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Je sais que c'est Hipparque, qui fleurissait à Alexandrie MO ans avant l'ère chrétienne, et non Plolémée, qui a entre-
pris le premier un catalogue des étoiles. Mais ce catalogue fut rectifié et agrandi par Ptolémée, et cela suffit pour le poëte. «
Les orbes, l'un sur l'autre entassés follement, etc.
Je n'exposerai point ici le fameux système de Ptolémée, qui est assez connu, et qu'on trouve d'ailleurs dans tous les traités de la sphère. On sait assez ce qu'il avait de hardi et de défectueux. Mais une chose que je ferai remarquer, c'est la grande obligation que la géographie doit à Ptolémée. Ce savant illustre fit servir toutes ses connaissances astronomiques à l'-avancement de cette science, il employa les distances connues de certaines étoiles, les élévations du pôle sur différents lieux, et la comparaison des distances connues sur la terre, avec un certain nombre de degrés de la sphère céleste, pour déterminer de combien les villes célèbres étaient distantes de Véquateur, ce qu'on nomme latitude, ou de combien l'une est plus orientale que l'autre, ce qu'on nomme longitude. En un mot, il mit tous ses soins à faire des cartes infiniment meilleures que celles qu'on avait avant lui : et ce sont là de véritables services rendus à la science.
Mais Copernic parait, etc.
Purbarck, Régiomontanus et Valtérus avaient préparé les beaux jours de l'astronomie moderne, mais Copernic les fit naître en donnant l'explication heureuse des phénomène»
célestes, au moyen du double mouvement de la terre sur elle-même et autour du soleil. Il replaça le soleil au centre du monde, fit circuler les planètes autour de cet astre, et confirma, par l'observation, les soupçons du génie de Pythagore, dont, au reste, il ne lit que rétablir et fortilier le système.
Kepler, ouvrant les yeux, etc.
Kepler détermina le premier la véritable forme de l'orbite des planètes. Il prouva ( voyez son grand ouvrage de Stella Martis) qu'elles faisaient leurs révolutions, non dans un cercle, mais dans une ellipse plus ou moins allongée. Celte belle observation le conduisit à établir les deux fameuses lois connues sous le nom de lois de Kepler, Par la première, il prouve que les carrés des temps périodiques (dans les révolutions des planètes) sont entre eux comme les cubes des distances; par la seconde, il démontre que les aires des triangles parcourus sont toujours proportionnelles aux temps employés à les parcourir. Lois admirables ! sur lesquelles repose toute la théorie,des mouvements planétaires, et dont celle de Newton n'a été qu'un sublime corollaire.
Égara la science à force de génie.
Descartes, en créant le doute méthodique, mit l'esprit humain dans la seule route qui conduise à la vérité. En appliquant l'algèbre à la géométrie, il fit présent à la penlée d'un instrument avec lequel elle put remuer facilement
l'univers, dont jusqu'alors le fardeau était resté disproportionné a notre faiblesse. Avec ces deux grands moyens, il semblait qu'il ne dût plus se glisser d'erreurs dans la physique, et que chaque pas de Descartes devait le conduire à la découverte d'un fait Cependant, comme s'il eût été fatigué de se traîner dans le sentier de la vérité, il abjure tout à coup ses propres principes, et, transportant l'imagination dans cette philosophie où ne devait régner que le doute ou le calcul, il éleva sur les débris de tous les systèmes de l'antiquité l'édifice brillant et hardi de ses tourbillons. Ainsi ce génie méthodique qui avait détrôné la philosophie ancienne, parce qu'elle substituait constamment la spéculation aux faits, ne fit celte grande révolution que pour remplacer les syslèmes détruils par un système plus imaginaire et plus audacieux encore.
Quoiqu'il en soit, Descartes n'en est pas moins un des plus grands génies qui aient jamais existé. Il a retrouvé les titres de la pensée, il a émancipé l'esprit humain , en le délivrant de la tutelle des écoles. Enfin , par la nature même de ses erreurs, il a préparé la route à la vérité, et commencé Newton.
Personne n'a mieux caractérisé le génie de Descartes que le père Guénard, jésuite, dans son discours sur V Esprit philosophique , couronné à l'Académie française en 1755 : ouvrage trop peu connu pour son mérite , et qui, à mon sens, est un des chefs-d'œuvre de la prose française. Voici comment s'exprime l'éloquent jésuite, en terminant le portrait de Descartes : « Il fallait aux sciences un homme « de caractère; un homme qui osât conjurer tout seul avec « son génie contre les anciens tyrans de la raison» qui osât « fouler aux pieds ces idoles que tant de siècles avaient « adorées. Descartes se trouvait enfermé dans le labyrinthe
« avec tous les autres philosophes, mais il se lit lui-même « des ailes, et s'envola, frayant ainsi de nouvelles roules à « la raison captive. »
l'AGE 9, VERS I!».
Bientôt d'un jour plus vrai, Newton , etc.
Il faut avouer ici, pour être juste, que le philosophe anglais dut heaucoup à ses devanciers. Il prolita de toutes leurs découvertes. Il emprunta à Kepler ses deux lois sur le mouvement des planètes ; à Galilée sa théorie des forces centrales, à Descaries son application de l'algèbre à la géométrie, et se porta pour héritier de ces trois grands hommes. Riche de leurs découvertes, et fort de son propre génie, il put alors marcher sûrement a. la conquête des Cieux. Alors on connut pour la première fois le véritable système du
ode : on sut quelle force retenait les planètes autour de
leur astre principal : la mécanique céleste fut dévoilée; le» soleils entrèrent dans la balance, et les globes connurent l'équilibre,
Dans sa prison de verre il divisa le Tempt.
M. Delille, qui a attaché quelques-uns de ses beaux vers à presque toutes les découvertes et toutes les inventions modernes, a merveilleusement peint la montre dans ce ver* d'une brièveté si pittoresque :
« Le Temps a prison corps, et marche tous nos veux.»
Cet astre au front mobile , en voyageant dans l'air, Obéit à la terre et commande à la mer.
Il n'est plus possible de douter aujourd'hui que les phénomènes des marées ne soient dus à l'action de la lune sur la mer. La hauteur de la pleine mer n'est pas constamment la même; elle varie chaque jour, et ses variations ont un rapport évident avec les phases delà lune. Elle est la plus grande vers le temps des pleines et des nouvelles lunes; ensuite elle diminue et devient la plus petite vers les quadratures.
