‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 31 sur 67 · LA VIOLETTE · texte numérisé non relu

LA VIOLETTE

A'ec sum adeo informis!

<c Pourquoi faut-il qu'à tous les yeux Le destin m'ait cachée au sein touffu de l'herbe Et qu'il m'ait refusé , de ma gloire envieux ,

« La majesté du lis superbe ?

« Ou que n'ai-je l'éclat vermeil « Que donne le Printemps à la rose naissante , « Quand, dans un frais matin , les rayons du Soleil

« Ouvrent sa robe éblouissante ?

« Peut-être pourrais-je en ces lieux « Captiver les i regards de la jeune bergère « Qui traverse ces bois , et , d'un pied gracieux ,

« Foule la mousse bocagère.

« Avant qu'on m'eût vu me flétrir, « Je me serais offerte à ses beaux doigts d'albâtre « Elle m'eût respirée , et j'eusse été mourir

« Près de ce sein que j'idolâtre.

« Vain espoir ! on ne te voit pas ; « On te dédaigne , obscure et pâle violette ! « Ton parfum même est vil ; et ta fleur sans appas

« Mourra dans ton humble retraite. »

Ainsi, dans son amour constant, Soupirait cette fleur, amante désolée; Quand la l>ergèrc accourt , vole, et passe en chantant ;

La fleur soi*s ses pas est foulée.

Son disque , à sa tige arraché , Se brise , et se flétrit sous le pied qui l'outrage ; Il perd ses doux parfums , et languit desséché

Sur la pelouse du bocage.

Mais il ne fut pas sans attrait Ce trépas apporté par la jeune bergère , Et l'on dit que la fleur s'applaudit en secret

D'une mort si douce et si chère.

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