‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 51 sur 67 · LES REGRETS · texte numérisé non relu

LES REGRETS

Quà fugit Jiwenta? heu! quàve color? décent Quà motus?

(Hor.)

Où sont les jours de ma jeunesse , Ces jours d'enchantement , de vie et de bonheur, Où l'Inspiration , de sa brûlante ivresse ,

Sans relâche embrasait mon cœur ?

La Nature était mon empire, Et j'y trouvais partout d'innombrables trésors : Un vieux roc , un torrent , un bois pouvaient suffire

Pour faire naître mes transports.

Quand le Printemps aux bras de roses Effaçait les glaçons sous ses jeunes couleurs , Combien vous me plaisiez, riches métamorphoses!

Et vous , peuple riant des fleurs !

Noir Hiver! tes horribles fêtes Avaient aussi pour moi leur charme et leurs beautés ; Et dans tes ouragans , tes neiges , tes tempêtes ,

Mon cœur trouvait des voluptés.

' Combien j'aimais à voir sourire , Sous un beau ciel d'azur, cet Océan calmé ; Ou du Soleil du soir, sur le liquide empire , Briller le regard enflammé !

Mais je préférais tes rivages , 0 Mer ! lorsque s'armant de leurs noires fureurs, Tous tes flots , irrités du combat des orages ,

M'offraient leurs pompeuses horreurs.

Jura! vieux trône des tempêtes, 0 que de fois , rêveur, mon amour t'a cherché ! Alpes ! combien de fois les sapins de vos faîtes

Sous leurs ombrages m'ont caché !

Que j'aimais vos scènes sublimes !

Que mon transport fut grand , quand sur ses ailes d'or L'Enthousiasme ardent , m'emportant sur vos cimes ,

M'y fit prendre un immense essor !

Je franchissais d'un pas rapide L'orgueil de vos sommets dans la nue arrêtés Et, libre, j'égalais , dans mon vol intrépide,

L'Aigle planant à mes côtés.

Oh ! qu'alors de vos grandes scènes J'aimais à retracer les sublimes tableaux! Vastes glaciers ! vieux monts ! vos pompeux phénomènes

Renaissaient tous sous mes pinceaux !

Alors tout n'était que magie Pour mon cœur occupé des plus nobles travaux ; A la lutte des Arts ma bouillante énergie

Eût défié tous mes rivaux.

J'aimais à dompter les obstacles : Le Génie , à mes yeux prompt à se dévoiler, Dans le fond de mon cœur me dictait ses oracles

Que je brûlais de révéler.

Mais hélas ! qu'avec promptitude Us ont fui ces beaux jours, ces jours d'enchantement Où mou cœur enivré , des Arts et de l'Étude

Éprouvait le noble tourment !

FIN DU LIVRK il: l Mil i:

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