IMITÉ DES POÉSIES DES SCALDES
Contemnit mortem et reputat quasi paleas ferrum. (Job.)
Quelle est l'unique destinée De l'homme courageux qui se rit du trépas? A quoi sa noble vie est-elle condamnée ?
C'est à mourir dans les combats.
Vous semble-t-il digne d'envie Celui qui par le fer ne fut jamais blessé ? 11 traîne dans la honte une ennuyeuse vie .
Et son cœur n'est point exercé.
Quand brille l'éclair de la lance ; Quand , au fort des combats , l'acier heurte l'acier ; Le devoir du guerrier, qu'anime la vaillance ,
Est de marcher droit au guerrier.
L'homme qui veut , dans son jeune âge , Mériter une femme et dormir dans ses bras , Ne doit pas craindre un homme , et son ardent courage
Doit être prompt dans les combats.
D'Odin les salles opulentes Ne recevront jamais celui qui craint la mort ; Odin n'admettra point sous leurs voûtes brillantes
Le lâche qui pleure son sort.
Ouvrez-vous , sévères demeures !
Loin de vous redouter, je brûle de vous voir. Je ne pousserai point , à mes dernières heures ,
Le cri honteux du désespoir.
Oh ! comme ils courraient à la guerre , Mes fils , mes fils , le cœur de vengeance altéré , S'ils apprenaient chez eux le malheur de leur père
Par d'affreux serpents déchiré !
Oui, mes derniers instants s'avancent :
Entouré de serpents , je meurs au milieu d'eux ; Et leur lente morsure , et le poison qu'ils lancent
M'apporte un trépas douloureux.
Quelle est la douleur forcenée Qui vient de tous mes sens épuiser la vigueur? Ah ! c'est une vipère , ardente , empoisonnée ,
Qui s'enlace autour de mon cœur.
De mes fils l'invincible épée Punira mon indigne et perfide assassin De son sang odieux elle sera trempée;
J'en garde l'espoir dans mon sein.
Oui , mes fils vengeront leur père !
Ils vengeront ma mort sur mes lâches bourreaux : On ne les verra point , oisifs dans leur colère ,
Rester assis dans le repos.
L'étendard sanglant des batailles, Cinquante fois dans l'air par moi fut élevé ; Autant de fois , mon bras a forcé les murailles
Où l'ennemi s'était sauvé.
J'appris, dès ma tendre jeunesse , A rougir une* épée , à m'en servir en Roi : J'avais cru que nul homme, en courage , en adresse ,
Ne pourrait s'égaler à moi !
Quelle est cette voix qui m'appelle ?
Ah ! je vous reconnais , Déesses de la mort ! Je vous suis. Pour mon cœur la mort n'est point cruelle,
Et je l'accepte avec transport.
Il est temps que mes chants finissent ! La Mort sur ma paupière épaissit ses filets; Les fières Déités dans leurs bras me ravissent
D'Odin j'entrevois le palais.
Là , plein de gloire et de richesses , Vainqueur, je siégerai dans les salles d'Odin ; Et , pour moi, de la mort je verrai des Déesses
Verser le breuvage divin.
C'en est fait : de mes jours rapides Le souffle de la Mort a séché le torrent ; Mais le trépas est doux pour les cœurs intrépides ,
Et je vais sourire en mourant.