‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 52 sur 67 · ISA I E · texte numérisé non relu

ISA I E

L'Enthousiasme habite aux rives du Jourdain, Aux sommets du Liban, sous les berceaux d'Éden.

( FONTANBS. )

Tel , du front de ces rocs où reposent les nues , Le Nil , précipitant ses vagues éperdues , Tombe, écume, bondit, se roule à gros bouillons; Et versant ses trésors sur les plaines fécondes,

l>«- Ni puissantes ondes

Enrichit leurs allons.

Telle , et plutôt encore , une Aigle au vol immense , Des cimes du Liban dans l'espace s'élance , Jusqu'au char du Soleil plane en s'ouvrant les Cieux ; Et, se couvrant des jets de la flamme opulente,

Revient étincelante

De clartés et de feux.

Tel Isaïe, armé de ses ailes de flamme,

Rapide, et plein du Dieu qui transporte son âme,

S'élève jusqu'au trône où siège l'Éternel ;

Et revient, du génie étalant les miracles,

Proclamer les oracles

Qu'il ravit dans le Ciel.

<( Tremble ! malheur à toi , Cité profanatrice ! « Toi , qu'au culte de l'or voue un long sacrifice , « Tyr ! ô toi qui t'assieds sur le trône des eaux ; « Et qui , fendant les mers à ton sceptre fidèles ,

« Y fais voler les ailes

« De tes légers vaisseaux.

« Pareils dans leur essor à des Aigles rapides, « Tes navires , guidés par des mains intrépides r

a Sous leurs fiers pavillons touchaient à tous les bords ; « Et voilà que prenant tes nochers pour victimes ,

« La mer, dans ses abîmes ,

« Engloutit tes trésors.

« Fille de l'Océan ! au jour de ta ruine ,

« Tous les peuples nombreux que ton trident domine,

« En voyant tes débris , seront saisis d'effroi ;

« Tes marchands , tes soldats , tes richesses , tes flottes,

<c Et tes hardis pilotes ,

« Tomberont avec toi !

« Au bruit de tes clameurs , quittant soudain la rame , <i Tes mille matelots , qu'en vain la mer réclame , « De leurs vaisseaux muets descendront tout en pleurs; « Et , revêtus de deuil , et se couvrant de cendre ,

« Sur toi feront entendre

« Le cri de leurs douleurs :

« Qui fut semblable à Tjr, maintenant solitaire? « Sans cesse, pour nourrir les peuples de la terre , « Sur r immense Océan s'élançaient ses vaisseaux; <« Et voilà qu'expirant avec toute sa gloire ,

/ « Sans nom et sans mémoire, « Elle dort sous les eaux.

« Le pilote étranger, qui visite ces plages,

« Ne reconnaissant plus tes opulents rivages ,

« S'étonne, en écoutant le silence des mers :

« Et voguant, plein d'orgueil, sur tes eaux qu'il domine,

a Insulte à la ruine

« De tes vieux ports déserts. »

Ainsi chante Isaïe ; et sa voix redoutable , Proclamant du Très-Haut l'arrêt épouvantable, Dans un style inspiré raconte l'avenir ; A Tyr, encor vivante , ouvre une tombe antique

Où son chant prophétique

Sait déjà la punir.

Mais si jamais sa vive et poétique ivresse ,

Dans des modes sacrés exhalant sa richesse T

A chanté sur un ton encor plus solennel ,

C'est lorsque , convoquant les pouvoirs de son âme ;

En traits d'or et de flamme ,

Il nous peint l'Éternel.

« Dieu , dit-il , de son souffle allume le tonnerre , « II soutient , de trois doigts , la masse de la Terre , « Roule autour de ses flancs l'Océan spacieux, « Tient aux voûtes d'azur l'étoile suspendue ;

« Dans sa main étendue

« Il a pesé les Cieux.

« Il voit les nations sur la terre pressées , « Et de l'urne des temps sans relâche versées , « Comme une goutte d'eau dans un vase d'airain; « 11 parle; devant lui tous les peuples s'écoulent,

« Et les trônes s'écroulent

« Sous sa terrible main.

« Dans son temple égorgés, les taureaux , les génisses, « Pour ses yeux éternels sont de vils sacrifices; « Il regarde en pitié tout l'encens des mortels : « Des forêts du Liban l'inépuisable empire

« Ne peut même suffire

« Au feu de ses autels. »

0 vous ! chantres fameux , vous qui, dans vos ouvrages, Vous disputez le prix <l< r«s vives images

Qui charment la pensée , ou ravissent le cœur, Montrez-nous des tableaux dont l'éclat poétique

De ce chant prophétique

Égale la vigueur !

Astre aux feux éternels , père de l'harmonie ,

Vieil Homère ! je sais admirer ton génie ,

Et de tes nobles chants l'éclat mélodieux ;

Soit que , comme un éclair, ton vers hardi s'élance

Et dans l'espace immense

Suive le char des Dieux ;

Soit qu'au bruit éclatant de Neptune en furie Le Monarque infernal s'épouvante et s'écrie Au fond du noir palais qu'entr'ouvre le trident ; Soit que le Dieu des mers, sans y laisser de trace,

Effleure la surface

De l'abîme grondant.

Mais combien , fils d'Amos ! plus vif et plus sublime Est le divin transport qui t'échauffe et t'anime !

Quels feux inattendus brillent dans tes portraits ! Telle , avant qu'on ait vu sa lueur homicide ,

La Foudre au vol rapide

Nous atteint de ses traits.

in

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