‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 19 sur 67 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

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AVERTISSEMENT

Dans le premier livre des Études poétiques, je n'avais pas cru devoir indiquer toutes mes imitations de lord Byron, parce qu'elles pouvaient être reconnues facilement, les ouvrages de ce poëte étant entre les mains de tout le monde. Toutefois , il s'est trouvé des personnes très-scrupuleuses qui sont disposées à m'en faire un crime. Je déclare donc ici, qu'outre les imitations que j'ai signalées dans les titres des odes, on trouvera encore de nombreuses traces des emprunts que j'ai faits à lord Byron dans l'ode du Gladiateur ,

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dans celles de la Mer et du Tombeau de la jeune vierge , et peut-être aussi dans quelques autres. Au reste, il a toujours été permis aux poètes de voyager dans les littératures étrangères pour s'y enrichir de leurs dépouilles : ces sortes d'emprunts sont regardés non comme des vols, mais comme des conquêtes.

AVANT- PROPOS

En publiant le Génie de r homme, j'avais annoncé que si ce poëme avait quelque succès , je m'occuperais d'un ouvrage plus important. Je ne tiens pas parole, puisque je ne fais paraître aujourd'hui qu'un Recueil de poésies détachées; mais, avant de jeter un grand ouvrage dans le monde, j'ai voulu, dans les circonstances très-singulières où nous nous trouvons, sonder le goût du public, et voir si l'épidémie politique qui s'est emparée de toutes les têtes est décidément irrémédiable.

Je sais qu'il est très-difficile de rompre le charme, et de ramener aux jouissances pures et calmes de la littérature, des esprits malades de politique , et qui ne connaissent et ne veulent plus connaître que les jouissances âpres et violentes de l'ambition et du pouvoir.

Dans le petit Recueil que je publie, je me suis

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donc proposé un assez grand but. J'ai voulu essayer de réveiller chez les Français le goût de la poésie, et pour cela , je me suis écarté à dessein de toutes les idées politiques qui , dans ces derniers temps , ont envahi le domaine entier de la pensée, et semblent vouloir détrôner non-seulement tous les arts, mais toutes les sciences. J'ai voulu que rien de ces idées ne transpirât dans ces Essais , et je me suis remis entièrement sous l'empire des inspirations poétiques. Je me suis adressé aux imaginations tendres et rêveuses -, aux âmes fortes , élevées , enthousiastes ; persuadé que j'aurai gain de cause , si je puis d'abord réconcilier celles-là avec cet art sublime et touchant qu'on a étouffé sous le fardeau des pamphlets, et qui s'est évanoui aux cris des factions et au milieu des orages de la tribune.

J'ai pensé aussi que , pour atteindre mon but , il valait mieux frapper l'esprit du lecteur, fortement et en divers sens, par des morceaux courts, rapides et variés , que de chercher à lui communiquer l'impression uniforme et lente d'une seule et vaste composition.

Un essai tenté , il y a quelques mois , par M. de Lamartine, et quia eu beaucoup de succès, m'a fait croire que tout n'est pas désespéré, et que la

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fibre poétique peut encore frémir dans les imaginations françaises. Si l'essai que je tente à mon tour pouvait avoir quelque réussite, je me déciderais alors à faire paraître le grand ouvrage (1) qui m'occupe depuis longtemps , et qui est arrivé à peu près au point où la mesure de mon talent peut le porter. ■

(I) Titus, ou Jérusalem détruite, poëme en douze chants.

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