cette invention admirable de son amour , le lien principal de l' unité, le sceau de notre ul/iance avec Dieu, le soutien et la nourriture de nos âmes , If centre unique de la Religion , le trésor el la gloire de l'Eglise.

Rien de plus clair et de plus e'nergique que les paroles dont Je'sas - Christ s'est servi dans la promesse el l'institulion de l'Eucliarislie : en me'connoîlre la darté et la force , ne point adopter l'interprétation naturelle qui en a e'ié donnée durant quinze siècles , c'est préférer l'usage trompeur de nos sens , les foibles lumières d'une raison toujours flottante et incertaine , à la parole de Dieu même , à l'autorité delà tradition, à la foi constante des fidèles de tous les âges , à l'uniformité de la croyance de l'église. C'est contester à Dieu sa toute-puissance, prescrire des bornes à son amour , et se priver soi - même du gage le plus éclatant de sa miséricorde : c'est vouloir avilir le sacrifice de la nouvelle alliance, et le mettre au-dessous de l'ancienne : car si l'ohlation des chrétiens , comme ou l'a tant de fois remarqué , n'est que du pain et du vin , si la matière de leur sacrifice n'est qu'une ligure, qu'une image, qu'une représentation, que devient la supériorité du sacrifice de la loi nouvelle sur ceux de l'ancienne, où cette représentation étoit plus auguste , cette image plus frappante, cette ligure plus sensible ? Le culte de la loi de grâce n'auroit donc aucune prééminence sur celui de la loi judaïque?

Ceux qui , sous prétexte de l'impossibilité du mystère , s'élèvent contre la vérilé de ce dogme, connoissent-ils à fond toutes les propriétés des corps , et les divers états auxquels Dieu peut les réduire ? S,ont-ils capables de sonder les profondeurs de sa saiïesse , et de mesurer l'immensité de sa toute-

SUR JÉSUS-CHRIST. Gog

puissance ? Ne savent-ils pas que rien n'est impossible à celui qui , en un instant , a fait sortir la lumière des ténèbres, qui change les substances aussi promptement qu'il les a créées, qui dit', et tout est fait : dixit et fada sunt ?

Tout se réduit donc ici à savoir si Dieu , qui ne peut se tromper ni nous tromper , a clairement révélé le dogme de la présence réelle j si un dogme qui a été cru et enseigné sans interruption dans l'église , depuis les apôtres jusqu'à nous , ne porte pas avec soi le caractère de la vérité ; et si ce ne seroit pas faire injure à la bonté de Dieu , et rendre le genre humain bien malheureux , que de le réduire à la voie désespérante de l'examen particulier qui conduit à des discussions interminables , et fait naître des difficultés insolubles. Or, rien de plus lumineux que les argumens (i) par lesquels on a prouvé : 1.° que l'être infini ne peut être compris par une intelligence finie ; d..^ que les objets de la foi ne tirent leur certitude que du témoignage qui les annonce 5 5.° Que les motifs de crédibilité qui manifestent le témoignage de Dieu , c'est - à - dire , qui prouvent que Dieu a parlé , ont ici toute la force nécessaire pour mettre la révélation à l'abri de tout soupçon d'imposture; 4-° ^^^^ les mystères les plus incompréhensibles de la religion sont vrais, lorsqu'il est démontré qu'ils sont révélés. On a également prouvé que la présence réelle de Jésus -Christ dans l'eucharistie , réunissoit à ce caractère , c'est-à-dire à l'évidence de la révélation , celui d'avoir toujours été l'objet de la prédication commune : en efïét , tous les monumens nous attestent qu'elle a été enseignée dans tous les lieux et dans tous les siècles. C'est un fait aussi certain que notre divin législateur a établi sur la terre une autorité suprême, sur laquelle nous pouvons nous appuyer , et qui nous sert d'un degré ferme et solide, pour parvenir jusqu'à

(i) Vojez la Perpétuité de la Foi , par MM. Arnaud et

JNicole.

D'Jguesseaii. Tome XV. 89

6îÔ RÉFLEXIONS DIVERSES

îa connoîssance-de ses mystères. Nier la vérité de la présence réelle de Jésus- Christ sur nos autels, c'est donc enlever toute autorité à la parole révélée et à la tradition : donner aux sombres lumières d'une raison foible et présomptueuse , la prééminence sur la certitude du témoignage de Dieu même , et préférer l'instabilité et le cahos des opinions Immalnes, à la sagesse et aux lumières sûres du tribunal de l'église.

§. CCXCVI. Devoirs que la primauté impose à saint Pierre et à ses successeurs.

La primauté de saint Pierre a été annoncée par ces paroles de Jésus -Christ trois fois répétées (i) : « paissez , nourrissez mes brebis ou mon troupeau )^ , et surtout par celles-ci (2) : « je vous dis que vous » êtes Pierre ». Les eflets de cette primauté, réglée par Jésus -Christ même , sont: i.° de le rendre le chef visible de l'église ; de faire, par l'unité du chef, un seul et même corps de toutes les églises du monde ; 2." de lui donner le droit de veiller, dans toute l'église , à la conservation des vérités saintes qui forment le sacré dépôt , et à Tobservance des réglemens sages qui constituent sa discipline ; 5.° de proposer à tous les chrétiens ce qu'il croit pouvoir contribuer à rairermissement de la foi j 4-° de lui donner l'autorité ordinaire d'assembler les conciles généraux , d'y présider ; enfin , de réprimer les différons scandales et abus qui peuvent s'introduire dans le sein de l'église.

