I. disais au Plaisir : « Pourquoi m'as-tu trompé
C'est la traduction de ce mot si profond et si mélancolique de l'Ecclésiaste : Et gaudio dixi : Quid decepisti me ?
Croit-on que le bonheur habite ces hauts rangs?
Rivarol fait une réflexion très-piquante sur cette espèce de vide et d'isolement que laissent dans le cœur de l'homme non-seulement les grandeurs et les dignités, mais même la supériorité du génie, qui n'isole pas moins que les hauts rangs.
« Tout homme, dit-il, qui s'élève, s'isole; et je compare- « rais volontiers la hiérarchie des esprits à une pyramide. « Ceux qui sont vers la hase répondent aux plus grands cer- « des, et ont heaucoup d'égaux. A mesure qu'on s'élève, on « répond à des cercles plus resserrés. Entin la pierre qui <( surmonte et termine la pyramide est seule, et ne répond à « rien. «
Il serait difficile, je crois, de donner à une réflexion philosophique une tournure plus ingénieuse et plus pittoresque. C'était, au reste, la manière de Rivarol, dont toutes les pensées se tournaient naturellement en image».
pace 89, vers I.
Le bonheur, doux hutÔBM entrevu par lr <■*;:<' . Ne nous a pu toujours rimé son httge.
Rousseau est celui de tous nos écrivains qui a le plus parlé du bonheur et qui en a le mieux parlé. Voici ce qu'il en dit au quatrième livre de son Emile :
« Le signe le plus assuré du vrai contentement d'esprit est « la vie retirée et domestique. Le vrai contentement n'est ni « gai ni folâtre : jaloux d'un sentiment si doux, en le goû- « tant, on y pense, on le savoure, on craint de l'évaporer. « Un homme vraiment heureux ne parle guère et ne rit « guère ; il resserre pour ainsi dire le bonheur autour de « son cœur. Les jeux bruyants, la turbulente joie, voilent le « dégoût et l'ennui ; mais la mélancolie est amie de la vo- « lupté; l'attendrissement et les larmes accompagnent les « plus douces jouissances, et l'excessive joie elle-même ar- « rache plutôt des pleurs que des ris. » — Ce tableau est ravissant. C'est dans ces sortes de peintures que Rousseau excelle. Toutes les fois qu'il revient sur les traits de cette idole qu'il avait tant cherchée, et si rarement connue, son style, naturellement si mélodieux et si tendre, s'attendrit encore, et semble prendre un charme plus doux et plus pénétrant.
Et les troupeaux au loin mugissant dans les plaines, Et le sommeil trouvé sous l'ombrage des chênes.
Ces vers, comme on voit, sont une imitation de ce passage tant admiré de Virgile sur le bonheur de la vie champêtre ;
At latis otia fundis ,
Speluncae vivique lacus : at frigida Tempe , Mugitusque boûm, mollesque sub arbore somni.
Mais qui rendra jamais le charme inexprimable de ce der» nier vers,
Mugitusque boum, mollesque sub arbore somni?
Tombe, mm mi fruit mûr dans un beau jour d'automne.
Celle image appartient à Cicéron, qui, le premier, l'a employée dans son Traité de la vieillesse.
l'AGE 90, VERS II.
Amitié , nœud sacré , etc.
i Seul sentiment de lime où l'excès soit permis, »
a dit Voltaire : et ce vers est peut-élre le plus admirable qu'on ait fait sur l'amitié.
Semblable à la colombe, et blanche et fortunée.... La lemiue , en unissant l'amour et la pudeur, etc.
« Sans la femme , a dit d'une manière charmante M. de « Chateaubriand, l'homme serait rude, grossier, solitaire, et « il ignorerait la grâce, qui n'est que le sourire de l'amour. « La femme suspend autour de lui les fleurs de la vie, comme « ces lianes des forêts qui décorent le tronc des chênes de a leurs guirlandes parfumées. »
PAGE 92, VEWS 16.
Malheur, malheur à l'homme eacuve rolontaire, (jui. par ses paanoni a\e<- ait emporté,
erve en s'y livrant assez de volonté Pniir que tout son esprit petit i 1« - s ili-f.ui e , - lyrani le flambeau qui l'éclairé!
Ces vers peuvent s'appliquer à tous les hommes célèbres qui ont allié de grands talents à de grands vices. Tel fut surtout Mirabeau, qui mit toujours son génie au service de ses passions.