PAGE 14, vers 3.
Sur le dôme étoile que ton éclat décore ,
Le soir, fais luire aux yeux une plus douce aurore.
Je vais rappeler ici, pour le plaisir du lecteur, cette description si fraîche et si originale d'une belle nuit dans VAtala de M. de Chateaubriand.
« La nuit était délicieuse. Le génie des airs secouait sa « chevelure bleue, emhaumée de la senteur des pins, et l'on « respirait la faible odeur d'ambre qu'exhalaient les croco- « diles couchés sou? les tamarins des fleuves. La lune bril- « lait au milieu d'un azur sans tache, et sa lumière gris- « de-perle descendait sur la cime indéterminée des forêts. « Aucun bruit ne se faisait entendre, hors je ne sais quelle « harmonie lointaine qui régnait dans la profondeur des « bois : on eût dit que l'àme de la solitude soupirait dans « toute l'étendue du désert. »
Il est impossible de porter plus loin le charme du style descriptif. C'est bien de cette prose que l'on peut dire, suivant l'expression de M. de Fontanes, qu'elle a la mélodie et la douceur des plus beaux vers.
Il échauffe , il nourrit de ses jets éclatants Ces globes , loin de lui , dans le vide flottants.
Lemierre, par une belle et riche expression, appelle la chaleur du soleil :
Cette sève du feu qui nourrit la nature.
* C'est un de ces beaux vers qui semblaient naître spontanément dans la tète de ce poète dur et bizarre, mais plein de verve et de feu.
En tournant sur lui-iiu-me il échauffe sa masse.
Herschel croit avoir découvert que le soleil n'est pas chaud par lui-même. Il prétend qu'il se décompose lentement, à la manière des phosphores , et qu'il est enlouré d'une atmosphère de nuages lumineux , résultat de la décomposition de cet astre. Cette hypothèse diminuerait bien les idées de puissance et de majesté que l'on a coutume d'attacher au soleil; et l'imagination s'accommodera toujours mieux d'un immense globe de feu qui envoie la lumière et la chaleur jusqu'aux ex! remîtes de son système, que des savantes hypothèses de l'astronome anglais.
Disons donc avec un poêle :
« O grand Astre ! ô Soleil ! ta loi toute-puissante « Régit de l'univers la sphère obéissante ; « Depuis l'ardent Mercure en tes feux englouti, « Jusqu'à ce froid Saturne au pas appesanti , « Qui prolonge trente ans sa tardive carrière , ' « Ceint de l'anneau mobile où se peint ta lumière ,
« Tu les gouvernes tous. Qui peut te gouverner? « Quel bras autour de toi t'a contraint de tourner? « Soleil ! ce fut un jour de l'année éternelle ! « Aux portes du chaos Dieu s'avance et t'appelle : « Le noir chaos s'ébranle , et de ses flancs ouverts , « Tout écumant de feux, tu jaillis dans les airs. « De sept rayons premiers ta tête est couronnée; « L'antique nuit recule, et par toi détrônée , « Craignant de rencontrer ton œil victorieux , « Te céda la moitié de l'empire des Cieux. »
(Fontanes , Essai sur l 'astronomie. )
Ces vers sont trop beaux pour avoir besoin d'être loués. Seulement je ferai remarquer la manière savante dont la phrase poétique est relevée et soutenue dans cette harmonieuse période :
« O grand astre! ô Soleil! ta loi toute-puissante « Régit de l'univers la sphère obéissante ; « Depuis l'ardent Mercure , etc. »
Voilà la manière des mailres.
Inébranlable et fixe en sa mobilité.
Le soleil est immobile au centre du monde : il est le centre de gravité commun de toutes les planètes qui circulent
autour de lui. Mais les taches que Ton voit paraître et disparaître tour à tour sur son disque ont révélé aux astronomes que cet astre avait un mouvement de rotation sur lui-même, qu'il achève en vingt-cinq jours et dix heures.
Soleil ! astre sacre , contemple ton empire , etc.
Les poètes, et surtout les poètes modernes, ont heaucoup multiplié ces sortes d'invocatjons au soleil. Thompson nous en a laissé une fort belle dans ses Saisons. Elle est trop connue pour être citée. J'aime mieux rappeler celle d'Ossian, qui se dislingue de toutes les autres par la riche originalité de ses couleurs, et qui d'ailleurs a été si bien reproduite dans ces vers de M. de Lormian :
« Roi du monde et du jour, guerrier aux cheveux d'or.
« Quelle main, te couvrant d'une armure enflammée
« Abandonna t'espace à ton rapide essor,
« Et traça dans l'aïur ta route accoutumée ?
« Nul astre à tes côtés ne lève un front rival
« Les filles de la nuit à ton éclat pftlineal :
« La Lune devant toi fuit d'un pas inégal .
« Et ses rayons douteux dans les flots s'engloutissent.
« Sous les coups réunis de l'âge et des Autans,
« Tombe du haut sapin la tête échevelée ;
« Le mont même, le mont, assailli par le Temps,
« Du poids de ses débris écrase la vallée.
• Mais les siècles jaloux épargnent ta beauté.
« Un printemps éternel embellit ta jeunesse;
« Tu t'empares des Cieux en monarque indompté .
« Et les vœux de l'amour t'accompagnent sans cesse.
« Quand la t.in |>«"t<- éclate et rugit dans les airs.
« Quand les vents font rouler au milieu des éclair»
« Le char retentissant qui porte le Tonnerre , « Tu parais, tu souris, et consoles la Terre. « Hélas ! depuis longtemps tes rayons glorieux « Ne viennent plus frapper ma débile paupière. « Je ne te verrai plus , soit que dans ta carrière , « Tu verses sur la plaine un océan de feux, « Soit que , vers l'occident , le cortège des ombres « Accompagne tes pas , ou que les vagues sombres « T'enferment dans le sein d'une humide prison. « Mais peut-être , ô Soleil ! tu n'as qu'une saison ; « Peut-être , succombant sous le fardeau des âges , « Un jour tu subiras notre commun destin ; « Tu seras insensible à la voix du matin, « Et tu t'endormiras au milieu des nuages. »
Père de la lumière , et des vents et du feu , etc.
