PARMI LES RUINES DE ROME
Hic spirat amor
J'errais aux campagnes de Rome , Et, promenant au loin mes pas silencieux
Je lisais le néant de l'homme Écrit de toutes parts sur ce sol glorieux.
Du Capitole au front superbe J'aimais à contempler les environs déserts ,
Et je voyais ramper sous l'herbe L'orgueil de cent palais que la ronce a couverts.
Au pied d'un portique en ruine Qu'ébranlait de sa faux Saturne triomphant ,
Je vis une jeune Sabine Qui, calme, fraîche et belle, allaitait son enfant.
Je m'approche dé cette femme Qui de ces lieux, pour moi, doublait l'enchantement
Et de sa bouche je réclame Quelques légers détails sur ce grand monument.
« Étranger, me répondit-elle , « J'ai regret de tromper ta curiosité;
« .Mais, pour ces débris toul mon zèle
>e peut t'apprendre rien sur leur antiquité.
« D'autres t'en rediront la gloire, Par d'autres ces débris te seront expliqués; ■ Pour moi, j'en ignore l'histoire :
" A peine mon regard les avait remarqués. »
Ainsi , pleine de sa tendresse , Goûtant d'un seul bonheur le long charme innocent.
Cette femme, en sa douce ivresse, Aimait !...... toute sa vie était dans le présent.