OU LA MORT DE LA JEUNE FEMME
Viribus ipsa (natura) suis pollens, nil indigo, nostri, Nec benè pro meritis capitur, nec tangitur ira.
(Lucrèce.)
Elle a donc terminé sa vie , Au matin de ses jeunes ans , Cette femme à nos vœux ravie , Qui , partout de bonheur et d'hommages suivie , Du ciel épuisa les présent! I
Elle n'est plus ! et sa jeunesse , Que semblait protéger le sort , Ni sa beauté, ni sa richesse , Ni de ses doux enfants la grâce enchanteresse Rien n'a pu désarmer la Mort.
Quoi ! d'une jeune et tendre mère Le sort si vite est abrégé; Et d'une tête , à tous si chère , La perte à la Nature a semblé si légère , Qu'autour d'elle rien n'est changé !
Dans ses jardins tout continue A se parer des mêmes fleurs Qui venaient recréer sa vue , Lorsque, dans un beau soir, de leur grâce ingénue Son œil admirait les couleurs.
Des oiseaux la pure harmonie Remplit ses bosquets enchantés ; Du tulipier de Virginie L'ombre voluptueuse , et par Mai rajeunie Y prodigue encor ses beautés.
Ainsi la Nature insensible Est sans pitié pour nos douleurs , Et , dans sa rigueur inflexible , Nous est cruelle et sourde ; et se montre impassible A notre mort comme à nos pleurs.
Eh ! que lui fait que la jeunesse , Ou le génie , ou la beauté Pour nous sans retour disparaisse ?
Sur ses lois appuyée , elle poursuit sans cesse Son immuable éternité.