Dans ce vers j'ai l'air d'attribuer exclusivement l'origine des vents à l'action du soleil. Je sais bien que la cause de plusieurs vents ne pourrait se ramener que difficilement à cette théorie; mais il suffit que les vents constants et généraux, tels que les vents alizés, soient dus exclusivement à l'action du soleil et à sa position à l'égard de la terre, pour autoriser cetle expression poétique. Parmi les diverses manières dont on a imaginé que cette action s'exerce ,• celle-ci nous parait la plus simple et la plus naturelle.
Le soleil, qu'on suppose dans le plan de l'équateur, échauffe et rarélie très-sensiblement la partie de l'atmosphère qu'il domine. Cet air raréfié s'élève au-dessus du niveau : d'après la tendance qu'ont tous les fluides à reprendre leur niveau, il se répand sur les colonnes situées vers les pôles, tandis qu'un air frais, parti de ces mêmes colonnes, coule en
dessous vers Péquateur pour remplir l'espèce de vide produit par la dilatation. 11 se formera donc dans chaque hémisphère horéal ou austral deux courants : l'un supérieur, qui va de l'équateur vers les pôles ; l'autre inférieur, qui vient des pôles à l'équateur. (foj/ezD'ALEMBERT, Recherches sur les causes générales des vents. )
Et la décompo«ant dans le prisme des airs , etc.
Newton est le premier qui ait fait l'anatomie de la lumière. En faisant tomber un rayon solaire sur l'angle d'un prisme, il vit ce rayon se partager en sept couleurs primitives : le rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu, l'indigo et le violet, et former une bande colorée , où les rayons se plaçaient dans l'ordre de leur réfrangibililé. Le rayon rouge est le moins réfrangible, et le rayon violet , qui est à l'autre extrémité de Péchelle colorée, est celui qui l'est le plus.
Sitôt que , profitant des jeux de l'ignorance , Galilée, etc.
On sait que ce sont les enfants d'un lunetier de Zélande qui. en se jouant dans la boutique de leur père, découvrirent ta télescope. Galilée s'empara de cette découverte , et, en l'appliquant à l'astronomie, il vit s'ouvrir devant lui un nouveau ciel. C'est avec cet instrument qu'il découvrit les quatre satellites de Jupiter, dont on a fait depuis un si bel usage pour trouver les longitudes en mer. C'est en observant les
fréquentes éclipses de ces satellites qu'on parvient à déterminer les longitudes, et c'est à quoi l'ont allusion ces vers :
Garde's de Jupiter, voilez votre lumière , Et des nochers ainsi protégez la carrière.
PAGE 18, VERS 2 et 3.
Sept lunes n'éclairaient ce globe inanimé.
C'est peu : d'un double anneau l'écharpe lumineuse , etc.
On ne comptait autrefois que cinq satellites dans le système de Saturne ; mais depuis quelques années Herschel, avec son grand télescope , en a découvert deux autres , ce qui fait sept lunes, toutes en mouvement autour de cette planète, dans des orbes presque circulaires. Saturne est en outre environné d'un anneau merveilleux qu'Herschel même a reconnu être double. Cet anneau fait avec le plan de l'orbite de Saturne un angle de cinquante degrés. La largeur apparente de l'anneau est à peu près égale à sa distance à la surface de Saturne. L'une et l'autre paraissent être le tiers du diamètre de cette planète. Le diamètre entier de l'anneau est de plus de soixante-six mille lieues. Herschel y a reconnu des bandes et des taches, au moyen desquelles il a calculé que la rotation de l'anneau autour de Saturne dure dix heures trente-deux minutes quinze secondes. ( Voyez LA. place, Système du monde.)
Herschel voit, reconnaît l'étoile inattendue, etc.
Ce n'est qu'en 1781 qu'Herschel a découvert la planète qui porte son nom, et que d'autres astronomes ont aussi appelée
nr CHANT I. 159
Uranus. Elle avait déjà été entrevue par quelques observateurs ; mais Herschel seul a reconnu son mouvement; et en suivant cet astre avec soin , il s'est assuré que c'élait une Véritable planète. La durée de la révolution sidérale de la planète d'Herschel est de 30,689 jours , ou à peu près 83 ans 294 jours 8 heures. Si Ton juge de la distance de cette planète par la lenteur de son mouvement, elle doit être aux contins du système planétaire. D'après la loi des analogies, la planète d'Herschel doit avoir un cortège de satellites trèsnombreux; mais son énorme distance les rend invisibles dans les instruments ordinaires. Cependant Herschel, avec un très fort télescope, a déjà découvert six satellites en mouvement autour de sa planète, dans des orbes presque circulaires, et à peu près perpendiculaires au plan de l'écliptique. En France on donne assez généralement le nom d' Uranus à la planèle d'Herschel. Il m'a semblé que le poète devait oooserrei a cet astre le nom de celui qui l'a découvert."
A«lri' légitime , je te vois dans les Cieux Inscrire un nom mortel sur la liste des Dieux.
Cette tirade sur Herschel et sur Saturne avait paru longtemps avant l'impression de mon poème , dans un journal (I) d'où elle avait été transportée dans plusieurs recueils de poésie. Des changements assez considérables ont été faits à ce morceau, et quelques personnes dont j'estime le goût et la critique ont paru regretter ma première manière. Je
M) Le Spectateur du Nord.
prends donc le parti de la rétablir ici en la rejetant dans les notes.
« Mais Saturne , exilé sur les conûns des Cieux ,
« M'appelle , et je l'atteins dans la nuit de ces lieux
« Où loin de son berceau va mourir la lumière ;
o C'est là qu'il languirait dans sa froide carrière
« Si Dieu , pour éclairer ce globe ténébreux ,
« N'eût peuplé ses déserts d'un cortège nombreux.
« Aussi, pour animer ces plages infécondes ,
« L'Architecte éternel le dota de sept mondes,
« Qui tous, parant leur front d'un éclat emprunté ,
« Lui prêtent à l'envi leurs feux et leur clarté.
« Tel un père , accablé du- poids de la vieillesse ,
« Des fils de ses enfants entoure sa faiblesse ,
« Et ces fiers rejetons , appui de ses vieux jours,
« A ses pas chancelants prodiguent leur secours.
