QUATRIÈME CLASSE DE REPROCHES
Dévouement h. M. le prince de Contj.
Ce dernier reproche regarde les sieur et dame de Biily. JNous ne croyons pas qu'il dût être proposé.
On prétend qu'ils sont officiers de M. le prince de Conty, parce qu'ils sont l'un et l'autre Ci^pilaine du château de ïne, qui lui appartient. y
Le testament de Madame de TiOngueville dissipe cette couleur.
Elle donne au sieur de Billy, et à la dame sa femme, leur habitation dans le château de Trie, avec les appointemens de quatre cents et tant de livres par an^
SUR l'affaire du Pni>"(;E DE CONTY (1G98). S^Jj
Cl en cas (jue les héritiers les dt'possèclei>t , ce qu'elle ne croit pas , et ce qu'elle les supplie de ne pas taire , lu nicine somme leur sera payée pendant la vie de 1 un et de Tantre.
Ils ne Sont donc point officiers de M. le prince de Conly, mais légataires de INladame i\a Lonqueville.
Ils ne jouissent pas même de l'habitation, ils demeurent dans une terre voisine.
Tout le droit de M. le prince de Conty se réduiroit à leur ôter cette habitation. Il pourroit le faire à la MLîueur ; mais il y a des liens d'honnêteté , de bienséance dans les prières de Madame de Loni^ueville , qui, entre des personnes de ce ranj,', peuvent tenir lieu de commandement et d'obli^gation.
On ajoute, à ^éJ,^'^rd de la dame de Billy, qu'elle a pris la qualité de dame d'honneur de Madame de Longueville qui n'en avoit point j mais elle en faisoit les fonctions auprès d'elle. Et aussi comment s'eslelle expliquée? Qu'elle a servi Madame de Longueville en qualité de dame d'honneur.
De tels reproches sont trop vagues pour affoiblir des dépositions de cette importance.
Nous n'avons pas relevé le fait du calice acheté par Follard , ni du don que Desgourreaux reçut de M. l'abbé d'Orléans , dans le temps où il le représente aujourd'hui comme imbécille , parce que ce sont des contredits contre leurs dépositions, dont nous aurofis à parler dans la suite, plutôt que des reproches.
Voilà cependant tous les reproches de Madame de Nemours épuisés. Us se réduisent à quelques suspicions contre Follard , à cause de la dilTérence des legs faits en sa faveur dans les deux testamens, et à retrancher les deux témoins impubères, aussi bien que le Geai de Ghàteaufort.
Passons maintenant à l'examen facile et sommaire des reproches que le conseil de M. le prince de Conty a proposés contre les témoins de l'enquête contraire.
Arrétons-nons d'abord à ce que l'on vous a dit louchant la déposition du le'moin le plus illustre qui soit dans l'enquête de Madame de JSemours. Nous n'avons pas besoin de dire que nous voulons parler de feu M. 1( Nain, maître des requêtes.
Nous avouons ici , et nous croyons que le public nous fera la justice d'en être persuade' , que ce n'est qu'avec douleur que nous nous trouvons re'duits à la pénible nécessité d'examiner les suspicions générales par lesquelles on prétend affoiblir l'autorité d'un témoin si digne de notre vénération.
Il nous semble que l'on nous oblige d'expliquer un reproche proposé contre la vertu même, vertu qu'une longue vie avoit consommée, et qu'une mort précieuse , mais qui a paru prématurée , quoiqu'à l'âge de quatre-vingt-huit ans , vient de consacrer à l'iramorlalilé.
Que ne nous est-il permis, au lieu d'entrer dans la discussion de ce reproche, de rendre à cet illustre mort le tribut si justement mérité d'une louange solennelle qui devroitêtre considérée en notre bouche, plutôt comme une effusion du cœur que comme un ouvrage de l'esprit? Nous vous le représenterions dans le temple de la justice, où son zèle ardent pour la vérité , et sa fermeté inébranlable dans le bien , ont souvent consolé l'innocence et fait trembler l'iniquité. Nous vous le montrerions aux pieds des autels, joignant les exemples d'un parfait chrétien au modèle accompli d'un véritable magistrat : nous le suivrions dans l'éclatante obscurité de sa retraite , où nous le verrions , plus proche du ciel que de la terre, recevoir les bénédictions que l'Ecriture (i) a promises à l'homme de bien j et, dans une heureuse vieillesse, voyant les fils de ses pelits-enfans , plus chargé de mérites que d'années, s'endormir du sommeil des justes, et vivre même après sa mort, non-seulement dans la mémoire des hommes où il subsistera éter-
(i ) Ecce sic benedicilur horno qui timelDominum,.,. et vidcas Jilios JiHorum luorum. Ps. 127.
