‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 49 sur 67 · IMITÉ DES POÉSIES DES SCALDES · texte numérisé non relu

IMITÉ DES POÉSIES DES SCALDES

Contemnit mortem et reputat quasi paleas ferrum. (Job.)

Quelle est l'unique destinée De l'homme courageux qui se rit du trépas? A quoi sa noble vie est-elle condamnée ?

C'est à mourir dans les combats.

Vous semble-t-il digne d'envie Celui qui par le fer ne fut jamais blessé ? 11 traîne dans la honte une ennuyeuse vie .

Et son cœur n'est point exercé.

Quand brille l'éclair de la lance ; Quand , au fort des combats , l'acier heurte l'acier ; Le devoir du guerrier, qu'anime la vaillance ,

Est de marcher droit au guerrier.

L'homme qui veut , dans son jeune âge , Mériter une femme et dormir dans ses bras , Ne doit pas craindre un homme , et son ardent courage

Doit être prompt dans les combats.

D'Odin les salles opulentes Ne recevront jamais celui qui craint la mort ; Odin n'admettra point sous leurs voûtes brillantes

Le lâche qui pleure son sort.

Ouvrez-vous , sévères demeures !

Loin de vous redouter, je brûle de vous voir. Je ne pousserai point , à mes dernières heures ,

Le cri honteux du désespoir.

Oh ! comme ils courraient à la guerre , Mes fils , mes fils , le cœur de vengeance altéré , S'ils apprenaient chez eux le malheur de leur père

Par d'affreux serpents déchiré !

Oui, mes derniers instants s'avancent :

Entouré de serpents , je meurs au milieu d'eux ; Et leur lente morsure , et le poison qu'ils lancent

M'apporte un trépas douloureux.

Quelle est la douleur forcenée Qui vient de tous mes sens épuiser la vigueur? Ah ! c'est une vipère , ardente , empoisonnée ,

Qui s'enlace autour de mon cœur.

De mes fils l'invincible épée Punira mon indigne et perfide assassin De son sang odieux elle sera trempée;

J'en garde l'espoir dans mon sein.

Oui , mes fils vengeront leur père !

Ils vengeront ma mort sur mes lâches bourreaux : On ne les verra point , oisifs dans leur colère ,

Rester assis dans le repos.

L'étendard sanglant des batailles, Cinquante fois dans l'air par moi fut élevé ; Autant de fois , mon bras a forcé les murailles

Où l'ennemi s'était sauvé.

J'appris, dès ma tendre jeunesse , A rougir une* épée , à m'en servir en Roi : J'avais cru que nul homme, en courage , en adresse ,

Ne pourrait s'égaler à moi !

Quelle est cette voix qui m'appelle ?

Ah ! je vous reconnais , Déesses de la mort ! Je vous suis. Pour mon cœur la mort n'est point cruelle,

Et je l'accepte avec transport.

Il est temps que mes chants finissent ! La Mort sur ma paupière épaissit ses filets; Les fières Déités dans leurs bras me ravissent

D'Odin j'entrevois le palais.

Là , plein de gloire et de richesses , Vainqueur, je siégerai dans les salles d'Odin ; Et , pour moi, de la mort je verrai des Déesses

Verser le breuvage divin.

C'en est fait : de mes jours rapides Le souffle de la Mort a séché le torrent ; Mais le trépas est doux pour les cœurs intrépides ,

Et je vais sourire en mourant.

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