« C'est peu : d'un double anneau l'écharpe lumineuse,
« Rassemblant du Soleil la lueur nébuleuse ,
« Unit , groupe ses feux et pâles et flottants ,
« Et les change bientôt en miroirs éclatants ,
« D'où Saturne reçoit des gerbes de lumière.
« C'est là que l'astronome arrêtait sa carrière ,
« Et là ralentissant son vol audacieux ,
« Il cessait d'admirer le grand Moteur des Cieux.
« Mais quel monde à mon œil soudain se développe?
« Herschel , dressant aux Cieux son hardi télescope ,
« D'Uranie étonnée agrandit le compas.
« Dans l'univers conquis il fait un nouveau pas ;
« Et , vainqueur, il franchit cet espace nocturne ,
< Borne de notre monde et trône de Saturne.
« Si Colomb , sur les mers lancé d'un vol hardi , « Donne un autre hémisphère à ce globe agrandi , a Et si son fier trident, dominateur de l'onde, « Au sceptre de l'Europe enchaîne un nouveau monde : « Du ciel et de la nuit perçant la profondeur, « Herschel de ce grand homme égale la splendeur. « Aux efforts de Newton unissant son audace , « Vers des bords inconnus il vogue dans l'espace ,
« Et reculant des Cieux les confins trop bornas .
ta un nouveau globe aux mortels étonnés. « Saturne rapproché ne finit plus le monde.
« Fier de cette conquête où sa gloire se fonde, « Plus heureux que Colomb, victime du destin, « Bataefcd donne son nom à ce globe lointain , « Où commence pour nous et Unit la nature. « Collègue de Vénus, de Mars, et de Mercure, « Herschel! astre nouveau , je te vois dans les Cieux , « Inscrire un nom mortel sur la liste des Dieux. »
Près des autres Soleils égarer leurs hommages.
Des astronomes fameux, entre autres Lambert et Laplace, ont prétendu que la marche d'une comète pouvait devenir tellement parabolique, qu'elle tinît par s'échapper de notre système solaire, pour aller tomber dans le système d'un soleil voisin. Cette hypothèse suflit pour excuser l'espèce d'exagération poétique qu'on pourrait trouver dans ces vers sur l'aberration des comètes.
M. de Fontanes a peint d'une manière bien vive et bien pittoresque cette marche irrégulière des comètes dans ces deux vers qui nous semblent admirables.
« Sa main, dit-il, en parlant de l'astronome :
« Sa main ramènera l'étoile déréglée
t Qui vient, fuit et revient, et court échevelée.»
Et le voile jaloux qui couvrait la nature Sur le pôle aplati par eux est déchiré.
Newton, par une l>elle application de la théorie de la pe-
santeur, avait deviné que la terre devait être un sphéroïde aplati vers ses pôles; il avait même été jusqu'à calculer de combien devait être cet aplatissement, et il l'avait trouvé de 5-3- ou de treize lieues. Mais ce sont les académiciens français qui furent envoyés en 1736 au Pérou et dans le Nord, pour mesurer quelques degrés les plus éloignés, et les plus voisins que possible du pôle et de l'équateur, qui eurent la gloire de continuer, parleurs belles observations, ce qu'avait deviné le génie de Newton. Cette solution du grand problème de la véritable ligure de la terre a fait un honneur infini à l'académie des sciences.
Déjà môme à sa voix les prêtres d'Uranie S'éveillent dans Palerme et dans la Germanie.
Allusion aux planètes de Cérès et de Pallas , découvertes, l'une par Piazzi, à Palerme, le Ier janvier 1801, l'autre par Olbers, à Brème, le 28 mars 1802. Cérès et Pallas sont placées entre Mars et Jupiter. Cérès fait sa révolution à peu près en quatre ans et sept mois, et Pallas en quatre ans et huit mois. M. Lalande a trouvé à Cérès environ six cents lieues de diamètre, et à Pallas environ la moitié. Les orbites de ces deux planètes se coupent l'une et l'autre. Pallas se rapproche tantôt de Jupiter et tantôt de Mars. (Depuis que cette note est écrite , on a encore découvert deux nouvelles planètes, auxquelles on a donné le nom de Vesta et de Junon. Elles sont placées entre Mars et Cérès. La révolution de Vesta se fait en trois ans deux cent quarante jours; celle de Junon se fait en quatre ans cent trente et un jours. La distance de la première au soleil est de 81,530,300 lieues; celle de la seconde est de 91, 277,824 lieues.)
Tu ne retiras point cette échelle des nombres. Ci fut par là que l'Homme , etc.
En effet, c'est depuis l'application de la géométrie à l'étude des Cieux, et depuis les grandes découvertes de l'astronomie moderne, que la puissance de Dieu s'est manifestée à l'homme dans tout son éclat. Voici ce que dit Rivarol sur les nombres et sur leur application à la connaissance de la nature :
« C'est par les nombres que l'esprit humain arrive à la « science et à tous les arts. Sans s'effrayer de l'exhubérance « de là nature et de ses propres acquisilions, l'homme alors « put marcher en écartant la foule des unités, et repousser « devant lui les bornes du lini, toujours escorté d'espaces « mesurés, de masses pesées, et de mouvements calculés. « Qu'on ne se ligure pas que les nombres aient diminué l'u- « nivers ; ils y ont au contraire porté l'étendue avec la clarté. « L'immensité sans calcul n'accusait que notre faiblesse , et « l'horizon de l'esprit était celui du monde. Les nombres ont « mis l'univers à sa place, et (chose admirable! ) toutes pro- « digieuses qu'on les trouve, ses distances ne sont plus au- « jourd'hui que des proportions !...-
« C'est ainsi qu'au moyen des nombres, notre admiration « pour l'univers, jadis confuse et mesquine, est devenue une « admiration vaste et raisonnée : ce n'est plus d'un vague « élan, mais par degrés comptés, que l'homme remonte jus- « qu'à Dieu. »
FIN DES NOTES DU CHANT l'HEMIl .11.
Et , du Taurus au loin suivant la croupe immense , S'étendent jusqu'aux lieux où l'équateur commence.
