BOUTADE EN FAVEUR DE L'HIVER
Invitât genialis hierns.
Novembre au sceptre monotone Assez a régné dans les cieux ; Des pâles scènes de l'automne Hiver! viens délasser mes yeux.
Quel que soit ton âpre cortège, Sombre Hiver ! je ne te crains pas !
Tes vents , tes glaçons et ta neige Ont aussi pour moi leurs appas.
Oui, tout plaît à l'œil du poëte !
Pour lui tous les objets sont beaux Quaud son énergique palette Y peut conquérir des tableaux.
Il aime à voir, en des jours sombres, Un soleil, voilé de brouillards, A travers leurs humides ombres Jeter ses obliques regards.
Il se plaît à voir les nuages , Sous un ciel jaunâtre et plombé , Apporter les bruyants orages Au monde, en leurs eaux absorbé.
Des noirs Autans , de la Tempête , Avec charme il entend la voix , Qui passe en* grondant sur sa tête Et va mourir au fond des bois.
En réseaux d'argent suspendue Au front de ces pins éclatants, La neige enchante autant sa vue Que les mille fleurs du printemps.
De ces monts que l'amphithéâtre - Lui rit, quand la main des hivers A ceint d'une écharpe d'albâtre Leurs sommets naguère encor verts
Mais à ses regards se présente Un tableau plus pompeux encor, Quand sur leur neige éblouissante , Le soir, se couche un soleil d'or.
Hiver ! c'est sous ton dur empire Qu'animé du souffle des dieux Le poëte accorde sa lyre Autour du foyer studieux.
ETUDES POÉTIQUES. m
C'est en hiver que le Génie , Aux longs cris des airs mugissants , Prélude à sa riche harmonie, Ainsi qu'à ses plus fiers accents.
Plein d'audace, alors il s'éveille; Et jusques aux cieux emporte , Il trouve dans sa longue veille Des chants refusés par l'été.