SUR l'aFFAIKE du prince de CONTT ( iGijS ). .15()
nellenieut, mais ei>core plus dans les dignes héritiers de son nom, de ses biens et de ses vc:tus.
Mais quelque joie que nous eussions de pouvoir rendre ces honneurs publics à sa mémoire, nous sommes obligés de nous renfeimer dans des bornes plus étro tes. Renonçons à tiuit ce qui pourrait llaller les senlimens de noire cœur, et ne perdons point de vue l'objet principal que nous envisageons aujourd'hui. Examinons les reproches indirects que Ton a proposés avec toute la retenue iniaginanle , mais qu'on a néanmoins proposés contre l'eu M. 1g Nain.
Nous ne parlerons point ici des interprétations que l'on a données à sa déposition j nous ne considérons encore une t'ois que les qualités îles témoins, et non pas les inductions que l'on peut tirer de leur témoignage.
Qu'est-ce donc que l'on vous a dit ? Que la confiance dont Madame de Longueville honoroit l'eu. M. le Nain, que la place qu'il remplissoit dans les conseils de Neuchâtel , doivent le faire regarder comme un des principaux auteurs des actes que M. l'abbé d'Orléans a signés; que sa foi, engagée par les avis qu'il a donnés , ne lui a pas permis de s'expliquer clairement dans ses dépositions, et d'une manière (jui put donner atteinte à des actes aussi justes que nécessaires.
Nous savons qu'un juge ne peut déposer contre la sentence qu'il a lui-même rendue, un notaire contre l'acte qu'il a reçu , un avocat contre la transaction qu'il a conseillée.
Mais quelles preuves rapporte -t-on pour montrer que M. le Nain doit être considéré cornme l'auteur des actes qui ont été faits par M. l'abbé d'Orléans ? On sait en général que Madame de Longueville consultoit souvent M. le JNain ; c'éloit une marque de discernenement et de l'élévation d'esprit de cette grande princesse. Mais peut-on conclure de ce fait,
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qu'il ait eu assez de part aux actes, pour ne pouvoir plus en de'poser sans détruire indirecleuient son ouvrajje ?
Chercherons-nous une plus grande preuve que sa déposition même, pour faire voir que sa foi u'étoit point enga£;ée par les actes? Auroii-il déposé dans celte allaire , sil éloit viai cjue la conliance de Madame de Longuevilie Veut ren^lu l'unique arbitre de la conduite de M. Tabbé d'Orléans en celte occasion?
S'il s'agissoit d'une autre personne, nous examinerions d'abord ce qu'elle auroit du faire , et nous chercherions ensuite ce qu'elle auroit fait. Mais qu'il nous soit permis de renverser cet ordre à l'égard du grand magistrat dont nous avons l'honneur de vous parler : disons plutôt , M. le Nain l'a fait , donc il a pu, donc il a dû le faire. C'est ce que nous croyons que tout le public dira avec nous ; et c'est aussi par là que nous finirons ce qui regarde la qualité de ce témoin , en attendant que nous nous expliquions plus au long sur la nature de sa déposition.
Le reste ne mérite pas un long examen.
Daind, n'est pas reprochable : on prétend que M. le prince de Conty l'ayant destitué de la place de secrétaire, en i685, il en a conservé le ressentiment jusqu'en 1696.
Mais cela est peu vraisemblable.
Pevvis , est un témoin qui paroîtroit aussi presque nécessaire.
Mais deux grands obstacles empêchent d'admettre son témoignage.
I." Il est légataire de huit mille livres par le dernier testament, et n'avoit rien dans le premier.
2.° Jl est domestique de Madame de Nemours, concierge d'un de ses châteaux.
C'est donc un témoin à retrancher.
Le siirplu<; de crotte audience fut employé a la lecture des dépositions des témoins entendus dans les enquêtes.
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