Je crois faire plaisir au lecteur en rapportant ici la description d'une scène de la zone torride, tirée du poëme des Plantes par Castel, ouvrage où respire la grâce la plus douce, et le goût le plus pur de l'antiquité.
■ Muse, transporte-moi dans quelque île lointaine « Que le ciel ait cachée à l'Europe inhumaine ;
f Présente à mes regards un vallon fortuné « Que la main des mortels n'ait jamais profané. « Tu m'écoutes : un bois élevé , magnifique ,
■ Répand autour de moi son ombre aromatique.
■ D'une source commune , .ainsi que deux jumeaux,
« Dans un pré plein de fleurs descendent deux ruisseaux. « Sur les myrtes voisins le bengali soupire.
■ Parmi les lataniers qu'agite le léphyre « La perruche bruyante et le lori vermeil « Sautent sous la feuillée à l'abri du soleil. « D'aras majestueux un éclatant nuage
« S'abat en rayonnant, et reni|ilil le bocage : « Tantôt «tir ta palatin leur MM dur et retors « Du coco inûri««ant entr'ouvre les trésors : « Tantôt un ananas qui du milieu des herbes « Rassembla autour de lui en convives superbes.
« Là, d'innombrables nids, semés parmi le« fleurs,
« D'un air vivifiant respirent les chaleurs.
« Je vois de tous côtés, près des vagues émues,
« Se traîner à pas lents les pesantes tortues ,
« Tandis que les oiseaux, chéris du Dieu des mers,
« Quittent de l'Océan les immenses déserts,
« Et rasant à grands cris les sables des rivages,
« En foule , vers le soir, volent sous les ombrages.
« La nuit même ne peut de ce riant séjour,
« Avec son voile épais , bannir l'éclat du jour :
« A peine elle a paru , que des plantes sans nombre
« S'allument de concert et rayonnent dans l'ombre.
« D'insectes lumineux mille escadrons légers
« Viennent tourbillonner dans les bois d'orangers ;
« De rapides éclairs jaillissent de leurs ailes ,
« Et chaque feuille au loin lance des étincelles.
« Le jeu cesse : à l'instant règne l'obscurité.
« Puis un folâtre essaim ramène la clarté ,
« Vole , s'agite en l'air, et le remplit de flamme.
Cette peinture, dont les couleurs sont toutes neuves dans notre langue, est aussi riche que brillante.
Le Soleil fait monter, du sein des mers profondes, Ces fleuves dont le cours arroge les deux mondes.
Racine le iils , dans son poëme de la Religion , a rendu très-poétiquement les mêmes idées :
« La mer, dont le Soleil attire les vapeurs ,
« Par ses eaux qu'elle perd voit une mer nouvelle
« Se former, s'élever et s'étendre sur elle.
« De nuages légers cet amas précieux
« Que dispersent au loin les vents officieux,
« Tantôt , féconde pluie , arrose nos campagnes ,
« Tantôt retombe en neige et blanchit nos montagne».
« Sur ces rocs sourcilleux de frimas couronnés, • -noirs des trésors qui nous sont destinés, Mois de l'Océan , apportés goutte à goutte, « Réunissent leur force et s'ouvrent une route. « Jusqu'au fond de leur sein lentement répandus. « Dans leurs veines errants , à leurs pieds descendus , « On les en voit enfin sortir à pas timides, « D'abord faible-; rui^eaux , bientôt fleuves rapide;.
i icines des monts qu'Angibal sut franchir, « Indolent Ferra rois, le Pô va t'enrichir. i Impétueux enfant de cette longue chaîne, « Le Rhône suit vers nous le penchant qui l'entraîne ; « Et son frère, emporte par un contraire choix, * Sorti du même sein va chercher d'autres lois. m Mais enfin, terminant leurs courses vagabondes. u Leur antique séjour redemande leurs ondes : « Us les rendent aux mers; le soleil les reprend; « Sur les monts, dans les champs, l'Aquilon nous les rend. « Telle est de l'univers la constante harmonie, a De son empire heureux la discorde est bannie : « Tout conspire pour nous , les montagnes , les mers, « L'Astre brillant du jour, les Gers tyrans des airs, h
Il faut remarquer ici que Racine le iils est, avec Voltaire, le premier qui ait eu le mérite de rendre en beaux vers les détails techniques de physique et d'histoire naturelle.
Souvent sa voix , fidèle à son unique chant,
Redit aux Monts voisins cet air simple et touchant, etc.
On voit que par cet air j'ai voulu désigner le Runz des vaches, cet air si chéri des bergers de la Suisse. • 'I mit le monde eonnait cet air si fameux depuis que
« J.-J. Rousseau en a parlé (i). On sait quel charme il a pour « les habitants des Alpes, et quelle impression il fait sur ceux « qui l'ont entendu jouer hors de leur patrie. Un vif soute venir de leurs montagnes, un regret profond de les avoir « quittées, un désir brûlant de les revoir, étaient les sente timents que cet air simple, et qu'ils avaient entendu dès « leur enfance; ré veillait dans leur âme : une mélancolie pro- « fonde s'en emparait, et leur causait souvent la mort (2) . »
Ramond.
page 38, vers 20.
Tout à coup à Lauffen ce fleuve est arrêté.
Rien n'égale la beauté de la chute du Rhin à Schaffouse, si ce n'est celle du fleuve Saint-Laurent, si connue sous le nom de saut de Niagara. Je vais d'abord citer ce que dit Coxe de la chute de Schaffouse :
« Nous quittâmes nos chevaux à Lauffen, petit village qui « appartient au canton de Zurich, et ayant atteint à pied « un somme! suspendu sur le Rhin, nous vîmes perpendi- « culairement au-dessous de nous la cataracte formée par le « fleuve entier qui tombe du haut des rochers avec une vite tesse et une impétuosité effrayantes ; nous descendîmes « ensuite jusqu'à un lieu situé au-dessous du niveau du lit « supérieur du fleuve. Là, nous étions si près de la chute, « que j'aurais cru pouvoir la toucher de la main. Un léger « échafaudage, jeté en avant, dans le milieu même de la va-
(1) Voyez son Dictionnaire de musique, où il est noté.
