LES REGRETS
Quà fugit Jiwenta? heu! quàve color? décent Quà motus?
(Hor.)
Où sont les jours de ma jeunesse , Ces jours d'enchantement , de vie et de bonheur, Où l'Inspiration , de sa brûlante ivresse ,
Sans relâche embrasait mon cœur ?
La Nature était mon empire, Et j'y trouvais partout d'innombrables trésors : Un vieux roc , un torrent , un bois pouvaient suffire
Pour faire naître mes transports.
Quand le Printemps aux bras de roses Effaçait les glaçons sous ses jeunes couleurs , Combien vous me plaisiez, riches métamorphoses!
Et vous , peuple riant des fleurs !
Noir Hiver! tes horribles fêtes Avaient aussi pour moi leur charme et leurs beautés ; Et dans tes ouragans , tes neiges , tes tempêtes ,
Mon cœur trouvait des voluptés.
' Combien j'aimais à voir sourire , Sous un beau ciel d'azur, cet Océan calmé ; Ou du Soleil du soir, sur le liquide empire , Briller le regard enflammé !
Mais je préférais tes rivages , 0 Mer ! lorsque s'armant de leurs noires fureurs, Tous tes flots , irrités du combat des orages ,
M'offraient leurs pompeuses horreurs.
Jura! vieux trône des tempêtes, 0 que de fois , rêveur, mon amour t'a cherché ! Alpes ! combien de fois les sapins de vos faîtes
Sous leurs ombrages m'ont caché !
Que j'aimais vos scènes sublimes !
Que mon transport fut grand , quand sur ses ailes d'or L'Enthousiasme ardent , m'emportant sur vos cimes ,
M'y fit prendre un immense essor !
Je franchissais d'un pas rapide L'orgueil de vos sommets dans la nue arrêtés Et, libre, j'égalais , dans mon vol intrépide,
L'Aigle planant à mes côtés.
Oh ! qu'alors de vos grandes scènes J'aimais à retracer les sublimes tableaux! Vastes glaciers ! vieux monts ! vos pompeux phénomènes
Renaissaient tous sous mes pinceaux !
Alors tout n'était que magie Pour mon cœur occupé des plus nobles travaux ; A la lutte des Arts ma bouillante énergie
Eût défié tous mes rivaux.
J'aimais à dompter les obstacles : Le Génie , à mes yeux prompt à se dévoiler, Dans le fond de mon cœur me dictait ses oracles
Que je brûlais de révéler.
Mais hélas ! qu'avec promptitude Us ont fui ces beaux jours, ces jours d'enchantement Où mou cœur enivré , des Arts et de l'Étude
Éprouvait le noble tourment !
FIN DU LIVRK il: l Mil i: