TROISIÈME CLASSE DE REPROCHES
Inimitié pour des grâces refusées.
On propose ce reproche contre trois témoiris. Grappin , Desgourreaux , le P. Tissier.
A l'égard de Grappin, on rapporte un seul mémoire de lui, par lequel il a demandé la garde-robe de M. l'abbé d'Orléans, et une gratification.
Mais paroît-il qu'on la lui ait refusée? Nullement; et d'ailleurs quelle en seroit la conséquence ?
Un valet de chambre n'aura pu demander à l'héritier de M. l'abbé d'Orléans une récompense de ses services , sans être devenu par là incapable de déclarer ce qu'il a su de l'état de son maître.
Desgourreaux. Il a demandé une gratification pour tenir lieu de l'équipage : il prie le sieur Guilloia
SUR l'afiaire du priKce de conty ( 1G98 ). 3'j5 de prescnler un placct; il écrit le i3 avril iG^J , pour demander le paiement de sa pensKjn , et il mande qu'il est bien fâcheux que Madame de Nemours soit si long-temps à se déterminer, et qu'il voudroit bien savoir à quoi s'en tenir, pour n'avoir rien à se reprocLcr.
On peut l'aire sur ce rcproclie le même raisonnement que sur le précèdent. Il est diiliciie de reprocher pour cela un ancien domestique. Paroît-il qu'on lui ait refusé ce qu'il demandoit ? Au contraire, vous voyez qu'on le ménage par les leltres qu'on lui a écrites aussitôt que vous avez confirmé la sentence qui admettoit la preuve.
Le P. Tissier. Il faut distinguer les lettres qui sont reconnues, des placets que l'on désavoue.
Dans les lettres, il ne demande rien pour lui, mais simplement le paiement d'une année de pension qui étoit due à son frère , un calice , et quelques livres pour l'abbaye de Saint-Georges. Il y en a une où il dit qu'il souhaite que sa prière réussisse pour lui épargner le chagrin que la suite de celte affaire pourra lui causer ; termes qui n'ont aucun rapport à ces prétendues menaces qu'on suppose quïl a faites.
Il est vrai que dans les placets, à ce qu'on prétend , qui étoient joints aux lettres, il demande encore la continuation d'une pension de cinq cents livres, que Madame de Longueviile lui avoit fait donner pendant la vie de M. l'abbé d'Orléans; mais outre que ces placets ne sont point reconnus ni signés, pourra-t-on se persuader qu'un prêtre, qu'un religieux, honoré de tous les emplois les plus considérables de son ordre; qu'un vieillard de soixante-dix-huit ans, à la veille d'aller paroître devant le tribunal suprême du souverain juge , ait voulu , pour se venger d'un pareil refus, commettre un parjure à la face de la justice, et se rendre coupable de la fausseté la plus noire ((ui fût jamais , puisqu'il ne se seroit pas contenté d'attester ia démence de M, l'abhé d'Orléans, mais qu'il y auroit ajouté une iulinilé de circonstances, qui
iicroient, pour ainsi dire, une foule et une niultilucle de crimes en un seul?
Finissons ce qui regarde ces trois témoins, par trois re'flexions communes.
I .° Ce sont des témoins presque nécessaires. Il faudroit de très-grands mojens pour les rejeter.
a.° En difïérant de leur accorder les grâces qu'ils avoicnt demandées, on seroit parvenu à les mettre dans l'impossibilité de déposer contre Madame de Nemours; car, ou l'on se persuadoit qu'ils ne déposeroient point, de peur de perdre le fruit de leurs services 3 ou du moins on se promettoit que s'ils déposoient, on rendroit leurs dépositions inutiles en l'attribuant au refus de ces grâces.
3.° Si l'on veut s'attacher ici à la vraisemblance , en voyant des grâces demandées d'un côté, et des grâces différées de l'autre, le témoin en suspens jusqu'après la déposition , ne sera-t-il pas bien plus naturel de croire que ce n'est pas le refus de la grâce qui a altiré la déposition , puisque la grâce n'étoit pas encore refusée , mais que c'est au contraire la déposition qui a attiré le refus ?
Achevons d'examiner la dernière classe de reproches.