(2) On fut obligé en France et en Hollande de défendre, sous peine de mort, de le jouer devant les troupes suisses. ^
« peur de cotte épouvantable cataracte, la présente dans son « aspect le plus magnifique. Une mer d'écume précipitée avec « un fracas de tonnerre, une nuée d'eau réduite en poussière « lancée à une énorme distance, tout entin surpasse l'idée « que l'imagination la plus vive pourrait se former dans ses « rèv«>s les plus exaltés ; et la moindre partie de ce tableau « sublime est au-dessus de toute description (t). »
Je vais rappeler maintenant, comme objet de comparaison, la description de la chute de Niagara par M. de Chateaubriand :
« Nous arrivâmes bientôt au bord de la cataracte, qui « s'annonçait par d'affreux mugissements-, elle est formée « par la rivière Niagara, qui sort du lac Érié, et se jette dans « le lac Ontario ; sa hauteur perpendiculaire est de cent « quarante-quatre pieds. Depuis le lac Érié jusqu'au saut, le « fleuve accourt par une pente rapide; et au moment de « la chute, c'est moins un fleuve qu'une mer, dont les tor- « rents se pressent à la bouche béante d'un gouffre.
< La cataracte se divise en deux branches, et se courbe « en fer à cheval. Entre les deux chutes s'avance une île « creusée en dessous, qui pend avec tous ses arbres sur le « chaos des ondes. La masse du fleuve qui se précipite au « midi s'arrondit en un vaste cylindre, puis se déroule en « nappe de neige, et brille au soleil de toutes les couleurs;
(1) Un jeune auteur; allemand. -1 connu parla fougue de son imagination, sa sensibilité et ses malheurs, Leni, descendant avec moi sur cet échauuiri , tomba à genoux en s'êcriant : Voilà un enfer d'inn! Le vent qui non- Luirait l'éfÉM vapeur de la cataracte ne l'empêcha pas de rester un quart d'heure entier dans la même situation , immobile , et pour ainsi dire sans aucun autre «mlinient que celui qui lui avait dicte les seuls mots qu'il prononça.
(A'ofe du Traducteur.)
« celle qui tombe au levant descend dans une ombre ef- « frayante ; on dirait une colonne d'eau du déluge. Mille « arcs-en-ciel se courbent et se croisent sur l'abîme. Frap- « pant le roc ébranlé, l'eau rejaillit en tourbillons d'écumes, « qui s'élèvent au-dessus des forêts comme les fumées d'un « vaste embrasement. Des pins, des noyers sauvages, des « rocs taillés en forme de fantômes, des aigles, entraînés « par le courant d'air, descendent en tournoyant au fond « du gouffre , et des carcajous se suspendent par leurs « queues flexibles au bout d'une branche abaissée, pour « saisir dans l'abîme des cadavres brisés des élans et des « ours. »
Il me semble que dans ce tableau, plein d'images neuves et de l'harmonie la plus savante, l'auteur a pénétré dans tous les secrets du style pittoresque.
Mais le Mont-Blanc m'appelle à ses glaciers antiques, etc.
Le Mont-Blanc, la plus haute cime de l'ancien continent, se trouve isolé au centre d'un vaste groupe de montagnes primitives, de glaciers et de neiges éternelles. Quoique son élévation ne soit que de quatorze mille sept cents pieds, tandis que celle du Chimboraço, au Pérou, est de dix-neuf mille pieds, l'aspect du Mont-Blanc est inliniment plus majestueux, parce qu'il s'élève presque immédiatement à cette grande hauteur, tandis que les montagnes du Pérou s'élèvent toutes par larges gradins, sans que la dernière cime soit fort détachée et fort élancée au-dessus des autres.
Du côté de l'Italie trois grandes pyramides forment les bases avancées qui soutiennent le Mont-Blanc : ce sont le
mont Péleret, le mont Rouge et le mont Broglia. Ces pyramides sont toutes composées de feuillets verticaux. Audessus de ces trois pyramides et d'une infinité d'autres, le Mont-Blanc s'élève comme une pyramide plus grande, et qui présente du côté de l'Italie une de ses faces presque taillée à pic. Tout le corps de la montagne ainsi que la plus grande partie de ses bases est de granit. Six glaciers environnent le Mont-Blanc de tous côtés, et le séparent des grandes montagnes voisines ; deux de ces glaciers sont comme nichés sur ses flancs. Mais depuis sa cime jusqu'au cinquième et même jusqu'au quart de sa hauteur, on ne voit plus de glaces. Les rochers même disparaissent, pour la plupart, sous une immense couche de neiges éternelles. {Voyez Saussure, f'oyagedans les Alpes; Malte- Brun, Géographie générale, lome VII.)
1>AGB 40, VERS 3.
O plaisir effrayant! du haut du Mont-Envers, etc.