5. CCXCVIL La toute-puissance de Jésus-Christ , manifestée par tant d'effets men>eilleujc , est un caractère de divinité.

(c Toute-puissance m'a été donnée dans le ciel et « sur la terre , (3) ».

Jésus-Christ a prouvé la vérité de ces paroles par les effets : miracles de toute espèce , prophéties accomplies , conversion du monde , établissement de

(0 Joann.,ch. 51 ,f. ,-. — 'j) Malh. , ch. iG , i. iji. — (3) lbid,ç.\i.'z'è,f.i>i. ' ' '

SUR JÉSUS-CHRIST. Gllj

la religion ^ soumission des princes et des peuples de la terre aux apôtres et à leurs successeurs ; perpéliiité de l'église , efficacité des sacremens , sanctification des élus. , etc.

§. CCXCVIII. Le Baptême renferme le mystère profond et sublime de la Trinité.

« Allez , enseignez toutes les nations (i) » : precliez l'évangile à toute créalurc, les baptisant au 7ioiii du père , du fils et du Saint-Esprit {jj). Égalité des trois personnes divines ; baptême au nom des trois : donc, égalité d'être , de sainteté, de puissance. Or , Jésus-Christ s'est toujours appelé le fils de Dieu j donc, égal à Dieu , n'y ayant qu'un Dieu ; donc , un avec Dieu j donc , Dieu de Dieu ; donc, consubstantiel au père. La foi de toutes ces vérités est renfermée dans le baptême même.

§. CCXCIX. Jésus- Christ promet de rendre perpétuel , dans l'Eglise , le ministère des Pasteurs,

« Et voilà que je suis avec vous pendant tous les » jours , jusqu'à la consommation des siècles (3) ».

Promesse de la perpétuité de l'église. Jésus-Christ quoique absent aux yeux de la chair , est toujours présent au milieu de l'église , comme Dieu et comme Dieu-Homme.

La promesse s'est accomplie, et s'accomplira jusqu'à la fin des siècles : elle forme un argument que chaque année fortifie.

Quel homme a jamais fait une pareille promesse ,' et l'a justifiée par une durée de plus de 1700 ans? Elle sera consommée à la fin du monde , où l'église de ]a terre se réunira pour jamais à celle du ciel.

Prophétie , et , en même temps , ordre de prêcher l'évangile par toute la terre.

Cette promesse est également accomplie : nul pays,

(i) Math. ,ch. 28, jr. 18. — (2) Marc, ch. 16, jr. i5. -- (3) Malh.jch. 28;^. 20.

6l2 RÉFLEXIONS DIVERSES

dans la terre, où il n'y ait des hommes soumis à l'Évangile.

§. CGC. Jdsus-Chrîst, comme Dieu, éclaire l'esprit et soumet

le cœur.

Jésus-Christ reproche aux apôlrcs leur incrédulité et la Tait cesser en même temps (i). 11 leur ouvre l'esprit pour leur donner rintelliii;ence des écritures : ils comprennent qu'il f'alloit que le Christ,, Dieu t'ait homme, souflrit et entrât par la croix dans sa gloire.

Quel autre qu'un Dieu a pu annoncer des vérités aussi incompréhensibles , et les faire croire à toute la terre ?

§. ceci. Miracles promis h ceux rpd croiront.

« Tels sont les signes qui accompagneront ceux » qui croiront. En mon nom, ils chasseront les^déi) mons , etc. (2) n.

En accomplissant une prophétie , Jésus -Christ en fait une autre, ou plutôt il confirme celle d'Isaïe par la sienne ; l'une et l'autre ont été accomplies.

Quel autre qu'un Dieu pouvoit promettre et opérer de si grandes merveilles.

Il ne dit pas même , au nom de Dieu , ils chasse-^ ront les dénions , etc. , mais en mon nom j donc, il est Dieu.

J'enverrai sur vous la promesse du père; c'est-àdire , le Saint-Esprit qui vous a été promis (3).

11 l'a dit et il l'a exécuté.

Un autre que Dieu peut-il envoyer l'esprit de Dieu?

Il ne dit pas , Dieu enverra , mais f enverrai ou j'envoie , pour marquer, par le présent^ le prompt accomplissement de la promesse.

La même promesse est expliquée ailleurs encore plus clairement.

Jean a baptisé dans l'eau , mais pour Jésus-Christ,

(0 Marc , ch. iG. ~ (2) Ihid. , cli. iG , -j^. 17- -- (3) Lwc , cil. 24,^. 40.

SUR JÉSUS-CHRIST. 6li

cest lui qui vous baptisera dans le Saint- Esprit et dans le jeu y et ce sera dans peu de jours (i).

Vous recevrez la puissauce de 1 espnL saint qui viendra sur vous.

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