Cest du haut du Mont Envers que la Mer de glace se découvre dans toute sa magniticence. C'est une vallée de glace de plusieurs lieues, hérissée de hautes pyramides, et traversée , en sillons brisés, de larges crevasses de couleur bleue. D'innombrahles rochers, s'eflilant insensiblement de leur base à leur sommet, se terminent en une pointe aiguë, ce qui leur a fait donner le nom d\4iguilhs. La vallée de glace se prolonge entre ces aiguilles jusqu'à quelques lieues de distance sur une largeur de plus d'un mille, dirigéed'uncôté vers le Mont-Blanc, et de l'autre vers li vallée deChainouny. {Voyez Coxe et Saussure. )
Je n'ai pas visité la mer de glace de Chamouny, je ne l'ai
aperçue que du haut du Mont-Envers; mais je suis descendu dans le glacier de Grindelwald, le plus considérable de la Suisse après celui de Chamouny, et je l'ai parcouru dans le plus grand détail. Voici comment je le décrivais dans mon itinéraire inédit des montagnes de la Suisse :
« Après avoir côtoyé pendant plus de deux heures un grand « bois de sapins qui couvre la base du Schreick-Horn, nous « descendîmes dans le glacier, et nous nous trouvâmes sur la « mer de glace. Il est impossible de se faire une idée des « sensations qu'on éprouve en descendant dans ce lieu. Les « idées d'épouvante, de solitude, d'isolement absolu, vousin- « vestissent de toutes parts et veus font frissonner. Le glacier « a la forme d'un immense fer à cheval. Tout ce rempart est « de granit, revêtu dans son pourtour semi-circulaire d'une « couche déneige et de glace de plusieurs centaines de toises « d'épaisseur. C'est le fond de ce glacier surtout qui est ef- « frayant. Il semble que ce soient là les bornes, du monde. II « donne l'idée de ces effroyables glacières du- pôle au delà « desquelles il n'y a plus rien. Jamais les idées de stérilité, « d'isolement absolu, de terreur, ne m'ont frappé avec au- « tant de puissance que dans ce lieu. Tout y est immobile, « tout y est mort -, c'est le tombeau de la nature L'affreux « silence de ces lieux n'est interrompu que par le bruit af- « freux des avalanches, qui roulent comme des tonnerres « sur le flanc des glaciers, et dont les neiges brisées s'élèvent « en brumes épaisses , semblables aux fumées d'un grand « incendie. Nous entendîmes quelques coups de foudre sur « les cimes des rochers qui forment le fond du glacier au «. midi. Je ne puis dire à quel point ce tonnerre, grondant « sur ces hautes cimes, et dont les éclats, en se mêlant au « bruit des avalanches, allaient se perdre et mourir sourde- « ment dans l'enfoncement du glacier, était effrayant et su-
» blime. Le fond sur lequel nous marchions est digne de la « scène de terreur qui nous environnait. C'est une vaste mer « de glace traversée en sillons brisés, et en tous sens, de « larges crevasses de couleur bleue, et hérissée d'espace en « espace de hautes pyramides. Au travers de ces fentes énor- « mes, nous apercevions le torrent du glacier qui roulait « sous nous avec fracas à plusieurs centaines de pieds de « profondeur. On n'avait d'autre vue de la terre habitée « que par l'entrée du glacier, qui nous laissait une étroite « échappée de vue sur la vallée de Grindelwald. C'est là, « c'est dans cet abime de beautés et d'horreurs que nous « passâmes plusieurs heures à sentir, à nous exalter, à « nous récrier d'admiration, et à nous enivrer d'enlhou* « siasme et d'épouvante. »
Des sentiers où Saussure égarait son audace.
Ce fut le 3 août 1787 que M. de Saussure, après trois jour de marche, et avoir surmonté des difficultés et des dangers incroyables, parvint enfin à la cime du Mont-Blanc. C'est de là qu'il jouit du plus magnifique spectacle que l'œil de l'homme puisse contempler. C'est de là qu'il put saisir enfin 1»' vaste ensemble de ces Alpes, dont il désirait depuis si longtemps de connaître l'organisation, f Je n'en croyais pas « mes yeux, dit-il lui-même; il me semblait que c'était un « rêve, lorsque je voyais sous mes pieds ces cimes ma jes- « tueuses, ces redoutables aiguilles, le Midi, V Argentier*, « le Géant, dont les bases mêmes avaient élé pour moi d'un il difficile et si dangereux. Je saisissais leurs rap- « porls, leurs liaisons, leur structure, et un seul regard le-
« v ait des doutes que des années de travail n'avaient pu « éclaircir. »
Revenez sous mes yeux, ondoyantes moissons, Mêlez votre or mobile à l'argent des glaçons.
On pourrait croire qu'il y a de l'exagération poétique dans cette peinture. Pour ma justification, je vais citer ce que dit Coxe dans ses Lettres sur la Suisse.
« Je ne crois pas qu'il y ait dans l'histoire naturelle un ob- « jet de recherche plus curieux que la naissance et les pro- « grès de ces glaciers qui descendent parmi les champs cul- « tivés et les plus riches pâturages, résistant à la chaleur « dans des lieux où les rayons du soleil sont assez ardents « pour mûrir tous les fruits de la terre. Il est littéralement « vrai que d'une main nous pouvions toucher la glace, et « de l'aulre une moisson mûre. » (Coxe, Lettres sur la Suisse, lett. xxm. )
page 48, ve'hs 2.
Et de la Dôle enfin nous atteignons les cimes.
La Dôle est la plus haute sommité du Jura; elle est élevée de six cent cinquante-huit toises au-dessus du lac de Genève, et de huit cent quarante-six au-dessus de la mer. C'est d,e là qu'on découvre toute la chaîne des Alpes qui se prolonge depuis le Saint Gothard jusqu'au Dauphiné, sur une ligne de près de cent lieues d'étendue. C'est de là aussi que l'on peut juger de la prodigieuse élévation du Mont-Blanc. Dégagé de toutes les montagnes qui l'offusquent à l'œil de
IU CHANT II. 17f,
ceux qui ne voient que du fond de la plaine, il élève ses trois cimes à d'inconcevables hauteurs, et les montagnes qui l'avoisinent ne semblent plus lui servir que de piédestal.
Du globe du Soleil ait été détaché.
Buffon prétend que la terre et les autres planètes ont été formées d'une portion de matière enflammée détachée de la masse du soleil par le choc d'une comète. Il a été jusqu'à calculer combien il a fallu de temps à notre globe pour s'attiédir au point de devenir habitable. 11 croit que la terre va toujours en se refroidissant, et qu'un jour elle parviendra a un tel excès de froid, que nul être vivant ne pourra plus l'habiter. Écoutons, sur ce fahuleux et brillant système de Buffon, M. de Vicq-d'Azir, éloquent panégyriste de ce grand homme. « Buffon a dit avec Hésiode: Vous connaîlrez quand « la terre commença d'être, et comment elle enfanta les « hautes montagnes. Il dit avec Lucrèce : J'enseignerai avec « quels éléments la nature produit, accroît et nourrit les « animaux; et se plaçant à l'origine des choses, un astre, « ajouta-t-il, a frappé le soleil, il en a fait jaillir un torrent t de matière embrasée, dont les parties, condensées insensi- «< hlement par le froid, ont formé les planètes. Sur le glohe « que nous habitons, les molécules vivantes se sont eompo- « sées de l'union de la matière inerte avec l'aliment du feu; « les régions des pôles, où le refroidissement a commencé, « ont été dans le principe la patrie des plus grands animaux.
M ns déjà la flamme de la vie s'y est éteinte, et la terre, « se dépouillant par degrés de sa verdure, finira par n'être « plus qu'un vaste tombeau. »
C'est en parlant du brillant développement de celte fiction que M. de Fontanes a si bien dit : « Le temps, dans ses vi- « cissitudes connues, ne montre point de plus magnifiques ■ spectacles que ce temps inconnu, dont la seule imagination « de Buffon a créé tous les événements. »
L'Océan tout entier en vapeurs dispersé , etc.
Suivant Buffon, l'Océan, à l'époque où notre globe était encore en incandescence, vaporisé et repoussé par la chaleur de cette masse enflammée, était relégué .tout entier dans l'atmosphère. Ce ne fut que lorsque le globe commença à s'attiédir que l'Océan put retomber à la surface de la terre. C'est alors que le travail des eaux commence, et que les monts secondaires, formés des débris des monts primitifs, durent leur naissance aux argiles, aux sables, aux grès, aux schistes, etc., tenus longtemps en dissolution dans les eaux de la mer, et déposés lentement dans son sein en couches horizontales. L'hypothèse de Buffon diffère principalement de celles des géologues qui l'ont suivi, en ce qu'il suppose que les montagnes granitiques sont l'ouvrage du feu, tandis que Saussure, Ramond, La Metlrie, et les autres, supposent qu'elles sont l'ouvrage des eaux, et qu'elles se sont formées par voie de cristallisation dans le sein de l'Océan. Buffon, d'ailleurs, n'ayant pas voyagé dans les hautes montagnes, ne connaissait point leur organisation interne : il les supposait formées, comme les autres, de lits plus ou moins horizontaux, tandis que, d'après les belles observations de Saussure, il est constant que tous les monts de granit sont formés de faisceaux de bandes verticales qui se terminent en pyramides
plus ou moins aiguës, ce qui semble indiquer leur mode de cristallisation.
Yoil.'i ce que Buffon pour nos neveux apprête.
Buffon n'a souvent fait que donner une magnifique parure à l'erreur. Mais dans ses erreurs même et dans ses systèmes on trouve une force de tète et d-'imaginalion que Descartes et Leibniz seuls ont possédée parmi les savants modernes : c'est le Descartes de l'histoire naturelle. Quant à ses préambules ils sont aussi bien pensés que bien écrits, et dans ses descriptions des animaux il a poussé la perfection du style aussi loin qu'elle peut aller. Observons toutefois que l'éloquence de Buffon est plutôt une éloquence de pensée qu'une éloquence de mouvement ou de passion; et je remarque ceci comme éloge. Son style a cette dignité noble et calme qui convient a l'observateur de la nature. Buffon se tient toujours dans une région élevée, où ses idées se revêtent d'une splendeur tranquille, comme les cieux se revêtent de lumière.
Que l'Océan fut seul architecte des noatt.
L'hypothèse que j'expose dans ces vers est, à dire. vrai, plutôt celle de Saussure ou de quelques géologues français que celle de Pallas. Pallas croit que les montagnes granitiques ont toujours existé, depuis la naissance du globe, telles <jue nous les voyons. Mais il fait jouer un si grand rôle aux eaux dans les révolutions du globe et dans la formation des
montagnes secondaires et tertiaires, que j'ai cru devoir, en opposant Saussure à Buffon, lui associer Pallas, bien que l'hypothèse de ce dernier diffère en beaucoup de points des idées de l'illustre naturaliste genevois.
Tandis que vers le pôle , une Mer moins profonde , Architecte affaibli, dessinait dans son onde Des sommets moins hardis, et qui, privés de nœuds, Ne purent s'affermir ni s'allier entre eux.
On sait que les montagnes du nord sont beaucoup moins élevées que celles de l'équateur, et qu'elles ont des chaînes beaucoup moins liées entre elles et moins prolongées. Les géologues supposent que cela vient de ce que la mer, obéissant à la force centrifuge, se trouva de plusieurs lieues moins profonde au nord qu'à l'équateur, et que, manquant vers le pôle de matières dissoutes, elle ne peut élever que des masses moins hautes et moins bien embranchées.
O ravage ! ô terreur! la lave qui bouillonne
Court sur les flancs du mont qu'elle embrase et sillonne, etc.
Pendant l'éruption de 1795, qui dura environ dix jours, la lièvre de la montagne parut en quelque sorte périodique. Le point du jour, l'heure de midi et celle de minuit étaient ordinairement les époques de ses accès.
L'éruption est annoncée par des tremblements de terre qui se succèdent à différents intervalles. La secousse fut lot-
médialement suivie de l'apparition d'une fonlaine de feu vers le milieu de la hauteur du volcan. Bientôt des secousses pareilles se succédèrent rapidement le long des flancs de la montagne Rien ne peut donner une idée de cette scène ardente, et des bruits étranges qui accompagnaient cette grande opération de la nature : c'était un tonnerre continuel entremêlé d'explosions semblables à celles d'une artillerie formidable; le tout accompagné d'un murmure comparable à celui des vagues de l'Océan dans une violente tempête. Un sifflement tel que celui des grandes fusées volantes, ou des soufflets d'une fonderie, se faisait entendre en même temps. D'énormes pierres lancées à une hauteur incroyable redoublaient les secousses dont la terre et l'air étaient agités. Le ciel s'obscurcit; la lune, qui était pleine, prit la couleur qu'on lui voit dans les éclipses, et bientôt après elle disparut entièrement. Les nuages qui s'élèvent en cônes gigantesques au-dessus de la montagne y forment une tempête électrique qui fait gronder les tonnerres, et le nuage est continuellement sillonné des éclairs en zigzag qui accompagnent les éruptions violentes. Des météores ignés se montrèrent dans cette éruption. C'étaient des globes de feu d'une grosseur considérable qui éclataient en l'air, et lançaient des serpenteaux pareils à ceux des feux d'artifice. Quand la première fureur du volcan fut ralentie et que Pair se fut un peu éclairci, on s'aperçut qu'une grande partie du cratère était tombée dans Tabime intérieur; mais bientôt des nuages noirs se succédèrent rapidement, et, s'enlassant les uns sur les autres, formèrent une colonne énorme qui, s'inclina.it sur la ville de Naples, paraissait la menacer d'une destruction immédiate. Celte masse était continuellement sillonnée dVdnirs volcaniques plus forts que les éclairs ordinaires. Du pied de la montagne aux rives de la mer, tout fut ra-